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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1148 du 30 janvier 2016/Première page

Première page

Editorial: Christiane Taubira,"résistante" de la dernière heure

ZoomChristiane Taubira a démissionné de son poste de ministre de la justice. Elle se rapproche ainsi plus nettement de ceux que la presse nomme "les frondeurs" du Parti socialiste ou proches de lui. Ces derniers reprochent à Hollande et Valls leur politique droitière. Ils tentent ainsi d'apparaître comme de meilleurs défenseurs des travailleurs et des classes populaires. Mais en réalité, ce sont surtout leurs carrières et leurs postes qu'ils défendent. Car en continuant à soutenir Hollande et Valls, ils auraient bien du mal en 2017 à expliquer à leurs électeurs qu'ils défendent leurs intérêts. Le sabotage du code du travail, celui des 35 h, le travail du dimanche, la kyrielle de cadeaux au patronat sous la forme des milliards de crédit d'impôt, les sommes allouées aux patrons en cas d'embauches, l'utilisation de l'état d'urgence pour interdire certaines manifestations, la condamnation des travailleurs de Goodyear à de la prison ferme, la déchéance de nationalité - revendication du Front national reprise par Hollande - etc. comment, en effet, justifier tout cela ? Seuls les naïfs peuvent croire que Christiane Taubira a démissionné à cause de son désaccord avec Hollande et Valls à propos de la déchéance de nationalité et d'autres mesures qu'elle jugerait contraires à une politique de gauche. Non, la ministre de la justice démissionne en fonction de calculs politiciens. Elle se réserve la possibilité de rebondir politiquement sans être associée jusqu'au bout à la politique de Hollande et Valls. Pourtant, pendant près de quatre années, Taubira a, bien des fois, ravalé ses désaccords avec le gouvernement pour rester ministre. Aujourd'hui, elle nous dit "parfois résister c'est rester". En se donnant une image de "résistante" de l'intérieur du gouvernement. Rester ministre pendant prés de quatre années d'une mandature présidentielle de 5 ans, ministre d'un président et d'un premier ministre avec lesquels elle était en désaccord, il faut vraiment avoir une capacité de résistance hors du commun ! "Parfois résister c'est partir" ajoute Taubira ! Quelle tactique ! "Résistante" après avoir servi si longtemps de caution de gauche à un gouvernement "socialiste" qui fait une politique de droite ; servi de caution en tant que femme, servi de caution anti raciste en tant que femme noire, à un gouvernement qui fait ainsi des clins d'œil à l'électorat issu de l'émigration et des banlieues. Oui, tout cela était l'usage qui était fait de Taubira par Hollande. Il fallait utiliser la renommée de celle qui a fait reconnaître l'esclavage comme crime contre l'humanité, celle qui fut candidate à la présidence de la république en 2002. En Guyane dont elle est originaire, en Guadeloupe, en Martinique et dans tous les départements d'outremer elle avait la sympathie d'un grand nombre de gens. Attaquée par l'extrême droite et la droite, essuyant les propos racistes de certains, cette sympathie s'était renforcée en France comme en outremer. Mais l'ex ministre de la justice n'est pas différente de tous les politiciens qui font passer avant tout leurs intérêts personnels. Tous ces "frondeurs " de la gauche PS ne défendent pas plus, ni mieux, les intérêts des travailleurs que Hollande et Valls. Taubira fait partie intégrale du personnel politique des classes dirigeantes qui dictent leurs volontés aux politiciens qu'ils se donnent. Car ce sont eux les vrais maîtres. Le désaccord de l'ex ministre de la justice sur la déchéance de nationalité ne peut masquer sa solidarité pendant 4 ans avec un gouvernement impérialiste, dont elle était la troisième dans l'ordre hiérarchique. Ce gouvernement fait la politique du grand patronat contre les travailleurs, mène des guerres en Afrique et ailleurs pour les intérêts des multinationales et de ses capitalistes. C'est bien là qu'il faut voir, malgré sa démission, la véritable posture de Christine Taubira.


Haïti : Report des élections du 24 janvier

Malgré l’annulation des élections annoncée par le CEP (Conseil électoral provisoire) le vendredi 22 janvier, la mobilisation des partisans de l’opposition continue dans les rues de Port-au-Prince et quelques villes de provinces. Les slogans demandent le départ de Martelly et les manifestants s’en prennent à tout ce qui représente le gouvernement. Jovenel Moise, le candidat de Martelly, le président en place, a traité le CEP d’irresponsable pour avoir stoppé le scrutin sans donner une nouvelle date. Il déclare «être prêt et disposé à participer aux élections et attend avec impatience la reprise du processus». Ainsi, dans plusieurs endroits, il a essayé sans grand succès d’organiser quelques manifestations de protestation. Martelly demande la réunion d’un conseil des ministres extraordinaire pour prendre des dispositions afin de garantir l’ordre public. Mais les supporteurs de l’opposition ont déferlé vendredi, samedi et dimanche dans les rues de la capitale, tenant tête aux policiers et demandant le départ de Martelly. Aussi, depuis vendredi, les politiciens de l’opposition crient victoire sur les médias et font des propositions pour résoudre la crise électorale dans leur intérêt. Une des propositions est de remplacer Martelly le 7 février, jour de passation du pouvoir au nouveau président élu, par le juge de la Cour de cassation. Il ferait office de président et assurerait la nomination d’un gouvernement de transition. Le parlement actuel serait dissout et les élections programmées de nouveau. Ces oppositionnels veulent un gouvernement de transition, mais qu’est-ce que cela apporterait aux travailleurs ? Il y a eu par le passé plusieurs gouvernements de transition et aucun ne s’est soucié tant soit peu du sort des masses laborieuses. Tous ces oppositionnels ne veulent qu’une chose, revenir dans la course électorale en vue d’obtenir des postes dans un futur gouvernement. Mais cette opposition est loin d’être homogène, chacun des candidats jouant sa partition. Jude Célestin, partisan de Préval, arrivé second face à Jovenel Moise, candidat du parti au pouvoir, manœuvrait en tenant compte du maintien des élections. Alors que ceux qui étaient arrivés troisième et quatrième, des «lavalassiens» pro Aristide et anti Aristide, sont d’accord pour annuler ces élections. Chacun a son groupe de partisans qui pour l’instant sont unis par un objectif : renverser Martelly. Dans les entreprises et dans les quartiers, à l’approche des élections du 24 janvier, la panique s’installait petit à petit. Les gens avaient commencé à faire des provisions, certains quittaient la capitale craignant les manifestations. Ils redoutaient que les affrontements prennent de l’ampleur le jour du scrutin. L’annulation du scrutin a été pour eux un soulagement au milieu des difficultés journalières. Avec le dollar qui s’échange maintenant à 65 gourdes, les prix des denrées de base flambent et devant les usines, les marchandes qui vendent les repas cuits aux ouvriers ont maintenu le même prix, pour continuer à vendre, mais la quantité dans l’assiette a diminué. Cela occasionne des altercations entre marchandes et ouvriers. Actuellement les oppositionnels à Martelly entrainent la population laborieuse dans les rues pour renverser Martelly. Ils font de nouvelles promesses dont les pauvres, les ouvriers doivent se méfier.


Guadeloupe : Lucette Michaux Chevry, rattrapée encore une fois par la justice

Lucette Michaux Chevry, ex sénatrice, ex maire de Basse Terre, ex ministre, est mise en examen et mise sous contrôle judiciaire pour détournement de fonds. La justice cherche à savoir si Michaux Chevry a bien payé les réparations de son appartement parisien avec des fonds publics. Certes aux yeux de la loi, LMC est présumée innocente tant qu’elle n’est pas jugée. Mais force est de constater qu’elle suit une lignée de ses amis politiciens convaincus de malversations par la justice : José Moustache ex maire de l’Anse Bertrand aujourd’hui décédé, Joël Beaugendre, maire de Capesterre Belle eau, accusé de détournement de fonds et écroué pendant plusieurs mois en attente de son procès, Chammougon ex maire de Baie Mahault, ex député, convaincu de malversations et emprisonné. Il ne faut donc pas s’étonner du dégoût exprimé par une grande partie de la population pour la politique et du pourcentage considérable d’abstention aux élections. Le spectacle du «tous pourris» que donnent les politiciens non seulement pousse de plus en plus de gens vers l’abstention, mais pousse aussi toujours plus d’électeurs déçus vers l’extrême droite. Ce sont en effet les mêmes politiciens qui nous parlent d’état de droit, de justice, de «devoir civique du citoyen» qui sont les premiers à se mettre hors la loi !


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