Site

Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1148 du 30 janvier 2016/Deuxième page

Deuxième page

États-Unis : à Flint, le scandale de l’eau contaminée continue

(Nous publions ci-dessous un article du journal Lutte Ouvrière) Ce n’est que samedi 16 janvier que Barak Obama a décrété «une situation d’urgence» à Flint, dans le Michigan, cette ville de près de 100 000 habitants où la population a été contaminée par de l’eau prétendument potable mais polluée au plomb et par diverses bactéries. Cela a duré d’avril 2014 à octobre 2015, mais les autorités n’ont admis les faits, pourtant dénoncés depuis des mois par la population et certains médecins, qu’en septembre dernier. En 2014, la ville, en faillite, a été mise sous tutelle par le gouverneur du Michigan qui a nommé à sa tête un gestionnaire financier. Pour faire des économies, celui-ci a obligé la ville à s’approvisionner en eau dans la rivière polluée de Flint au lieu de continuer à acheter son eau à Detroit, et ce n’est qu’en octobre dernier que Flint s’est à nouveau raccordée à l’eau de Detroit. Mais entre-temps dix personnes sont mortes sur les 87 qui ont contracté la légionellose, et 43 personnes sont contaminées au plomb, dont des enfants qui risquent d’être handicapés dans leur développement. Et le problème n’est toujours pas réglé car les canalisations sont tellement délabrées qu’elles polluent l’eau, même si celle-ci est désormais saine au départ. Il faudrait 1,5 milliard de dollars pour remplacer ces canalisations pourries et rien n’a encore été fait. C’est la colère de la population qui a fait éclater le scandale, a obligé Obama à reconnaître – bien tard – l’état d’urgence et à débloquer quelques fonds pour aider les victimes.


Goodyear : justice de classe !

La semaine dernière, en France, 8 travailleurs de cette entreprise ont été condamnés à 9 mois de prison ferme plus 15 mois de sursis, parce qu’ils avaient retenu deux cadres. L’an dernier, l’ancien patron de la banane Louis Dormoy a pris seulement 12 mois avec sursis pour avoir causé la mort d’un travailleur sur sa plantation. Pour les juges, la vie entière d’un travailleur vaut moins qu’une journée de séquestration pour deux chefs.


Martinique : CTM, répartition des rôles pour exaucer les vœux des capitalistes.

Marie-Jeanne et Monplaisir, après leur alliance victorieuse à l’élection de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) en décembre 2015, ont procédé le 5 janvier 2016 lors de la première plénière, à la répartition des compétences entre les 9 élus qui composent le Conseil Exécutif. Marie-Jeanne est le leader du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) et du rassemblement électoral autour de lui, le «Gran Sanblé». Monplaisir, qui représentait la droite sarkozyste «Les Républicains» lors de la dernière élection, est un capitaliste qui exploite 1500 travailleurs. Dans le Conseil exécutif siègent donc : six représentants du «Gran Sanblé» dont Marie-Jeanne et trois du groupe «Ba péyi a an chans» (Donner une chance au pays) de Monplaisir. Tous les membres du Conseil Exécutif se sont vu attribuer des responsabilités. Mais une observation de cette ventilation permet de constater que, bien que minoritaires dans cette instance, deux membres issus de la liste de Monplaisir récupèrent deux compétences qui leur tiennent à cœur. Ainsi, Miguel Laventure est responsable des affaires financières et budgétaires, de l’Octroi de mer, de la fiscalité et des Fonds européens et questions européennes et du Tourisme. Quant à Marinette Torpille, elle va gérer le Développement économique, l’Emploi, et… les aides aux entreprises. Monplaisir, lui, a préféré rester membre de l’Assemblée tout étant présent dans des instances stratégiques où il pourra suivre les «affaires» et intervenir éventuellement en fonction de ses intérêts. C’est ainsi qu’il sera membre du Conseil de Surveillance du Port et du Conseil d’Administration du Grand Port de Martinique. On se souvient qu’à l’annonce de l’accord de fusion entre Marie-Jeanne et Monplaisir, si certains avaient crié à un mariage contre-nature, d’autres avaient applaudi et donné leur bénédiction aux mariés. Parmi ces derniers, citons Maran, ancien maire de Sainte-Luce, Charpentier, ancien maire de Basse-Pointe, Valère, ancien candidat de droite contre Césaire à Fort-de-France, et Lordinot, ancien maire de Sainte-Marie et ancien colistier de Monplaisir. Mais surtout, il y avait le soutien de Baudoin Lafosse-Marin, ex responsable du «centre patronal», l’ancêtre du plus grand syndicat patronal français, le MEDEF. Dans un mail, ce dirigeant patronal disait voir dans l’alliance Marie-Jeanne-Monplaisir, une excellente occasion pour relancer la droite. Extraits : «La fusion entre la liste de Yan Monplaisir et celle d’Alfred Marie-Jeanne permet à la DROITE, en cas de succès, d’avoir un rôle déterminant dans la nouvelle assemblée, avec des postes à la Commission Exécutive, des postes de vice-présidents de l’Assemblée et des postes de présidents de Commissions… Alfred Marie-Jeanne et Claude Lise sont des hommes ouverts qui donnent une immense chance à la DROITE d’être dans l’exécutif de la nouvelle assemblée… Cette fusion donne à la DROITE toutes ses chances pour l’avenir sans perdre son identité». Depuis le 13 décembre, Baudoin Lafosse-Marin boit du petit lait. La CTM, comme les anciens Conseils Régional et Général, est une institution de l’appareil d’État de la bourgeoisie. C’est également une place stratégique qui permet à certains notables de gérer des fromages. La composition de l’Exécutif et de l’Assemblée et la répartition des responsabilités montrent à l’évidence que la bourgeoisie locale a fait le choix d’être là où il faut et d’y placer les gens qu’il faut pour le suivi de ses affaires.


Octroi de mer : quand les malheureux financent eux-mêmes la paix sociale

Qu’est-ce que l’Octroi de mer ? Au 17ème siècle, toutes les municipalités françaises se finançaient en percevant un impôt sur les marchandises qui entraient sur leur territoire. Cet «octroi» existe en Guadeloupe et en Martinique depuis 1670. En France hexagonale, la bourgeoisie a progressivement supprimé ces tarifs douaniers hérités du féodalisme pour se constituer un marché unique à l’échelle nationale. Mais dans les colonies, il a été conservé sous le nom d’Octroi de mer. En 1992, au nom de la «concurrence non faussée», l’Union européenne a imposé que les produits locaux soient eux aussi taxés, mais a laissé aux Régions le droit d’exonérer qui elles voulaient. C’est la raison pour laquelle on paye parfois l’Octroi de mer… même sur l’eau du robinet ! En 2004, l’UE a permis aux Régions de fixer des taux différents selon que les marchandises sont importées ou produites sur place. L’Octroi de mer a été prolongé jusqu’en 2013, puis jusqu’en 2020. Aujourd’hui, il existe une liste de quelque 900 produits ou types de produits pour lesquels les Conseils régionaux (la CTM, Collectivité territoriale de Martinique) fixent la taxe (elle est en général de 7 %, mais peut monter jusqu’à 30 %). L’argent est perçu par les douanes et distribué aux mairies et collectivités en fonction du nombre d’habitants. À cela s’ajoute un «Octroi de mer régional» (2,5 %) perçu directement par la Région. Chalus revoit la copie de Lurel Depuis quelques semaines, le nouveau président de Région, Ary Chalus, polémique avec l’ancien, Victorin Lurel, autour de l’Octroi de mer, une taxe sur toutes les marchandises importées, spécifique aux Antilles et à la Guyane. En novembre 2015, avant sa défaite aux Régionales, Lurel avait augmenté cette taxe. À son arrivée, Chalus a annulé cette augmentation et se donne trois mois de consultations avec le patronat et les commerçants pour décider de son évolution. En principe, l’Octroi de mer sert à «protéger» la production locale contre les marchandises produites à l’extérieur, moins chères, et qui pourraient inonder le marché local. Sauf qu’il suffit de regarder les rayons de nos boutiques pour constater que ça ne marche pas vraiment… En principe toujours, cette barrière douanière contredit la sacrosainte «concurrence non faussée» chère à l’Union européenne(UE) et c’est la raison pour laquelle elle demande régulièrement à ce que l’Octroi de mer soit supprimé. Pourtant, à chaque fois, l’UE finit par prolonger l’Octroi de mer (la dernière décision garantit qu’il restera en vigueur au moins jusqu’en 2020). Car en réalité, le rôle de l’Octroi de mer n’est pas celui-là. L’Octroi de mer une sorte d’impôt inégalitaire Invité sur France Ô le 21 janvier dernier, Marc Vizy, conseiller pour l’Outre-Mer de François Hollande, a révélé que l’Octroi de mer est «une source de revenus importante pour les Collectivités locales qui, du fait que le pays est moins riche, font moins de matière fiscale sur les impôts traditionnels et qui depuis longtemps jouent une espèce de rôle de tampon vis-à-vis de l’emploi». En clair, si comme en France, les impôts locaux étaient simplement calculés en fonction du revenu des gens – les riches payant plus que les pauvres – les communes ne gagneraient pas assez pour fonctionner, car il y a trop de pauvres chez nous ! Elles seraient alors obligées de licencier en masse, avec des conséquences graves, puisqu’elles sont un des principaux employeurs de nos îles. Alors l’Octroi de mer continue. Tout le monde paye cette espèce de «TVA tropicale», y compris les pauvres chaque fois qu’ils achètent un yaourt (7 %), une boîte de raviolis (15 %) ou un rouleau de papier toilette (15 %) et bien sûr l’Octroi de mer, comme la TVA, pèse proportionnellement plus lourd sur le budget des ménages modestes. L’Octroi de mer est un moyen d’obliger les plus pauvres à mettre eux aussi la main à la poche pour camoufler un peu le chômage de masse. Quelle trouvaille : les malheureux financent eux-mêmes la paix sociale ! En système capitaliste, ce sont toujours les pauvres qui paient la note C’est pourquoi dans la polémique guadeloupéenne entre le nouveau et l’ancien président, tous les deux ont raison et tous les deux… se moquent éperdument des intérêts des couches populaires. Oui, si l’Octroi de mer augmente, les prix vont augmenter et pénaliser la population. Et oui, si l’Octroi de mer n’augmente pas, de nombreuses Collectivités – beaucoup sont déjà tellement dans le rouge qu’elles sont sous tutelle de la préfecture – devront licencier… ce qui pénalisera tout autant la population ! En fait, le principal reproche de Chalus à Lurel est qu’il n’a pas consulté les «socioprofessionnels» (c’est à dire aussi le Medef, la principale organisation du grand patronat) avant d’augmenter l’Octroi de mer… ce que Lurel, beau joueur, reconnaît et regrette ! Tout le monde – les politiciens et les médias – discute de l’Octroi de mer comme si les seuls concernés étaient les patrons ! Mais… Et si l’Octroi de mer, les différents taux qui frappent les produits de consommation courante, la façon dont ils sont décidés par une foule de petits arrangements entre riches amis, et si tout cela était mis à plat et discuté devant la population et sous son contrôle ? Évidemment, cette question n’effleure même pas nos notables. Au pays des Hayot, Despointes, et autres Ho-Hio-Hen qui figurent parmi les plus grandes fortunes de France, l’argent existe pour éradiquer le chômage. Pour cela il faudrait interdire les licenciements et contraindre les plus gros capitalistes à embaucher. Et il suffirait de lever le secret bancaire, d’abolir le secret des affaires pour constater que comparé à ce qu’il y a dans leurs coffres, les débats sur l’Octroi de mer sont des discussions de «bouts de chandelles».