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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1159 du 16 juillet 2016/CO n° 1158 du 4 juillet 2016/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Les grévistes d’IDEX déterminés face au patron voyou

ZoomCela fait huit mois que les salariés d’IDEX, associés à la centrale Diésel Export de Jarry, sont en grève. Le 27 juin, ils ont décidé de renforcer leur mouvement afin de faire céder leur direction.

Ces travailleurs exigent simplement que le patron d’IDEX applique la loi : comme ils travaillent dans une centrale de production électrique, ils doivent bénéficier du statut des IEG (industries électriques et gazières). D’ailleurs, depuis 2013, le patron touche pour cela de l’argent de son client, la centrale Diésel Export.

Mais ce patron met l’argent dans sa poche, et refuse d’accorder leur dû aux travailleurs. C’est pour cela qu’ils sont entrés en grève en novembre. Le patron, qui n’est pas à un délit près, a remplacé les grévistes par d’autres salariés, y compris des intérimaires. Il a été condamné par les tribunaux.

Mais il n’en a cure et il s’obstine, croyant probablement démoraliser les grévistes. Les travailleurs tiennent bon, et ils ont le soutien des autres travailleurs de l’énergie.


Martinique : Fontaine Didier : La détermination a payé

À Fontaine-Didier (les eaux minérales du même nom), en conclusion de la grève démarrée le 18 mai 2016, un protocole de fin de conflit a été signé mercredi 22 juin 2016, soit après plus d’un mois de lutte.

Cette grève avait été entamée par 17 des 39 salariés que compte l’entreprise, pour obtenir une augmentation mensuelle de salaire de 75 euros pour tous et une prime de 580 euros. Les grévistes ont eu en face d’eux un patron qui, à longueur de communiqués, disait que sa porte est ouverte, mais qui refusait toute négociation, toute discussion. Son crédo : contentez-vous de ce que je vous ai accordé et reprenez le travail ! Au cours de la lutte, il a été mis en évidence que cette entreprise au capital de 1,2 million d’euros dégageait des profits colossaux : 1,1 million d’euros nets en 2011, 962 000 euros en 2012, et 805 000 en 2013, derniers chiffres connus.

Finalement, la direction accepta de négocier les 10, 16 et 17 juin 2016. Mais suite à son refus d’inclure les chauffeurs dans l’attribution d’une prime en remplacement de l’augmentation de salaires, les grévistes, bénéficiant du soutien actif notamment des travailleurs municipaux mais aussi d’une bonne partie des travailleurs de la confédération CGTM, ont alors renforcé le piquet de grève. L’accès au site fut restreint dès le lundi 20. Et finalement, de guerre lasse, le directeur se présenta sur le piquet le mercredi 22 pour annoncer qu’il étendait le bénéfice de la prime aux chauffeurs. Cette annonce permit la signature dans la matinée du protocole mettant un terme au conflit.

Les grévistes ont ainsi obtenu : une prime annuelle de 300 euros au lieu de 200 en 2014 et 2015, soit + 50% et une prime mensuelle de 60 euros, chauffeurs compris. En outre, à l’occasion des NAO 2017, une discussion relative à l’élaboration d’une classification et d’une grille des salaires spécifiques à la SEEMD (Société d'Embouteillage Eau Minérale Didier) devrait s’engager entre la direction et les représentants du personnel. C’est forts de ces concessions arrachées par la lutte à leur patron que les travailleurs de Fontaine Didier ont levé le piquet de grève. Ils ont obtenu un succès parce qu’ils ont tenu bon. Les nuits passées sur le piquet de grève en pleine nature, les distributions de tracts, les visites rendues à leurs camarades des autres entreprises dirigées par ceux de la direction ou actionnaires de Didier, les discussions avec les non grévistes, la caisse de grève de 8000 euros exprimant la solidarité des autres travailleurs de Martinique, tout cela a compté. Oui, seules la lutte et la détermination sont payantes. Les travailleurs de Didier ont tout de même mis un point d’honneur à être parmi ceux qui manifestaient à Fort-de-France le 23 juin pour exiger le retrait du projet de loi El Khomri.

La reprise générale s’est faite vendredi 24 à 7 heures sous les applaudissements d’un groupe de travailleurs de la CGTM venu saluer la détermination et le courage de ces grévistes qui sont rentrés la tête haute.


Martinique Loi travail : la mobilisation du 23 juin

En Martinique, près de 300 travailleurs se sont rassemblés à la Maison des Syndicats à Fort-de-France jeudi 23 juin pour exiger le retrait de ce texte dicté par le patronat et défendu par le gouvernement.

Depuis l’annonce du projet de « loi travail », des dizaines de milliers de travailleurs se mobilisent en France et aux Antilles pour que le gouvernement Hollande-Valls retire ce texte qui ouvre des boulevards au patronat. Le 23 juin, les travailleurs se sont regroupés à l’appel de FO et de la CGTM principalement.

Après un rappel des conséquences négatives pour les salariés qu’entraînerait l’adoption de ce texte, le défilé s'est dirigé vers le Centre commercial Perrinon. Sur place, plusieurs militants se sont relayés pour rappeler tous les aspects nocifs de ce projet de loi et pour appeler les travailleurs du Centre Commercial à se mobiliser. Revenus à la Maison des Syndicats deux heures plus tard, les manifestants ont rappelé que la lutte se poursuivait pour le retrait du texte.


Mayotte : des Comoriens pourchassés

Depuis le début de l’année, des Mahorais (habitants de l’île de Mayotte) regroupés en de prétendus « collectif citoyens » organisent des expéditions punitives pour expulser des Comoriens en situation dite irrégulière ou supposée telle. Au moins un millier de « ces étrangers indésirables », des hommes, des femmes et des enfants venus des îles voisines, ont été jetés à la rue.

Nous reproduisons ci-dessous à ce sujet des extraits du n° de juin du journal mensuel édité par nos camarades de Lutte Ouvrière – Réunion : Des dizaines de villages du sud de Mayotte ont déjà eu à subir des opérations émanant de ces groupes de villageois. Ils arrivent en voiture, souvent armés de couteaux et de bâtons pour chasser les Comoriens de leur domicile en criant « Nawa lawé ! » (« Qu’ils partent ! », en langue locale). Les cases des victimes sont brûlées. Certaines familles, par crainte de violences, préfèrent quitter leurs foyers avant l’arrivée des convois punitifs. Sans toit, elles se retrouvent sur le bord des routes où elles sont accueillies par des Mahorais choqués par de telles situations. D’autres se réfugient dans des campements dressés par Médecins du monde, dans des conditions sanitaires désastreuses et avec peu de nourriture. […]

Actuellement, sur une population de 230 000 habitants, 40 % seraient des étrangers, en grande majorité des Comoriens. Arrivant à Mayotte, ils fuient la misère qui règne dans les trois îles voisines qui, avec le département français, composent l’archipel des Comores. À Mayotte, qu’ils atteignent le plus souvent clandestinement en risquant leur vie à bord d’embarcations légères et non sans avoir payé des sommes importantes à des passeurs sans scrupules, les migrants espèrent trouver du travail, bénéficier de soins médicaux et scolariser leurs enfants. À Mayotte, devenue le 101ème département en 2011, le chômage touche officiellement 19 % de la population active (61 % chez les jeunes), et plus de 27 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Dans une telle situation, et comme l’ont montré les récentes grèves et manifestations, la colère de la majorité des Mahorais est dirigée contre l’État français qu’ils accusent, à juste titre, de les avoir oubliés en maintenant leur île et sa population dans un état de sous-développement chronique. Depuis 1974, date à laquelle la France a pris la décision de garder Mayotte dans son giron, l’île devenue française est restée à la traîne, même par rapport à la Réunion voisine. […]

Devenus étrangers à Mayotte, la plupart des Comoriens sont aujourd’hui traqués par les autorités françaises, conduits manu militari dans le centre de rétention de la capitale, avant d’être renvoyés dans les autres îles des Comores. Si des groupes réactionnaires de Mahorais s’attaquent aux plus pauvres, c’est aussi parce qu’ils prennent exemple sur les agissements des autorités françaises dans l’île. Dans les événements déplorables qui se produisent aujourd’hui à Mayotte, l’État porte une grande part de responsabilité.


Guadeloupe : Grève au Crédit Agricole pour la défense des 40%

Lundi 27 juin, les salariés du Crédit Agricole de Guadeloupe sont entrés en grève. Ils protestent contre le projet de la direction, qui veut supprimer les 40% de vie chère. Ils dénoncent également l’attitude de la direction qui fait du chantage pour la signature d’un accord d’intéressement pour 2016 alors que la date butoir pour la signature est au 30 juin 2016.

La quasi-totalité des agences sont restées fermées. Les grévistes se sont rassemblés devant le siège à Petit-Pérou. Ceux de Marie-Galante ont pris le bateau pour les rejoindre. Les travailleurs du Crédit Agricole ont raison de défendre leurs 40%. La vie chère est une réalité en Guadeloupe. D’ailleurs, en 2007 la direction s’était engagée par écrit à maintenir cette prime de vie chère. Cette attaque sur les salaires est d’autant plus scandaleuse que le Crédit Agricole de Guadeloupe a fait des profits record en 2015 : 22 millions ! Il y a largement de quoi maintenir les 40%.

Et les salariés ont déjà accepté de faire des sacrifices, au cours des dernières années, au nom de la « pérennisation de l’entreprise ». Depuis six mois, il y a eu près de 60 départs, et seulement quelques embauches. La plupart des nouveaux salariés sont en intérim, ou en contrat à durée déterminée. Les grévistes sont déterminés à faire comprendre à leur direction qu’ils ne comptent pas se laisser dépouiller pour satisfaire la voracité des actionnaires.