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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1150 du 27 février 2016/Première page

Première page

Editorial: Réforme du code du travail. L’arsenal des mesures contre les travailleurs est renforcé !

ZoomLe projet de loi sur le code du travail qui sera présenté par la nouvelle ministre du travail, Myriam El Khomri, est une nouvelle attaque frontale contre les travailleurs. Le gouvernement l’a écrite sous la dictée du MEDEF, le plus puissant syndicat patronal.

Toutes les limitations de la durée du temps de travail sautent. Par accord d’entreprise, la durée maximale pourrait être portée à 12 h par jour et à 48 h par semaine. Et avec accord de l’inspecteur du travail, elle pourrait même aller jusqu’à 60 h.

Les 35 heures n'existent plus que sur le papier. Les heures supplémentaires seront de moins en moins payées puisque la majoration légale descendrait à 10%, et puisqu’il deviendrait possible de les comptabiliser sur une, deux, voire trois années.

Les indemnités prud’homales seront considérablement réduites. Les allocations chômage seront réduites. En donnant la possibilité aux accords d’entreprise de fixer des droits inférieurs à la loi, le projet sonne la fin de la loi valable pour tous les travailleurs. Il ouvre les portes à la généralisation du chantage patronal. Si les syndicats refusaient d’exaucer les quatre volontés patronales, il y aurait… le référendum d’entreprise.

La démocratie ça ? Les référendums ne sont pas envisagés pour demander l’avis des salariés sur les cadences ou les augmentations de salaires. Ils sont utilisés pour faire du chantage aux licenciements et pour forcer les salariés à abandonner le peu de droits qu’il leur reste. Beaucoup d’entreprises se sont servies de la crise pour imposer des accords de compétitivité avec suppressions d’emplois et de RTT, avec blocage des salaires, allongement de la durée du travail et généralisation de la précarité. Depuis, elles ont restauré leurs marges et leurs carnets de commandes et servent grassement les actionnaires. Mais ce sont les travailleurs qui font les efforts et qu’est-ce qu’ils y gagnent ? Le droit de faire de nouveaux sacrifices. Avec cette réforme du Code du travail, Hollande et Valls ouvrent les vannes et autorisent le patronat à y aller encore plus fort contre les travailleurs.

Si nous laissons faire, aucun salarié n’y échappera. Et pas même ceux qui croient avoir déjà touché le fond de la précarité, parce que l’exploitation n’a pas de limite. Hollande se démène pour rendre un ultime service au grand patronat. Discrédité pour discrédité parmi les travailleurs, il est décidé à faire le sale boulot demandé par le patronat jusqu’au bout. Jusqu’à faire ce que même la droite n’a jamais osé. C’est ce que l’on appelle un serviteur dévoué !

Pas étonnant que les patrons se sentant si soutenus en arrivent comme Damoiseau en Guadeloupe à vouloir faire signer aux travailleurs un accord infantilisant, stipulant qu’ils ne feront plus de grève, ce qu’ils ont bien sûr refusé. Pas étonnant que sur les plantations de banane les patrons békés ou «neg a blan» traitent les travailleurs toujours plus comme des esclaves. Pas étonnant que les frères Despointes de Carrefour Milenis aient osé traduire la CGTG en justice pour avoir déclaré la vérité : qu’ils tiraient leur fortune de leurs ascendance esclavagiste d’il y a deux siècles.

Pas étonnant qu’ils trouvent aussi des juges complaisants. Pas étonnant non plus que cette même «justice» de classe inflige plusieurs mois de prison ferme aux travailleurs de Goodyear en France.

Oui, l’arsenal des mesures anti ouvrières enhardit les patrons et la justice de classe. Et ils frappent, ils cognent sans mesure sur les travailleurs.

Alors, la seule chose que l'on puisse espérer de cette loi, c'est qu'elle fasse exploser la colère du monde du travail et débouche sur une mobilisation générale à la hauteur de la provocation.


Guadeloupe : Affaire Marvin ou des pédagogues d’une rare bêtise !

Mardi 23 février, Marvin, un élève de 16 ans du lycée Faustin Fléret de Morne-à-l’Eau était convoqué devant le juge des enfants à Pointe-à-Pitre. Lors d’une discussion dans sa classe, il avait dit une grosse bêtise par esprit de contradiction, à savoir qu’il était pour le Djihad. Plus tard, son entourage se rendit compte qu’il ne savait même pas ce qu’était le Djihad. Sans même discuter, son professeur de français en a référé au proviseur qui en a référé au recteur. Et la machine administrative, policière et judiciaire fut enclenchée. Ce jeune fut interpellé chez lui, emmené par les gendarmes et, menottes aux mains, mis en garde à vue pendant 35 heures.

Au tribunal, le juge a finalement suspendu la procédure, les avocats de Marvin ayant fait un recours auprès du Conseil Constitutionnel en précisant qu’il y avait eu atteinte à la liberté d’expression et que ce jeune avait été piégé. En effet, il semble que Marvin n’était pas dans les petits papiers de son professeur de français. Ce dernier l’aurait provoqué en insistant lourdement pour le faire parler. Et c’est sans doute par malice que l’élève a cru bon de formuler la bêtise de déclarer qu’il était favorable au Djihad.

L’avocat a également souligné que d’autres jeunes qui avaient fait les mêmes déclarations n’avaient pas été poursuivis. Une cinquantaine de personnes étaient mobilisées devant le tribunal pour soutenir Marvin. Plusieurs représentants d’organisations syndicales et politiques sont venus manifester leur solidarité.

La famille de Marvin avait fait également le déplacement ainsi que des voisins. Nos camarades du journal Rebelle et de Combat Ouvrier avaient organisé cette mobilisation. A leur initiative, une réunion avait eu lieu à Port Louis, le samedi 20 février avec la famille et les voisins. De même, eut lieu une conférence de presse le lundi 22. Le jour de l’audience, mardi 23, les lycéens du lycée Faustin Fléret de Morne-à-l’eau ont fait grève en soutien à Marvin.

Le lycée a été fermé. Une délégation de ces lycéens est venue soutenir leur camarade avec des pancartes devant le tribunal. Marvin a reconnu ses erreurs. Mais au lieu d’en discuter en classe, prof et proviseur, en parfaits crétins, ont déclenché contre lui tout un appareil répressif policier et judiciaire ! Et c’est plutôt comme cela que de tels personnages fabriqueront de vrais djihadistes !


Martinique : Les pompiers mobilisés

Les pompiers et les salariés administratifs du SDIS (Service Départemental d'Incendie et de Secours) ont fait entendre leur voix en ce mois de février. Le non-paiement, en temps et en heure, de leur paie de janvier a en effet sonné comme une sirène d'alarme. En grève le 11 février, ils ont défilé dans les rues de Fort-de-France. Le lundi 15 février, jour de rentrée scolaire après les vacances de Carnaval, ils ont organisé une opération «môlôkoy» (tortue) sur l’autoroute. Malgré les embouteillages ils ont eu en général le soutien des automobilistes. Mardi 16 les pompiers s'invitaient à la commission plénière de la CTM (Collectivité territoriale de la Martinique).

Le 17, ils se présentaient pour rencontrer l'association des maires de Martinique. Aucun accord n'ayant pu être signé, les pompiers laissaient entendre que de nouvelles manifestations auraient lieu la semaine suivante. Pour mieux comprendre ce mouvement de colère, il faut savoir que le SDIS est soumis à un sous-financement chronique. Beaucoup de mairies, confrontées à la baisse des dotations de l'État ont réduit ou suspendu leur contribution au SDIS.

Le Conseil Général et la Région se sont accommodés de la situation, et sans le mouvement actuel des salariés la nouvelle CTM aurait bien évidemment fait de même. Une avance de la CTM a permis le versement des salaires de janvier. Mais les 8 millions de contributions communales dues vont-elles rester impayées ? Et concernant les conditions de travail et de sécurité publique, les autorités laisseront-elles celles-ci se dégrader encore ? Les pompiers dénoncent les casernes repoussantes, les 17 ambulances, 12 engins-feux, la grande échelle de secours en hauteur et le fourgon mousse, en panne, et 80 véhicules, sans contrôle technique ! Ils réclament des moyens décents pour travailler.


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