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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1156 du 4 juin 2016/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Affaire Marvin : un lycéen abusivement traîné devant les tribunaux

Jeudi 26 mai, une trentaine de personnes se sont rassemblées au tribunal de Basse-Terre pour soutenir Marvin. Cet élève du lycée Faustin Fléret de Morne-à-L’eau a été faussement accusé de soutien au terrorisme par sa professeure de français et le proviseur du lycée.  
Pour soutenir Marvin, il y avait les jeunes du journal Rebelle ! mais aussi des représentants de la CGTG, de Combat ouvrier, de l’UGTG, de l’UPLG et du Parti de Gauche. Plusieurs personnes de la population sont aussi venues, pour montrer leur soutien envers Marvin et sa famille, et pour dénoncer cette procédure abusive.
C’est en effet suite à un débat en classe, après les attentats de novembre, que Marvin se retrouve mis en cause. Par provocation, il a lancé à sa professeure « je suis pour le djihad». Il s’est ensuite avéré que Marvin ne savait même pas ce qu’était « le djihad ».
Faire un exemple Au lieu de lui expliquer calmement, arguments à l’appui, en quoi cette prise de position est une grave erreur et pourquoi, l’enseignante et le proviseur du lycée ont voulu faire de Marvin un exemple. Il a été traité comme un dangereux criminel, mis en garde à vue pendant 35 h, puis convoqué au tribunal. Lors de sa première convocation au tribunal de Pointe-à-Pitre, le 23 février, l’ensemble des lycéens de Faustin Fléret avaient fait grève pour soutenir Marvin.
Ce jour-là, son avocat avait pris la décision de déposer une QPC (question prioritaire de constitutionnalité), en arguant du fait que les poursuites contre Marvin vont à l’encontre de la liberté d’expression. Mais il ne s’agit même pas de liberté d’expression. Il s’agit tout simplement d’une petite bévue, voire d’une bêtise de jeune proférée par esprit de contradiction à l’encontre de son professeur.
L’audience du 26 mai à Basse-Terre avait pour but de dire si cette QPC est recevable ou non. Une fois de plus, le tribunal de Basse-Terre s’est tristement distingué, avec des pratiques dignes d’une justice coloniale. Convoqué à 9h avec sa famille, Marvin a dû patienter jusqu’à midi, en attendant debout à l’extérieur de la salle. Lorsque son tour est enfin arrivé, les trente personnes qui l’accompagnaient n’ont pas été autorisées à entrer. Le juge a prétendu que, pour une telle procédure, il n’est pas obligé que l’audience soit publique. C’est une violation du droit fondamental de chacun à bénéficier d’un procès public !
À l’intérieur, la procureure a lâché à Marvin : « vous n’avez pas commis de faute, mais la procédure est déjà lancée ». Les autorités savent très bien que Marvin n’a rien se reprocher. Mais ils ne veulent pas reculer.
Rendez-vous le 9 juin Le tribunal de Basse-Terre rendra sa décision concernant la QPC le 9 juin. Combat ouvrier et aussi le journal lycéen Rebelle ! appellent les travailleurs, les jeunes et la population en général à venir ce jour-là soutenir Marvin.


Il y a 80 ans : Juin 1936, la grève générale en France

En juin 1936, sous le gouvernement de Front populaire de Léon Blum, des grèves avec occupation d’usine s’étendent. C’est un sursaut du mouvement ouvrier après la période de reculs et de démoralisation suivant la crise économique de 1929 et l’accession d’Hitler au pouvoir en 1933 en Allemagne.  
Les prémisses Le 6 février 1934 des ligues fascistes, Camelots du Roi, Croix de Feu, etc. ont tenté un coup de force autour de l'Assemblée Nationale, en protestation contre la révocation du préfet de police Chiappe, lié à l'extrême-droite. Il y a eu plusieurs dizaines de morts dans l'émeute place de la Concorde. Le gouvernement Daladier a démissionné le lendemain.
Ces événements ont été un coup de semonce pour la classe ouvrière. Le 12 février 1934 un appel à la grève générale est lancé par la CGT (proche du Parti socialiste) et la CGTU (proche du Parti communiste). Les deux manifestations organisées à Paris ont fusionné près de la place de la Nation. À partir de ce moment, l'enthousiasme et l'esprit d'offensive sont revenus du côté des travailleurs. Les élections du 21 avril et du 3 mai 1936 donnèrent la victoire au Front populaire, la nouvelle alliance entre les Partis socialiste, communiste et radical, initiée après la chute du gouvernement du radical Doumergue, en automne 1934.
Un mois après les élections, la présidence du Conseil a échu à Léon Blum, dirigeant du Parti socialiste. Le Parti communiste soutint le gouvernement de l'extérieur. Avant le scrutin, Jacques Duclos, un des principaux dirigeants du Parti communiste, avait fixé les limites à ne pas dépasser : « Nous n'entendons pas laisser accréditer l'idée que le gouvernement de demain détruira le régime capitaliste. Non, non et non. Ce n'est pas nous qui demanderons ces choses... ».
Les sommets des partis de gauche, socialiste et communiste, ont donc choisi de ne rien changer. Derrière des phrases « de gauche », le statu quo a été maintenu et le patronat, dont le tout-puissant « Comité des Forges », n'avait rien à craindre de ce côté. Par contre, du côté des travailleurs, une vague de grèves sans précédent, qui culminera dans les premières semaines de juin 36, a éclaté dans tout le pays. Spontanément, comme un défi au droit de propriété bourgeois, les ouvriers ont occupé les usines.
La grève Le dirigeant révolutionnaire Trotsky pourra écrire, le 9 juin : «Ce qui s'est passé, ce ne sont pas des grèves corporatives, ce ne sont même pas des grèves. C'est la grève. C'est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs, c'est le début classique de la révolution ». Le mouvement, qui culmine dans les premières semaines de juin 36, a fait reculer patronat et gouvernement. Des patrons concédèrent des augmentations de salaire jusqu'à 35 %.
Des négociations centrales se sont engagées entre représentants patronaux et syndicaux et, dans la nuit du 7 au 8 juin, sont signés, sous l'arbitrage du nouveau gouvernement, les accords Matignon. Les travailleurs ont obtenu la reconnaissance du droit syndical, le principe des contrats collectifs, les délégués ouvriers élus, et des augmentations de salaire entre 7 et 15 %. Dans la majorité des entreprises les travailleurs refusèrent d'évacuer et de reprendre le travail. Le gouvernement recula encore, au delà de ce qui avait été concédé à Matignon. Le 11 juin il a fait voter la loi instituant le droit aux congés payés, le 12 celle sur les 40 heures par semaine. Rien de tout cela ne figurait dans le programme du Front populaire, dicté par le Parti radical. Ces conquêtes ouvrières sont à mettre au crédit de la grève, et d'elle seule.
Au lendemain des accords Matignon la direction de la CGT – réunifiée en mars 1936 – et celle du Parti communiste, ont pesé de tout leur poids pour obtenir la reprise du travail. Le 11 juin, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, déclarait : « Il faut savoir terminer une grève... ». Le reflux dès lors a été enclenché. Mais la classe ouvrière avait écrit une page d’histoire indélébile qui a compté et qui comptera encore dans l’avenir.  
L’avortement provoqué de la révolution ouvrière   Comme l’avait écrit Trotsky, la grève de juin 36 était déjà le début d’une révolution ouvrière en France. Une révolution qui n’eut pas lieu.  
À l’époque, le Parti communiste français, très influent dans la classe ouvrière, était totalement inféodé à la direction stalinienne qui, de Moscou, imposait ses ordres. La bureaucratie dirigée par Staline avait pris le pouvoir en URSS à partir de 1923. Le pouvoir ouvrier était vaincu sans pour autant que la bourgeoisie revienne au pouvoir en URSS. La bureaucratie stalinienne était une couche privilégiée parasitaire qui avait poussé comme une excroissance maladive sur le corps de la révolution ouvrière. Il s’est agi alors pour cette couche parasitaire de faire échouer, écraser par la bourgeoisie ou détourner toutes les révolutions ouvrières débutantes dans différents pays. Ce fut le cas en Allemagne, en Angleterre, en Chine, en France, en Espagne et ailleurs. La politique de Front populaire fut une manière d’enterrer la révolution en France. Le Parti communiste français fit tout pour que la montée et la colère ouvrières ne se transforment pas en révolution. Le Front populaire devait suffire à faire gagner quelques grandes avancées sociales comme les congés payés par exemple. Mais surtout, et les dirigeants staliniens français le dirent, il ne fallait pas remettre en cause le pouvoir de la bourgeoisie. C’est en ce sens que la politique de Front populaire fut une voie de garage. La bureaucratie stalinienne craignait que d’autres révolutions ouvrières finissent par remettre en cause son pouvoir de couche privilégiée en URSS et sa férule sur le mouvement ouvrier international. C’est aussi pour cette raison qu’elle élimina physiquement et méthodiquement des dizaines de milliers d’authentiques révolutionnaires dans les camps. Et parmi eux, tous ceux qui avaient préparé, organisé et mené la révolution d’octobre 1917 et la guerre civile contre les forces armées qui voulaient rétablir le pouvoir de la bourgeoisie en Russie et dans tous les États qui formèrent l’URSS.


Martinique : Lycée Schœlcher : nouveaux rebondissements

L’affaire du transfert des élèves du lycée Schœlcher continue de faire des vagues.
Suite au violent séisme survenu en novembre 2007 ce lycée présentait, selon l’architecte, de nombreuses fissures et l’effondrement du plafond d’une salle de cours. Les responsables administratifs du lycée avaient de leur côté attiré l’attention des autorités politiques de l’époque. En 2008, le Conseil régional dirigé par le « camp patriotique » décide sa démolition, mais le permis de construire déposé en mairie de Fort-de-France est contesté par la majorité du Conseil municipal, dont certains membres appartiennent au PPM et sont dans l’opposition au Conseil régional. En 2010, la nouvelle majorité arrivée à la Région, dirigée par le PPM, décide de réhabiliter les bâtiments de l’ancienne maternité de Redoute pour installer un établissement de transit dans l’attente de la reconstruction du lycée Schœlcher.
Nouveau rebondissement en décembre 2015, le PPM est battu aux élections de la nouvelle Collectivité par la coalition du « camp patriotique » et de la droite. La majorité de la CTM revient sur le projet du lycée de transit et envisage d’autres solutions d’installation pour les lycéens, avec la répartition de la communauté scolaire de Schœlcher sur la cité technique et le lycée de Bellevue. Les parents d’élèves, les lycéens et les enseignants de Schœlcher s’insurgent tout en présentant un contre-projet au Fort Tartenson. Cette proposition reste lettre morte.
Surgit alors la semaine dernière un nouveau projet du Préfet de Martinique Fabrice Rigoulet-Roze, c’est-à-dire de l’État. Il écarte pour des raisons de sécurité la solution préconisée par la CTM. On apprend sur les ondes le projet d’installation des élèves et professeurs au quartier Acajou au Lamentin où il existe déjà deux lycées différents. Résultat, aucun des projets ne recueillait d'approbation, ni du côté du lycée Schœlcher ni de celui du quartier d'Acajou. Les lycéens et la communauté scolaire du lycée Schœlcher devaient encore se prononcer sur cette énième proposition lundi 30 mai.
Renvoi de balle En réalité, les autorités de l’État, l’académie de Martinique et les chefs politiques de tous bords se renvoient la balle tour à tour pour défendre leur boutique, sans se soucier des attentes et des préoccupations des parents d’élèves, des enseignants et personnels et des élèves eux-mêmes.
Derrière ce micmac il transparaît qu'aussi bien l’État que la CTM auraient tout à gagner en ne reconstruisant pas le lycée Schœlcher. L’État, c'est-à-dire le rectorat, pourrait faire des économies budgétaires en réduisant les effectifs d’enseignants. Et pour la CTM, dont les membres ont le souci de jouer aux bons gestionnaires, cela ferait une belle économie car la reconstruction du lycée Schœlcher lui coûterait au minimum 80 millions d’euros.
En définitive ces hommes politiques, quelle que soit leur étiquette, n’ont en priorité qu’une ambition, celle d’être de bons gestionnaires au service de la bourgeoisie et des capitalistes locaux, et non d’être au service de la population.


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