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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1147 du 16 janvier 2016/Deuxième page

Deuxième page

Affaire CEREGMIA : les langues se délient

Depuis un an et demi, les journalistes de Médiapart ont fait éclater le scandale des millions d’euros qui, disent-ils, ont été détournés par les dirigeants du laboratoire CEREGMIA (Centre d'Étude et de Recherche en Économie, Gestion, Modélisation et Informatique Appliquée) de l’Université des Antilles, Fred Célimène et Kinvi Logossah. Médiapart relatait que ces deux professeurs montaient de faux projets de recherche et de formation pour toucher des fonds européens. Selon Mediapart et d'autres médias, ils empochaient une partie de l’argent directement sous forme de primes et facturaient au titre de leurs projets fictifs des repas gastronomiques et autres dépenses somptueuses. Dès 1998, un signalement avait été fait pour s’inquiéter de leurs pratiques douteuses. La Cour des Comptes s’est penchée plusieurs fois sur le dossier, puis l’Inspection Générale. Mais pendant toutes ces années, mise à part une légère sanction administrative en 2007, ils n'ont pas été inquiétés. Ce n’est qu’en décembre 2013 que l’administration a commencé à agir, sans doute effrayée par le montant des sommes qui auraient été détournées (10 millions d’euros) qui sont maintenant réclamées à l’Université. En 2014, les deux professeurs ont été écartés du campus de Schœlcher. Depuis un an et demi, l’enquête judiciaire semblait s’enliser. La presse locale ne semblait pas non plus très préoccupée par la question. Tout récemment, l’ambiance semble avoir changé. L’enquête est relancée, et Martinique 1ère a diffusé deux reportages accablants sur ce scandale. En effet, l’affaire CEREGMIA n’est malheureusement qu’un exemple de la manière dont sont gérés les fonds publics. Des milliards sont distribués au grand patronat, et au passage des petits notables en profitent aussi.


Dirigeants d’Air France : c’est eux les voyous !

En septembre 2014 les pilotes d’Air France avaient entamé un mouvement de grève pour refuser le projet «Transavia Europe», qui augmentait les heures de travail et supprimait plusieurs avantages pour les pilotes. Mais pendant la grève, la direction manœuvrait en douce pour assurer plusieurs vols en détournant la loi Diard. Cette loi de 2011, datant de la présidence de Nicolas Sarkozy, oblige les travailleurs de l’aéroport et des transports d’une manière générale à s’annoncer grévistes 48 heures à l’avance. Sous couvert de permettre aux usagers de connaitre les vols perturbés et de s’adapter, cette loi était en réalité une nouvelle attaque contre le monde du travail et plus particulièrement contre le droit de se mettre en grève de manière spontanée et sans aviser la direction. Avec la liste des grévistes en main, la direction en avait profité pour organiser des vols uniquement avec des non-grévistes. Ainsi, elle faisait fonctionner quasiment intégralement le service en pleine grève ; ce qui est illégal. Le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SPNL) a enclenché une procédure au tribunal et a eu en appel gain de cause face à la direction. Fin décembre 2015, celle-ci a été condamnée à 27 000 euros d’amende. Mais dans cette affaire, il faut surtout relever la perfidie des patrons qui ne respectent rien, quand il s’agit de leurs profits. Ici, la direction a perdu car le syndicat des pilotes a protesté. Les capitalistes ne cessent jamais de frauder, tricher et manipuler, sans presque jamais être condamnés! Ce ne sont pas les gouvernements et les ministres qui s'y opposeront. Ces derniers préfèrent traiter de voyous les travailleurs qui refusent des licenciements, tout en arrosant les patrons de cadeaux en tout genre. Les travailleurs ne peuvent compter que sur leur propre force collective pour déjouer les pièges et faire reculer le grand patronat.


Martinique : Décès de Philibert Duféal

Philibert Duféal, ancien secrétaire général de la CGTM (Confédération générale du travail de Martinique), puis à partir de 1990 secrétaire général et président d'honneur de la CGTM-FSM, est mort le jeudi 7 janvier 2016 à l’âge de 91 ans. Les travailleurs qui l'ont côtoyé ont connu un militant ouvrier syndicaliste et politique qui avait choisi de consacrer la majeure partie de son temps à la défense des intérêts des ouvriers, cherchant à les organiser et à leur faire prendre conscience de leur rôle dans la société coloniale et capitaliste. Dès l’âge de 16 ans il a travaillé en qualité de charpentier dans l’atelier de l’ébéniste Léopold Bissol, l’un des fondateurs du Parti communiste martiniquais, ami et camarade politique de son père. C'est ce même Bissol qui fut député, avec Aimé Césaire, tous deux élus des travailleurs à l'époque. Ensuite, à l’âge de 19 ans, donc en 1944 durant la deuxième guerre mondiale, malgré la répression coloniale il a adhéré au PCM, (parti communiste martiniquais), dont il est resté membre jusqu’à sa mort. Il avait l’habitude de dire lui-même : «J’étais à l’époque le plus jeune communiste de tout Fort-de-France ». Par la suite, de 1950 à 1962, il a été employé du commerce, puis est devenu permanent du PCM en qualité de secrétaire à l’organisation. Après la deuxième guerre mondiale, Philibert Duféal a participé aux côtés de Victor Lamon (ancien secrétaire général de la CGTM, décédé le 4 janvier 1988) à la mise en place de nombreuses conventions collectives : dans les secteurs du bâtiment, de l’agriculture, de l’industrie (usines de canne) et du commerce. Avec V. Lamon, il a également contribué à la mise en place de la Sécurité Sociale. Il a dirigé ou participé à de nombreuses grèves, pour défendre des augmentations de salaires, s’opposer à des licenciements ou pour améliorer les conditions de travail des salariés. Le mérite de ces militants de la classe ouvrière fut à l'époque d'avoir milité sous une répression patronale et coloniale bien plus fortes qu'aujourd'hui. Pour une part, c'est leur combat qui a permis qu'aujourd'hui les travailleurs bénéficient d'un peu plus de libertés démocratiques dans ces vieilles possessions coloniales françaises. Mais Philibert Duféal, comme tous les dirigeants du PCM, avait été formé dans le moule du stalinisme, qui a coûté très cher au mouvement communiste et à la classe ouvrière internationale. Dès le milieu des années 1920, derrière Staline, la direction de Parti Communiste de Russie et celle de l'Internationale Communiste, avaient cessé de défendre l'objectif du renversement de la bourgeoisie à l'échelle mondiale, objectif qui avait été, sous la direction de Lénine et Trotsky, celui de la révolution russe d'Octobre 17. Les différents partis communistes ne répugnèrent pas à prôner une politique d’alliance avec les partis de la bourgeoisie, politique dite de front populaire, contribuant à désarmer politiquement et moralement la classe ouvrière internationale. Philibert Duféal comme toute une génération de communistes en Martinique et dans le monde assumait ces renoncements politiques. Alors, avec sa mort, les travailleurs de Martinique ont perdu un militant ouvrier combatif, mais ils n’ont pas perdu un militant vraiment communiste et révolutionnaire.


France-Amiens : Les salariés de Goodyear, condamnés pour l'exemple !

Huit salariés de l'usine Goodyear à Amiens-nord ont été condamnés à neuf mois de prison ferme et quinze avec sursis pour avoir séquestré du 6 au 7 janvier 2014 deux cadres de l'entreprise menacée de fermeture. Ces cadres libérés sans violence 30 heures après, avaient déclaré n'avoir subi aucune violence. Les salariés avaient exprimé leur colère face à la direction qui a fermé cette entreprise de 1143 salariés. Le dirigeant de la CGT Goodyear, condamné lui aussi, a appelé "l'ensemble des salariés de notre pays à une mobilisation d'ampleur hors norme, le jour du procès en appel". Toujours est-il que cette peine est particulièrement lourde, choquante et inhabituelle dans les conflits sociaux. Après les licenciements des travailleurs d'Air France en colère contre un plan de licenciement massif et accusés d'avoir déchiré la chemise des cadres, la bourgeoisie et sa justice ont voulu faire un nouvel exemple ! C'est une démonstration de la guerre sociale implacable qu'ils livrent contre les travailleurs. Et ce jusqu'à ce que ces derniers laissent vraiment exploser leur colère tous ensemble comme, par exemple, en mai 68.


Les pères protecteurs ... de qui ?

Hollande lors de ses vœux a joué les pères protecteurs de la nation. Mais les attentats qui frappent la France ne sont qu'un retour de violence en pleine figure d'un pays qui n'a cessé de mener des guerres dans le monde entier depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les victimes des attentats en France et en Europe payent aussi le prix de la politique de leurs gouvernements. Ces derniers ne les protègent pas. Au contraire, c'est leur politique impérialiste mondiale qui crée le chaos et l'insécurité. Alors s'il faut condamner sans réserve les attentats barbares commis par les intégristes islamiques de Daech ou d'Al quaida, il ne faut surtout pas absoudre les crimes des pays impérialistes. Les seuls que les "pères protecteurs" à la Hollande et d'autres protègent sont les capitalistes qui mettent la planète en coupe réglée et fomentent les guerres pour protéger leurs intérêts économiques et leurs immenses profits. Et ce sont eux les vrais responsables du chaos actuel.


Martinique : Marie-Jeanne, président de tous les Martiniquais ?

A l'issue des élections à la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), c'est le député Alfred Marie-Jeanne, dirigeant du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) qui est devenu le patron de la nouvelle collectivité en tant que président du comité exécutif. Claude lise, second couteau, est lui président de la nouvelle assemblée. C'est en effet la liste «gran sanblé», alliée au deuxième tour à la liste "ba pay a on chans" (donner sa chance au pays) qui a remporté l'élection contre la liste de Serge Letchimy, président du Conseil Régional sortant. Ce dernier était aussi dirigeant de la liste EPMN: Ensemble pour une Martinique nouvelle regroupant une cohorte de maires et de notables. La liste «gran sanblé» a réuni, outre le MIM, des indépendantistes et régionalistes modérés : le Rassemblement démocratique martiniquais de Claude Lise, le Parti pour la libération de la Martinique ( PALIMA) de Francis Carole, le Conseil national des comités populaires (CNCP) de Raphaël Confiant, Martinique Ecologie dirigée par Louis Boutrin et aussi le Parti communiste martiniquais de Georges Erichot. La liste «Ba pei a on chans» était dirigée par le capitaliste Yan Monplaisir, qui s'est bien vanté durant la campagne électorale d'être à la tête de 1500 travailleurs, mais fut moins bavard sur ses profits. La fusion des nationalistes modérés et d'un capitaliste représentant le parti de Sarkozy Les Républicains allait tout à fait dans le sens de l'union de tous les Martiniquais martelée par Marie-Jeanne et ses colistiers. Elle illustrait parfaitement ce que sont ces notables, nationalistes ou pas : des auxiliaires du patronat. Le discours d'investiture de Marie-Jeanne n'a pas dérogé à ce fait. Il déclara notamment et à maintes reprises tout au long de son discours : «Je veux vous dire ici que je suis le Président de tous les Martiniquais».  Les travailleurs sont avertis encore une fois: Marie-Jeanne n'est pas leur président. Il est celui de «tous les Martiniquais», autant celui des Hayot, Despointes, Ho Hio Hen, Fabre Domergue, des riches békés que celui de tous les autres. Donc, en fait celui des premiers, celui des riches. On ne peut à la fois défendre valablement les travailleurs et leurs exploiteurs ! Marie-Jeanne défend Monplaisir et sa classe sociale avec qui il a gagné la CTM. Son langage est bien celui de tous les dirigeants bourgeois qui utilisent celui de l'unité la plus large pour mieux endormir et tromper les masses exploitées. Les travailleurs doivent savoir que Marie-Jeanne, Lise et leurs alliés à la CTM ne sont pas dans leur camp mais dans celui de la bourgeoisie.