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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1157 du 18 juin 2016/Première page

Première page

Editorial:Attentats Barbarie terroriste et barbarie d’État

ZoomDeux nouveaux attentats terroristes provenant de gens se réclamant de l’État islamique ont eu lieu aux États-Unis et en France. Celui des États-Unis a eu lieu à Orlando, en Floride. Le terroriste a tué 49 personnes et en a blessé plus encore dans un club gay. En France, le double assassinat d’un commandant de police et de sa compagne policière, n’est pas moins horrible que celui des États-Unis bien qu’il n’ait fait « que » deux victimes.  
Les terroristes envoient ainsi plusieurs nouveaux messages sanglants et barbares aux puissances occidentales. Il y en a un qui signifie qu’ils poursuivront leurs actions barbares. Un autre est adressé aux États qui reconnaissent l’homosexualité comme un droit légitime et accordent aujourd’hui aux homosexuels un peu plus de liberté de vie, sexuelle comme civile. Et c’est la communauté homosexuelle elle-même qui est aussi visée et qu’ils veulent terroriser. Aujourd’hui, elle a droit au soutien multiplié de tous. D’autant plus que les puissances occidentales dont les États-Unis et la France entretiennent de bonnes, voire d’excellentes relations avec des États du Moyen-Orient qui condamnent l’homosexualité et la répriment jusqu’à la peine de mort parfois.
Un message est aussi adressé aux forces armées de l’occident par les terroristes de Daech. Encore une fois, leur barbarie nous renvoie à celle des États impérialistes eux-mêmes. Car ce sont ces derniers qui en ont semé les graines qui aujourd’hui les empoisonnent. Les deux guerres du Golfe comme réponse stupide à l’attentat des tours jumelles de New York ont préparé l’avènement de Daech. Les bombardements de population, les tortures, les viols, les humiliations de toutes sortes perpétrés par l’armée américaine sur la population civile et militaire dans les prisons et en dehors ont été l’un des terreaux sur lequel pousse le terrorisme actuel. Une partie des dirigeants de Daech est formée d’anciens militaires irakiens qui ont connu la répression aveugle de l’armée américaine. Les bombardements de l’armée française en Libye, faisant d’innombrables victimes, y compris dans la population civile, comme ceux de l’armée américaine en Afghanistan ont enrichi le terreau du terrorisme.
Responsables
Les travailleurs, le peuple français et américain paient aujourd’hui pour la politique barbare de leurs propres gouvernements. Ce sont ces puissances et leurs alliés qui dirigent le monde, ce sont eux les principaux responsables de l’insécurité générale qui règne dans le monde entier. Si les peuples européens et américains doivent aujourd’hui vivre dans la peur permanente, ils le doivent à leurs propres gouvernements et à leur propre système. Ces derniers ne peuvent les protéger. Ils ont toujours favorisé les guerres les plus atroces quand l’intérêt de la classe qu’ils défendent, la classe capitaliste est en jeu.
Solution
La solution ne viendra que des travailleurs et des peuples opprimés. Qu’ils soient opprimés par la bourgeoisie occidentale et ses serviteurs politiques, ou par les classes dirigeantes du Moyen et d’Extrême Orient avec des dictatures à leur service. Ces dernières aussi, en opprimant leurs peuples, et particulièrement les femmes avec des lois moyenâgeuses et barbares utilisent des formes de domination qui ne visent qu’à perpétuer le pouvoir de leur bourgeoisie et de leurs féodaux. Il faudra renverser ces classes dirigeantes et leurs gouvernements et les remplacer par un pouvoir qui n’aura comme seul but que la satisfaction des besoins de la majorité des peuples au lieu que tout soit fait comme aujourd’hui en fonction des intérêts d’une minorité de riches. Alors seulement le monde verra le bout du tunnel de la barbarie actuelle d’où qu’elle vienne.  


Guadeloupe Siaeag : les grévistes obtiennent des garanties

Après 10 jours de grève, Bernier, maire de Saint-François et aussi président du Siaeag (Syndicat intercommunal d’alimentation en eau et d’assainissement de la Guadeloupe) a cédé sur les principales revendications des travailleurs. La grève a été suspendue.  
Les travailleurs sont entrés en grève le 30 mai pour exiger le respect de l’accord de décembre 2014. Dans cet accord, le Siaeag s’engageait à maintenir les salaires et les acquis des anciens salariés de la Générale des Eaux transférés au Siaeag. Le transfert a eu lieu le 1er janvier 2015 : 120 salariés de la Générale des Eaux ont rejoint le Siaeag. À l’époque, les salariés avaient déjà fait grève pour conserver leur salaire ainsi que les primes auxquelles ils avaient droit. La direction de la Générale des Eaux, les élus et la préfecture s’y étaient engagés. Mais un an et demi après le transfert, Bernier a prétendu qu’il n’y avait pas d’argent dans les caisses du Siaeag, et les travailleurs ont vu leur paye diminuer.
Dès les premiers jours de grève, les usagers du Siaeag ont été privés d’eau dans certaines communes. En effet, le réseau d’alimentation en eau de la Guadeloupe est tellement défectueux que la pénurie s’installe dès qu’il n’y a plus d’ouvriers pour le surveiller en permanence.
Les élus ont tenté de faire diversion pour refuser de répondre aux revendications des travailleurs. Bernier a dit que les autres communautés d’agglomération, Cap Excellence et la CASBT (Communauté d’agglomérations du sud Basse-Terre) doivent de l’argent au Siaeag. La ministre de l’Outre-mer Pau-Langevin s’en est mêlée en remettant sur le tapis l’éternelle question du syndicat unique de l’eau. Les présidents de Cap Excellence et de la CASBT se sont insurgés contre cette proposition… Bref, on sentait que tout le monde voulait noyer le poisson et éviter de parler des problèmes posés par les travailleurs.
Les grévistes ont tenu bon. Au bout de dix jours de grève, tout ce beau monde a réussi à se mettre d’accord pour garantir le paiement des salaires et des primes. Mais ces garanties ne sont valables que jusqu’en novembre 2016. Les travailleurs ont gagné, mais provisoirement. Ils restent donc très vigilants.  


Martinique Robert Parfait, un patron en parfait accord avec les forces de répression

Le samedi 11 juin les forces de répression sont intervenues aux abords du centre commercial La Galleria au Lamentin pour lever un barrage de palettes installé par les grévistes de l’Hyper U. En réponse, ces derniers ont promis de durcir le mouvement dans les prochains jours.  
Ce centre commercial, comme plusieurs des enseignes qu’il abrite, telle la société hôtelière de l’Acajou ou l'Hyper U (Socomex), est propriété du groupe, ou de la famille, Parfait.
Une partie des salariés de l’Hyper U, soutenus par la CSTM, sont en grève depuis le 31 mai dernier. Ils ont déclenché ce mouvement en solidarité avec les grévistes du Super U de Longpré qui appartient au même patron, le groupe Parfait. De plus, ils réclamaient que l’ensemble des documents fiscaux permettant d’analyser l’activité de l’entreprise soient remis à leurs délégués pour préparer les NAO (Négociations Annuelles Obligatoires). Ils réclament des augmentations de salaire en fonction de l'activité de l'entreprise. Les salariés se rendent bien compte que les affaires marchent rondement pour le groupe Parfait, alors que la plupart d’entre eux sont payés au lance-pierre. Une salariée indiquait qu’en travaillant 32 heures par semaine, elle ne gagne que 1 100 € par mois, primes d’ancienneté et de vie chère comprises. Une autre qui travaille depuis 28 ans dans l’entreprise se retrouve avec 1 200 € nets en fin de mois, en travaillant deux dimanches par mois en plus. Voilà comment les affaires du groupe Parfait fructifient.
10 000 € d’astreinte Au lieu de répondre à ces revendications, Parfait a choisi d’emblée le bras de fer. Le 6 juin dernier, après avoir été assignés devant le tribunal de grande instance, onze salariés grévistes étaient condamnés en référé à verser 10 000 € d’astreinte par jour de blocage. Et le syndicat était condamné à 10 000 € solidairement, pour soi-disant entrave à la circulation devant le magasin. Les grévistes se sont alors repliés aux abords du centre commercial pour continuer à interpeller leur patron. Ce monsieur a fini par remettre les documents réglementaires, mais aujourd’hui il bloque à nouveau la négociation sur la question du paiement des jours de grève. Le bras de fer continue avec des salariés qui n’entendent pas se laisser faire.  

Dernière minute  
Pour Hyper U La Galleria, un protocole de fin de conflit a été signé dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juin. La direction, qui avait déjà accepté de fournir les documents demandés, a concédé aux grévistes le paiement de 50 % des jours de grève. Le travail a repris. Par contre, dans le même temps, a été annoncé le dépôt de bilan pour Super U Longpré. Les travailleurs devront encore se défendre. Le groupe Parfait   Avec une fortune de 100 millions d’euros, le groupe Parfait était classé en 2015, par le magazine Challenges, parmi les 500 plus grosses fortunes de France. Le groupe Parfait, c’est plusieurs filiales dans les secteurs de la distribution automobile avec Mercedes, la distribution alimentaire avec en Martinique les trois hypermarchés Hyper U La Galleria, Place d’Armes et Rond-Point. En Guadeloupe, le groupe a le Super U du Gosier. C'est aussi des filiales de décoration intérieure et de photographie. Le groupe est contrôlé par les membres de la famille Parfait, qui détiennent ensemble la majorité du capital des sociétés holding du groupe. Le sieur Robert Parfait ne dirige pas moins de 44 entreprises, et le jeune et bien né Kevin Parfait se trouve à la tête de 14 entreprises depuis... 2015. Quand on voit le comportement du patron d’Hyper U Galleria, et les salaires versés, on comprend qu’une telle accumulation de richesses n’est pas tombée du ciel.  


Guadeloupe Affaire Marvin : La mascarade n’en finit pas

Le 9 juin, le tribunal de Basse-Terre a rejeté les questions déposées par l’avocat de ce lycéen, injustement accusé de soutien au terrorisme. La procédure va donc se poursuivre. Pour rendre cette décision, le juge a exigé que la salle soit vide, et il a fait évacuer le public par la police.  
Tout a commencé en novembre, lorsque Mme Araminthe, une professeure de français du lycée Faustin Fléret de Morne-À-L’eau, a organisé un débat en classe suite aux attentats de Paris et Saint-Denis. Elle a insisté lourdement pour que Marvin prenne la parole, alors qu’il ne voulait pas participer à ce débat. Excédé, il a fini par lancer, par pure provocation, « je suis pour le djihad ».
La professeure n’a pas cherché à lui expliquer calmement pourquoi c’était une erreur de dire ça. Elle s’est précipitée dans le bureau du proviseur, M. Érosie, pour rédiger un rapport accusant Marvin de terrorisme. Le proviseur, lui non plus, n’a pas rempli sa mission d’éducateur. Il a commencé par renvoyer Marvin pour 3 jours avant de convoquer sa mère, à qui il a expliqué qu’il se sentait « en danger ». Il a ensuite contacté le rectorat, qui lui a conseillé d’appeler le procureur. C’est ainsi que Marvin a été convoqué à la gendarmerie, où il a été traité comme un dangereux criminel et mis en garde-à-vue pendant 35 heures.
Voilà ce que permet, d’une part, l’état d’urgence décrété par Hollande depuis maintenant six mois : n’importe quel « éduca-teur » peut faire arrêter un lycéen, afin de faire un exemple et de montrer son pouvoir à tous les élèves. Et d’autre part, voilà ce que permet la stupidité incroyable d’une professeure, d’un proviseur du lycée de Morne-à-L’Eau et d’un recteur. Quant aux magistrats, ont-ils du temps à perdre pour ne pas classer cette affaire complètement surréaliste, et qui n’aurait jamais dû prendre une telle dimension ?
Marvin a été convoqué une première fois au tribunal de Pointe-à-Pitre le 23 février. Ce jour-là, tout le lycée a fait grève pour le soutenir, et pour dénoncer le rôle peu glorieux qu’ont joué Mme Araminthe et M. Érosie dans cette affaire. Subterfuge Son avocat avait alors déposé des QPC (Questions prioritaires de constitutionnalité) pour montrer que la procédure enclenchée contre Marvin était abusive. Il a fallu retourner au tribunal le 26 mai, cette fois-ci à Basse-Terre, pour que ces questions soient examinées. Ce jour-là, le juge avait réussi à faire évacuer la salle en usant d’un subterfuge. Le 9 juin, le juge devait rendre son délibéré concernant les QPC. Marvin était accompagné d’une quinzaine de personnes membres des diverses organisations qui le soutiennent : journal Rebelle !, Combat ouvrier, UPLG, UGTG, CGTG, Parti de gauche et FSU. Le juge a exigé que la salle soit évacuée avant de rendre sa décision. Le public a refusé, ainsi que l’avocat de Marvin contacté par téléphone. La loi imposait alors au juge de rendre son délibéré publiquement. Il s’est obstiné et il a fait intervenir la police, présente en nombre, pour évacuer la salle de force !
Le droit à un procès public est pourtant un fondement de la justice dans les pays dits démocratiques. Finalement, le juge a rejeté les QPC, en disant qu’elles sont « fondées et recevables » mais qu’il ne les transmettra pas à la Cour de cassation. Une instruction va donc commencer. Marvin sera convoqué à nouveau par le tribunal de Pointe-à-Pitre. Lors de la prochaine audience, nous serons encore présents pour dénoncer le harcèlement judiciaire que subit ce lycéen, mais aussi les pratiques des tribunaux !


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