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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1138 du 01 aout 2015/Troisième page

Troisième page

Martinique : L'UFM condamnée : le monde à l'envers

Après s'être rendu coupable de violences conjugales et de maltraitances psychologiques vis-à-vis de son épouse, un colonel de gendarmerie du nom de Bellamy vient d'obtenir gain de cause lors d'un procès contre l'UFM, Union des Femmes de Martinique. A l'époque des faits, l'association féministe reconnue par la Cour d'Appel de Fort de France comme faisant partie des «associations d'aide aux victimes», avait porté assistance à son épouse. Les faits remontent à décembre 2010. La jeune femme a déposé plainte dénonçant les violences psychologiques, séquestrations et même viols qu'elle subit de son époux. L'UFM fut sollicitée par la jeune épouse du haut gradé de l'armée pour entendre ses souffrances et l'accompagner. Le mari violent portait plainte de son côté. Et d'après vous qu'arriva-t-il ? Après une courte enquête et des investigations menées par la gendarmerie à laquelle appartient le mari, la plainte déposée par ce dernier aboutit à un rappel de la loi prononcé à l'encontre de la jeune femme alors que la plainte qu'elle avait déposée déboucha sur un non lieu ! Dans une conférence de presse organisée en février 2011, l'UFM s'étonna de la suite donnée par le procureur. Ses représentantes réaffirmèrent d'ailleurs que les violences dans le couple ne relèvent plus du tout du domaine privé mais deviennent sur le plan public « une grande cause nationale » selon les termes de l’État français. C'est était trop pour le colonel ! Descendu de son piédestal, le voilà qui estime que c'est lui qui a subi un préjudice. En avril 2011, il a porté plainte contre deux responsables de l'UFM pour «atteinte à la vie privée et à la présomption d'innocence». Et, les accusant d'avoir été la cause de son éloignement de la Martinique par sa hiérarchie et de la perte dans son avancement de carrière, il a exigé de lourdes réparations. L'affaire est passée devant le tribunal le 12 mai 2015. Le jugement prononcé le 21 juillet a condamné l'UFM à 10 000€ de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée assortis de 2000 € au titre de participation aux frais d'avocat. L'affaire n'en restera probablement pas là car l'UFM se réserve le droit de faire appel d'un tel jugement. A la fin de son communiqué du 11 mai, l'association écrit : «une condamnation serait un mauvais signal pour tous les auteurs de violences qui se croiront impunis». C'est aussi le signe que dans cette société profondément inégalitaire, la justice tranche le plus souvent au profit des forts et au détriment des plus faibles.


La véritable nature de Christiane Taubira

Au programme de la visite en Martinique et en Guadeloupe de Christiane Taubira, ministre de la Justice, Garde des Sceaux du gouvernement Hollande, était inscrite une rencontre initiée par le Conseil régional de Martinique avec des jeunes de deux associations. La rencontre qui a eu lieu le 22 juillet, avait pour thème : «Jeunesse, liberté et justice». Christiane Taubira a invité les jeunes présents à chercher à «comprendre le monde», mais aussi à «refuser l’indifférence» et «le monde tel qu’il est». Elle a déclaré qu'il ne fallait pas : «s’accommoder du désordre du monde». Oui, c'est vrai que nous vivons dans une société où une minorité accapare toutes les richesses et s’enrichit toujours plus sur le dos des travailleurs et des exploités. Il s'agit d'une société où les gouvernants au service des gros possédants trouvent des milliards pour les banquiers et pour les marchands d’armes, tout en diminuant les budgets pour les hôpitaux, les logements, les écoles, les petits producteurs, les retraités, en s’en prenant aux droits des salariés -(loi Macron, Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – CICE, Loi Touraine sur la Santé etc.). Il s'agit d'une société où les puissants de la finance soutenus par leurs États imposent aux populations des cures d’austérité les projetant dans la misère, comme c’est le cas en Grèce en ce moment. Il s'agit d'une société où les grandes puissances, refusent de trouver des solutions humaines au drame des migrants qui fuient les pays en guerre au Moyen Orient ou en Afrique, pays dans lesquels ces grandes puissances elles-mêmes ont semé la guerre et la désolation, pour défendre leurs intérêts économiques et stratégiques. Il s'agit de la société de Taubira. Elle en est une des dirigeantes, en tant que ministre d'un gouvernement qui opprime les travailleurs, les pauvres et les peuples. Elle est le troisième personnage d'un gouvernement impérialiste, donc solidaire et acteur de tous ses méfaits ! Sa couleur de peau identique à la nôtre, les attaques dont elle fait l'objet en raison de cette couleur, le fait d'être l'auteur de la loi qui fait de l'esclavage un crime contre l'humanité, tout cela ne change rien au fait que Taubira est un des principaux suppôts d'un gouvernement exclusivement au service des riches, des békés, des puissants de ce monde !
 


HAÏTI : HAUSSE DU DOLLAR ET VIE CHÈRE 

Nous publions ci-dessous l’éditorial des bulletins de nos camarades de l’OTR (Organisation des travailleurs révolutionnaires) qui soutiennent les travailleurs de la zone industrielle dans leur demande d’augmentation des salaires à 500 gourdes , au lieu des 250 gourdes actuelles, pour faire face à l’augmentation du dollar qui passe à 57 ou 60 gourdes pour un dollar. Nou bouké ! 500 goud tousuit ! Chak jou ki vini pi rèd pase jou ki pase a. Tèlman lavi a vin pi chè dejouwanjou ak dola ameriken an kap monte san rete. Fòk ou gen anviwon 60 goud pou achte 1 grenn dola ameriken. Plis dola ap monte, plis lavi a ap vin pi chè, plis depans nou yo ap ogmante, plis lamizè ap fini nou avè nou ak tout fanmi nou. Gouvènè bank santral deklare leta gen mwayen nan men li pou frennen monte dola a ak degrengolad goud la ki tounen zòrèy bourik. Poutan, anyen pa fèt ! Se yon bann kriminèl kap dirije nou. Prezidan, Premye minis, minis, elt. okipe anpil nan kanpay elektoral. Mizè travayè-travayèz, se pa pwoblèm pa yo. Mizè popilasyon pòv la pa gade yo. Politisyen opozisyon gen menm konpòtman an : eleksyon tètdwat ! Kòmsi se te eleksyon ki pral rezoud pwoblèm lavichè, chomaj, grangou, ensekirite, elt. Pou nou menm, ouvriye-ouvriyèz, sèl fason pou nou rale yon souf, se ban nou salè minimòm 500 goud la tousuit san monte tarif. Kòm reken yo ak tchoul yo sou pouvwa pap bay si si nou pa ba yo chalè. Kijan nap fè, kisa nap fè pou ba yo chalè nan jou kap vini la a ? Nou bouke. Nou pa ka tann ! 27 jiyè 2015 Extrait du n° 217 de la Voix des Travailleurs Des pleurs, des cris, des larmes, de la souffrance ; ici ce sont des enfants souvent en bas âge qui crient, le ventre creux, suppliant leurs parents de leur donner à manger, ce sont des travailleurs qui sont obligés de travailler l’estomac vide, incapables de se payer le prix d’un bol de riz devant l’usine. Là-bas, ce sont des locataires et les propriétaires de maison qui en viennent aux mains pour le non-paiement du bail, ce sont des travailleurs qui font des kilomètres à pied faute de pouvoir trouver l’argent d’une course. Des exemples comme ceux là, il en existe des milliers qui illustrent l’extrême pauvreté et la précarité de la vie des masses pauvres du pays. Certes, cette situation ne date pas d’aujourd’hui mais elle a connu une rapide détérioration depuis l’annonce de la décote de la gourde par rapport au dollar US et du large écho répercuté dans les médias. Tout est fait comme pour préparer la population à accepter l’inacceptable. Sur 6 mois, le taux d’échange de la gourde est passé de 45 à 52 gourdes environ avec une forte accélération pour le seul mois de juin. Mais comment expliquer cette brusque augmentation incompréhensible des prix des produits de première nécessité autrement que par la volonté des magnats de l’économie de s’en prendre aux plus pauvres. En un clignement de paupières, tous les prix des produits de grande consommation connaissent une forte hausse parfois qui est en totale disproportion avec les quelques points de dévaluation de la gourde. En voici quelques exemples : la petite marmite de riz est passée de 120 gourdes à 125 gourdes, le gallon d’huile Mazola est passé de 300 à 350 gourdes… la petite marmite de pois noir est passée de 50 gourdes à 75 gourdes, la grosse marmite de pois beurre est passée de 250 gourdes à 400 gourdes, la marmite de sucre crème est passée de 100 gourdes à 120 gourdes… un carton d’œuf est passé de 150 gourdes à 200 gourdes, la petite boite de Cube Maggy Criolito est passée de 500 gourdes à 650 gourdes, la boite de saumon est passée de 85 gourdes à 100 gourdes… Il y a donc de façon incontestable une manipulation du taux d’échange de la part des secteurs bien particuliers de l’économie pour en tirer profit. Et tout s’emballe. Tous ceux qui sont en situation de force dans l’économie anticipent, augmentent leur prix pour engranger plus de profits. Peu importe que des enfants crèvent de faim, que des malades meurent faute de pouvoir exécuter une ordonnance médicale, l’essentiel pour les potentats de l’économie n’est pas là... Il n’est en effet un secret pour personne que toutes les richesses du pays sont entre les mains de quelques riches familles haïtiennes. Ce sont elles qui décident de tout dans le pays en dépit des balivernes des politiciens de la classe politique. Ce sont elles qui, pour accroître leurs richesses, ont transformé le pays en un vaste marché pour la République Dominicaine et les USA notamment. A partir du moment où elles peuvent, rien qu’en manipulant, en jouant sur le taux d’échange, en faisant le marché noir, faire fructifier leurs capitaux, le reste n’a aucune importance à leurs yeux. Avec leur argent, elles s’achètent les politiques, piétinent et réduisent à leur plus simple expression toutes les institutions du pays. Si le pays a fait tel choix économique plutôt qu’un autre, il faut croire que cela arrange cette oligarchie économique. Oui, il faut produire, développer l’agriculture en fonction des besoins de la population ; il faut créer du travail en ouvrant de grands chantiers que cela soit dans le domaine du logement, de la santé, de l’éducation, des infrastructures routières, du sport, etc. Mais cela risque d’être chimérique tant que les moyens pour le faire restent la propriété privée de quelques individus. Tant que l’économie sera dirigée par cette poignée de sangsues, la misère et les calamités des masses ne peuvent qu’empirer.


Guadeloupe : Dans la banane, Tino Dembas , où comment tirer le maximum de la sueur des travailleurs

Dans un dossier sur des patrons guadeloupéens daté de juin dernier, "France Antilles" a publié un article sur Tino Dembas, un planteur qui exploite 300 hectares de bananes réparties sur au moins cinq plantations : la SCEA Blondinière et la SCEA Shangy à Capesterre-B-E, les autres plantations se trouvant à St Claude, Trois Rivières et Anse Bertrand. Ce patron aurait quitté l'Éducation nationale pour devenir planteur. Quant à savoir s'il est propriétaire en titre de ces cinq plantations ou seulement de certaines ou tout simplement gérant, la réponse ne figure pas dans l'article. Une chose est sûre, c'est qu'il est connu par les ouvriers qu'il emploie ou ceux qui ont travaillé pour lui ainsi que par le syndicat CGTG des ouvriers de la banane comme un "pwofitan" féroce qui ne recule devant aucune méthode pour faire suer le profit aux travailleurs. C'est ainsi par exemple que bien qu'employant 200 travailleurs, il s'est arrangé pour que l'effectif d'aucune des plantations qu'il exploite ne dépasse cinquante salariés, ce qui lui permet d'éviter la création d'un comité d'entreprise. En fait, rares sont les travailleurs qui ont une affectation sur telle ou telle plantation. On peut être amené à travailler sur l'une ou l'autre des plantations que gère T. Dembas. Et c'est parce qu'il y a été un peu contraint par les lois qu'il a organisé des élections de représentants du personnel sur certaines de ses plantations. Le syndicat CGTG-Banane y est majoritaire. Mais cela ne met pas, pour le moment, un frein à ses exactions. C'est ainsi que T. Dembas est souvent condamné par les Prud'hommes pour ses infractions au code du travail, des licenciements abusifs notamment, moyen très souvent utilisé contre tout travailleur qui refuse de se soumettre à ses exactions. Entre autres : parfois 4 heures supplémentaires sont imposées aux salariés et non payées. T. Dembas oblige en effet certains ouvriers à travailler plus de 7 heures par jour (6H à 13H). A cela, il faut ajouter le fait qu'il paye très rarement, et pas à tous, les jours fériés-chômés ; qu'il ne paye pas "double-journée" comme le prévoit la loi, les jours fériés quand les ouvriers travaillent. Mais surtout il verse ce qu'il veut pour la prime de fin d'année : 200, 300€ mais très rarement les 609€ prévus par l'accord signé à la fin de la grande grève menée par les ouvriers de la banane en 1999. Il n'est pas étonnant avec ces méthodes qui s'apparentent à de l'esclavage que T. Dembas rentabilise ses plantations. Et c'est lui-même qui le dit. Pour lui, sans subventions des pouvoirs publics, on perd de l'argent en produisant de la banane. Et pourtant lui, il gagne de l'argent même sur une production non subventionnée. En fait, en exploitant à outrance les travailleurs qu'il emploie. Il exploite 300 hectares de bananes mais n'emploie que 200 travailleurs alors qu'en règle générale il faut un travailleur par hectare. Mais T. Dembas aura à affronter un jour la colère des travailleurs.  
 


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