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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1159 du 16 juillet 2016/CO n° 1158 du 4 juillet 2016/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Crash du boeing en 1962 un accident « programmé » ?

Le boeing 707 Château de Chantilly s’est crashé dans les hauteurs de Deshaies le 22 juin 1962. Cent trois passagers sont morts dont plusieurs militants anticolonialistes et autonomistes et deux dirigeants : Albert Béville, dit Paul Niger de son nom de plume, et le député guyanais Justin Catayée.

Aujourd’hui, 54 ans après ce drame, les causes de ce crash sont encore floues. Selon les explications officielles, l’accident serait dû à une panne technique liée aux mauvaises conditions météorologiques. Il est permis d’en douter vu le contexte politique de l’époque.

Ce contexte était marqué par les luttes et mouvements indépendantistes dans les colonies françaises, la guerre d’indépendance algérienne, la répression sanglante contre les peuples colonisés, les assassinats ciblés de dirigeants indépendantistes. Le colonialisme français et ses services secrets ne reculaient devant rien. Penser qu’un attentat contre ce Boeing ait pu être commis par le pouvoir colonial français n’est donc pas une vue de l’esprit. Cependant jusqu’à présent nous n’en avons aucune preuve. Seul un faisceau d’indices et le contexte politique et social de l’époque aux Antilles et en Guyane permettent de ne pas balayer la thèse de l’attentat.

Il y a quelques jours, lors d’un reportage sur cette affaire, la sœur de Justin Catayée a révélé qu’un député français avait dit au député guyanais avant son voyage qu’on voulait l’assassiner… Un mois avant, la France avait du accorder l’indépendance à l’Algérie après huit ans de guerre sanglante. L’État français craignait le développement de ces mouvements indépendantistes et autonomistes aux Antilles et en Guyane. Albert Béville (Paul Niger) était interdit de séjour en Guadeloupe en raison de son appartenance au « Front antillo-guyanais pour l’autonomie ». Justin Catayée, lui, avait pris ce vol pour rentrer d’urgence en Guyane où Il était extrêmement populaire. La veille, le préfet de Guyane avait donné l’ordre de tirer contre une manifestation organisée par le mouvement autonomiste de Catayée, le Front Guyanais Démocratique. L’année précédente, la grève des travailleurs de l’usine Lareinty au Lamentin en Martinique était réprimée dans le sang : trois ouvriers furent tués ; 5 ans après, en mai 67 les troupes coloniales massacraient plus de 80 personnes en Guadeloupe.


Esclavage. Retrait des lois iniques de 1825 et 1849

En juin dernier, une centaine de députés a demandé le retrait de deux lois votées par l’État colonial français en 1825 et 1849 pour l’indemnisation des anciens maîtres d’esclaves. Ces lois n’avaient jamais été retirées et existaient toujours en droit français. L’État vient de les abroger. En avril 1825, aussi incroyable et cruel que cela puisse paraître, l’État colonial français avait adopté une loi pour imposer à Haïti de lui verser 150 millions de francs-or (de l’époque) pour dédommager les anciens maîtres. Haïti a mis 125 ans à rembourser cette somme, dette qui a beaucoup compté dans l’appauvrissement du pays et de sa population.

C’est sur le même schéma qu’en avril 1849, quelques mois après l’abolition de l’esclavage en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à la Réunion, l’État colonial français a fait voter une loi pour l’indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves. Même Victor Schœlcher, grand abolitionniste, avait défendu cette idée. En Martinique, les maîtres ont reçu 425,34 francs par esclave ; en Guadeloupe, 469,53 francs par esclave ; en Guyane 624,66 francs et à la Réunion 711,59 francs. En Guadeloupe, 87 087 esclaves ont été affranchis. L’indemnisation s’est donc élevée au total à 40 890 461 francs de l’époque, c’est-à-dire beaucoup plus en euros d’aujourd’hui.

Donner de l’argent aux anciens maîtres pour soi-disant les dédommager de la perte de leurs esclaves devenus libres, était une manière de cautionner la barbarie de la traite négrière. Quand on sait l’horreur des plantations où l’espérance de vie ne dépassait pas 30 ans, ce sont les anciens esclaves qui auraient dû être indemnisés ! Mais en indemnisant les anciens maîtres, l’État leur a permis de maintenir leur pouvoir sur l’économie et de pérenniser l’exploitation qui prendra une nouvelle forme. Le système esclavagiste a laissé place au capitalisme : les anciens maîtres sont devenus des patrons et les anciens esclaves, leurs salariés. Aux Antilles, ce sont les Hayot, les Despointes, les Aubéry, et d’autres, familles descendantes d’anciens propriétaires d’esclaves qui aujourd’hui, grâce au salariat, un esclavage moderne, font partie des plus grandes fortunes de France. En 2014, l’affirmation du syndicat CGTG : « La famille Despointes a bâti toute sa fortune sur la traite négrière, l’économie de plantation et l’esclavage salariat » est totalement vraie. La justice a pourtant condamné le syndicat en diffamation.

Le retrait de la loi de 1825 sur la dette d’Haïti et celle de 1849 sur l’indemnisation des anciens esclavagistes ne changera rien à la situation économique actuelle. Mais c’est un symbole. C’est une partie de la dette morale qui est rendue à tous les peuples descendants d’esclaves et à l’ensemble de l’humanité exploitée. C’est aussi une façon de faire mieux connaître d’autres déclinaisons de l’histoire de l’esclavage largement méconnues de la grande majorité des peuples. L’action en justice et d’information menée par des organisations nationalistes comme le LKP et l’UGTG, Victorin Lurel, d’autres organisations et personnalités, une centaine de députés, méritait bien de l’être.


Élections en Espagne, la classe ouvrière n'était pas représentée

Les résultats des élections législatives du 26 juin en Espagne n'ont pas été ceux attendus selon les instituts de sondage. D'une part le parti de droite PP (Parti populaire) l'a emporté largement – 33 %, 137 sièges – d'autre part la « gauche radicale » représentée par Podemos (Nous pouvons) – 21,1 % 71 sièges – n'a pas progressé, et n'a pas devancé le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) – 22,7 % 85 sièges. La gauche dans son ensemble, et Podemos en particulier, n'a visiblement pas bénéficié d'un très large soutien dans les couches populaires. Le parti socialiste n'a pas pu faire oublier sa longue période au gouvernement, de 1982 à 1996, puis de 2004 à 2011. Il y avait servi fidèlement les intérêts des possédants et sa politique avait d'ailleurs été poursuivie, sans grand changement, par le Parti populaire. Quant à Podemos, son prétendu radicalisme ne va pas jusqu'à la rupture avec le PSOE avec lequel il envisageait de gouverner à la faveur d'un succès électoral.

Dans ces élections, entre une droite représentante directe du patronat, une gauche qui, depuis des années défend, à quelques infimes nuances près, la même politique de protection des intérêts capitalistes, et Podemos rêvant de sièges ministériels, les intérêts des travailleurs n'étaient pas représentés. Il n'y avait personne pour leur dire la vérité : qu'une amélioration de leurs conditions de vie n'était à attendre que de leurs luttes, dans les entreprises et dans la rue. Le PP n'a pas obtenu la majorité absolue des sièges.

Des tractations vont donc s'ouvrir entre PP et PSOE, et peut-être quelques outsiders, pour la composition d'un gouvernement qui se fait attendre depuis 6 mois. Mais déjà le PSOE refuse de composer un gouvernement avec le PSOE. Nouvelle impasse donc, et l’on reparle d’une éventuelle troisième élection. Quelle que soit l'issue de ces marchandages, les travailleurs espagnols devront être prêts à se défendre, sur le terrain de la lutte de classe.


Brésil : L’État de Rio de Janeiro se déclare en faillite

À l’image de la situation économique et sociale de la Fédération du Brésil, l’État de Rio de Janeiro, où doivent se dérouler les Jeux Olympiques de 2016, subit une situation économique extrêmement difficile. Il est en proie à une crise budgétaire qui l’a forcé, il y a quelques jours, à se déclarer en faillite. Son déficit s’élève à environ 5 milliards d’euros La Fédération du Brésil est victime de la crise économique mondiale. Les pays en voie de développement en souffrent beaucoup plus que ceux de l’occident.

C’est du à la très grande fragilité de leur économie face à la rapacité de l’impérialisme mondial. La politique populiste de l’ex-Président Luiz Inacio Lula Da Silva et son prolongement par celle de sa dauphine, Dilma Rousseff, au palais du Planalto depuis 2010, n’ont fait qu’aggraver la situation économique et sociale du pays. La crise qui s’est surtout amplifiée pendant la deuxième mandature de la Présidente Dilma Rousseff, qui vient d’ailleurs d’être destituée le mois dernier par le Sénat brésilien de son poste présidentiel. C’est son premier Vice-président, Michel Temer, qui assure l’intérim. La croissance brésilienne a continué à chuter oscillant entre 0 et 1% et l’inflation (9 %) ronge le pouvoir d’achat des couches populaires et des classes moyennes. Le produit intérieur brut a chuté de 3,8 % en 2015 et on prévoit 3,6 % en 2016. L’État fonctionne au ralenti. Le chômage est au plus haut avec 10,2 % de la population active, au premier trimestre de 2016. Le zika, la grippe H12N1 se répandent de plus en plus parmi les populations pauvres.

Les politiciens en général corrompus ont perdu la confiance du peuple. L’État régional de Rio de Janeiro, en proie à une crise budgétaire aiguë, vient de se déclarer en état d’urgence financière. Les enseignants et autres fonctionnaires ne sont pas payés ou voient leurs salaires payés par fractions. Les travaux préparatifs des infrastructures pour les Jeux olympiques sont au ralenti ou tout simplement arrêtés. C’est une véritable faillite de l’État de Rio qui pendant des années a subventionné à coup de milliards (2,2 milliards d’euros d’exonérations fiscales cette année) des dizaines d’entreprises qui financent, elles, les campagnes électorales de nombreux élus.

Malgré les difficultés rencontrées, le gouverneur fédéral à Brasilia a accordé une aide d’urgence de 750 millions d’euros (2,9 milliards de reals -monnaie brésilienne) à l’État de Rio. Cette somme lui permettra, pour une part, de financer la construction du métro qui risque d’ailleurs de ne pas être fini à temps pour les JO. Cette aide n’est encore pas ratifiée par le Congrès.


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