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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1143 du 7 novembre 2015/Deuxième page

Deuxième page





50 années de lutte de Combat Ouvrier aux côtés des travailleurs,

Claude Fletcher

François Anaïs

Louis MAUGEE

Max Celeste

A cette occasion, nous avons publié dans notre avant dernier numéro notre manifeste de 1965. Dans ce présent numéro nous publions le deuxième texte fondamental de fondation de notre groupe. A l'époque notre journal s'appelait " Lutte ouvrière". A ne pas confondre avec le journal Lutte Ouvrière de nos camarades de France. Car, à cette même période , eux éditaient le journal " Voix Ouvrière". Ils prirent le nom de Lutte Ouvrière après la dissolution de Voix Ouvrière en 1968. Quant à nous c'est lors de notre retour en Guadeloupe en 1971que nous avons édité le journal Combat Ouvrier"? C'est à partir de 1973 que nos camarades de la Martinique commencèrent à militer dans l'île sœur. LE DRAPEAU DES MASSES SERA LE DRAPEAU ROUGE.

Alors que le Front guadeloupéen pour l'Autonomie a plus de trois mois d'existence, son programme et ses perspectives restent les mêmes et personne ni aucune organisation n'a fait une critique sensée et complète de ce Front. Tous les partis, tous les groupes, toutes les associations et les cercles continuent d'observer un silence prudent en ce qui concerne la nature de ce front; parallèlement Lauriette développe une idéologie et une méthodologie autonomiste qui sont fort contestables et pourtant tout le monde sans aucune exception se tait.

Évidemment nous comprenons fort bien pourquoi le Parti Communiste observe le silence le plus complet à ce propos. Tout le programme du Front, sa méthode, son comportement au sein des masses sont fort peu différents de ce que lui-même propose. II y a longtemps que le Parti Communiste Guadeloupéen n'est plus communiste.

Par contre, nous comprenons moins bien les hésitations et les piétinements des camarades du Gong à ce sujet. Nous pensons qu'il fallait porter une critique sur le fond sur ce Front, d'autant plus que vous y étiez. II fallait présenter votre propre programme qui ne peut être que le programme du prolétariat révolutionnaire à la tête de la lutte d'émancipation nationale. II fallait dire que pour une organisation révolutionnaire marxiste-léniniste la lutte pour le socialisme est le principal objectif, la lutte d'émancipation nationale n'étant qu'une étape de ce combat grandiose. Le socialisme étant une affaire mondiale, sa réalisation impliquant le concours de toute la planète, et dépassant le cadre des frontières nationales si vastes soient-elles, et à plus forte raison les limites insulaires, il fallait dire et affirmer que lutter pour le socialisme signifie lutter au nom du prolétariat international, seule force susceptible de participer à la lutte socialiste dans le monde entier. Évidemment, si cela ne vous paraît pas évident, abandonnez le vocabulaire marxiste et considérez-vous sans fard, c'est-à-dire nationalistes.

Ainsi face à ce grand calme de gens qui sont trop sûrs d'être dans la bonne voie, face à cette sérénité des gens qui se trouvent dans leur élément, nous sommes obligés d'exprimer notre point de vue simplement en nous référant au marxisme traditionnel et véritable. Pour nous les tâches d'un révolutionnaire marxiste sont claires.

Il s'agit d'organiser le prolétariat des villes et des campagnes en vue de mener la lutte pour le socialisme, c'est-à-dire la lutte pour un État ouvrier, au travers de la lutte anticolonialiste. Cela suppose une organisation de la classe ouvrière (si faible soit-elle numériquement) en un parti révolutionnaire sur la base des principes marxistes-léninistes. Et il faut bien comprendre qu'il s'agit avant tout d'une prise de conscience de l'avant-garde révolutionnaire.
II s'agit principalement pour l'avant-garde et quelle que soit sa composition sociale actuelle, de vouloir consciemment et ouvertement se placer sur le terrain de classe du prolétariat. Il s'agit de faire siens les intérêts historiques du prolétariat, qui sont ceux de toute l'humanité, d'élaborer une stratégie, une tactique du prolétariat révolutionnaire en lutte et d'orienter sa propagande et son action en fonction du niveau de conscience du prolétariat d'une part, et de ses possibilités révolutionnaires historiques d'autre part. Évidemment certains prétendront que les ouvriers sont les plus difficiles à prendre conscience étant donné qu'ils ont du travail et ont un salaire, ce qui n'est pas l'apanage de tous aux Antilles, donc on continue en disant que ceux-ci se considèrent comme heureux et on conclue en disant que "mon Dieu", il vaut mieux ne pas déranger les ouvriers satisfaits et s'en aller à la campagne où la colère gronde.

Cela fait des années et des années qu'on répète ce raisonnement. Et pourtant dans les luttes syndicales, dans les luttes politiques, dans les luttes électorales, quels sont les éléments les plus actifs? Quelle est la profession où les gens sont les mieux organisés et les plus actifs? Ce sont les dockers. Qui ne se souvient des grèves violentes déclenchées dans les usines à sucre? Qui ne se souvient des ouvriers montant à l'assaut de la maison des directeurs? Qui prétendra que le sort des ouvriers du sucre est rose (même les employés de bureau de ces usines sont en butte au racisme, à la morgue et aux tracasseries des usiniers et de leurs valets).

Qui ne se rappelle les grandes grèves organisées à l'époque où le P.C. conservait encore, à défaut d'une clarté de vue sur les problèmes coloniaux, une certaine combativité? Qui n'a jamais vu à Pointe-à-Pitre un défilé ou un rassemblement des habitants des faubourgs? Que sont ces gens-là? Ne sont-ce pas des fils des femmes des familles de prolétaires? Qui d'autres que des ouvriers habitent les faubourgs de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre? Et vous soutiendrez que les ouvriers ne peuvent pas être mobilisés? Évidemment ce sera un travail long, lent, difficile. Mais revenons à notre exposé des quelques principes qui devraient guider notre travail de révolutionnaires. Ce n'est pas tout de s'exclamer contre le colonialisme et de vouloir lancer les masses avec des "bâtons et des fourches à la prise de la Bastille". II s'agit de proposer un programme précis aux ouvriers et aux paysans pauvres et il faut défendre ce programme par nos paroles, par nos actions, par nos écrits, par nos prises de position.

Notre but doit être de mobiliser la classe ouvrière afin qu'elle prenne la tête de la lutte de libération nationale, afin qu'au travers de cette lutte elle construise ses propres organes de pouvoir. La classe ouvrière et son parti peuvent passer des accords avec les organisations paysannes, partager démocratiquement le pouvoir avec celles-ci éventuellement, passer des accords de Front unique avec les organisations nationalistes petite-bourgeoises participant à la lutte de libération nationale, mais en aucun cas, laisser les masses prolétariennes urbaines et rurales sous la direction exclusive de ces organisations. Dans ce cas on dit qu'on lutte pour le socialisme mais on lutte en fait contre les travailleurs, pour la petite-bourgeoisie. Elle suivra les masses dans leur élan si celles-ci sont les plus fortes, (d'ailleurs même dans ce cas la petite-bourgeoisie peut se lier davantage à l'impérialisme). Seule la mobilisation des masses prolétariennes, leur participation consciente et directe en tant que prolétariat à la lutte, peut permettre de créer un État ouvrier et partant de parler, même au futur, de socialisme. Or il n'y a pas à se leurrer; aux Antilles comme, dans tout pays colonisé (comme dans tout pays tout court) au XXème siècle, il n'y a qu'une voie possible: c'est celle de la révolution socialiste.

Certains comme le groupe du Progrès Social prétendent qu'il ne doit y avoir qu'un peuple uni face à un autre exploiteur. Ces appels incessants à l'unité du peuple, à sa "globalité", ces références constantes à Fanon ne servent qu'à masquer davantage les contradictions de classes à l'intérieur du peuple guadeloupéen. Ces façons de concevoir notre lutte laissent les masses désarmées, sans aucun moyen pour contrôler par la suite les opérations du pouvoir. Nous disons qu'il s'agit avant tout de bien expliquer aux masses ouvrières et paysannes les mobiles et les mécanismes de l'exploitation, il s'agit de bien leur faire comprendre que leur sort est entre leurs mains propres et que seul l'internationalisme prolétarien peut amener la victoire du prolétariat, des masses internationales. Donc il s'agit de donner à cet internationalisme un contenu pratique et vivant et non pas se contenter de vœux et de souhaits pieux concernant la destruction de l'impérialisme. Donc faire appel à la classe ouvrière, mettre en lumière la trahison du P.C., mettre cette classe ouvrière face à ses responsabilités.

Ceux qui veulent négliger cet aspect de la lutte ne sont qu'aveuglés par un nationalisme étroit. Pour un révolutionnaire marxiste, il n'y a qu'un prolétariat exploité dans le monde à des degrés divers suivant les nations ; certains contribuant même parfois à l'exploitation de leur frère par leur propre bourgeoisie. Mais c'est justement le devoir d'un révolutionnaire de mettre en lumière tous ces aspects de la lutte du prolétariat international. Un révolutionnaire socialiste, c'est-à-dire marxiste-léniniste, doit se distinguer d'un révolutionnaire nationaliste petit-bourgeois.
Ce n'est que si l'on organise le prolétariat révolutionnaire de façon indépendante des autres classes de la société qui participent à la lutte d'émancipation, que l'on peut faire prendre conscience à la classe ouvrière dans son ensemble du rôle particulier qu'elle doit jouer. Ce n'est que si la classe ouvrière a conscience de ce rôle qu'elle participera directement au futur pouvoir, par des organes de pouvoir démocratiques, directement représentatifs de la classe ouvrière. II ne s'agit pas d'écarter la paysannerie pauvre ou le prolétariat agricole du pouvoir, bien au contraire. Mais, donner soi-disant tout le pouvoir à la paysannerie, c'est pour l'appareil d'État issu de la lutte d'émancipation victorieuse le moyen d'échapper à tout contrôle. Les paysans sont loin des centres nerveux des sociétés modernes. Ils sont généralement dispersés. Le prolétariat est, lui, concentré dans les villes et les grandes communes; il peut participer tous les jours au pouvoir, au contrôle de ceux qu'il a mandatés. Si l'on ne prépare pas le prolétariat à jouer ce rôle, si par son organisation révolutionnaire, il n'acquiert pas cette conscience de classe, on arrive à des pouvoirs qui n'ont de socialiste que le nom et qui remplacent la participation des ouvriers au pouvoir politique par l'autogestion limitée et contrôlée de certaines entreprises.
Tout le problème tourne autour de la question de cette prise de conscience par le prolétariat urbain, par le prolétariat rural et par les paysans pauvres, du rôle qu'ils doivent jouer dans l'exercice du pouvoir et des caractéristiques de ce pouvoir qui doit être l'instrument exclusif des classes pauvres en éliminant toute possibilité d'intervention politique des possédants, de la bourgeoisie grande ou petite. Même nos camarades du Gong ne sont guère explicites sur ce point. Ils ne montrent guère qui dirigera la lutte et comment les masses contrôleront l'économie et donc l'État. Nos camarades du Gong semblent être effrayés pas l'expression marxiste de dictature du prolétariat et pourtant, dans le numéro 5 du Gong Information il est dit que le marxisme est la théorie qui guide le Gong; c'est la théorie qui lui fournit ses principes d'action politique.

Mais le marxisme est scientifique, le marxisme est un enchaînement de principes, le marxisme est dialectique et l'on ne peut guère choisir ce qui vous plaît et laisser le reste de côté encore moins quand il s'agit de ses traits essentiels: lutte de classe, dictature du prolétariat, Internationalisme du prolétariat. Mais il est sûr que nos camarades approfondiront les questions étant donné qu'ils continuent comme nous-mêmes l'étude et la .pratique du marxisme, c'est leur devoir. Pour nous résumer, nous dirons qu'actuellement seule la classe ouvrière aidée des paysans pauvres, peut mener une lutte dure, longue et âpre en préservant les chances du socialisme, contre le colonialisme et l'impérialisme français.

Évidemment dans cette lutte contre un oppresseur national, le prolétariat n'est pas seul, nous l'avons dit, il sera aidé avec efficacité par les paysans pauvres, mais d'autres couches sociales ne sont pas insensibles à cette oppression nationale, d'autres groupes sociaux s'indignent de l'arbitraire et de la pourriture qui règnent aux Antilles. C'est ainsi que nous pourrons compter sur de larges fractions de fonctionnaires désabusés par les injustices, les tracasseries et le racisme de leurs chefs blancs.

C'est ainsi que nous verrons les petits pêcheurs, les petits artisans, les petits planteurs, les petits entrepreneurs rejetés dans le camp du prolétariat par la concurrence active des grosses sociétés étrangères, et par un régime fiscal écrasant. Nous pouvons compter aussi sur l'indignation de beaucoup de gens honnêtes et épris de justice et de dignité. Beaucoup de gens sensibles à l'oppression culturelle, et à la dépersonnalisation des Antilles. Nous voyons donc que les alliés ne manqueront pas dans la lutte du prolétariat antillais. C'est pourquoi l'organisation représentant le prolétariat révolutionnaire doit avoir un programme socialiste; elle doit viser ouvertement la construction révolutionnaire d'un État ouvrier mais cela ne veut pas dire qu'elle doive négliger, bien au contraire, l'élaboration d'une plate-forme politique dont la réalisation puisse faire l'objet d'accords de front unique avec les organisations nationalistes petite-bourgeoises participant à la lutte d'émancipation nationale.

Mais il ne faut pas surestimer tes possibilités des groupes dont nous venons de parler. Entre eux, il n'y a aucun lien, et isolément, quand bien même mèneraient-ils une lutte farouche contre les impérialistes oppresseurs, aucun d'eux ne pourra lutter pour le socialisme. Donc la tâche du prolétariat sera de se mettre à la tête du mouvement révolutionnaire afin de mener la lutte de libération nationale et du même coup, la poursuivre jusqu'à la lutte pour le socialisme. (Lutte ouvrière no. 1 - 16 novembre 1965)


Guadeloupe : Combat Ouvrier s'adresse à la jeunesse.

Réunion publique samedi 14 novembre à partir de 10h Salle Rémy Nainsouta à Pointe-à-Pitre !

POURQUOI LA JEUNESSE A INTERÊT À REJOINDRE LES COMMUNISTES RÉVOLUTIONNAIRES ET LE CAMP DES TRAVAILLEURS ?

Avec Jean Marie Nomertin, candidat de Combat Ouvrier aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015.


Martinique : RÉUNION PUBLIQUE Avec Ghislaine JOACHIM-ARNAUD

Ghislaine JOACHIM-ARNAUD Tête de la liste COMBAT OUVRIER

Dimanche 15 novembre 2015 9H30 à l’AMEP 183 route de Redoute - FDF:

Face au pouvoir du grand capital Non aux notables, oui aux vrais défenseurs des travailleurs et des exploités !

Envoyons des travailleurs combatifs à la CTM !


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