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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1159 du 16 juillet 2016/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : SA Bois-Debout : les ouvriers agricoles toujours mobilisés

ZoomLe 1er juillet, le planteur de bananes Louis Dormoy était convoqué au tribunal de Basse-Terre. Une centaine d’ouvriers agricoles étaient présents pour dénoncer les pratiques de ce patron béké, dignes du temps de l’esclavage. En 25 ans, dix ouvriers sont morts à la SA Bois-Debout, la plantation de bananes qui appartient à la famille Dormoy, vieille famille béké. Depuis plusieurs années, les travailleurs sont entrés en lutte pour dénoncer leurs conditions de travail inhumaines. En octobre 2014, ils ont cessé le travail pour exiger de meilleures conditions.

Cette année-là, un rapport d’expert avait démontré que la santé des ouvriers de la plantation était en danger, et même leur vie. Les ouvriers ont donc eu raison d’exercer leur droit de retrait, c’est-à-dire d’arrêter de travailler tant que les conditions minimum de sécurité n’étaient pas remplies. Le conflit a duré plusieurs semaines, avant que la direction promette d’améliorer les choses. Dormoy s’était vengé en ne payant pas aux ouvriers leurs jours de retrait. C’est illégal.

C’est pour cela qu’il était convoqué au tribunal le 1er juillet. Ce jour-là, Dormoy n’a pas osé se présenter devant le tribunal, il a dit qu’il était malade. Cela a amusé les ouvriers, qui l’avaient trouvé plutôt bien portant le dimanche précédent, lors de la « fête de la banane » organisée à Bois-Debout par Ramdini, un notable de Capesterre-Belle-Eau. Les travailleurs avaient d’ailleurs profité de cette occasion pour distribuer des tracts dénonçant leurs mauvaises conditions de travail. Au tribunal de Basse-Terre, la direction de la SA Bois-Debout était représentée par le nouveau directeur, Alquier. Il a contesté le droit de retrait des ouvriers, en expliquant qu’il aurait été justifié seulement « s’il y avait eu un travailleur à terre ». Ces propos ont révolté les ouvriers qui n’ont pas oublié leurs camarades et leurs proches décédés sur la plantation à cause de la soif de profits de la famille Dormoy.

C’est le procureur, qui représente l’État, qui avait convoqué Louis Dormoy. Cela peut paraître étonnant, quand on sait que depuis des siècles l’État soutient le pouvoir des békés aux Antilles. Mais le procureur a donné lui-même l’explication : « il faut que les travailleurs de Bois-Debout voient qu’il y a une justice, parce que sinon ils pourraient se révolter ». Le procureur a demandé que l’entreprise paye 1000 € d’amende pour chacun des 92 travailleurs concernés, et que Dormoy paye une amende de 30 000 €. La décision sera rendue le 9 septembre, et les travailleurs restent vigilants : les békés n’ont peut-être pas dit leur dernier mot, et un coup de fil depuis la « békécratie » de Martinique pourrait vite être passé pour « sauver le soldat Dormoy ». En janvier 2015, Louis Dormoy avait déjà été condamné pour la mort d’un ouvrier. Grâce à leur courage et à leur détermination, les ouvriers de Bois-Debout montrent que le pouvoir des békés n’existe que tant que les travailleurs ne se rebellent pas. Quand les ouvriers prennent conscience de leur force, tout devient possible !


Le canal De Suez. Aperçu historique

Le canal de Suez est un canal situé en Égypte, long de 193,3 km qui relie la ville portuaire de Port-Saïd sur la mer Méditerranée et la ville de Suez sur la mer Rouge. Creusé entre 1859 et 1869, grâce au financement de la France et du gouvernement égyptien, ce canal permet aux navires d'aller d'Europe en Asie sans devoir contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance. La Grande-Bretagne racheta ensuite la part de l'Égypte dans le canal. Après cela, L'Égypte a été une quasi-colonie britannique de 1882 à 1914.

Durant toute cette période le « consul anglais » régnait en maître et les droits de passage du canal tombaient dans les coffres des Français mais surtout dans ceux de la Compagnie anglaise. Les gouvernants égyptiens étaient totalement à leur botte. Le canal, gardé militairement par les Anglais était donc un symbole de la domination britannique en Égypte. À partir de 1914, le statut du pays évolua vers une semi-indépendance, mais les gouvernants égyptiens étaient toujours aussi corrompus et serviles vis-à-vis des Anglais. Les militaires et civils colons vivaient dans des quartiers réservés, allaient à leur club et jouaient au golf sur des terrains arrosés alors qu’une partie de la population égyptienne mourait de faim ou de maladies endémiques.


Il y a soixante ans, le 26 juillet 1956, la nationalisation du canal de Suez.

Il y a soixante ans, le gouvernement égyptien, présidé par Gamal Abd-El Nasser, décidait de nationaliser le canal de Suez. Il était jusque-là contrôlé conjointement par la France et la Grande-Bretagne. En 1952, des officiers de l’armée égyptienne renversèrent la monarchie par un coup d’État militaire. L’officier Nasser faisait partie des « officiers libres » qui prirent le pouvoir.

Le 26 juillet 1956, Nasser décida de nationaliser le canal de Suez, c’est-à-dire de le proclamer propriété de la république égyptienne. Nasser voulait affirmer une certaine indépendance à l’égard des vieilles puissances coloniales et en particulier de la Grande-Bretagne en prenant le contrôle du canal. Dans le contexte de 1956, cette nationalisation était une véritable gifle au visage des puissances colonialistes et de leurs intérêts. La nationalisation du canal était devenue un symbole. Nasser put déclarer que, lorsque le canal fut acquis à l'Égypte, « le dernier verrou du dernier empire était tombé ».

Cette décision valut à Nasser une popularité immense en Égypte et dans le monde arabe en général. Les gouvernements français et britannique ne tardèrent pas à intervenir militairement. L'État d'Israël choisit de se mettre au service des impérialistes. Alors que la nationalisation du canal de Suez ne menaçait en rien ses intérêts vitaux, Israël accepta de jouer le rôle de provocateur, lançant en octobre 1956 une opération militaire contre l’Égypte. À partir du 1er novembre, les corps expéditionnaires français et anglais bombardèrent les grandes villes égyptiennes avant de lâcher leurs parachutistes sur Port-Saïd. Après quelques jours de combats qui coûtèrent très cher au peuple égyptien, ce furent les États-Unis qui mirent fin à la crise en obligeant Français, Anglais et Israéliens à se retirer. C’était une manière pour les dirigeants américains d’éviter qu’une nouvelle guerre ne déstabilise la région pétrolière du Proche-Orient où les États-Unis avaient des intérêts. C’était aussi une manière pour eux d’écarter les deux anciennes puissances coloniales ainsi que l’Union soviétique qui voulait également étendre son influence dans la région.

Car on était alors en pleine guerre froide entre l’URSS d’une part, les USA et les puissances occidentales. d’autre part. Le canal de Suez est cependant resté nationalisé et les intérêts des grandes puissances sauvegardés, jusqu’à nos jours. et cela à coups de canon et de largage des commandos parachutistes.


Martinique : Martinique Catering : agression policière contre des salariés

La PAF (Police de l’Air et des Frontières) est intervenue manu militari pour aider la direction lors des NAO (Négociations annuelles obligatoires). Jeudi 6 juillet, des policiers de la PAF de l’aéroport du Lamentin sont intervenus avec une rare brutalité contre des employés de la société Martinique Catering (ex-Servair), société dont la mission est d’approvisionner les avions long courrier en plateaux repas notamment. Cette société est majoritairement détenue par Air France, mais on y trouve également d’autres actionnaires dont Yan Monplaisir, le vice-président de la Collectivité Territoriale de Martinique.

La direction de la société refuse d’intégrer dans les salaires la prime de vie chère gagnée suite à la grève de 2009. Cette intégration a déjà été accordée chez Servair en Guadeloupe. Elle représenterait pour les salariés une garantie en prévision de la cession à une société chinoise, prévue dans deux ans, des parts détenues par Air France.

Pour appuyer leur revendication, les travailleurs ont entrepris une action visant à perturber l’approvisionnement des avions, dont un d’Air France. La direction a fait appel à la Police de l’Air et des Frontières qui est intervenue de manière musclée. Une représentante du personnel a été molestée et s’est vu délivrer une incapacité de travail de cinq jours. Lors d’une conférence de presse tenue samedi 9 juillet à la Maison des Syndicats, les représentants du personnel ont fourni des précisions supplémentaires sur les violences policières. Une représentante en porte encore des traces. Ils envisagent de porter plainte.

Cette agression policière, qui a eu lieu dans les locaux de l’entreprise, a été un véritable coup de main apporté par l’État à la direction de Martinique Catering pendant les Négociations Annuelles Obligatoires avec les représentants du personnel. L’État a encore volé au secours des intérêts d’Air France. Tout comme en France, après le 7 octobre 2015 et la fuite de hauts cadres d'Air France devant des travailleurs réagissant à l’annonce de la suppression de 2900 emplois. L'image de la chemise déchirée d'un cadre de direction avait montré la détermination des employés.

La répression, notamment judiciaire, s’était abattue sur les travailleurs en lutte. Mises à pied, licenciements, citations devant le tribunal correctionnel avaient suivi. En Martinique c’est maintenant la répression physique. Mais tout cela est dans l’air du temps : un temps où les patrons et l’Etat ont décidé de frapper fort, au sens figuré comme au sens propre.