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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1138 du 01 aout 2015/Deuxième page

Deuxième page

Une autre planète habitable ? Mais la nôtre l'est-elle vraiment ?

ZoomLe 23 juillet 2015, le centre de recherche de Californie de la NASA a annoncé la mise en évidence d’une planète quasiment jumelle de la Terre, c’est-à-dire où la vie pourrait être possible. Entre 2009 et 2013, le télescope KEPLER a observé 150 000 étoiles de notre galaxie, la Voie lactée, celle de notre système solaire, à la recherche d’exoplanètes. C’est-à-dire d’objets situés hors de notre système solaire, qui tournent autour d’une étoile dont elles reçoivent toute leur énergie comme la Terre autour du Soleil. Notre Soleil, n’étant qu’une des milliards d’étoiles dans l’univers, n’est pas le seul astre autour duquel gravitent des planètes. Les résultats de KEPLER sont encore en dépouillement. Actuellement, 1030 exoplanètes sont confirmées et seules 12 d’entre elles sont dans la zone «habitable» de l’étoile autour de laquelle elles gravitent. La dite «zone habitable» est celle où l’eau peut se trouver dans sa phase liquide, ce qui selon les astronomes et biologistes est la condition d’existence d’une forme de vie : ni trop loin de l’étoile - il y fait trop froid-, ni trop près. La dernière planète détectée, appelée Kepler-452b, est très intéressante car elle semble sœur jumelle de la Terre, par la durée de sa révolution autour de l’étoile (385 jours soit 20 jours de plus que celle de la Terre autour du soleil), sa masse devrait être 5 fois celle de la Terre. Par son diamètre, 60% plus grand que celui de la Terre, elle aurait de fortes chances d’être rocheuse comme la Terre, et non gazeuse, condition qui rendrait la vie impossible. Sa distance à son étoile est comparable à celle de la Terre au soleil. L’étoile de Kepler-452b est plus ancienne que le soleil : 6 milliards d’années au lieu de 4,5 milliards. Ajoutons qu’il s’agit d’une étoile brillante comme le Soleil, mais elle est 10% plus grosse que le soleil et émet 20% plus de lumière que lui. La recherche de planètes où la vie serait possible intéresse les terriens depuis les années 1920. Dans le meilleur des cas, il reste à la Terre encore 5 milliards d'années de vie. En effet, le Soleil comme toutes les étoiles perd à chaque instant son énergie et se dégrade de façon mesurable. Sa durée de vie a été estimée à 10 milliards d'années. Or il a environ 4,55 milliards d'années, il est donc à peu près à la moitié de sa vie. Le scientifique Stephen Hawkings est optimiste sur l’existence de la vie ailleurs que sur la Terre. Il déclarait dernièrement: «Nous pensons que la vie est apparue spontanément sur la Terre, de la même façon, dans l’univers infini, il doit y avoir de la vie». Il ajoute : «Si une civilisation basée quelque part autour d’une des mille plus proches étoiles transmet des signaux à la Terre avec juste la puissance d’un radar d’avion, ou si ils sont transmis du centre de la Voie lactée avec plus de 12 fois la puissance des radars interplanétaires que les scientifiques de la Terre utilisent pour étudier le système solaire, ces radio télescopes pourront les détecter». Hawkings encourage les terriens car «nous devons savoir». Mais il nous met en garde dans cette recherche de la vie ailleurs. Il ajoute : «Si vous considérez que l’histoire, les contacts entre les humains et les organismes moins intelligents ont souvent été désastreux pour ces derniers et le contact entre civilisations de technologies avancées et technologies primitives ont mal tourné pour les moins avancés, une civilisation lisant un de nos messages pourrait être des milliards d’années devant nous. Si c’est le cas ils seront largement plus puissants et ne porteront pas sur nous un meilleur jugement que nous quand nous voyons des bactéries». Hawkings malgré sa largeur de vue n'imagine pas qu'une société plus avancée que la nôtre pourrait avoir un autre comportement que celui de la société bourgeoise. Autre difficulté : les distances entre ces exoplanètes et la Terre sont immenses. Kepler-452b est à 1400 années-lumière. Une année-lumière, c’est la distance parcourue par la lumière pendant une année soit environ 9500 milliards de km. Actuellement les engins spatiaux les plus rapides atteignent 60 000 km par heure. Pour que l’humanité ait une chance de voir ces autres planètes, il faudrait au moins qu’elle dure encore des millions d’années. Mais aux vitesses actuelles, les hommes mettraient environ 20 millions d'années pour parcourir ces 1400 années-lumière qui nous séparent de la planète K-452b. Pour que la science parvienne éventuellement à trouver la parade il faudrait déjà que les générations futures débarrassent le monde de l'exploitation de l'homme par l'homme, des guerres, de la misère, de la pauvreté, de la destruction de la nature, de tous les maux engendrés par l'âpreté au gain d'une minorité exploitant l'immense majorité des hommes de notre planète. Car ces maux maintiennent l'humanité dans la barbarie, freinent son évolution et peuvent même la faire reculer, voire la détruire.


Arcelor Mittal : grève victorieuse en Martinique, Guadeloupe et Guyane

Vendredi 23 juillet, les ouvriers du groupe Arcelor Mittal construction Caraïbes ont déclenché une grève sur les 3 sites de Martinique, Guadeloupe et Guyane qui comptent plus de 50 salariés. En Guadeloupe les travailleurs sont en butte au mépris et au racisme du président directeur général. Celui-ci n’hésite pas à essayer de dresser les cadres en majorité blancs contre les Noirs de l’atelier ou des bureaux, empêchant même les employées de dire bonjour aux cadres ou agents de maitrise. Le PDG fait régner un climat de division entre les salariés, attribuant des promotions ou des augmentations de salaire à la tête du client, pratiquant la discrimination salariale à l’encontre des salariés syndiqués ou des élus du personnel. Il avait ainsi décidé de calculer la prime de 13ème mois à sa sauce aux Antilles-Guyane. Dans le groupe et avant son arrivée en Guadeloupe, dans le calcul du 13ème mois la direction incluait le salaire de base et les accessoires du salaire. Depuis la nomination de ce PDG en Guadeloupe, il avait décidé qu’il faisait comme il voulait, supprimant les accessoires  du calcul du 13ème mois! Des propos racistes aux sanctions abusives, il n’y a qu’un pas que le PDG n’a pas hésité à franchir en menaçant la comptable de Guadeloupe, par ailleurs élue au comité d’entreprise, de sanction, lui reprochant de s’être attribué frauduleusement une augmentation de salaire, en réalité parce qu’elle avait osé lui tenir tête en réunion du comité ! C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les travailleurs ont décidé de soutenir leur camarade en débrayant, puis de déposer un cahier de revendications englobant les doléances de tous les sites. Dès vendredi, la grève votée sur les trois sites a conduit à l’arrêt de toute production. Lundi 27 les grévistes ont maintenu la pression et la grève, sur tous les sites. En Guadeloupe, les grévistes ont exigé d’avoir un autre interlocuteur que le PDG pour négocier. Les représentants des grévistes en Martinique et en Guyane ont participé à la négociation par conférence téléphonique, mis à part le délégué syndical central venu de Martinique négocier en Guadeloupe. Finalement, après deux jours d’arrêt total de la production, les grévistes ont obtenu que la direction s’engage à leur fournir des vêtements de travail en nombre suffisant et l’application du 13ème mois conformément à l’usage établi dans l’ensemble du groupe. Les autres points de revendications doivent faire l’objet d’un règlement ultérieur. Les grévistes ont fixé une date butoir au 05 octobre et des réunions de suivi pour la mise en place du CHSCT et la révision des coefficients notamment. Ils ont repris le travail dès la signature de l’accord. Cette mobilisation a permis aux travailleurs les plus clairvoyants de prendre conscience de leur force quand ils se mettent en mouvement ensemble sur les 3 sites. Ils ont quelques semaines pour se préparer à riposter si les autres points de revendication ne sont pas satisfaits.


En France, la colère des agriculteurs

En France, le mouvement des agriculteurs, producteurs de lait et éleveurs, semble devoir passer l'échéance de fin-juillet. Le début des vacances a été émaillé par de multiples barrages de tracteurs sur les routes, des blocages de laiteries industrielles, des opérations coup-de-poing contre des grandes surfaces et leurs plate-formes logistiques, etc. En dehors de ces cibles désignées, les agriculteurs mobilisés ont aussi cherché à donner une visibilité nationale à leur mouvement, par exemple en bloquant durant plusieurs jours les accès au Mont Saint-Michel, haut lieu du tourisme en Normandie. Ces agriculteurs mettent en cause essentiellement le bas niveau des prix qui leur sont payés, en échange de leur production, par les chaînes de distribution, grosses coopératives laitières, abattoirs industriels, etc. On a pu voir sur les médias des agriculteurs en colère dénoncer le fait que la faiblesse des prix pratiqués, vu le niveau des charges incompressibles qui pèsent sur leur exploitation, ne leur laisse même pas de quoi – disent-ils– se payer un salaire, ou même, dans de nombreux cas, leur impose de travailler à perte. Ils savent bien, tout comme les consommateurs, qu'à l'autre bout du circuit, les prix, là trop élevés, freinent la consommation. Par exemple, combien de familles populaires ont dû, ces dernières années, réduire leur consommation de viande ? Les industriels de l'agroalimentaire se heurtent aux limites des possibilités d'achat des consommateurs et, pour maintenir leurs superprofits, profitent de leur situation de quasi-monopole pour imposer la baisse des prix aux producteurs, placés devant le choix de devoir accepter les conditions qui leur sont faites, ou de devoir jeter leur production. Bien sûr les grands perdants dans cette situation sont les plus petits agriculteurs. Loin d'être des notables locaux disposant de réseaux d'influence et de moyens de pressions, comme les céréaliers de la Beauce ou les gros viticulteurs, ils n'ont aucun moyen de tirer leur épingle du jeu. Ce sont eux qui se voient menacés de voir leur exploitation, leur gagne-pain, disparaître, pris qu'ils sont dans les filets des banques dont il faut rembourser les prêts et des capitalistes de la distribution qui ne paient même pas les produits agricoles à leur coût de production. Ce sont ces petits agriculteurs que l'on a vu, sur leurs tracteurs, tenir des barrages parfois plusieurs jours et nuits de suite. Le gouvernement n'a pas voulu prendre de front leur colère. Tous, Hollande, Valls et Le Foll – le ministre de l'agriculture – y ont été de leurs promesses et de leurs propos se voulant rassurants. Ils ont accordé des aides d'urgence pour un montant total de 600 millions d'euros. Cette aide d'urgence consiste surtout en des reports de charge, c'est-à-dire qu'elle est finalement remboursable ultérieurement. La majorité des agriculteurs mobilisés l'ont bien compris et ces mesurettes n'ont pas mis fin au mouvement. Des mesures réelles, radicales, contre cette crise, seraient de contraindre les industriels du secteur et les capitalistes de la distribution à prendre sur leurs profits pour payer aux agriculteurs le fruit de leur travail. Pour le gouvernement il n'est pas question de contraindre les capitalistes, au contraire, il les représente. Il s'est contenté de leur conseiller d'être raisonnables, conseils qui ne seront, comme les précédents, suivis d'aucun effet. En direction des consommateurs, il a insinué qu'ils étaient responsables des problèmes, en ne privilégiant pas les achats de produits français. Les consommateurs achètent ce qu'ils peuvent. Mais de cette façon, le gouvernement désigne des responsables à l'étranger pour dédouaner les capitalistes français concernés. Toujours est-il qu'une minorité d'agriculteurs, mobilisée, a su se faire entendre. L'ensemble des travailleurs a intérêt à retrouver cette détermination. Les seules catégories populaires que l’on écoute sont celles qui se battent. Nous travailleurs, que ce soit en France ou aux Antilles, avons bien des raisons de nous battre. Le chômage et l'exploitation ne reculeront qu'à ce prix !
 


En bref…

Non à la dictature des multinationales du pétrole ! Depuis la semaine dernière, les gérants des stations service Total ont fermé. Ils protestent contre les prix élevés des loyers que leur fait payer la multinationale pétrolière Total, le propriétaire des stations. Total a fait 13 milliards de bénéfices en 2014 et en veut encore plus ! Mais si toutes les stations ferment comme annoncé par les gérants, c’est Total qui sera responsable des difficultés de la population. Pwofitasyon sur l’essence : les travailleurs sont les premiers concernés ! Les taxis et les agriculteurs en France, les gérants de station en Guadeloupe : beaucoup de petits patrons étranglés par les multinationales réagissent. Ils ont raison. Mais, les travailleurs auraient bien plus de raisons de se battre. Si les gérants obtiennent gain de cause, partageront-ils avec les pompistes salariés ? Si tout le monde proteste, il est peut-être temps que dans notre camp, celui des travailleurs, on s’y mette aussi !


Un livre à lire : La fabrique du monde de Sophie Van Der Linden

La Fabrique du monde est un roman court qui a pour héroïne Mei, une ouvrière chinoise de 17 ans, dans une usine de confection où les travailleuses viennent de province et sont logées dans des dortoirs dépendant de l'usine. On y découvre l'exploitation, les heures de travail, la discipline et l'attitude des chefs qui n'autorisent aucune liberté. Lorsque Mei se révolte, le chef perd la face, ce qui est intolérable pour la direction. Sanctionnée, elle ne peut quitter l'usine pour les 4 jours du Nouvel An chinois et rejoindre sa famille. La possibilité d'être seule l'attire et ces quatre jours sont l'occasion pour Mei d'une histoire d'amour intense hors des conventions sociales mais aussi dramatique.


AVIS AUX LECTEURS

En raison de la période des congés, la parution de Combat Ouvrier sera suspendue à compter de ce numéro. Le journal reparaîtra le samedi 12 septembre 2015.


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