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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1139 du 12 septembre 2015/Quatrième page

Quatrième page

Porto Rico en cessation de paiement : négociations en cours au détriment de la population

ZoomPorto Rico, comme il était annoncé, se trouve désormais en cessation de paiement et n’a pas pu rembourser d’importantes échéances à ses créanciers. Ainsi le 4 août, sur une échéance de 58 millions de dollars, seuls 628 000 dollars ont été acquittés. Le 1er septembre, 4 millions de dollars d’intérêts n’ont pas été remboursés à des porteurs d’obligations. La dette totale de Porto Rico s’élève à plus de 72 milliards de dollars, et le gouverneur Alejandro Padillaa réclamé au Congrès américain le droit pour Porto Rico de se déclarer en faillite, comme l’a fait la ville de Detroit en 2011. Le problème, c’est qu’en raison du statut de Porto Rico, « État libre associé » aux États-Unis, il ne peut se déclarer en faillite. Aux États-Unis, si les États n’ont pas ce droit, les collectivités qui en dépendent (villes, services publics) peuvent le faire. Mais ce n’est pas le cas pour Porto Rico, qui demeure une colonie déguisée et est soumise à des lois particulières. Porto Rico ne peut plus continuer à emprunter indéfiniment juste pour rembourser ce qui est dû avec des intérêts qui n’en finissent pas. De plus, le Congrès américain à majorité républicaine n’est pas favorable à permettre à Porto Rico de déclarer faillite, car les créanciers, fonds spéculatifs (hedgefunds) pour la plupart, sont américains. L’économie de Porto Rico a plongé en 2006 lorsque le gouvernement fédéral a cessé d’accorder des « incitations » à l’investissement. Depuis 1976, en effet, tout profit réalisé à Porto Rico était exempté d’impôts. Cela a permis le développement de certaines petites industries, notamment pharmaceutiques. Quand les exonérations ont cessé en 2006, la plupart des sociétés ont déménagé aux Îles Cayman. La crise financière de 2008 est survenue juste après, accentuant la récession. En 2013, 45,4% des habitants étaient sous le seuil de pauvreté. Mais les hedgefunds ont continué d’acheter des obligations, car celles-ci étaient triplement exemptées de taxes, au niveau fédéral, local, et de l’État. Les Portoricains dans ce contexte ont émigré en masse vers les États-Unis (4% de la population en 3 ans), ce qui a encore aggravé la crise économique. Comme si cela ne suffisait pas, une loi de 1920 oblige les marchandises à transiter par les USA avant de venir à Porto Rico, ce qui augmente d’autant le coût de la vie. Il n’y a pas que l’État de Porto Rico qui a emprunté, il y a aussi les collectivités et les services publics, ceux de l’Eau et de l’Électricité (la compagnie PREPA). Après la faillite de Detroit, les fonds spéculatifs vautours se sont rabattus sur Porto Rico, misant sur une privatisation qui est sur le point de se produire. Un accord semble avoir été trouvé à la PREPA pour recalculer la valeur des obligations à 85%. Cela ne règle pas la situation mais diminue un peu la charge. Le problème est que là encore, les fonds spéculatifs et banquiers américains ne seront pas perdants : selon un économiste, il y a toutes les chances pour que les créanciers soient divisés en deux groupes, traités de manière différente. Ainsi, les petits porteurs de l’île qui avaient confiance en cet emprunt se verront remboursés seulement en partie, tandis que les gros toucheront l’intégralité de ce qui est prévu. On présume que les petits, contrairement aux gros, n’ont pas les moyens de gagner un procès ! Ceux qui se frottent les mains, en attendant, ce sont les banquiers et avocats qui en deux ans ont encaissé plus de 60 millions de dollars d’honoraires. L’État de Porto Rico et les créanciers sont actuellement dans une phase de négociation active. Ce qui s’est passé à la PREPA pourrait servir de modèle, mais ne résoudra pas le problème de fond. L’État va sans aucun doute continuer à faire payer à la population une dette dont elle n’est pas responsable. Les mesures proposées par les « conseillers » en tous genres sont toujours les mêmes : diminution des services publics, baisse des salaires, augmentation des taxes et impôts divers. Cet exemple de Porto Rico présente un certain nombre de similitudes avec la situation en Guadeloupe et Martinique : la défiscalisation, le circuit des marchandises par la « métropole », nous rappellent quelque chose. Il est d’ailleurs question ces jours-ci de supprimer les exonérations de charges patronales dans les DOM, et de diminuer les salaires des fonctionnaires (40% de vie chère). Certes, nos collectivités ne sont pas encore en faillite déclarée, mais une aggravation de la crise pourrait nous plonger dans une situation comparable. La seule réponse que les travailleurs, à Porto Rico comme ici, doivent apporter, est de se mobiliser pour ne pas être les victimes de la gabegie du système capitaliste et de la rapacité des spéculateurs.


Nos frères Noirs américains et l'oppression capitaliste

Un Grand Jury a décidé, en novembre dernier, de ne pas poursuivre Darren Wilson, l'agent responsable de l'homicide de Mike Brown, le 9 août 2014 à Ferguson (Missouri). Cette décision a donné lieu à des manifestations de rue dans la ville. Depuis, la longue liste des Noirs américains tués par la police - un toutes les vingt-huit heures en moyenne - n’a cessé de s’allonger : dernier de la liste, mais pour combien de temps, Mansur Ball-Bey le 19 août à Saint-Louis (Missouri). Le racisme infecte la société américaine depuis ses origines. Jusqu'à son abolition en 1865 il a servi de justification à la mise en esclavage des Noirs amenés d'Afrique par cargaisons entières. Irruption des masses noires sur la scène politique A la fin des années 1950 les masses noires révoltées par leur situation font irruption sur la scène politique. Elles le font à travers des mouvements de masse, par exemple le boycott pendant plus d'un an des bus réservant les places assises aux Blancs à Montgomery (Alabama) en 1956 - boycott dont Rosa Parks, refusant de céder sa place à un Blanc, fut à l'origine. Dans les années 1960 le mouvement noir culmine sous la forme d'insurrections urbaines qui enflamment tour à tour les quartiers noirs des grandes villes : Watts en 1965 (quartier de Los Angeles), Newark près de Washington, et Detroit, en 1967... C'est la guerre sociale et raciale qui secoue tout le territoire de la première puissance mondiale. Tandis que les slogans se faisaient de plus en plus radicaux : de «Freedom now» (la Liberté maintenant) à «Black Power» (Pouvoir Noir), les dirigeants réformistes et prêchant la non-violence - tel Martin Luther-King - qui avaient encadré les premières montées du mouvement noir, furent concurrencés par des leaders qui se faisaient les porte-parole de la violence révolutionnaire. Le plus connu de ces leaders fut Malcolm X. Celui-ci, passé dans les prisons américaines de la petite délinquance et de la consommation de la drogue à l'activité militante contre le pouvoir d’État et son appareil militaro-policier, fut de ceux qui représentèrent le mieux les avancées du mouvement noir. Le mouvement noir marque le pas. Après la mort de Malcolm X en 1965, vraisemblablement exécuté par l'appareil d'état, et, dans la période qui a suivi, l'exécution de nombreux cadres du Black Panther Party, le mouvement décapité, affaibli, marqua le pas. S'il avait culminé en imposant l'abolition des législations racistes et des aspects les plus choquants de la ségrégation, le mouvement noir subit ensuite des reculs progressifs. Et, de fait, le magnifique mouvement des années 60 a abouti, pour les Noirs, à promouvoir une partie d'entre eux en une bourgeoisie ou une petite-bourgeoisie noire aisée. La lutte contre le racisme doit continuer Nos frères noirs des USA sont toujours confrontés à une dure situation. Ils restent touchés en premier par le chômage, les conditions de logement déplorables, la déliquescence des services publics, en particulier de l'éducation. La justice raciste leur assure une place prépondérante dans les prisons. Et, pour couronner le tout, des abrutis racistes dans la police les prennent pour cibles vivantes, avec le plus souvent l'approbation des autorités. Les plus récents meurtres racistes, notamment celui de Ferguson, ont provoqué des manifestations d'indignation dans la population noire et pas que noire. Personne ne peut se contenter d'une situation où, après chaque meurtre, les réactions ne sont que des défilés dans les rues, prévisibles, prévus et finalement respectant les limites qui leur sont imposées. Imposées notamment par les notables noirs défendant ainsi le statu quo dont ils profitent. Ce ne sont pas des pleurs ou des chants dans les églises qui feront reculer les racistes ! En réalité, il faudrait assurer l'auto-défense des lieux de vie des Noirs par tous les moyens appropriés. Pour chaque Noir tué, il doit pouvoir être promis aux flics blancs assassins, au lieu de la compréhension officielle qui les protège aujourd'hui, la réponse de ceux qui savent faire payer les bourreaux. Contre la société d'exploitation Politiquement, pour les Noirs pauvres, refuser vraiment de figurer au tableau de chasse des tireurs, ce serait mettre en cause l'ordre social qui donne aux meurtriers un permis de tuer à durée illimitée. Etre vraiment radical ce serait qualifier comme il le mérite le pouvoir des Blancs riches, soutenu par les notables de la bourgeoisie noire, c'est-à-dire le qualifier comme le pouvoir de la bourgeoisie. Ce serait donc fixer comme perspective l'expropriation des capitalistes et la destruction de l'impérialisme. C'est-à-dire tirer des conclusions que Malcolm X et ses camarades n'ont pas pu, ou pas voulu, tirer dans les années 1960. Cette perspective, pour être agissante, doit pouvoir s'incarner dans la propagande et l'agitation d'un parti révolutionnaire. Cela signifie regrouper des centaines, des milliers de travailleurs noirs autour d'un programme et d'une organisation qui appelle tous les exploités noirs puis des exploités blancs, latinos à imposer au pouvoir, essentiellement blanc, le respect de leurs intérêts vitaux et dont le but serait d'abattre définitivement le pouvoir de la bourgeoisie. Le mouvement noir américain dans son ensemble a mis fin à la ségrégation officielle. Mais il resta dans les limites des revendications démocratiques ou du nationalisme. Aucun de ses leaders ne dépassa ce cadre pour s'adresser particulièrement à la classe ouvrière noire, pour lui proposer la création d'un parti ouvrier communiste révolutionnaire. Oui, communiste parce que c'est le programme communiste qui est le plus conséquent et qui explique que les inégalités de toutes sortes, entretenues par la bourgeoisie au profit s'une poignée de super riches ne disparaîtront qu'avec la fin de la domination de la bourgeoise sur toute la société. Aujourd'hui, la réalisation de leur émancipation est toujours tâche d'avenir pour nos frères Noirs américains, comme elle l'est pour tous les peuples noirs, et donc pour le peuple des Antilles aussi. Mais le prolétariat noir américain a ceci de particulier qu'il est une importante partie du prolétariat du pays le plus riche du monde, du pays qui commande tous les autres impérialismes du monde. De ce fait, placés au cœur de la bête, nos frères ouvriers américains, après avoir gagné à leur cause leurs frères de classe blancs seraient en bonne posture pour affaiblir voire détruire ce pouvoir dans le cadre d'une révolution sociale. Bien sûr, nulle part, et aux Antilles françaises pas plus qu'ailleurs, les travailleurs noirs n'ont donné naissance à un tel parti révolutionnaire qui serait capable, par-dessus les frontières, de proposer cette politique au prolétariat et aux Noirs pauvres du monde entier. Mais c'est pourtant à cette tâche que se consacrent des poignées de militants révolutionnaires, trotskystes à travers le monde. Des siècles d'oppression et d'exploitation et de luttes ont apporté aux opprimés des États-Unis une somme d'expériences précieuses. En puisant dans cette richesse, les travailleurs noirs américains peuvent y trouver les matières premières nécessaires à la construction d'un parti révolutionnaire communiste. Ils pourront ainsi donner un exemple et un coup d'accélérateur à l'émancipation sociale de tous les opprimés de la planète. Et la première puissance économique du monde sera ainsi parmi les premières à jeter aux orties le capitalisme.


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