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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1156 du 4 juin 2016/Quatrième page

Quatrième page

Venezuela : La fin d’une illusion réformiste

Le pouvoir du président Maduro, l’héritier d’Hugo Chavez et de son prétendu « socialisme du 21ème siècle » est désormais contesté de toutes parts. Non seulement il a perdu les élections générales de décembre dernier face à une droite bourgeoise arrogante et revancharde, mais il fait désormais face à une population pauvre au bord de l’émeute de la faim.  
Le soi-disant socialisme de Chavez
« Vous et votre gouvernement, président Maduro, devriez enfin parler clairement au pays et laisser tomber vos blagues et votre cynisme pour dire ce que nous sommes nombreux à savoir : ceci n’est pas une révolution, ni du socialisme ». C’est en ces termes que des officiers proches de feu Hugo Chavez se sont attaqué au gouvernement issu de leur mouvement dans une lettre ouverte publiée le 29 mai dernier. On ne sait pas exactement ce que ces chavistes de la première heure entendent par « révolution socialiste », ni depuis combien de temps ils sont « nombreux à savoir » que le pouvoir institué par leur mentor n’en est pas une, mais sur le fond ce qu’ils disent est vrai, et ceci depuis bien avant le début de la crise actuelle. En fait de « socialisme du 21ème siècle », Chavez, Maduro et leur mouvement « bolivarien » (du nom de Simon Bolivar, qui dirigea les indépendances nationales de l’Amérique du Sud entre 1807 et 1830) n’ont proposé qu’un recyclage du réformisme du 20ème siècle : l’illusion qu’il serait possible, grâce au développement économique, de contenter toutes les classes sociales, les riches comme les pauvres. Or, c’est impossible. Sous le capitalisme, quel que soit le pays, les riches en concurrence les uns avec les autres n’en ont jamais assez, tandis que les pauvres doivent rester assez pauvres pour être contraints d’aller travailler pour nourrir la machine à profits.
Améliorer le sort des pauvres
Depuis la fin des années 1990, Hugo Chavez, son parti et une fraction de la bureaucratie de l’État vénézuélien ont utilisé les bénéfices de la rente pétrolière du pays – très conséquente tant que les prix de l’or noir crevaient des plafonds historiques – pour améliorer le sort des masses pauvres et des travailleurs. Ce faisant, ils ont aussi gagné pour eux-mêmes une forme d’indépendance et de marge de manœuvre face aux diktats de la bourgeoisie vénézuélienne et de l’impérialisme américain, car le régime chaviste avait assez de crédit parmi les masses pour qu’elles se mobilisent régulièrement en sa défense.
Tant que l’argent du pétrole rentrait, le fait que certains dignitaires du régime se soient servi de cette marge de manœuvre pour s’enrichir était masqué par le fait que le sort des pauvres s’améliorait réellement (ce qui n’est pas rien, surtout comparé à l’action des gouvernements soi-disant « socialistes » dans les pays riches comme la France).
Les masques tombent
La corruption des dirigeants était aussi masquée parce que l’attitude défiante du gouvernement chaviste vengeait les masses martyrisées depuis des décennies par la puissance des États-Unis d’Amérique et par une bourgeoisie locale raciste et arrogante. Mais le ver était dans le fruit parce qu’il n’a jamais été question ni d’encourager l’action indépendante des pauvres, ni de confisquer les immenses richesses de la bourgeoisie vénézuélienne et encore moins de les placer sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes.
L’effondrement des prix du pétrole a balayé ce rêve. « L’indé-pendance nationale » que représentait la référence à Bolivar est une illusion : la crise mondiale, en dehors du Venezuela, a tellement réduit la demande en matières premières que la rente pétrolière s’est tarie. Le sort des pauvres s’est considérablement aggravé. La pénurie en biens de consommation courante est telle que les grands magasins sont désormais gardés par l’armée et que les pillages se multiplient (166 depuis le début de l’année selon l’Observatoire vénézuélien de la conflictualité sociale). La corruption des dignitaires qui ne défendaient les masses que dans la mesure où cela leur offrait une place au soleil est apparue au grand jour.
Retour de bâton
Dans ces conditions, la bourgeoisie n’a pas besoin de mobiliser beaucoup de gens pour gagner des élections ou exercer une pression prétendument « dé-mocratique » sur un régime que plus personne ne souhaite défendre. Et lorsque Maduro pleurniche que les pénuries sont en fait organisées par les grandes compagnies commerciales qui lui sont hostiles, il dit vrai. Mais il ne fait que planter un dernier clou dans le cercueil des illusions qu’il représente : c’est bien parce que le régime n’a jamais cherché à déposséder les riches que la bourgeoisie a encore toutes ses griffes !
Les bienfaits des régimes latino-américains du Chili, du Brésil, de l’Argentine ou du Venezuela, la « gauche de la gauche » française – à commencer par Mélenchon – nous les présentait comme des exemples de ce que peuvent faire des « gouver-nements vraiment de gauche ». De même les Partis communistes de Guadeloupe et de Martinique ainsi que les organisations nationalistes, et aussi le GRS (Groupe révolution socialiste). Mais ces dits bienfaits reposaient sur les prix élevés des matières premières. Ces prix s’étant effondrés, les masques tombent.
Ces gouvernements échouent pour les mêmes raisons que Tsipras en Grèce a échoué (certes beaucoup plus vite, parce qu’en Grèce il n’y a ni pétrole, ni cuivre, ni canne à sucre). Il n’y aura pas de socialisme sans révolution. Et la révolution, cela signifie confisquer les immenses richesses de la bourgeoisie et les placer sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes.


Martinique : Super U Longpré : grève contre les licenciements

Les salariés du magasin Super U de Longpré au Lamentin sont en grève depuis le 24 mai. Ils bloquent les entrées du magasin. La trentaine d’employés s’oppose ainsi au plan social de la direction jugé injuste et ciblé contre certains personnels. La direction prévoit en effet de se débarrasser de neuf d’entre eux dont un délégué du personnel : 3 managers, 3 employés de caisse et 3 hôtesses de caisse. Après plusieurs rencontres avec leur syndicat, la CSTM, la direction s’est dite d’accord pour reclasser ces salariés dans une autre structure. Mais les emplois proposés ne correspondent pas à leur profil ! Au moment où nous écrivons, les travailleurs restent mobilisés.


Martinique : Grève à la BNP

Joceleme Privert président par intérimLes salariés de la BNP Paribas en Martinique ont entamé un mouvement de grève depuis le 19 mai, pour obtenir de leur direction le paiement d’une prime de 1 000€.  
Comme il fallait s’y attendre, les dirigeants de la banque ont déclaré que la demande était déraisonnable et ont proposé dans un premier temps 260 €. La réaction des salariés a été à la hauteur de la provocation. Ils se sont opposés à l’ouverture des agences de la banque. Méthode payante puisqu’au fur et à mesure des réunions de négociation, la proposition de la direction a évolué pour se situer à un moment à 320 € unilatéralement ou 350 € sous condition de signature des syndicats avec acceptation de clauses contraignantes. Plus tard, elle est parvenue à proposer 450 € lors des dernières réunions. Lundi 30 mai à midi, la mobilisation des salariés continuait.
La BNP est cette banque qui a transigé avec la justice des États-Unis en payant plusieurs milliards pour échapper à un procès qui aurait pu être plus onéreux pour elle. La BNP, c’est toujours cette banque qui, avec d’autres, saigne la population grecque en prélevant des millions d’euros d’intérêts. C’est cette même banque qui rançonne ses clients en prélevant toute une série de frais (intérêts, agios, tenue de compte, etc.).
C’est encore elle qui tous les ans annonce des milliards de profits et distribue des dizaines de millions de dividendes à ses actionnaires. La mobilisation des employés pour obtenir une prime qui ne constituerait qu’une petite partie de ce pactole est totalement justifiée.


Haïti : Les ouvriers ont arraché un salaire de 300 gourdes

Lors de la paye du 17 mai les ouvriers de la zone industrielle de Port-au-Prince attendaient que leur salaire quotidien passe de 240 gourdes (3,60 €) à 300 gourdes (4,60 €).  
Comme les patrons et le gouvernement ne se manifestaient pas, la colère est montée dans les entreprises de la zone industrielle. Après avoir manifesté devant leurs usines le mardi 17 mai, les ouvriers ont pris la rue le mercredi 18 mai. Allant d’usine en usine dans la zone industrielle ils sont arrivés jusqu’au Parc Sonapi (Société nationale de parc industriel) qui regroupe des dizaines d’entreprise de textile où travaillent plus de 15 000 ouvriers. Des centaines d’ouvriers ont appelé ceux du parc Sonapi à les rejoindre dans la grève marchante et à renforcer leur action.
Ils ont ainsi fait débrayer les ouvriers du parc en entier et ce sont plus de 10 000 ouvriers qui sont partis en manifestation en réclamant 500 gourdes (7,69 €) comme salaire minimum journalier, un ajustement du salaire qui correspond à la hausse du coût de la vie. Victoire Lundi 23 mai un arrêté présidentiel publié au Journal Officiel fixait le salaire minimum à 300 gourdes (4,60 €) à partir du 1er mai.
Le gouvernement a reculé devant la combativité des ouvriers du textile et le salaire des ouvriers d’autres branches a été augmenté. La bataille n’est pas finie car il faut maintenant imposer aux patrons de respecter ce salaire d’une part et sans augmenter les cadences ou les quotas d’autre part. Une autre lutte que les ouvriers s’apprêtent à mener en restant mobilisés.


Dans les entreprises

Pawol a travayè bannann
La loi El Khomri déjà appliquée par les planteurs
Les conditions de travail et les salaires varient d’une plantation à l’autre et dépendent beaucoup de la combativité des travailleurs de chaque plantation. Par exemple, le nombre de régimes à transporter pour une journée de travail est de 110 à la SA Bois Debout où les camarades sont organisés et se battent farouchement pour une amélioration des conditions de travail, de 140 à la SCA Fonds Cacao où Buttel a essayé dernièrement d’imposer 150, mais de plus de 150 à la SCA-Shangy où Dembas impose encore aujourd’hui ses quatre volontés. Mais il n’est pas dit que les camarades les moins combatifs vont continuer à se laisser faire !

L’Écho de l’Aéroport
Préavis de grève à la DGAC
L’ensemble des syndicats de la DGAC appellent à la grève les 3, 4 et 5 juin. Ils protestent contre une énième diminution des effectifs : 116 suppressions de postes prévues, plus de 10% depuis 2008. Ils exigent le maintien des effectifs et une juste répartition des primes.

L’Écho de Jarry
Gaddarkhan : machine en grève ?
Le 12 mai, jour de la mobilisation des travailleurs contre la loi Travail, la machine à enrobés est tombée en panne. Une bien drôle de coïncidence ! C’est fou, on dirait que même la machine a fait grève pour ne pas travailler 60 h par semaine, comme le voudrait la loi Travail…

L’Écho des Telecoms
Il faudra se battre pour des augmentations de salaire Les négociations salariales 2016 n’ont donc pas permis de faire augmenter sensiblement les salaires. Il fallait s’y attendre. Pourtant, Orange a réalisé 2,8 milliards de bénéfices en 2015 et a pu distribuer 1,8 milliards aux actionnaires. Il faudrait profiter des grèves actuelles en France pour entrer en grève en Guadeloupe, sur les salaires.


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