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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1148 du 30 janvier 2016/Quatrième page

Quatrième page

Martinique : L’État français condamné pour «traitement dégradant» à la prison de Ducos

ZoomLe tribunal administratif de Fort-de-France a condamné l’État français, pour «traitement dégradant» et «violation de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales» au centre de détention de Ducos. L’Etat devra verser des indemnités de 1200 à 7300 euros à quinze détenus suite à la plainte déposée par la section française de l’Observatoire international des prisons. Cet organisme dénonçait alors une situation indigne : «...locaux insalubres et infestés de rats et d'insectes, cellules de 9m² pouvant accueillir jusqu'à cinq personnes, insuffisance de l'offre d'activités et de travail, violences exacerbées...». Cette condamnation intervient après la décision rendue le 17 octobre 2014, par le juge des référés du Tribunal administratif de Fort-de-France ordonnant à la ministre de la Justice la mise en œuvre de mesures urgentes pour remédier aux conditions inhumaines de détention au centre pénitentiaire de Ducos. Mais ce ne sont pas les premières condamnations de l’État français pour les conditions inhumaines dans lesquelles se trouvent les détenus. A la prison de Ducos, l’une des causes de cette situation est aussi la surpopulation carcérale avec plus de 1000 détenus pour 550 places. En 2016, l’État dit «des droits de l’homme», continue donc de s’accommoder très bien de cette situation. Les prisonniers, issus pour la plupart des couches pauvres de la société, continuent d’être traités comme des sous-hommes. Ce système pénitentiaire ne laisse pas de place à la dignité humaine.


Martinique-Guadeloupe : 7 ans après la grève générale de février 2009.

Les différentes grèves et mobilisations qui se sont déroulées contre la vie chère en 2009 et qui ont duré 35 jours en Martinique et 45 jours en Guadeloupe, ont été provoquées par une situation sociale intolérable supportée par la population. En Guadeloupe, le début du mois de décembre 2008 avait été marqué par de nombreux conflits sectoriels. En effet, des petits patrons (ambulanciers, taxis, petits transporteurs) avaient décidé de se mobiliser pour protester contre les prix trop élevés des carburants. La population se solidarisa avec ces manifestations, et finalement le préfet décida de baisser le prix des carburants de 30 centimes. Dans le même temps, les Assemblées locales ont voté une subvention de 3 millions d’euros pour «aider» la SARA, société de raffinage (contrôlée à l’époque par Total, Chevron et Ruby) qui produit et commercialise les carburants. Cette décision provoqua une vive protestation des organisations syndicales qui décidèrent de se regrouper dans une alliance qui fut connue sous le nom de «LKP» –Lyanaj Kont Pwofitasyon- (alliance contre la surexploitation), regroupant 31 organisations syndicales, politiques et associatives. Le LKP exigea le remboursement des 3 millions d’euros et une baisse supplémentaire des carburants. Une grève générale a été lancée le 16 décembre où 6 000 personnes défilèrent dans les rues de Pointe-à-Pitre. Le préfet refusa de recevoir une délégation des manifestants. Face à ce refus, le LKP annonça qu’il allait se renforcer, en annonçant une grève générale pour le 20 janvier, regroupant cette fois-ci 48 organisations. Le nombre de manifestants passa à 10 000, et au troisième jour à presque 20 000 manifestants. Le LKP exigeait également l’augmentation de 200 euros pour tous les salaires inférieurs à 1,6 SMIC (soit environ 2 200 euros). Les principaux leaders de ce mouvement furent Elie Domota, sÀecrétaire général de l’UGTG et Jean-Marie Nomertin, secrétaire général de la CGTG. En Guyane et à la Réunion des petits patrons (transporteurs, taxis, ambulanciers) soutenus par la population se sont aussi mobilisés pour la baisse des carburants. En Martinique, depuis plus d’un an, les syndicats CGTM, CDMT, CSTM, UGTM, CFTC, UNSA, CFDT, et la CGTM-FSM regroupés en intersyndicale ont cherché à informer le maximum de travailleurs sur la situation sociale et à les sensibiliser sur une plateforme de revendications communes. C’est sur cette base que cette intersyndicale appelait à son tour tous les travailleurs à une grève générale le 5 février 2009, pour exiger une augmentation des salaires et des minima sociaux de 354 euros nets, contre les emplois précaires et contre la vie chère. En effet, de plus en plus de travailleurs et de gens disaient «la Guadeloupe est mobilisée contre la vie chère et pourquoi pas nous ? ». Le jeudi 5 février 2009, plus de 10 000 manifestants, venus des entreprises mais aussi des quartiers populaires, ont répondu à l’appel. À la fin de la manifestation et devant le fort ras-le-bol exprimé par les milliers de manifestants, la secrétaire générale de la CGTM, Ghislaine Joachim-Arnaud, a fait voter la reconduction du mouvement dans le cortège syndical CGTM regroupant toujours un nombre important de manifestants. Un point de rendez-vous fut donné pour le lendemain. Le soir de la mobilisation, au cours d’une assemblée générale, l’intersyndicale s’est transformée en Collectif du 5 février. Le vendredi 6 février, un groupe de militants accompagnés de travailleurs et manifestants venus de la population a fait des débauchages et prises de parole dans toute la zone industrielle de Lamentin. C’est ainsi que démarrait la grève générale qui a duré 35 jours. Durant tout le mouvement, les gros capitalistes békés, et les autorités locales et gouvernementales ont cherché par tous les moyens à jouer le pourrissement du conflit. Mais leur objectif n’a pas été atteint. Chaque jour la population se retrouvait de plus en plus nombreuse, plus importante que jamais dans le passé, pour manifester contre la vie chère et ce malgré la présence des forces de l’ordre venues de France en renfort. Finalement, en Martinique, un accord portant sur les salaires et sur la baisse de 400 produits de première nécessité a été signé le mercredi 11 mars entre les organisations syndicales du Collectif du 5 février et les organisations patronales. La grève générale a arraché une augmentation de 200 euros nets, en partie payée par l’État et les Collectivités et en partie par les patrons, valable pour 3 ans. En Guadeloupe, après 43 jours de luttes et de mobilisations, les travailleurs ont aussi arraché un accord avec notamment 200 euros d’augmentation, appelé «accord Bino» du nom d’un militant tué dans le cadre de cette grève. En Guadeloupe comme en Martinique, le patronat s’est montré réticent à appliquer cet accord et les salariés ont dû bien souvent se mobiliser dans leurs entreprises pour qu’il soit rendu effectif. Sur les baisses de prix aussi, la mobilisation d’une partie de la population a continué durant plusieurs mois, notamment sous forme de comités de contrôle des prix, pour obliger les grandes surfaces appliquer les «prix BCBA» correspondant aux accords signés. Ce fut la plus grande grève des soixante dernières années sur les deux îles. Elle a suscité des soutiens et encouragements dans de nombreuses entreprises et Régions, en France et plus loin encore. Les travailleurs et la population laborieuse ont pu arracher des mains des «profiteurs» certaines améliorations de leurs salaires et conditions de vie. Mais la victoire fut aussi morale. Même si la force du mouvement n’a pas permis d’aller plus loin, et malgré le déchainement de commentaires contre la grève orchestré par le patronat et tous ses suppôts, ils ont pu faire l’expérience que la grève générale et massive est un moyen de lutte efficace contre les inégalités et contre l’exploitation.


Lettre de soutien à la CGTG : nous ne pouvons rester indifférents !

Le 25 avril 2015, la Cour d’Appel de Basse-Terre confirmait et aggravait une condamnation inadmissible en diffamation envers la CGTG (Confédération Générale du Travail de Guadeloupe) et deux de ses militants. Les plaintes avaient été déposées par Jean et Martin Despointes, actionnaires principaux de Carrefour Milénis aux Abymes, parce que dans un tract, la CGTG qui s’opposait à un plan licenciement a écrit que les actionnaires Despointes pouvaient prendre sur leurs fortunes personnelles et rappelé « que la famille Despointes a bâti toute sa fortune sur la traite négrière, l’économie de plantation et l’esclavage salariat. » C’est pour avoir écrit cette phrase que la CGTG et ses deux militants ont été condamnés à payer, tous frais confondus, la somme colossale de 55 000 € ! La démesure de cette somme a permis aux frères Despointes de s’en servir aussitôt pour saisir les comptes de la CGTG et bloquer ainsi son fonctionnement. La CGTG en payant cette somme n’aurait plus la capacité financière de fonctionner. L’objectif étant d’étrangler une organisation syndicale qui leur résiste, et d’étouffer la voix des salariés. En plus de la répression antisyndicale, deux principes fondamentaux sont bafoués dans ces décisions de justice : la liberté d’expression et le droit de rappeler des vérités historiques dont celle de l’esclavage. Accepter qu’on puisse bâillonner toute expression syndicale ou politique en Guadeloupe, en s’attaquant non seulement aux organisations mais aussi directement à leurs militants serait éminemment dangereux pour toute la société. Lorsque l’on retire un droit fondamental à une personne, on le retire à tous. Ces décisions de justice, sans précédent, sont de fait un trouble à l’ordre public. Nous soussignés, entendons dénoncer ces tentatives d’étrangler l’organisation syndicale dont la liberté d’expression, et celle fondamentale de dire une vérité historique, doivent à tout prix être respectées. Premiers signataires : Christian ANDRÉ, patriote guadeloupéen - Jean-Marc ANGÈLE, Secrétaire adjoint de Solidaires Guadeloupe - Eddy ARNELL, comédien, metteur en scène - Nathalie ARTHAUD, militante de Lutte Ouvrière - Karine ATENCIA, directrice de la communication - Pascal BAVENCOVE, retraité CGT (62) - Jean-Pierre BECKER, comédien – Philippe BELAIR, éducateur spécialisé - Didier BERNARD, universitaire - Gilbert BISSAINTE, dirigeant de SUD PTT (Guadeloupe) - Marie-George BUFFET, députée, ancienne ministre – Jacqueline CACHEMIRE-THÔLE, artiste - Frantz CALVAIRE, avocat - Max CÉLESTE, militant de Combat Ouvrier - Patrick COCK (KOKLA), musicien – Joël COCO-VILOIN, Responsable Insertion par la Culture - Roger COCO, ingénieur, architecte - COMPAGNIE JOLIE MÔME, troupe théâtrale - Raphael CONFIANT, écrivain , universitaire - Jean Pierre COQUERELLE, musicien -  Myriam COTTIAS, historienne, chercheur - Robert CRÉMIEUX,  ancien président du MNCP (Mouvement National des Chômeurs et Précaires) - Jacky DAHOMAY, professeur retraité - Lita DAHOMAY, militante de Combat Ouvrier - Swanha DESVARIEUX COQUIN, fondatrice du SISGWA, conseillère technique - Max DIAKOK, danseur, chorégraphe - Élie DOMOTA, Secrétaire général de l’UGTG - Michel DUFFOUR, ancien Secrétaire d'État au patrimoine et à la décentralisation culturelle (2000-2002) – Max ÉVARISTE, Secrétaire général de Force Ouvrière (Guadeloupe) - FANMKIKA, groupe de gwoka au féminin - Enedge FILA, percussionniste - Gérard FILOCHE, membre du Bureau national du PS - Gustave FRONTON, porte-parole de Karésol - FSU (Guadeloupe) - Joël GUSTAVE, ingénieur - Ghislaine JOACHIM-ARNAUD, secrétaire générale de la CGTM - Jean Pierre JOUFFROY, peintre, sculpteur - Jean-Paul JOUARY, philosophe, écrivain - Jean-Claude KAGAN, Formateur retraité - François LADREZEAU, musicien – Arlette LAGUILLER, militante de Lutte Ouvrière - Pierre LAURENT, secrétaire national du PCF, sénateur - G. LAWSON-BODY, universitaire - Jean-Claude MADO, universitaire -  Corine MANCÉ- CASTER, écrivain - Humbert MARBEUF, militant patriote - Philippe MARTINEZ, secrétaire général de la CGT - Louis MAUGÉE, militant de Combat Ouvrier – Philippe MONIER - Rosan MONZA, musicien guadeloupéen - Gérard MORDILLAT, écrivain , cinéaste - MOUVMAN KILTIREL AKIYO – Michel LETAPIN, dirigeant de l’UNSA (Guadeloupe) - Joël NANKIN, plasticien – Christian NIRELEP, chargé d’enseignement en sociologie - Jean-Michel PALIN, éducateur spécialisé, directeur d'établissement  - Catherine PAPEGUAY, attachée de presse Théâtre national de Chaillot - Claudie PATCHENKO, graphiste retraitée - Daniel PATCHENKO, journaliste et biographe – Jean-Luc PAUL, mcf en anthropologie à l’Université des Antilles - Philippe PIERRE-CHARLES, Groupe Révolution Socialiste (GRS) Martinique - Jean Marie PÉAN, gastro-entérologue - Marc PESCHANSKI, chercheur scientifique – Rose-Hellen PETIT, universitaire - Alain PLAISIR, président du CIPPA - Yvon QUINIOU, philosophe - Frédéric RÉGENT, universitaire - Luc REINETTE, militant patriote - Max RIPPON, poète, écrivain - Laurence ROMANA, enseignant-chercheur à l’Université des Antilles - Marc ROMANA, chargé de recherche INSERM - Adrien ROUCHALEOU, journaliste - Jean-Pierre SAINTON, universitaire - Richard SANCHEZ, ancien responsable national du PCF – Eddy SEGUR, secrétaire Général de la FSU Guadeloupe - SEREMES, artiste – SPEG (Syndicat des personnels de l’enseignement en Guadeloupe) - Valère STARASELSKI, écrivain – Jacqueline THALY, secrétaire générale de la CDMT Martinique - Yves THÔLE, artiste - Louis-Georges TIN, président du CRAN - Lyn UDINO, mcf à l’Université des Antilles, Artiste - Henri VACHER, militant communiste et syndical (Brive la Gaillarde) - Bernard VASSEUR, philosophe – Narcisse ZAHIBO, universitaire - Danyck ZANDRONIS, FKNG Nous avons par ailleurs lancé une souscription dont l’apport sera nécessaire pour pérenniser notre activité de défense des salariés et de l’emploi. Les chèques de soutien peuvent être envoyés à l’adresse de la CGTG : 4 cité artisanale de Bergevin 97110 Pointe-à-Pitre, ou les dons effectués via le site internet : www.CGTG.fr


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