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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1152 du 27 mars 2016/Quatrième page

Quatrième page

Allemagne : l’extrême droite n’est peut-être pas aussi forte qu’on le dit en France

Dimanche 13 mars avaient lieu en Allemagne l’équivalent de nos «régionales» dans différents États – les Länders – de ce pays fédéral. L’AFD («Alternative pour l’Allemagne»), parti d’extrême droite raciste, a fait une percée remarquée. Mais les conclusions que les politiciens et les médias français en tirent sont d’un cynisme écœurant. Il ne faut pas minimiser les succès de l’AFD : 12,6 % en Rhénanie-Palatinat, 15 % dans le Bade-Wurtemberg (deux Landers de l’ouest), et 24 % en Saxe-Anhalt dans l’ancienne Allemagne de l’Est beaucoup plus pauvre. Comme le Front national en France, ce parti est un ennemi mortel des travailleurs et du mouvement ouvrier et sa progression dans la population laborieuse est inquiétante. L’abstention ayant nettement diminué lors de ces élections, tout indique que ce sont les gens qui s’abstenaient d’habitude qui, cette fois, se sont tournés vers cette organisation surfant sur le racisme et sur la peur des plus pauvres que soi. En Allemagne, foyer du nazisme dans les années 1930, où pendant longtemps les idées chauvines et racistes étaient taboues parce que les gens savent là-bas à quelles horreurs elles ont conduit, l’émergence d’une extrême droite « décomplexée » est forcément le signe d’un profond désespoir. Mais titrer comme l’a fait la presse française que « la chancelière  Merkel est sanctionnée pour sa politique migratoire » est une insulte à la population allemande et à notre intelligence. Solidarité Depuis des mois, une partie significative de la population allemande s’est engagée d’une manière ou d’une autre dans l’accueil des réfugiés, leur apportant une solidarité précieuse pour rendre leurs conditions de vie supportables. Certes, comme tous les pays riches, ce que l’Allemagne a fait pour accueillir les réfugiés d’Afrique et de Syrie qui fuient désespérément vers l’Europe est insuffisant. Mais, il faut le reconnaître, sous l’impulsion de Merkel, elle a fait beaucoup plus que le gouvernement français. Chez nous, Hollande et Valls, pour ne pas trop déplaire à l’électorat FN, se sont montré d’un égoïsme et d’une inhumanité insupportables : le scandale de « la jungle de Calais » en est un exemple ! À y regarder de plus près, ce sont précisément les présidents de Länders, membres du parti de Merkel (la CDU) qui l’ont critiquée le plus durement sur une base raciste… qui ont perdu le plus de voix face à l’AFD ! Les partis qui s’en sortent le mieux sont au contraire ceux qui ont soutenu l’accueil – certes limité – des réfugiés. Il faut donc être profondément malhonnête pour affirmer, comme beaucoup d’intellectuels et des politiciens français qui se réjouissent secrètement de la montée de l’AFD : « c’est bien la preuve que si on France on avait accueilli les migrants on aurait fait le jeu du FN ». Capitulation Non ! Rien n’excuse la promotion d’actes ou d’idées qui divisent les pauvres et les travailleurs selon leur couleur de peau, leur nationalité ou leur religion. La percée de l’extrême-droite allemande est une mauvaise nouvelle pour tout le monde, en Europe et ailleurs. Mais s’en servir pour excuser en France toutes les capitulations devant les idées réactionnaires et xénophobes est une forfaiture !


Attentats de Bruxelles, une barbarie sanglante produit d'une société barbare.

Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 ont fait, à l'heure où nous écrivons, plus de trente morts et des dizaines de blessés dont les blessures sont souvent très graves, - amputations, surdités, etc. Ces attentats, à l'aéroport de Zaventem et dans la station de métro de Maelbeek, ont semble-t-il été revendiqués dans la journée même par Daesh - l'Etat Islamique – qui avait déjà revendiqué les attentats de novembre dernier à Paris, et ceux de janvier 2015, toujours à Paris, contre le journal satirique Charlie Hebdo et l'Hyper Casher. Il est en tout cas vraisemblable que ces nouveaux actes terroristes soient imputables à une mouvance djihadiste, qu'il s'agisse de Daesh ou d'Al Qaïda ou d'une autre encore. Il se confirme donc que parmi les jeunes, et moins jeunes, des grandes villes d'Europe, un nombre non négligeable d'individus sont sans perspective réelle au point de risquer leur vie, voire la sacrifier délibérément, pour faire couler le plus de sang possible. C'est barbare et fou, bien sûr, mais cette barbarie et cette folie ne sort pas de rien. Elle se nourrit de la violence généralisée engendrée par la société actuelle. Depuis des années le Moyen-Orient est mis à feu et à sang par les armées de grandes puissances, dont tout le monde sait qu'elles sont mobilisées surtout pour défendre les intérêts de grosses sociétés pétrolières. Cette violence là est, bien sûr, un terrorisme à grande échelle exercé sur des populations entières. Cela n'empêche pas la majorité des politiciens, aux postes gouvernementaux ou pas, de la présenter comme «normale». Ils sont suivis en cela par les commentateurs des grands médias, de prétendus intellectuels pisse-copies, les représentants des Eglises, etc. La violence des guerres, et les tombereaux de mensonges déversés pour justifier, tout cela est révoltant. Alors pourquoi s'étonner qu'une partie de la jeunesse soit révoltée. Quand cette révolte s'exprime par le terrorisme, elle est naturellement vaine, barbare et donc condamnable sans hésitation. Oui le mouvement ouvrier condamne le terrorisme. Comme il condamne la violence des guerres fomentées par nos gouvernants, mettant en jeu des moyens d'une bien plus grande envergure que ceux utilisés par les terroristes de Bruxelles ou de Paris. La condamnation ne suffit pas. Elle est élémentaire, ne serait-ce que par solidarité avec les victimes des attentats, mais est incapable de mettre fin à la spirale de violence folle dans laquelle est engagée la société. Pour mettre fin à la violence, il faudra jeter à bas la société capitaliste dans laquelle elle prospère. Là est la tâche urgente du mouvement ouvrier !


Brésil : crise politique sur fond de corruption

Joceleme Privert président par intérimLe 13 mars, plus de 3 millions de personnes ont manifesté dans plusieurs villes du Brésil dont plus d’1 million à Sao Paulo. Les organisateurs avancent le chiffre de plus de 6 millions. L’opposition de droite qui a organisé cette manifestation dénonce la corruption au sein du gouvernement et réclame l’arrestation de Lula, l‘ancien président. Lula est aujourd’hui accusé de détournement de fonds publics, blanchiment d’argent et corruption. Comme d’autres partis politiques, son parti, le PT, est touché par le scandale de Petrobras. Cette compagnie pétrolière nationale surfacturait les contrats passés avec des entreprises du BTP. Cela permettait d’alimenter les caisses noires de partis politiques et de politiciens, pour des montants s’élevant à plusieurs milliards d’euros. D'autres manifestations ont également eu lieu lorsque la présidente Dilma Rousseff a nommé Lula chef de cabinet du gouvernement. Pour l’opposition, cette nomination est une manœuvre pour que Lula échappe à la justice en bénéficiant de l’immunité attachée à ce poste de ministre. Des partisans de Lula et du Parti des Travailleurs (PT) ont également manifesté pour porter leur soutien à l’ex président qui a gouverné le pays de 2003 à 2010. Lula en effet, lorsqu'il était président, a pu mener au début une politique de créations d’emplois et d’augmentation des revenus en bénéficiant d’une reprise économique. Mais la crise s’est installée depuis. Le chômage a augmenté. L’inflation en janvier 2016 a augmenté de 1,27%. En février elle a augmenté de plus de 1,42%. La population a de plus en plus de difficultés à vivre. Sur fond de recul social, comment cette crise politique va-t-elle évoluer ? Ni le retour de Lula, ni son renversement et celui de Dilma Rousseff par les opposants ne sont une garantie pour l’avenir.

LULA Luis Ferreira da Silva, surnommé Lula, a été le président du Brésil de 2003 à 2011. Né dans une famille pauvre et nombreuse, il quitta l’école à 10 ans pour exercer de petits métiers de rue. À 14 ans, il fut embauché comme tourneur dans l’industrie automobile. Ouvrier métallurgiste, il devint en 1975 le président du syndicat de la métallurgie. Il participa à la fondation du Parti des Travailleurs (PT) en 1980 et de la centrale syndicale CUT (Centrale des travailleurs unis) en 1983. Il dirigea les grandes grèves de 1978 qui ont précipité le déclin de la dictature militaire. Il se présenta aux élections présidentielles en 1989, puis en 1994 et 1998. Il fut élu en 2003, puis réélu en 2006. Ne pouvant se présenter à un troisième mandat, il soutint la candidature de Dilma Rousseff.


Haïti : pas de fatalité dans l’explosion de Hinche

Sept personnes ont été brûlées vives et une trentaine d'autres grièvement blessées jeudi 17 mars lors de l'explosion d'un camion-citerne. Cela s’est passé à Hinche une ville de province à 110 km au nord de Port-au-Prince. Lors des manœuvres pour livrer le carburant, le camion a heurté un mur et du carburant s’est répandu sur la chaussée. Autour de la station il y avait des marchandes de « manjé kuit », cuisant des repas sur des réchauds à même la rue. C’est ainsi que le carburant s’est enflammé et le feu s’est propagé aux maisons avoisinantes. La ville de Hinche n'a aucun service de lutte contre les incendies, comme la plupart des villes de province et ce sont les militaires de l’ONU qui ont arrêté la propagation. La presse locale parle de fatalité, mais dans ce pays pauvre il s’agit du résultat de l’exploitation capitaliste sans limite. D’un côté les pauvres, les travailleurs se débattent pour joindre les deux bouts, comme les marchandes de « manjé kuit » ou le chauffeur qui roule avec un camion qui n’est pas aux normes. De l’autre les patrons, les bourgeois font du profit et spéculent sur le cours des monnaies. Ils ont à leur service une bande de politiciens qui se bousculent pour se remplir les poches et ne se préoccupent pas des services publics.


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