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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1161 du 10 septembre 2016/Première page

Première page

Editorial: Face à la criminalité quotidienne, impliquons-nous !

ZoomBraquages quotidiens, meurtres, vols, viols, kidnappings, attaques à domicile, sur les routes, au distribanque, délinquance tous azimuts, s’accroissent dangereusement. Plus en Guadeloupe qu’en Martinique, mais partout elle gagne quand même du terrain. Certains commerçants en sont à leur énième braquage. La population victime au quotidien commence à en avoir assez.

Les causes ? Tout le monde les connait ! Le chômage endémique, plus de 60% chez les jeunes, le désespoir, les inégalités. Sur nos petites îles, d’insolentes richesses côtoient la pauvreté la plus criante. De petits châteaux côtoient des quartiers misérables.

Ceux qui dirigent aussi le savent ! Ils réclament plus de policiers et de gendarmes. Certains, comme Ary Chalus, ou Jacques Bangou menacent de descendre dans la rue avec la population. C’est bien de le dire, et c’est assez rare de la part des politiciens de faire appel à la population pour être souligné. Mais ce serait encore mieux de le réaliser, et encore bien mieux de réclamer des milliers d’emplois réels correctement payés plutôt qu’uniquement plus de gendarmes, de policiers et de prisons.

Cela dit, la population ne peut se contenter de la bonne volonté des politiciens. Il vaudrait mieux qu’elle ne compte que sur elle-même. Certaines personnes à Sainte-Rose et ailleurs ont déjà constitué des comités de quartier et de surveillance des voleurs et délinquants. Il faudrait que ces initiatives se multiplient partout. Et c’est loin d’être le cas. La dégradation de la vie économique et sociale a fait disparaître petit à petit le bon voisinage, l’entraide, le souci de l’autre. L’individualisme va grandissant. Ce n’est que lorsque l’odeur de la maison incommode que l’on y découvre le cadavre de son voisin. C’est sur une telle dégradation des rapports humains que peut fleurir aussi bien la délinquance. L’individualisme, l’égoïsme, constituent un très bon terreau contre les luttes collectives de la population autant dans les entreprises que dans les quartiers. Les patrons et ceux qui dirigent se félicitent de la division qui existe parmi les travailleurs, et au sein de la population. Ils font tout pour l’exacerber. Diviser pour régner a toujours été la devise des puissants contre les dominés.

Renouer le contact entre voisins, déjà discuter entre soi, mettre en pratique quelques principes simples, tels que jeter un œil sur la maison du voisin en cas d’absence, accroître la vigilance collective etc. Et de ces rapports pourraient alors naître bien d’autres idées.

Certains politiciens qui soutiennent en partie de telles initiatives aimeraient, eux, qu’elles se fassent sous leur contrôle. Mais non, ces regroupements ou comités doivent rester totalement indépendants. Il ne faut pas faire le travail des politiciens. Il faut que la population le fasse pour elle-même. La seule politique qu’elle aurait intérêt à ajouter à ces initiatives populaires serait de grossir ses propres rangs pour manifester et exiger des milliers de vrais emplois d’urgence, immédiatement et correctement payés pour la jeunesse.

Oui, il faut renouer avec les traditions de solidarité et d’entraide dans les quartiers, commencer par se parler au lieu de se regarder trop souvent en « bistankwen », « gadé en bène » « an ba kal à zié » (de travers, sous les paupières). Des comités de vigilance populaires peuvent être une protection contre la délinquance. Mais ils peuvent aussi élever une prise de conscience beaucoup plus large, que cette société telle qu’elle est actuellement ne va pas bien, qu’il faut la changer, que la population peut la changer. Comment ? Avec quels moyens ? En parler au sein de la population ouvrira des réponses. Certes, ce n’est pas cela qui éradiquera la délinquance dans les jours qui viennent. Mais les réponses efficaces et les vrais changements viendront toujours de la force collective des travailleurs et de la population.


Martinique : Habitation Thébault : les ouvriers agricoles en lutte

ZoomDepuis le 12 août la vingtaine de salariés que compte l’habitation Thébault à Pain-de- Sucre, Sainte–Marie, sont en grève. Le mouvement a démarré pour exiger que leur salaire du mois de juillet leur soit versé.

Mais les ouvriers sont aussi mobilisés contre les retards répétés du paiement des salaires et l’attitude méprisante de leur patron, Félix Fixy. Ils dénoncent aussi leurs conditions de travail scandaleuses et l’arrogance du directeur de l’exploitation M. Moncoque.

Quant au Code du travail et à la Convention Collective des Exploitations Bananières de Martinique, ils ne sont ni respectés ni appliqués. La plantation, le hangar, le matériel, sont dans un état lamentable. La présence de serpents n'est pas rare.

Une première réunion de négociation s’est tenue le 18 août à la direction du travail, en présence de la représentante de la CGTM (Confédération générale du travail de Martinique). Fixy soi-disant absent de l'île a répondu par téléphone. Durant toute la négociation il n’a rien cédé.

Le mardi 30 août, les grévistes ont érigé un barrage sur la route à la croisée Pain-de-Sucre pour informer les habitants du quartier, l’opinion publique et la presse de leurs mauvaises conditions de travail, en distribuant des tracts sur leur situation. Quelques jours plus tard, la direction a fini par verser les salaires du mois de juillet. Mais toujours rien concernant le salaire du mois d’août ni leurs revendications.

Les ouvriers ne l’entendent pas ainsi. Ils ont décidé de mener de nouvelles actions pour faire céder la direction.


Guadeloupe : Fin de la grève à Biométal

Dans cette entreprise qui compte 58 salariés, la grève commencée le 29 juillet 2016 pour réclamer l’arrêt des licenciements aura duré un mois.  Un accord de fin de conflit a été signé le 29 août après plusieurs séances de négociation. Les principales revendications étaient l’arrêt des licenciements (9 postes), l’arrêt de la sous-traitance et l’amélioration des conditions d’hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail.

Les différentes séances de négociation ne donnaient aucun résultat et les salariés ont dû durcir leur mouvement. La direction a assigné le 17 août les deux syndicats qui ont appelé à la grève, à savoir la CGTG et l’UGTG et les délégués du personnel. Les juges n’ont pas hésité à condamner les deux syndicats et les délégués du personnel à la somme de 5 000 euros sous astreinte par personne et par infraction constatée sous prétexte de violation de la liberté du travail.

Les délégués du personnel ont été condamnés à une astreinte de 500 euros par jour et par personne et infraction constatée pour l’enlèvement des objets qui encombraient l’entrée de l’entreprise et 2 000 euros au titre de l’article 700. Les négociations ont été entreprises le 18 août et l’accord signé le 29.

Les grévistes n’ont pas obtenu l’arrêt des licenciements mais par leur mobilisation ils ont obtenu une augmentation des indemnités de départ qui passe de 4 mois à 8 mois. Pour l’instant, il y a sept candidats au départ volontaire.

La direction s’est engagée à ne pas procéder à des licenciements dans les catégories du personnel de production et des agents administratifs, à ne pas donner de suite au jugement et à renoncer à des poursuites ou sanctions en rapport avec la grève.

Sans leur lutte, les grévistes n'auraient pas pu préserver deux emplois ni améliorer les conditions financières des indemnités de départ. Ce qui est loin d'être négligeable.


Rentrée scolaire : toujours moins de moyens pour les élèves

Comme chaque année, en Martinique comme en Guadeloupe, la rentrée se fera avec moins de professeurs : 35 postes ont été supprimés dans les collèges et les lycées de chaque académie. L’administration justifie ces suppressions par une baisse du nombre des élèves. Pourtant, les classes sont de plus en plus surchargées. En lycée, il y a fréquemment 32 élèves par classe, voire plus. En fait, les services académiques prévoient volontairement un nombre d’élèves plus bas que la réalité. À la rentrée, ils corrigent ces prévisions falsifiées, et recréent en catastrophe les classes qui sont nécessaires.

En Guadeloupe, dans la commune de Sainte-Anne où il y a deux collèges, il a fallu ouvrir quatre classes de sixième en plus. Une erreur de prévision d’une centaine d’élèves pour une seule commune, c’est quand même gros ! Les rectorats vont recruter, comme chaque année, des centaines de professeurs contractuels pour « boucher les trous ». Et parfois, les élèves doivent patienter pendant des mois pour avoir un professeur dans chaque matière.

De nombreuses options sont aussi menacées de disparition, dont le créole, la nouvelle réforme du collège servant de prétexte à diminuer encore les moyens. À terme, on risque d’aboutir à un système à deux vitesses : certains collèges pourront encore proposer une offre variée aux élèves, tandis que d’autres ne proposeront plus que le strict minimum. Pour que tous les élèves aient une chance de réussir, et en particulier les plus pauvres, il faut en finir avec la baisse continue des moyens dans l’Éducation !



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