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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1159 du 16 juillet 2016/CO n° 1158 du 4 juillet 2016/Quatrième page

Quatrième page

Haïti : La lutte continue dans les entreprises de textile pour l’application de l’augmentation du salaire minimum

ZoomSous la pression des manifestations, le gouvernement a cédé et décrété une augmentation du salaire minimum journalier. Maintenant la deuxième bataille pour les ouvriers est de faire appliquer cette mesure par les patrons des entreprises.

Fin avril, le gouvernement a cédé et publié le nouveau salaire minimum journalier pour les entreprises de textile. Il est de 300 gourdes (4.6 euros) pour 8 heures de travail, soit une augmentation de 25% applicable à partir du premier mai. C’est une victoire pour les ouvriers de la zone industrielle de Port-au-Prince qui ont mené différentes actions dans les entreprises avec des débrayages et en bloquant le parc industriel. Ils ont manifesté dans les rues jusqu’au parlement et sont intervenus sur les radios pour demander un ajustement du salaire à 500 gourdes.

Ils ont réussi à faire plier le gouvernement, mais à présent ce sont les patrons qui se dressent sur le chemin. En expliquant que « cela serait la ruine de l’économie haïtienne », les patrons ont fait pression pour que le décret ne soit pas mis en application. Ils utilisent maintenant toutes les ficelles de l’exploitation pour ne pas appliquer l’augmentation de 60 gourdes sur le salaire. Dans les entreprises de textile, le salaire est journalier et les ouvriers travaillent à la pièce. Sur une base de production de boîtes de maillots, les ouvriers groupés en module de travail réalisent des boîtes de 12 maillots. À raison de 5 gourdes la boîte ils doivent réaliser un quota de 60 boîtes pour atteindre les 300 gourdes du salaire minimum. Pour y arriver il faut en moyenne 10 heures. Voilà un des moyens qu’utilisent les patrons pour ne pas lâcher d’augmentation : 10 heures de travail payés au prix de 8 heures. Dans une autre entreprise le patron a divisé chaque module en deux en maintenant le même quota et accélérant les cadences. Chaque patron cherche le moyen de ne pas lâcher sur son bénéfice et met en application les moyens de l’exploitation capitaliste pour augmenter la plus-value.

Mais ils butent cette fois sur la volonté des travailleurs de ne pas baisser les bras. Ils n’acceptent pas de perdre cet acquis de leur mobilisation parce qu’ils ont compris qu’il ne s’agissait pas d’un cadeau du gouvernement !

C’est ainsi que dans plusieurs entreprises de la zone industrielle, les ouvriers ont répliqué par des arrêts de travail, voire plusieurs jours de grève pour exiger l’application de l’ajustement de salaire. Dans une entreprise, les travailleurs ont brandi leurs fiches de paye pour réclamer la somme qui leur manquait dans l’enveloppe de la quinzaine selon l’ajustement salarial. Les patrons ripostent en licenciant les meneurs ou en faisant un lock-out. Malgré les représailles, des licenciements arbitraires, les travailleurs tiennent bon dans toutes ces entreprises où ils sont en lutte.

Au parc industriel Sonapi, pendant les pauses, les travailleurs s’attroupent pour discuter des bas-salaires, de la cherté de la vie, des conditions de travail et également des événements politiques qui dominent l’actualité. Ils prennent conscience de la force qu’ils représentent dans l’action, celle qui fera reculer les patrons. Leur détermination est un pas de plus pour les combats à venir.


La Cour suprême américaine met Porto Rico sous tutelle

Le 13 juin, la Cour suprême des États-Unis a rendu son jugement dans une affaire opposant l’État de Porto Rico à un fonds spéculatif de Californie. En prenant la décision de mettre la restructuration de la dette entre les mains du Congrès américain, elle a réaffirmé, si besoin était, le caractère colonial de la dépendance de Porto Rico vis-à-vis des États-Unis, pour le plus grand bien des spéculateurs. Porto Rico se trouve depuis plusieurs années dans une crise financière très grave, la dette totale s’élevant à 72 milliards de dollars, dont 20 milliards dus par trois des principaux services publics.

Cette dette s’est accumulée après qu’au milieu des années 70, le Congrès eut exonéré les entreprises s’installant à Porto Rico de toutes les taxes fédérales (un peu comme la « défiscalisation » aux Antilles). Les investisseurs se sont rués sur Porto Rico, d’autant plus que les salaires y étaient trois fois moindres que sur le continent américain. Certaines industries légères, par exemple du secteur pharmaceutique, s’y sont implantées. Mais en 1996 le Congrès a progressivement supprimé cette exemption, et les entreprises américaines se sont retirées peu à peu. Mais l’État de Porto Rico a pour sa part émis des emprunts sous forme d’obligations : les fonds spéculatifs y ont vu une aubaine, étant sûrs de récupérer leur mise avec un bel intérêt. Le remboursement de la dette est devenu rapidement la plus grosse part du budget de l’État portoricain, allant jusqu’à 40% du total. En 2014, les banques ont qualifié les obligations émises par Porto Rico de « junk bonds », c’est-à-dire à haut risque, voire « pourries ». Cela a attiré encore plus les fonds spéculatifs qui en ont profité pour augmenter leurs taux d’intérêt.

Pour faire face à cette dette colossale qui risquait d’entraîner rapidement des coupures d’électricité, d’eau ou des problèmes de fonctionnement dans les transports ou les hôpitaux publics, le gouvernement de Porto Rico a essayé de se déclarer en faillite, comme l’avait fait la ville de Detroit. Mais le statut de Porto Rico ne lui permet pas, en tant que territoire américain, d’avoir recours à cette procédure. Ce statut bâtard lui impose les contraintes que subissent les États formant les États-Unis, sans en offrir les avantages. Et il ne peut pas non plus faire appel au FMI ou autres organismes internationaux, bien qu’une telle possibilité, comme le montre l’exemple de la Grèce à qui on a comparé Porto Rico, soit loin d’être une planche de salut pour la population. En 2014 le parlement de Porto Rico a voté le Recovery Act (loi sur le redressement) qui était destiné à permettre à l’État portoricain de gérer lui-même sa dette. Mais le jugement de la Cour suprême vient d’enterrer définitivement cette possibilité. Il réaffirme la suprématie du Congrès américain sur l’appareil gouvernemental de l’île.

C’est donc le Congrès américain, à majorité républicaine, qui pourra décider de la meilleure façon de gérer la situation actuelle à Porto Rico. La plupart des créanciers de l’État portoricain étant des fonds spéculatifs américains, ceux-ci ne manqueront pas de faire pression sur le Congrès pour que les solutions proposées soient entièrement à leur avantage. Cela n’est pas de bon augure pour la population, qui n’avait pas non plus beaucoup à attendre de ses propres élus : ces derniers proposent en effet une réduction des services publics et des restrictions pour rembourser une dette dont les travailleurs et la population pauvre de Porto Rico ne sont nullement responsables. Comme en Grèce et dans d’autres pays, c’est aux capitalistes, et non aux travailleurs, de payer leur propre dette !


Les échos des feuilles

Extraits du bulletin « l’écho des hôpitaux » (Guadeloupe)

CHU : Un forfait journalier, pourquoi faire ? Les patients n’ont plus de couverts, plus d’eau, plus de gouter, parfois pas de pain, pas de sucre… Encore plus grave : pas de petits pots pour nourrir les bébés, nous sommes parfois obligés de « resucrer » les diabétiques parce qu’ils n’ont pas suffisamment à manger… En bout de chaine des patients et parents mécontents, et ils ont raison, d’autant que des repas suffisants et équilibrés font partie intégrante de leurs soins. Ils payent un forfait journalier en plus pour cela. Il faudrait le rappeler à cette direction qui laisse dégénérer la qualité des soins.

Extrait du bulletin « l’écho des hôpitaux » - Martinique

Biochimie : Ras le bol du personnel Les techniciens sont montés au créneau et il y a de quoi ! Sur 7 binômes qui tournent pour les après-midi et les weekends, 4 sont incomplets. Aucun départ dans un autre labo et absence n’est remplacé. Plusieurs après midi et weekend d’affilée, plannings peu respectés sont déjà le lot quotidien. Alors, à la veille des congés annuels, les collègues tirent à nouveau la sonnette d’alarme. Mais gageons que cette fois-ci ils ne se contenteront pas de vagues promesses jamais tenues.


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