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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1149 du 13 février 2016/Première page

Première page

Editorial: HAITI Une transition sans espoir pour les travailleurs et les masses pauvres.

ZoomLes manifestations menées par l’opposition ont eu raison de Martelly. Il a été obligé de quitter son poste le 7 février, date de la fin de son mandat présidentiel. Il avait un temps menacé de se maintenir au poste si les élections controversées ne se poursuivaient pas. Mais alors qu’il pensait avoir l’aval du parlement, au nouveau sénat, ce sont les politiciens de l’opposition qui ont eu l’avantage. Et le premier acte de ce nouveau sénat a été de prendre la résolution d’arrêt du processus électoral et la mise en place d’un gouvernement de transition après le 7 février. Revigorés par ce nouveau souffle, les politiciens de l’opposition redoublèrent de violence, en distribuant armes et argent dans les quartiers pauvres qui fournissent le gros des manifestants des différents groupes politiques. Et finalement ils eurent raison de Martelly.

Si le pouvoir divise les politiciens, ces derniers ont un dénominateur commun dans leurs prises de position : le peuple. Ils se battent tous, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, pour le peuple, au nom du peuple. Ils parlent tous au nom du peuple, manifestent au nom du peuple, font appel au peuple pour grossir les rangs des manifestants. Qu’ils s’accrochent au pouvoir, qu’ils veuillent le conserver ou y accéder, c’est toujours au nom du peuple. Mais de quel peuple parlent-ils en réalité ? Parce que même de façon symbolique on ne retrouve aucune revendication du peuple des ouvriers, des paysans pauvres, des petits marchands, des chômeurs dans les «cahiers de charge» de ces politiciens de tout poil. Ils parlent du peuple et s’en servent pour prendre le pouvoir et après, lui tournent le dos quand ils ne deviennent pas ses bourreaux.

D’Aristide à Martelly en passant par Préval, ces politiciens se sont succédé au pouvoir en s’enrichissant chacun de son côté, tandis que les conditions de vie du «peuple» se dégradaient de jour en jour. Voilà pourquoi les classes laborieuses haïtiennes n’ont aucun intérêt dans ces bagarres entre politiciens «menm bêt, menm pwèl». Ceux qui sont au pouvoir ou au bord de la mangeoire jouent des pieds et des mains pour y rester, ceux de l’opposition sont déterminés à les ôter pour s’y mettre. Quels que soient les nouveaux visages qui arriveront à se placer à la direction des affaires publiques avec le départ de Martelly, les classes pauvres n’ont rien de bon à attendre d’eux.


Actuellement le dollar américain s’échange contre plus de 60 gourdes sur le marché des changes en Haïti. Une catastrophe pour les classes pauvres et pour la classe ouvrière particulièrement qui voit la valeur de son maigre salaire fondre comme beurre au soleil. En plus, les patrons font augmenter les cadences dans toutes les usines tout en aggravant toutes les conditions de travail : l’eau potable fait cruellement défaut aux travailleurs, le papier dans les toilettes manque, etc. Mais les travailleurs réagissent. Par exemple, les ouvriers de Valdor ont observé un arrêt de travail d’une journée, la semaine dernière, pour protester contre un comptable qui s’amuse à diminuer leur paye au prétexte qu’il n’a pas de monnaie ; le même cas de figure s’est produit dans plusieurs usines. Lorsque les travailleurs et les masses pauvres se mobiliseront plus massivement sur la base de leurs propre revendications - comme l’augmentation des salaires, la résorption de la vie chère, du chômage, etc.- ils auront en face d’eux tous ces politiciens, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition. Parce que, quelle que soit l’ampleur du conflit qui les oppose, ces politiciens restent et demeurent tous les larbins des possédants et les ennemis des pauvres.


Épidémie de Zika... et de déclarations irresponsables

L’épidémie de Zika connaît actuellement une propagation explosive, si ce n'est encore dans la Caraïbe, du moins en Amérique latine. Avec un million et demi de cas de Zika recensés, en plus de 1,6 million de cas de dengue, le Brésil est aujourd’hui le pays le plus frappé. Parmi les départements et territoires français d’outre-mer, il touche la Guyane et les Antilles, tout comme il avait en 2013 contaminé en trois mois un Polynésien sur cinq. A la Martinique il faut s'attendre à une atteinte du même ordre que celles de la dengue, puis du chikungunya, ces dernières années. Ces deux maladies sont en effet portées par les mêmes moustiques qui portent le virus Zika. Il est question maintenant de cas de transmission par voie sexuelle mais cela ne concernerait qu'une part infime des transmissions. Les symptômes ressentis sont proches de ceux de la dengue ou du chikungunya et comme pour ces deux maladies, on peut être atteint du Zika et ne ressentir que peu ou pas de symptômes. L'analogie s'arrête très probablement aux effets du Zika sur le fœtus. Au Brésil, une augmentation sensible des naissances de bébés atteints de microcéphalie est avérée. La microcéphalie est un déficit du volume de la boîte crânienne donc du cerveau, très souvent non-rattrapable au cours de la croissance, surtout si l'atteinte a une cause virale. Le pronostic est donc sévère concernant le développement futur des enfants atteints. Il n’y a contre le Zika, pour l’instant, ni vaccin, ni traitement, ni moyen de diagnostic rapide. L'épidémie constitue donc un problème de santé publique grave dans les pays touchés. Problème aggravé par le fait que nombre de ces pays sont des pays pauvres où, à part pour les privilégiés, l'accès aux services de santé reste bien aléatoire. Et sur cette question posant directement celle de la contraception ou de l'avortement les préjugés véhiculés par l'Église et souvent confortés par la classe politique, sont un facteur aggravant. C'est ainsi qu'au Brésil, où comme dans d'autres pays, les autorités ont recommandé aux femmes de reporter leur grossesse, on a pu entendre la présidente Dilma Roussef promettre un suivi médical pour les enfants atteints de microcéphalie, sans aborder les sujets de la contraception et de l'avortement, qui reste interdit au Brésil. De telles attitudes sont franchement criminelles et sur ce point l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et le bureau des droits de l'homme de l'ONU, qui les ont dénoncées, ont eu raison de le faire. En France le 28 janvier la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a recommandé aux femmes enceintes, sur France-Info, d'éviter de se rendre dans les régions touchées et de reporter leur voyage. Ce qui a provoqué en Martinique une levée de boucliers parmi les notables locaux. Serge Letchimy, député, dirigeant du PPM (Parti progressiste martiniquais fondé par Aimé Césaire) a déclaré dans un communiqué : «L'enjeu c'est de travailler à l'éradication du Zika, de mettre en place des mesures préventives sanitaires  pour tous et non de distinguer les femmes touristes enceintes de l'hexagone  de celles qui vivent dans ces territoires, dont certaines attendent aussi des bébés. Une mobilisation locale et nationale s'impose comme nous l'avons fait il y 2 ans contre le chikungunya».  Alors qu'en fait les autorités publiques avaient été désarmées devant l'épidémie de chikungunya. Le camp de Marie-Jeanne n'a pas été en reste. Francis Carole dirigeant indépendantiste, conseiller exécutif de la CTM (Collectivité territoriale de Martinique) a fait la déclaration irresponsable suivante : « ...Informer les voyageurs, singulièrement les femmes enceintes, sur les bonnes mesures à prendre nous semble être la meilleure solution, lorsque l’on sait que tout le monde n’attrape pas le Zika et que tous ceux qui sont atteints par cette épidémie ne développent pas systématiquement ses formes les plus graves... La Martinique, comme les autres pays de la Caraïbe, reste une destination sûre...». Sûre ? Y compris pour les femmes enceintes ? Bel exemple de méthode Coué ! Ces déclarations étaient sous-tendues par une servilité naturelle vis-à-vis du patronat local. Celui-ci s'est exprimé encore plus clairement. Le président de la FEDOM (fédération des entreprises d’outre-mer) a réagi pour dire qu’il ne fallait pas créer de psychose et minimiser à outrance le phénomène Zika Yan Monplaisir qui dirige une chaîne hôtelière, a lui aussi donné de la voix : «L’intervention de la ministre... crée une véritable psychose chez les touristes. La communication sur cette affaire de santé publique doit consister avant tout à informer, alerter sans pour autant créer de panique. Cette intervention qui cible particulièrement la Martinique et la Guyane pénalisera lourdement ces destinations en les stigmatisant injustement. Une telle annonce profitera aux îles voisines...». Presque ouvertement ces Messieurs ont donc déclaré que la santé leur importait peu, en tout cas beaucoup moins que le taux de remplissage des hôtels et les statistiques du tourisme. Sans pudeur, le jeudi 4 février, sur Martinique 1ère télévision, le président du club des professionnels du séjour en Martinique, a chiffré, presque la larme à l'œil, à 800 000 euros la perte de chiffre d'affaire du secteur consécutive non à l'épidémie, mais à la déclaration ministérielle. Le gouvernement français fait le service minimum. Mais ceux qui, ici, face à un problème de santé publique ne savent que penser à leur petite comptabilité, sont loin de valoir mieux.


Guadeloupe : Pôle Emploi, une convention bidon qui ne sert à rien

Il y a quelques jours, le directeur de Pôle emploi Guadeloupe a annoncé à la télévision et sur les ondes radio la signature d’une convention entre le Pôle emploi et les services de la gendarmerie et de la police. Il s’agissait pour lui de montrer que cet organisme -Pôle emploi- se préoccupe de la sécurité des agents qui y travaillent. Et de se référer aux récentes agressions de demandeurs d’emploi dont ont été victimes les agents de Pôle emploi, notamment à l’agence de Pointe-à-Pitre. Les agents ont appris le jour même par les médias que des formations devraient être délivrées par les gendarmes et la police, en échange du traitement des offres d’emploi de ces administrations. Les téléspectateurs et auditeurs n’ont pas eu d’explication sur ce que voulait réellement dire le directeur de Pôle emploi, en dehors de vouloir se faire un coup de pub en début d’année : quel type de formation les gendarmes vont-ils délivrer aux agents de Pôle emploi ? Et de quelles offres vont bien s’occuper les services de Pôle emploi pour la police et la gendarmerie ? Jean Jacques-Gustave voulait-il parler de quelques contrats aidés de un à deux ans que les agents négocient déjà avec toutes les administrations ? Rien de bien mirobolant, et en tout cas rien qui vaille le coup qu’on l’entende à plusieurs reprises comme s’il s’agissait de mesures exceptionnelles. En réalité, en ce début d’année, l’intervention du directeur de Pôle emploi n’a eu pour premier effet que de susciter l’ironie des agents qui se sont demandé s’il n’avait rien d’autre à faire pour faire parler de lui. Elle a aussi suscité la colère de certains usagers qui refusent que la seule réponse de ce service public soit de faire intervenir les flics chaque fois qu’ils sont mal reçus et ne se laissent pas faire. Bien sûr on ne peut accepter que les usagers s’en prennent à ceux qui les reçoivent. Mais en attendant, le directeur a soigneusement évité de dire quelles mesures radicales seront prises contre le fléau du chômage qui continue inexorablement d’augmenter. Plus de répression policière ne résoudra ni les problèmes réels de manque de personnel ni le manque de moyens pour aider les chômeurs !


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