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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1149 du 13 février 2016/Quatrième page

Quatrième page

Turquie : les travailleurs de Renault Bursa reprennent la lutte

ZoomLe mouvement revendicatif pour des augmentations de salaires a repris depuis le mois de janvier à l’usine Renault de Bursa, zone industrielle située au sud d’Istanbul. Au mois de mai 2015, une grande grève commencée dans cette usine avait gagné l’ensemble du secteur automobile et de la métallurgie, entrainant des usines regroupant plusieurs dizaines de milliers de travailleurs, avec comme principale revendication l’augmentation des salaires. Le pouvoir d’achat déjà très limité des travailleurs avait encore baissé, du fait d’une forte inflation et de la baisse de la valeur de la livre turque par rapport à l’euro et au dollar. La grève victorieuse avait permis d’obtenir des primes et récemment, le gouvernement sous la pression ouvrière, a augmenté le salaire minimum, qui passe de 1000 à 1300 livres turques (environ 350 euros). Cependant, il n’y a pas d’augmentation pour les salaires supérieurs à 1300 livres, et l’inflation qui se développe ronge tous les salaires. Les travailleurs de Renault Bursa ont donc repris leur mouvement. Ils réclament une augmentation de tous les salaires et la suppression des heures supplémentaires qui sont quasi obligatoires. Ils manifestent après le travail, tous les lundis et mercredi, et cela pour chacune des équipes : matin, après midi et soir. Ils se regroupent également en rentrant au travail, en vérifiant qu’aucun d’eux n’a été licencié. A l’entrée comme à la sortie, les cortèges organisés et impressionnants par leur nombre et leur détermination reprennent des slogans exprimant leurs revendications. La production est déjà pénalisée, avec des voitures qui sortent des chaines inachevées. La hausse des prix et les bas salaires touchent durement l’ensemble de la classe ouvrière. Ce sont donc tous les travailleurs qui suivent avec attention le mouvement de Bursa.


Jamaïque : campagne électorale pour le vote du 25 février.

Portia Simpson Miller, Premier ministre de la Jamaïque suite aux élections du 29 décembre 2011, leader du PNP, People’s National Party (Parti national du peuple), a annoncé que les prochaines élections générales se tiendront le 25 février 2016. Elles se tiendront avant la date limite de son mandat. Cette femme a été plusieurs fois ministre depuis 1976. Depuis 1944 et 17 scrutins, deux partis qui se déclarent de gauche alternent au pouvoir, le PNP et le Jamaica Labour Party, JLP, (parti travailliste de Jamaïque). Un sondage effectué à la mi-janvier serait favorable au PNP. Le parti d’opposition actuel, le JLP aurait 22,3% des intentions de vote contre 27,5% au PNP. Mais 17,4% des consultés ne se prononcent pas et les 22,3 % autres déclarent qu’ils ne voteront pas. Le PNP bénéficie de circonstances favorables, le prix en chute libre du baril de pétrole dans un pays non producteur de pétrole. Il s’enorgueillit de créations d’emplois, de baisse des factures d’électricité, de prix bas à la pompe et demande un second mandat aux électeurs. Mais sa cote n’est pas due à la politique menée depuis 4 ans. En effet d’après un rapport de janvier 2016 de la Banque mondiale le gouvernement de Portia est un bon élève. Il a augmenté les impôts (taxes à la consommation), diminué la masse salariale du secteur public et les dépenses de fonctionnement. Cela signifie des emplois supprimés, des services publics moins performants, tout ce qu’exigent les FMI et Banque mondiale pour accorder des prêts aux états en difficulté. De fait, la dette de la Jamaïque au Venezuela pour la fourniture de carburant pourra être enfin payée. Des capitalistes bénéficieront de la manne de la Banque mondiale qui annonce que l’économie va croitre de 2,1% en 2016, 2,4% en 2017 et 2,6% en 2018. Cependant le chômage est toujours important : 13,2%, en particulier celui des jeunes. De ce fait la campagne bat son plein entre les deux partis qui promettent, s’ils sont élus…, des créations d’emplois : 250 000 pour le PLP et «au moins 100 000» pour le PNP qui assure en avoir déjà créé 60 000. Les deux partis annoncent aussi de grands projets pour la distribution de l’eau, les réparations de routes, les logements, l’agriculture, ce qui donne une idée des difficultés que rencontre une partie de la population. Ces deux partis malgré leurs déclarations «socialistes» sont dirigés par la petite bourgeoisie et le sondage montre aussi la méfiance des plus démunis, la population noire et pauvre. Des crimes politiques ont déjà marqué cette campagne. La Jamaïque souffre toujours de l’existence de gangs «politiques» qui bénéficient d’impunité, sont souvent armés par des partis politiques en échange de leurs votes et ceux des populations de leurs ghettos.


Martinique : Février 1900, grève générale dans la canne. Fusillade au François

Début février 1900, une grève se développe sur les habitations du Nord : Sainte-Marie, Marigot, Lorrain. C'est une grève marchante. Les grévistes, réclamant 2 francs pour une tâche de 300 pieds de canne coupés, se déplacent d'usine en usine. Le 6 février c'est l'extension sur la côte Est. Le travail cesse à Trinité, Lorrain, Bassignac puis dans la plaine du Lamentin. Le 7 le mouvement gagne des habitations au Robert et vers le Nord à Basse-Pointe et Macouba. Au Sud il s'étendra jusqu'à Rivière Salée et Sainte-Luce (usine Trois-Rivières). Le 8, près du pont Abel, un groupe de grévistes se dirigent vers l'entrée de l'usine du François. Là, les attendent seize hommes de l'infanterie, commandés par le lieutenant Kahn. Sans sommation, il fait feu, ainsi que ses hommes. Neuf grévistes sont tués, un dixième décédera plus tard, il y a douze blessés, gravement. Le docteur Clément, maire du François, parlera «de l'exécution du 8 février». Avec courage les grévistes ne s'avouent pas vaincus. Dans les jours suivant le 8 février la revendication des 2 francs est réaffirmée sur bon nombre de plantations. Le 13 février un accord est signé à Fort-de-France pour les grévistes du Nord, sur la base de 1,25 francs, sans mettre généralement fin à la grève. Il faut dire qu'aucun gréviste ne faisait partie du «comité d'arbitrage» où les travailleurs sont représentés par des personnalités de la bourgeoisie de couleur. La grève continue de plus belle vers le Sud, notamment sur les possessions de la famille Hayot. Un autre accord local a été sur le point d'intervenir à Rivière-Salée le 14, sur une base supérieure à celui conclu deux jours auparavant pour le Marigot et Sainte-Marie. Là, dix délégués ont été désignés par les grévistes. La délégation comprend des travailleurs des champs et de l'usine. Elle négocie devant 2000 grévistes. La partie patronale cède sur les 2 francs mais pour la coupe des cannes seulement, et déclare «abandonner les travaux en cours» ce qui revient à brandir la menace du chômage. La grève continue donc. Le 15 le gouverneur provoque la reprise des négociations, qui donneront satisfaction aux grévistes qui cependant ne reprendront le travail que le lundi 19. Tous les salaires sont augmentés de 50 %, et les tâches journalières diminuées. (Par exemple pour la coupe 20 piles de 20 paquets – au lieu de 25 – de 10 tronçons). A d'autres endroits la grève durera jusqu'au 23 février. C'est le cas notamment à Basse-Pointe, Ajoupa-Bouillon et au Lorrain. La grève cesse par lassitude, sur la base de l'accord conclu pour le Nord. En l'absence d'organisation représentant l'ensemble des grévistes, les patrons reprennent rapidement un peu partout une partie du terrain perdu. Certains pratiquent le lock-out. A Rivière-Salée, les Hayot imposent la réduction des travaux et la diminution d'un tiers du personnel. Parmi les lock-outés on reconnaît deux des signataires de l'accord de Rivière-Salée. Cette grève de février 1900, première grève générale en Martinique, a touché les régions les plus importantes économiquement. Dans celles-ci la quasi-totalité du prolétariat agricole y a participé. Deux camps bien tranchés se sont affrontés. En ce sens, par delà ses résultats immédiats, cette grève laisse entrevoir les développements ultérieurs du mouvement ouvrier en Martinique. En 1931 Léona Gabriel a composé et interprété une chanson devenue traditionnelle sur ces événements. «Maman la grev baré mwen». Elle peut être écoutée en suivant le lien internet : https://www.youtube.com/watch?v=887rj8WPD2k Une anecdote  révélatrice : En décembre 1911, à l’enterrement de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx et écrivain et militant socialiste, Juvénal Linval, l’un des fondateurs du groupe «Jean Jaurès» qui fut à l’origine du Parti Communiste martiniquais rencontra Lénine qui lui dit «vous êtes de la Martinique ? Le pays des vaillants ouvriers du François».


Syrie : la population continue à payer le jeu des grandes puissances

L’armée syrienne a encerclé une des capitales économiques du pays, Alep, qui est aussi le centre de l’insurrection armée contre le régime de Bachar el-Assad. Cette ville est disputée par l’armée du dictateur soutenu par la Russie, par les opposants à Bachar el assad que sont l’ «armée syrienne libre» et le Front Islamique soutenus par les occidentaux, et par le Front Al-Nosra (Al Qaeda). Ce «front» est financé par l’Arabie Saoudite alliée des occidentaux et par l’État islamique, organisation terroriste directement issue de l’intervention américaine en Irak… La population civile subit les exactions de ces groupes depuis près de trois ans. Les derniers événements ont à nouveau jeté sur les routes des milliers de personnes qui se massent à la frontière turque pour tenter de fuir les bombardements et les tueries.


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