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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1149 du 13 février 2016/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : La dette des hôpitaux, ce n’est pas celle des agents

L’une des revendications de l’intersyndicale de la Santé est «l’effacement de la dette des hôpitaux». Le gouvernement, l’ARS (Agence régionale de santé), les directions leur servent sans arrêt la question de la dette des hôpitaux de Martinique et notamment celle du CHUM (Centre hospitalier universitaire de la Martinique) qualifiée d’abyssale. À chaque fois, les responsables syndicaux ont droit à de savants calculs, des plans et des préconisations d’experts pour évaluer le rythme de résorption de la dette. Les agents qui affirment avec force leurs revendications pour des effectifs et des moyens matériels, sans passer du temps à chercher des solutions à «la dette» avec les dirigeants de la santé, ont bien raison. Lors de son intervention du jeudi 4 février, dans le hall de l'hôpital Pierre Zobda-Quitman, la secrétaire générale de la CGTM, Ghislaine Joachim-Arnaud, a clairement indiqué que la question de la dette concerne le gouvernement et les choix qu’il fait. En effet, la dette publique fait partie des mécanismes de l’économie officielle. C’est une question qui ne dépend nullement des personnels. C’est l’État qui décide ce qu’il rembourse ou pas, quand et à qui. L’exemple de la dette de l’État français le montre. Elle est équivalente au budget de l’État, dépassant actuellement les 2100 milliards d’euros. Cela n’empêche nullement le gouvernement Hollande–Valls d’utiliser des milliards pour envoyer ses troupes et ses Rafales faire la guerre aux quatre coins de la planète. Cela ne l’empêche pas non plus d’utiliser les deniers publics pour faire des cadeaux de plusieurs dizaines de milliards aux patrons sous prétexte de développer l’emploi. Le montant de la dette des hôpitaux, d’environ 400 millions d’euros, est comparable au budget du CHUM (390 millions en 2013). Certes ! Pour autant, les salariés n’ont aucune raison de se soucier d’en négocier le remboursement, ni non plus d’accepter d’en faire les frais. Aujourd’hui, le souci des travailleurs qui font l’objet d’attaques répétées, doit être de chercher et retrouver la force nécessaire face à tout ce petit monde au service des «profiteurs», pour refuser les conditions de travail et de soins dégradées et pour arracher de réelles améliorations.


Guadeloupe : 14 février 1952 au Moule : un épisode sanglant du mouvement ouvrier

Chaque année, le 14 février, des organisations syndicales et politiques viennent commémorer au Moule la dure lutte des travailleurs de la canne en 1952. Les militants se retrouvent devant la stèle érigée près du cimetière en l’honneur de ceux qui perdirent ce jour-là leur vie : Capitolin Justinien, Edouard Dernon, Constance Dulac, enceinte au moment de son assassinat, et François Serdot. Depuis le 15 janvier, les ouvriers agricoles de la canne s’étaient mis en grève pour revendiquer des augmentations de salaire. Ils réclamaient 100F de l’heure, et les usiniers ne voulaient lâcher que 60. Les affrontements avec les CRS étaient violents et courants. Le 14 février, une compagnie de CRS envahit et occupa la ville du Moule. Jeunes et ouvriers dressèrent des barricades et affrontèrent les forces de répression. Le lieutenant des CRS donna l’ordre de tirer à vue. Il y eut quatre morts et plusieurs dizaines de blessés. Le lendemain de la tuerie, le préfet fixa le salaire des ouvriers de la canne à 88F de l’heure.


Guadeloupe : Mort de Jacques Bino, les assassins courent toujours

Dans la nuit du 17 février 2009, Jacques Bino était abattu dans le quartier de Bergevin à Pointe-à-Pitre. Il était un syndicaliste de la CGTG des impôts. Ce soir là il sortait d’un meeting du LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyon-Unité contre la sur-exploitation) qui s’était tenu devant le palais de la Mutualité. Ce meurtre tombait à pic pour les autorités qui se trouvaient en grande difficulté face au mouvement de grève qui paralysait la Guadeloupe depuis plusieurs semaines. Les grévistes, les manifestants, réclamaient la fin de la «pwofitasyion». Le climat général était explosif. Dans les quartiers, des jeunes voulaient en découdre avec les forces de l’ordre. Les échanges de coups de feu étaient fréquents. Rapidement, les autorités : préfet, présidents des Assemblées locales ont laissé entendre que ce sont des manifestants qui, par méprise, ont abattu Bino. Un jeune, proche du syndicat CTU, a été accusé du meurtre sans preuve. Il a été acquitté en première instance et en appel. La police n’a pu apporter aucune preuve de sa culpabilité : pas d’arme, pas de reste de munitions. De plus, les témoins, qui affirmaient l’avoir vu tirer, se sont rétractés à la barre. La police à mené l’enquête sans la volonté de trouver les vrais coupables. Elle a désigné un jeune coupable idéal à ses yeux, sympathisant syndicaliste. Pour honorer la mémoire de Bino, les accords signés par le LKP, les organisations patronales et l’État sur bien des points dont les 200 euros furent appelés, sur la proposition du LKP, accords Jacques Bino. Comme chaque année, la CGTG appelle à se réunir sur la tombe de Bino au cimetière de Petit Canal le mercredi 17 février 2016 à 16h, pour rappeler que ce crime reste impuni.


Guadeloupe : Pour une peccadille, un jeune, face à l’appareil répressif !

Lors d’un débat dans sa classe, un jeune de première du lycée Faustin Fléret, Marvin, a laissé entendre qu’il était pour le Djihad, sans même savoir ce qu’il disait. Il ne savait pas ce que signifiait Djihad. Il reconnait aujourd’hui avoir dit une grosse bêtise, aussi bien en classe, devant le prof, que sur son portable. Il n’en fallut pas plus pour que son professeur alerte le proviseur qui alerta les gendarmes. Le 19 novembre, ces derniers débarquèrent chez le lycéen et l’emmenèrent menotté en garde à vue. Il y resta 35 heures. Quant au proviseur, il fit un rapport au procureur. Les gendarmes ont trouvé une discussion sur le portable de Marvin, au cours de laquelle il disait il répétait les propos dits en classe. Aussitôt, ils ont interpellé quatre des correspondants du jeune homme. Pendant la garde à vue, ce sont les gendarmes qui ont choisi l’avocate de Marvin. Cette avocate a commencé par dire à la mère du jeune homme : « Si votre fils est rebelle c’est votre faute » Depuis, heureusement, Marvin a choisi un autre avocat. Son affaire passera le 23 février au tribunal de Pointe à pitre. Cette affaire n’aurait jamais du en arriver à ce stade. Pour une simple bêtise de jeune exprimée sans doute par bravade ou esprit de contestation, tout un processus administratif et juridique a été mis en marche contre lui. Au lieu de débattre, de discuter avec ce jeune, on a fait donner toute la machine répressive. Le stupide professeur qui a enclenché tout le processus est le premier fautif. Ensuite vient le proviseur. Tout est parti de ces deux personnages. Comme éducateurs, vraiment, on fait mieux. L’affaire aurait du au moins être classée sans suite par la justice ! Mais non il y a renvoi en audience au tribunal. A la longue, c’est précisément en utilisant de telles méthodes, que la bureaucratie administrative, scolaire, policière et judiciaire française risque de fabriquer des djihadistes plus que d’en empêcher l’existence. Face à la machine répressive, ce jeune lycéen ne doit pas rester isolé. Combat ouvrier apporte son soutien à Marvin et à sa famille. Il demande à tous de venir le soutenir au tribunal de Pointe à pitre le 23 février à 8h.


Saint-Martin : un nouveau statut favorable aux patrons ?

Daniel Gibbs, député de droite, UDM (Union Pour la Démocratie), de Saint-Martin a demandé à deux experts du droit de réfléchir à un statut européen qui serait plus efficace pour le développement économique de l’île. Cette île des Antilles, dont la superficie est de 93 km2, est divisée par une frontière qui sépare la partie française de la partie hollandaise. Saint-Martin est la partie française de l’île, qu’elle partage avec Sint-Maarten (partie hollandaise). Le 7 décembre 2003, la population s’est prononcée lors d’un référendum en faveur d’un changement de statut. Saint-Martin n’est plus une commune rattachée à la Guadeloupe. En 2007, elle est devenue une Collectivité d’Outre- Mer (COM) régie par l’article 74 de la Constitution. Puis, elle a été reconnue comme RUP (Région Ultrapériphérique) de l’Europe en 2009. Ce statut permet à l’île de bénéficier des fonds d’aides européens d’un côté et de l’autre de pouvoir fixer elle-même les lois sur la fiscalité, le tourisme, la circulation routière, l’urbanisme etc. Lorsque Saint-Martin a changé de statut, les recettes ont diminué, mais pas les dépenses. Par exemple, certaines taxes comme l’octroi de mer n’existent plus. De plus, la Collectivité doit faire face aux dépenses du RSA qui est de 16 millions d’euros par an. Les problèmes tels que le chômage, la pauvreté, la délinquance n’ont pas été résolus, même en partie, avec le changement de statut. Saint Martin compte plus de 30% de chômeurs. Le nombre d’inscrits à Pôle emploi a augmenté de 6,2% en 2015. Selon le député Gibbs, ce statut aurait atteint ses limites. En réalité, ces notables, au service de la bourgeoisie, essaient de trouver un régime qui serait encore plus avantageux pour le patronat local, qui est fortement concurrencé par celui de Sint-Maarten. D’ores et déjà, la Collectivité compte bien profiter de ses compétences fiscales pour pressurer davantage les pauvres. Elle envisage d’imposer les personnes touchant le RSA. La population pauvre et laborieuse n’a donc rien à attendre des changements annoncés.