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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1151 du 12 mars 2016/Première page

Première page

Editorial: Refusons la « Loi travail »

ZoomMercredi 9 mars, à l’heure où nous écrivons les rassemblements contre cette loi scélérate ont commencé en France. La presse annonce plus de 35,5% de cheminots en grève.
C’est déjà un bon chiffre. Des centaines de lycéens commencent à manifester. En Guadeloupe, Combat Ouvrier et le journal étudiant et lycéen Rebelle ! ont appelé à un rassemblement sur la place de la victoire à Pointe-à-Pitre à 14h. Et même si aujourd’hui les manifestations ici et en France ne sont pas encore à la hauteur de ce qu’il faudrait - cela dit, on verra - Il y aura une nouvelle mobilisation et une grève le 31 mars. Nous y appellerons encore. Le projet de « loi travail » du gouvernement est une nouvelle attaque contre les travailleurs. Nos parents s’étaient battus pour réduire la durée de la semaine de travail à 40, 39 puis 35 heures. Avec cette loi, les 35 h n’existeront plus que sur le papier : les gros patrons pourront, par simple décision, augmenter la durée du travail à 48 h par semaine, voire à 60 h avec l’accord du ministère du Travail. Et les heures supplémentaires ne seront plus payées que 10 % en plus. Nos grands-parents et même nos arrière-grands-parents s’étaient battus pour limiter la journée de travail : « huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de sommeil », tel était le slogan des grands mouvements qui donnèrent naissance au 1er Mai dans les années 1890. Si la loi passe, le grand patronat pourra, comme ça lui chante, porter la journée de travail à 12 heures. Avant les enfants étaient un peu protégés des travaux pénibles. Désormais même cette petite protection saute, ce qui nous ramène à 1892 !
La « loi travail » est une véritable incitation au licenciement. La loi limite les indemnités auxquelles les travailleurs auront droit si on les licencie sans raison, parce qu’ils ne courbent pas assez l’échine, ou pour leurs sœurs, parce qu’elles ne sont « pas assez gentilles » avec le chef… Pire, le peu d’indemnités qu’on leur donnera dépendra seulement de leur ancienneté : trois misérables mois de salaire maximum s’ils ont moins de deux ans dans l’entreprise et même s’ils sont licenciés parce qu’ils ont osé dire non à un patron harceleur. En Guadeloupe et en Martinique, avec six jeunes sur dix au chômage, il n’est pas difficile de deviner ce que ça donnera : ils pourront jeter les travailleurs, les uns après les autres, comme des kleenex ! Si cette loi passe, ils leur marcheront dessus ! Cette semaine, le gouvernement a fait mine de reculer pour revoir sa copie (en fait, il n’a fait que reporter de 15 jours l’examen de la loi). Ne nous faisons aucune illusion : ce projet de loi « El Khomri » – du nom de la nouvelle ministre du Travail – est en réalité dicté par le Medef, le syndicat des gros patrons. Et ils ont soif de cette « loi Medef » ! Tout simplement parce qu’elle rend légales toutes les sales mesures qu’ils essayent déjà de prendre en douce…
Jeunes : si cette loi passe, tout deviendra encore plus dure pour vous. Moins jeunes : vous devrez accepter les conditions plus draconiennes qui seront imposées non seulement à vous, mais à vos enfants sous peine d’être licenciés à votre tour.
Aux Antilles, nous avons bien des raisons supplémentaires de manifester. L’exploitation capitaliste se double de la persistance des séquelles coloniales : arrogance et mépris des descendants d’esclavagistes, les gros békés et autres patrons, salaires plus bas qu’en France, chômage trois fois plus élevé, un coût de la vie bien plus important.
La nouvelle loi travail est un nouveau coup très rude qui s’ajoute à l’oppression que nous subissons. Selon un sondage BFM Business, les deux tiers des Français sont contre cette loi : ils ont raison !


CHU Pointe-à-Pitre-Abymes : un hôpital à l’abandon

La politique désastreuse du gouvernement qui consiste à puiser dans les caisses de l’État aux profits des capitalistes et au détriment des services publics utiles à la population, met le CHU en péril.
Cela a commencé avec la T2A, la tarification à l’activité, qui a fait de l’hôpital un supermarché où la santé doit rapporter des bénéfices. La fin du financement des hôpitaux publics par l’État oblige ces derniers à passer par des marchés financiers pour financer leurs investissements. En grande difficulté, les hôpitaux ne doivent pas seulement soigner les malades, mais aussi dégager des profits pour les banques. En effet, si les hôpitaux publics restent publics, au sens où ils n’ont pas d’actionnaires privés, et donc ne versent pas de dividendes, en revanche, ils paient des intérêts de plus en plus élevés aux banques. Et, en réalité, c’est pour dégager l’argent nécessaire à payer ces intérêts qu’on réorganise en ce moment sur le dos du personnel et des patients. De 50 millions en 2013, le déficit du CHU Pointe-à-Pitre-Abymes est passé à 87 millions en 2015.
Pour résorber ces millions, 70% de la dette devra être payée par le personnel, et dès maintenant, cela se traduit par la suppression de postes, par le fait qu’il n’y a pas d’embauche sur les postes vacants. Les départs à la retraite, les congés de longue durée ne sont pas remplacés. Il y a donc un manque crucial de moyens humains aux lits des patients. Les heures supplémentaires et la dépression sont le lot quotidien du personnel soignant.
Les économies, c’est aussi la fermeture-fusion de services, le non- renouvellement du matériel et le manque de maintenance des équipements. Le tableau de l’hôpital, ce sont les ascenseurs déficients, la climatisation régulièrement en panne, un parc automobile dangereux, les véhicules de fonction qui ne sont pas révisés. Quant aux locaux : les voiries sont défoncées, les murs des couloirs sont sales et abimés, il y a partout des infiltrations d’eau, des sols sont crevassés dans les services.
Les personnes chargées de l’hygiène ne disposent parfois pas même de quoi laver le sol ! En raison de la climatisation en panne ou mal réglée, la chaleur est étouffante dans certains services, le froid insupportable dans d’autres. Sans parler des intrusions de rodeurs, voleurs, fous en errance avec comme corollaires les agressions sur le personnel.
Le plus grave c’est le manque de produits et de fournitures aux lits des malades qui compromettent la qualité des soins : des interventions chirurgicales par exemple sont régulièrement annulées faute de matériel.
Malgré le paiement de leur ticket modérateur, qui ne cesse d’augmenter, les patients manquent de tout, draps, couettes, oreillers, aliments, médicaments, matériels de soins.
Les lits sont cassés. Il y a rupture de stock de tout, mais au-delà du problème financier, il y a l’incompétence et le laisser-aller des « gestionnaires » du CHU de Pointe-à-Pitre-Abymes qui n’anticipent pas les besoins de l’hôpital pour son bon fonctionnement. Il est temps que personnel soignant et population manifestent leur mécontentement afin que tout cela change et vite !


Martinique : Procès Marie-Jeanne : le bal des hypocrites.

Mercredi 2 mars 2016, Alfred Marie-Jeanne (président de la Collectivité Territoriale de Martinique), sa fille Maguy et le compagnon de cette dernière étaient convoqués devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France. Les faits reprochés remontent à l’époque où Marie-Jeanne était président de Région.
Les délits visés sont : « prise illégale d’intérêt, faux et usage de faux » dans l’affaire du financement d’une opération de coopération régionale portant sur la construction ou la réparation d’écoles à la Dominique et à la Grenade après passage de cyclones. C’est un informateur anonyme, Green Parrot [perroquet vert, en anglais], qui avait révélé à l’autorité judiciaire les «irrégularités» de certaines délibérations de l’ancien Conseil régional.
Cette affaire a pris l’aspect d’une poursuite de la guéguerre entre le MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) de Marie-Jeanne, victorieux des dernières élections à la Collectivité unique de Martinique et le PPM de Letchimy, perdant de l’élection (PPM = Parti progressiste martiniquais fondé par le défunt Aimé Césaire).
Ce dernier a profité de la situation pour redoubler de critique envers Marie- Jeanne et ses amis. Le procès a été renvoyé au 9 novembre, le temps de permettre aux adversaires d'Alfred Marie-Jeanne de se constituer partie civile en tant que contribuables.
Les magouilles électorales terminées, l’eau trouble demeure et c’est dans cette eau là que les politiciens des deux camps continuent de se vautrer.


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