Site

Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1146 du 19 décembre 2015/Première page

Première page

Editorial: Après les élections à la CTM (collectivité territoriale de Martinique) et les élections régionales en Guadeloupe

ZoomC’est encore l’abstention qui a été très forte avec près de 59% au premier tour et 48% au deuxième en Martinique, 53% et 43% en Guadeloupe. Une grande partie de l’électorat qui se dit écœurée par les politiciens ou démoralisée ne s’est pas déplacée. Parmi elle, une fraction aussi ne vote pas par révolte contre la chose politique officielle qui ne change rien à son sort. En Martinique, ce sont donc les deux principaux regroupements qui ont fait planer beaucoup d’illusions sur les vertus qu’aurait une CTM qui sont arrivés en tête avec une victoire de la liste Marie-Jeanne / Monplaisir contre celle de Letchimy au deuxième tour. Nous remercions tous ceux qui ont voté pour nos listes Combat Ouvrier dans les deux îles. Nous remercions tous ceux qui ont permis à nos listes de faire campagne par de nombreux gestes de sympathie militante, par leur présence avec nous et autour de nous. La liste « Combat Ouvrier » conduite par Ghislaine Joachim Arnaud a remporté 2460 voix et 2,04% en Martinique et notre liste «Combat Ouvrier» conduite par Jean-Marie Nomertin en Guadeloupe a compté 1992 votes : 1,42%. Nous réalisons des scores plus faibles qu’en 2010.Mais il faut dire qu’à cette époque nous sortions de la grève générale et d’un mouvement social de grande ampleur. Si ce score est faible, il n’est pas négligeable : 4452 travailleurs et opprimés dans les deux îles ont voté pour une liste se réclamant du communisme révolutionnaire. Ils constituent déjà une base qui entend renouer avec les traditions de lutte du mouvement ouvrier révolutionnaire. Ils ont entendu notre volonté réaffirmée de construire le parti communiste révolutionnaire des travailleurs qui fait tant défaut aujourd’hui. Il reste que ce parti se construira aussi au travers de luttes offensives. Aujourd’hui, nous n’en sommes pas là. Le recul actuel du mouvement ouvrier s’explique en grande partie par la trahison des intérêts des travailleurs de la part du Parti socialiste français, l’associé du PPM de Letchimy et de la gauche en Guadeloupe. La trahison des intérêts des travailleurs vient aussi du Parti communiste français et du gouvernement Hollande. Ces derniers, au pouvoir, ont organisé ou avalisé une politique anti ouvrière : licenciements, gel des salaires et des revenus, chômage et cadeaux au grand patronat. Et tout cela a démobilisé et déçu bon nombre de travailleurs. Le parti communiste martiniquais ne peut que contribuer à cette démoralisation, en s’associant d’une part à cette politique de trahison des intérêts des travailleurs, de l’autre en s’associant à la politique de la petite bourgeoisie nationaliste derrière Alfred Marie-Jeanne, aboutissant ainsi à une coalition indépendantiste-patronat à la CTM. Aujourd’hui, la politique du gouvernement Hollande est ouvertement tournée vers des aides au patronat. Malgré cela le chômage ne baisse pas, les licenciements sont toujours plus nombreux. L’appauvrissement général des travailleurs et des classes populaires se creuse toujours davantage. C’est pour ces raisons que nous avons demandé à ceux qui ont voté Combat Ouvrier de n’accorder leur confiance à aucune des listes au deuxième tour, de ne pas choisir entre peste et choléra dans chacune des îles. Elles étaient toutes les quatre dirigées par des serviteurs politiques de la bourgeoisie. Les élections générales passées, les travailleurs auront à se défendre contre le grand patronat et l’État par le seul moyen efficace, la lutte collective. Combat Ouvrier continue à œuvrer pour que le camp des travailleurs se donne un parti qui représente réellement ses intérêts matériels et politiques. Même s’ils ne constituent qu’une petite fraction de l’électorat ouvrier et populaire, ceux qui ont voté pour Combat Ouvrier peuvent être fiers de représenter l’avenir, la renaissance du mouvement ouvrier capable de combattre la société d’exploitation et d’y mettre fin.


Guadeloupe : Changez d'avenir ? Ou changer d'homme ?

La victoire d'Ary Chalus et de sa liste : "changez d'avenir" sur Victorin Lurel (Parti socialiste) a été écrasante au deuxième tour. Comment s'explique ce succès si important y compris dans les villes où les maires soutenaient Lurel comme Les Abymes ou Le Moule ? Il y a au moins quatre raisons à cela : 1) Une partie de l'électorat a tenu à sanctionner la liste PS. Elle lui fait sans doute payer la non-réduction du chômage, le problème récurrent et grave de coupures d'eau, celui des transports publics et le fait que sa vie quotidienne ne s'est pas améliorée mais aggravée. 2) Chalus et son équipe ont construit une liste multiforme avec une ex ministre de Sarkozy, Marie Luce Penchard, fille d'une autre ex ministre, de Chirac celle là, Lucette Michaux Chevry. Quand on ajoute à cela des morceaux de gauche socialiste dissidents et éparpillés, on a une fédération hétéroclite mais électoralement payante qui effectivement pouvait battre Lurel et l'appareil du PS. 3) Une opération de la droite contre le Parti socialiste que représente Lurel. L'appel de Bernier, dirigeant des Républicains à voter Chalus au deuxième tour, le montre bien, tout comme l'acharnement de Michaux Chevry et Penchard à battre Lurel. 4) Les illusions de la population. Car il n’y a aucune différence réelle entre la liste Chalus et la liste Lurel. Il s'agit de deux listes de notables qui veulent le pouvoir et avoir la mainmise sur les fonds de la Région pour soigner leur clientèle électorale et leur carrière personnelle. Mais une partie des électeurs ont cru voir dans ce changement quelque chose qui changerait leur sort en mieux. C'est évidemment une illusion, comme toujours. Les changements d'homme ou d'équipe servent à illusionner la population.


Martinique CTM : l’alliance des indépendantistes et de la droite bourgeoise gagne l’élection à la CTM !

Le deuxième tour des élections du dimanche 13 décembre 2015 pour la mise en place de la Collectivité territoriale de Martinique s’est terminé par la victoire de la liste du "Gran Sanblé Pou Ba Péyi-a An Chans". Cette liste était la fusion de la liste d’Alfred Marie-Jeanne du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) et de celle de la droite locale «Ba Péyi-a An Chans», dirigée par le capitaliste Yan Monplaisir. Elle a vaincu la liste "Ensemble pour une Martinique Nouvelle" de Serge Letchimy. La liste vainqueur, le "Gran Sanblé Pou Ba Péyi-a An Chans" avec Alfred Marie-Jeanne a remporté ces élections avec 54,14% des suffrages (83 541 voix), devant la liste "Ensemble pour une Martinique Nouvelle" de Serge Letchimy avec 45,86% des suffrages (70 776 voix). Ce résultat donne à la liste Marie-Jeanne - Monplaisir 33 sièges contre 18 pour la liste Letchimy. Dans ces élections, le taux de participation a été de 52,38 %. Soit un taux d’abstention de 47,62 %, taux un peu plus élevé que celui des dernières élections de 2010 et bien plus élevé qu’au premier tour où il y avait eu près de 59% d’abstention. Une partie importante des personnes qui ont voté pour la liste de fusion conduite par Marie-Jeanne ont voulu par ce geste sanctionner l’équipe de Letchimy qui dirigeait la Région ces dernières années et qui à leurs yeux n’a rien fait pour eux. Il est possible de comprendre un tel sentiment. Par contre, ces personnes se sont trompées si elles pensaient vraiment que la nouvelle équipe d’hommes et de femmes politiques fera mieux. Car le véritable pouvoir politique et économique, les leviers de commande resteront entre les mains des capitalistes et des banquiers. Et la nouvelle équipe en place ne fera que ce qu’ils exigeront. Les indépendantistes, dirigés par Alfred Marie-Jeanne, et l'équipe de Yan Monplaisir représentant direct du patronat ont claironné que c’était une victoire «des Martiniquais et de la Martinique». C’est un véritable mensonge, car cette victoire n’est rien d’autre que la victoire du grand patronat et de la bourgeoisie «martiniquaise», pas une victoire des classes exploitées. Ceux parmi les exploités qui se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul, avaient bien des raisons de le faire. Parce que ces élections n’étaient pas les leurs, ils n'y avaient que le choix entre des représentants de la bourgeoisie, des exploiteurs. Dans cette nouvelle collectivité qu’est la CTM, le patronat local sera représenté directement par le capitaliste Yan Monplaisir, soutenu par les indépendantistes du MIM. Mais les nationalistes du PPM (Parti Progressiste Martiniquais), désormais dans l’opposition, représenteront aussi les intérêts de la bourgeoisie. Les querelles pour le pouvoir politique enfin terminées, les capitalistes, békés et autres, seront à l’aise pour exploiter à leur guise la classe ouvrière, ne pas embaucher, s’attaquer aux droits du travail, et chercher à licencier des salariés pour mieux préserver leurs profits. À moins que les travailleurs et leurs luttes les freinent ou les en empêchent.


Bookmark and Share