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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1145 du 5 décembre 2015/Quatrième page

Quatrième page

Argentine : La droite remporte les présidentielles

ZoomDimanche 22 novembre, Mauricio Macri, de la coalition «Changeons» (Cambiemos) classée à droite, a remporté d’une courte majorité l’élection présidentielle en Argentine. Il met fin à 12 ans de pouvoir exercé par la «gauche» issue du péronisme. Depuis 2003 avec l’élection de Nestor Kirchner, le pouvoir était détenu par un groupe de partis issus du péronisme l’appareil politique construit dans les années 1970 par le dictateur démagogue Juan Peron et sa femme Evita. À la mort de Nestor Kirchner, sa femme Christina prit sa suite en remportant les élections présidentielles de 2007 et de 2011. Le «Kirchnerisme» comme on l’appelle désormais, a séduit une part de la petite bourgeoisie et des couches populaires par un discours souverainiste teinté d’anti-impérialisme (surtout face aux États-Unis) et par la stabilisation de l’économie après la catastrophe bancaire de 2001. Alors que la hausse du prix des matières premières notamment du soja et du cuivre mettait l’économie Argentine temporairement à l’abri de la crise mondiale, les Kirchner ont pu aussi distribuer quelques aides sociales, de sorte que le pays a connu un certain recul de la pauvreté. Mais ce temps semble terminé : l’économie Argentine est désormais rattrapée par la crise mondiale et l’inflation touche durement les ménages les plus modestes. Le «Kirchnerisme» (comme le péronisme dont il est issu) s’est aussi traduit par une répression féroce contre les travailleurs en lutte, soit via les bureaucrates syndicaux qui lui sont inféodés, soit directement via l’appareil judiciaire. En 2010 par exemple, un jeune cheminot, Mariano Ferreyra, était assassiné par une bande de voyous lancés contre un piquet de grève par José Pedraza, chef d’un syndicat devenu multimillionnaire à l’occasion des privatisations du chemin de fer. En 2014, dix travailleurs du Pétrole qui avaient participé à une grève très dure à Las Heras huit ans avant ont été condamnés à la perpétuité. En 2013, le «Front de gauche des travailleurs» qui regroupe des organisations dont certaines se réclament du Trotskysme, avait bénéficié d’un vote protestataire surtout dans les régions où les travailleurs et les paysans avaient mené des luttes dures. Cette fois, en l’absence de luttes, le «Front» recueille 3,3 % à l’échelle nationale. Finalement, Christina Kirchner, qui n’avait pas le droit de se représenter, a désigné Daniel Scioli, qui est le fils d’un riche magna de l’électroménager, comme candidat contre Mauricio Macri, lui aussi héritier d’une des familles les plus fortunées d’Argentine… Pour la grande masse des Argentins, un tel duel c’était donc «riche bonnet» contre «bonnet riche» et le résultat est à l’avenant.


Haïti : Martelly réhabilite l’armée

Le 9 octobre, Michel Martelly et le gouvernement d’Evans Paul ont adopté un décret qui remobilise les forces armées d’Haïti. Elles avaient été démobilisées par Aristide en 1994, mais non pas dissoutes. Les possédants et la classe politique à son service ont applaudi la mesure. Ils mettent en avant la défense du territoire en évoquant une attaque possible venant de Saint Domingue pour regrouper autour du drapeau national la population, notamment les pauvres, les expulsés, les paysans. Martelly explique que la remobilisation de l’armée a pour but le retrait des forces des Nations Unies (la MINUSTAH) et la lutte contre le trafic de drogue. Des allégations quand on sait que ce même trafic est une source de revenu du groupe autour de Martelly. La taille de l’armée remobilisée n’est pas encore connue, ni les moyens de financement. Ces forces seront en plus accompagnées de la Police nationale qui compte plus de 14 000 policiers et policières. Martelly cherche à museler la population pauvre dont une fraction s’est mobilisée à l’appel des partis qui n’acceptent pas le résultat des élections présidentielles. Une des attributions de l’armée est de «contribuer à la sécurité nationale et le maintien de la paix sur tout le territoire en cas de force majeure, guerre ou troubles civils». C'est une armée au service des possédants pour les protéger d’une révolte de la population laborieuse. C'est un élément de plus dans l’arsenal répressif mis en place par Martelly au service de la bourgeoisie comme en témoigne un article des camarades de l’OTR (Organisation des travailleurs révolutionnaires-trotskyste) du mois de novembre, paru dans leur journal «La voix des travailleurs» et que nous publions. L’OTR est membre comme nous de l'UCI : Union communiste internationaliste. NOUVELLE UNITÉ DE RÉPRESSION CONTRE LES MASSES PAUVRES La Brigade d’Opération et d’Intervention Départementale, BOID, inaugurée au mois de juin dernier au sein de la Police Nationale d’Haïti, fait déjà la une de l’actualité. Le gouvernement dirigé par K-Plim a décidé de muscler les capacités répressives de la police en y ajoutant un autre corps d’élite en plus des autres corps spéciaux qu’elle contient. Dressés pour réprimer les masses pauvres, les unités de la BOID n’ont pas pris beaucoup de temps pour mettre en application leurs leçons. C’est sur le terrain des conflits sociaux où des gens de la population manifestent que ces énergumènes ont fait leurs premières armes. A l’Arcahaie, alors qu’une frange de la population manifeste contre une décision du gouvernement, des policiers de la BOID sont intervenus. Certains habitants de cette localité témoignent qu’ils ont rarement vu une telle violence policière. Encagoulés, lourdement armés, ces policiers emportent tout sur leur passage. Bastonnade, gifles, arrestations, ces policiers ne lésinent sur aucun moyen pour réprimer la population. Le 15 septembre dernier, des bandits ont attaqué et tué deux policiers dans un quartier de la Cité Soleil. Appelés pour traquer les malfaiteurs, les policiers de la BOID s’en sont pris aux habitants. Femmes enceintes, vieillards, enfants, tous ceux qui avaient la malchance d’être présents au moment des opérations policières ont eu leur compte. Des automobilistes rapportent que de banals contrôles de la circulation par ces policiers se terminent souvent en agressions physiques avec gifles, injures, etc. Pendant ce temps, les actes de banditisme augmentent à un rythme inquiétant notamment dans les quartiers pauvres. Chaque jour, des ouvriers se font agresser quand ils vont travailler ou quand ils rentrent chez eux. Des kidnappeurs opèrent impunément, semant le deuil, la désolation dans les familles. Parlant des policiers de la BOID, certains ouvriers de la zone industrielle opinent et pensent que les actions des bandits, des criminels et des malfrats policiers s’additionnent pour pourrir leur existence.


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