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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1145 du 5 décembre 2015/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Grève à la distillerie Damoiseau.

Les salariés de la distillerie Damoiseau ont déclenché une grève depuis le jeudi 12 novembre, pour obtenir la levée du licenciement pour faute grave de l’un des leurs. Cet ouvrier qui est à quelques mois de la retraite, a été accusé par la direction de l’entreprise d’avoir volé des pièces de l’usine pour les revendre pour son propre compte. En réalité, l’ouvrier a ramassé, dans des gravats, des pièces usagées qui étaient mises au rebut depuis longtemps. Cette pratique était tolérée par l’entreprise depuis toujours et les patrons fermaient les yeux dessus. Ce licenciement est inacceptable. La grève se poursuit depuis plus de 15 jours avec une majorité des ouvriers. Sous la pression, le patron est revenu sur sa décision de licencier le salarié sans aucune indemnité. Mais il refuse de retirer la plainte pour vol qu’il a déposée à la gendarmerie. Deux salariés de l’usine ont déjà subi une perquisition à leur domicile. Pour le patron, cet événement est l’occasion de tenter de se débarrasser de plusieurs ouvriers. Ces derniers ont compris que Damoiseau veut réaliser son nouvel investissement de 25 millions d’euros en faisant des économies sur leur dos. Selon lui, il n’aurait besoin que de la moitié des ouvriers présents à l’entreprise. Les travailleurs eux, veulent sauvegarder leur emploi à travers la grève et se faire respecter de ce patron féroce. Ils ont l'aide de leur syndicat UGTG. D’ores et déjà ils ont obtenu le soutien de ceux de Bologne qui eux aussi étaient en grève il y a quelques jours contre un licenciement. De même, les employés de l’entreprise Damoiseau de mise en bouteille et de vente apportent leur soutien aux grévistes de la distillerie. Damoiseau ne lâchera prise que s’il se sent menacé de perdre sur ses profits non seulement à la distillerie, mais aussi dans son magasin de vente.


Guadeloupe : Les patrons de la banane font semblant d’être préoccupés par la création d’emplois

Depuis le début du mois de novembre on entend les patrons et leur porte-parole pleurer sur leur sort. Rendez-vous compte : ils ne reçoivent les 404€ de subventions par tonne de bananes que sur les 77 800 tonnes de leur quota. Et ils voudraient obtenir ces subventions pour au moins 100 000 tonnes. Ce qui leur est refusé pour le moment. Mais en attendant une éventuelle augmentation de leur quota à 100 000 tonnes, la Région dit avoir déjà mis «de côté» une aide de 600 000€. Selon les F. Lignère, T. Dembas, G. Adolphe, Cabre, Delacaze et tous les autres gros « pwofitè » (exploiteurs) de la banane, ils n’ont que 620€ de recette par tonne de bananes produite et ce sont les 404€ de subventions qui leur permettent de se tirer d’affaire, sinon ils seraient déficitaires. Cela dit, il faut croire que certains d’entre eux aiment vraiment «perdre» de l’argent. C’est le cas notamment de T. Dambas qui a déclaré avoir produit dernièrement 300 tonnes de plus que le quota qui lui est alloué. Quand on sait que la plupart de ces patrons de la banane, petits, moyens et gros ne paient pas les heures supplémentaires imposées aux travailleurs, ne fournissent pas de matériels de travail (coutelas, limes etc.), ne payent qu’une partie de la prime de fin d’année, et même parfois certains jours fériés, on peut dire qu’ils sont insatiables. Ces gens-là veulent nous faire croire qu’en demandant l’augmentation de leur quota de production, ils sont surtout préoccupés par leur désir de créer au moins 500 emplois dans la banane. Mais alors : - pourquoi ne pas embaucher dès maintenant en mettant fin aux heures supplémentaires non payées ? - pourquoi la direction de la SCA Dumanoir a-t-elle annoncé dernièrement son projet de supprimer plus de 10 emplois ? - pourquoi T. Dambas «ballade-t-il» les travailleurs de l’une à l’autre des différentes plantations réparties de Trois-Rivières à Anse Bertrand au lieu d’embaucher ? Ce qui oblige les travailleurs venant de Trois Rivières à être debout avant 4 heures le matin pour aller travailler jusqu’à Anse-Bertrand ? - pourquoi ces gens-là ont-ils en permanence un grand nombre de travailleurs en CDD sur leurs plantations ? Alors, derrière leur soi-disant désir de créer des emplois, ces planteurs sont surtout préoccupés par leur soif de subventions et d’aides de toutes sortes pour avant tout remplir un peu plus leurs coffres-forts.


Pointe-à-Pitre : Mobilisation des facteurs !

Les postiers affiliés au syndicat SUD PTT Gwa ont entamé un mouvement de grève le lundi 30 novembre 2015. Ils s’opposent au projet de réorganisation que la direction veut imposer et qui prévoit la suppression de 14 postes. Ce mouvement concerne principalement le service courrier/colis de Bergevin. Les grévistes dénoncent le manque d’informations sur le projet de la direction qui envisage de supprimer l’unité de distribution des plis non adressés (les documents publicitaires). 14 agents travaillent dans ce service. Pour le syndicat c’est un plan social déguisé. Le mouvement est suivi par 75 % du personnel. Pour la direction il n’y a pas de plan social envisagé mais il s’agit d’affecter les agents sur d’autres postes de travail, car selon elle, il y a une baisse significative du trafic courrier d’environ 9 % par an ce qui fait 35 % sur les 6 dernières années. Avec la loi Macron la direction peut utiliser les postiers à d’autres tâches à savoir le transport des courses, la distribution de lampes basse consommation pour EDF, la livraison de bouteilles de gaz et il est même prévu que les facteurs fassent passer le permis de conduire. Pour l’heure, les négociations n’ont pas abouti car les positions des salariés sont très éloignées de celles de la direction. La politique de la Poste est surtout dictée par son souci de rentabilité, ce qui l’éloigne de plus en plus de ce que doit être un service public. La direction prétend ne savoir quoi faire de certains facteurs au motif qu’il y a moins de courrier/colis, mais les queues importantes dans les bureaux de La Poste ne la préoccupent pas. Elle pourrait par exemple améliorer l’accueil fait au public en augmentant le nombre d’agents au guichet. Les grévistes ont bien raison de se battre pour ne pas subir des suppressions de postes. La direction répète qu’elle ne licencie pas, ce qui est certainement la réalité, mais en supprimant des postes ce sont des opportunités en moins pour les jeunes au chômage.


Martinique : Activités de la coordination anti-Sargasses

Le 20 novembre dernier, une coordination Sargasses avait invité les neuf têtes de liste aux élections de la CTM à une réunion pour connaître leur position face à ce fléau, mettant en danger la santé des riverains en particulier et de la population en général. Cette coordination regroupe des habitants du Robert et du François, communes très touchées par le phénomène. Quatre listes étaient représentées dont celle de Combat Ouvrier. Après l’exposé de la situation, un des membres de la coordination a expliqué que celle-ci souhaitait créer un rapport de force afin de faire entendre raison aux élus et aux représentants de l’État dont les mesures insuffisantes furent dénoncées. Notre colistier a saisi la balle au bond, relevant que les autorités n’entendaient que le langage du rapport de force. Il indiqua que Combat Ouvrier se joindrait à la manifestation. Dans un deuxième temps, le témoignage des riverains a mis à jour le fait que depuis 2011, dans certains secteurs, les sargasses n’ont pas été enlevées et que les personnes habitant ces secteurs «souffrent le martyr». Elles se voient obligées de répéter des consultations médicales sans résultat puisqu’elles continuent à être exposées. Elles ont dû renouveler à deux reprises du matériel électronique. Par ailleurs, des promesses de relogement restent lettre morte. Le colistier de la liste Combat Ouvrier a signé la pétition, et puisque la coordination avait décidé de se rendre le mardi suivant à l’ARS (Agence régionale de santé), il a rejoint ses membres sur place. Ceux-ci ont été reçus par le directeur mais face aux réponses, plutôt fades, de ce dernier, ils ont annoncé que le combat continuerait.


Martinique : Décembre 1959, la violence coloniale... les masses en colère...

Le 20 décembre 1959, à 20 heures, sur la Savane à Fort-de-France, un incident de circulation entre un automobiliste français, blanc, et un cyclomotoriste martiniquais, noir, provoqua un attroupement. De l'hôtel de l'Europe (maintenant hôtel Lafayette), un CRS en civil passa un coup de téléphone et arriva une patrouille de ses collègues. Les CRS - tous blancs - intervinrent contre la foule mais celle-ci ne recula pas. Les CRS reçurent des renforts puis se retirèrent finalement en tirant des coups de feu en l'air. Le lendemain, lundi 21, l'atmosphère était lourde à Fort-de-France. Le soir, des groupes venus en grande partie des quartiers populaires affrontèrent gendarmes et policiers. Ces derniers tirèrent. Il y eut des blessés et deux morts : Edmond Eloi dit Rosile (20 ans), rue Villaret-Joyeuse derrière l'Olympia, et Christian Marajo (15 ans), rue Ernest Renan, aujourd'hui rue Moreau de Jones. Les manifestants édifièrent des barrages de rue et attaquèrent des bâtiments symboles du pouvoir colonial et policier. Deux commissariats de police furent dévastés, des perceptions aussi. Le mardi 22, le jeune Julien Betzi (19 ans), fut tué place Stalingrad, actuellement place François Mitterrand. L’administration coloniale envoya sa soldatesque pour faire cesser l’émeute. La révolte de la jeunesse et d'une fraction de la population s'expliquait par l'extrême pauvreté qui régnait alors dans l'île. Le manque d'eau, d'électricité dans les maisons, le manque d'hygiène, de soins, étaient criants. Les maladies tropicales étaient légion. La situation était alors comparable à celle de bien des pays d'Afrique. Les rapports entre la métropole coloniale et l'île étaient toujours empreints d'un grand mépris. Le racisme et les discriminations raciales à l'égard de la population noire imprégnaient tout le tissu social et pourrissaient les relations humaines. Il faut noter qu'aujourd'hui, en grande partie grâce aux luttes des travailleurs, la situation a beaucoup changé en mieux même si des séquelles coloniales demeurent encore. "Décembre 59" demeure néanmoins dans la mémoire collective comme un sursaut de la population et de la jeunesse noires contre l'oppression coloniale, et une révolte qu'elle paya de trois morts et de nombreux blessés.


France-Antilles et le TCSP, une love-story martiniquaise.

Le 20 novembre, deux pages entières de France-Antilles, 15 photos couleurs... Quel événement sensationnel mobilisait la rédaction du quotidien local ? Une session du Congrès américain délocalisée à la Martinique ? Non, plus prosaïquement un circuit-test de quelques centaines de mètres d'un Bus (à Haut Niveau de Service, excusez du peu BHNS ) du futur TCSP (Transport en Commun en Site Propre), de la Pointe Simon et retour, en passant par la Croisée Manioc ! Le journaliste nous a livré tout un reportage racontant, admiratif, ce qu'il faut bien appeler un fiasco : 3 arrêts dus à la mauvaise configuration de la voirie. Il y a eu aussi un accrochage occasionnant au véhicule une “belle entaille” (selon F.A.) à l'arrière de la carrosserie du véhicule. L'accostage final n'a pas été testé car il a été rendu impossible par des plots insensibles à l'importance de la manœuvre dixit le titre de F.A, sur 3 colonnes à la une. France-Antilles n'est pas officiellement consacré à chanter les louanges des réalisations de la Région et du groupe Vinci bénéficiant d'un PPP (Partenariat Public Privé) sur l'opération TCSP . Mais, officieusement, il a quelques difficultés à cacher ses sentiments !


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