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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1137 du 18 juillet 2015/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Capesterre Belle-Eau, Ramassamy-Beaugendre : du mauvais spectacle !

Zoom Quand le bateau coule, c'est bien connu, les rats quittent le navire. C'est le cas de Jean Yves Ramassamy, 1er adjoint et ex-membre de la majorité municipale de Capesterre B-E, entré en opposition.
Le maire Beaugendre est affaibli par une sombre affaire de fausses factures qui lui a  déjà valu plusieurs mois de prison préventive avant procès. J-Y Ramassamy tente de profiter de la situation pour évincer son ex-leader et prendre la place. Il a créé une association qui s'est réunie dimanche 12 juillet en assemblée générale. Beaugendre s'y est rendu avant d'être hué dans une pagaille générale.
Voilà donc nos deux principaux petits notables de commune cherchant à s'assurer le soutien d'une partie de la population. Mais cette dernière aurait bien tort de se diviser en soutenant l'un ou l'autre. Ramassamy a déjà été à la tête de plusieurs manifestations de protestation des patrons de la Guadeloupe pour mieux défendre ses intérêts personnels. Il est du côté des nantis, pas des pauvres. Et Beaugendre ne brille pas par son désintéressement. C'est le moins qu'on puisse dire ! 
Ramassamy cherche à renverser la majorité du conseil municipal pour provoquer de nouvelles élections et rafler la mise. Beaugendre quant à lui, a fait savoir qu'il est décidé à diriger la commune jusqu'à la fin de son mandat.
Il n'est donc pas étonnant qu'une grande partie de la population se détourne de la vie politique quand elle assiste à ces foires d'empoigne, ces coups bas, entre anciens amis, aujourd'hui en guerre pour le poste de maire et rien que pour cela.


Le GRS... à... l'heure des autres

Le GRS (Groupe Révolution Socialiste) a publié en juin 2014     un «manifeste pour la nouvelle période» : «l'heure de nous-mêmes».
Dans l'Avertissement à ce manifeste, le GRS prétend répondre aux attentes de ceux qui veulent «forger un parti de travailleuses et de travailleurs, conscients du but et des moyens à mettre en œuvre pour avancer et pour l'atteindre» (p. 8).
 Ce groupe, militant en Martinique, et bien qu'il ne le rappelle pas explicitement dans son manifeste, se dit toujours «Section Antillaise de la IVème Internationale». Il se réfère donc à la tradition politique de Léon Trotsky, fondateur en 1938 de la IVème Internationale, après avoir été, avec Lénine, un des principaux dirigeants de la révolution ouvrière russe d'octobre 1917, et avoir défendu, contre le stalinisme, le drapeau du communisme. On aurait donc pu s'attendre, dans un manifeste de plus de 100 pages, à voir le GRS faire sienne la perspective de la prise du pouvoir par la classe ouvrière, perspective qui est celle des communistes, ou au moins un programme communiste de revendications transitoires. Mais le GRS, s'il mentionne à maintes reprises le monde du travail, les travailleurs, voire le prolétariat, le fait toujours dans un cadre vague, volontairement imprécis : une «autre organisation de la société», un «syndicalisme imaginatif», «faire émerger au sein des masses un programme populaire», les «peuples en lutte», etc. De telles formules, le manifeste du GRS n'est pas avare. Et quand il se réclame du communisme et proclame «l'émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes», il omet systématiquement de préciser les tâches que les travailleurs auront à accomplir pour aboutir à leur émancipation, et avec elle, à celle de toute la société. Cette omission fait ressortir l'absence de références à la révolution socialiste qu'il appartiendra à la classe ouvrière de mener à bien, en commençant par arracher le pouvoir politique à la bourgeoisie.
 
Des références constantes au nationalisme
Le GRS refuse systématiquement de déployer le drapeau de l'expropriation des capitalistes. Il affiche son éclectisme en semant dans son texte des remarques qu'il se garde bien de développer : «Le rôle de la violence dans l'histoire, petit livre de F. Engels qui avait déçu F. Fanon...» (p. 75), les «nombreuses positions erronées voire même fautives prises par Trotski dans le cours de l'extraordinairement difficile processus révolutionnaire russe et mondial...» (p. 116), etc. Ces remarques, assorties de coups de chapeau répétés aux hommes politiques nationalistes radicaux comme Fanon ou Guevara, ou plus tournés vers le compromis, comme Césaire, ont valeur de programme politique. Tout comme a valeur de programme le suivisme vis-à-vis de la politique de Chavez au Venezuela qui, tout en s'opposant à l'impérialisme américain, le fait au nom du développement national, et non pas au nom des intérêts de classe ouvrière.
Le titre même du manifeste, «L'heure de nous-mêmes...», est dû à Aimé Césaire, terme utilisé dans sa «lettre à Maurice Thorez». Mais c'était d'un point de vue purement nationaliste et non communiste révolutionnaire que Césaire utilisait ce terme.  Il s'agissait de l'heure de nous-mêmes, nous, peuples noirs, peuples colonisés, que le PCF ne prenait pas en compte selon Césaire. Il ne s'agissait pas des travailleurs, des masses laborieuses des pays colonisés.
 Cet alignement sur les courants nationalistes a pour le GRS une fonction bien précise. Il est destiné à favoriser ses velléités unitaires avec certains de ces courants.
Comme il le rappelle (p. 93), le GRS a voulu en 2009 imiter en Martinique l'opération réalisée en France par la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire), son élargissement à d'autres courants pour former le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), avec l'effacement de ses références au bolchevisme. Faute, selon lui, de partenaires, le GRS y a rapidement renoncé, au moins pour l'immédiat. Tout récemment, il s'est dit partisan d'initiatives unitaires en vue de l'élection de décembre 2015 à l'assemblée unique de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique).
 
Un clin d'œil au patronat
Le chapitre 13 du manifeste est  consacré à la politique électorale en vue de ce scrutin. Le GRS y répugne visiblement à qualifier les coalitions autour du PPM (Parti progressiste martiniquais, fondé par le défunt Aimé Césaire) et du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) comme représentant deux options politiques, à peine différentes, pour la bourgeoisie. Les responsables politiques des deux camps ne sont jamais définis pour ce qu'ils sont, des représentants politiques locaux des exploiteurs, sans distinction d'origine. Loin d'être clair, le GRS résume ainsi (p. 66) sa position : «Nous ne nous reconnaissons pas d'ennemis dans les composantes de gauche d'aucune des coalitions...». Il dit cela sans préciser quelles seraient ces «composantes de gauche» ni, et pour cause, en quoi elles se distingueraient des composantes de droite.
En réalité, derrière ses références aux masses en lutte – «Nos militants et militants sont donc immergés dans les luttes à travers diverses organisations de masses...» (p. 55) –, le GRS cache bien mal son suivisme des partis des deux coalitions  nationalistes indépendantistes et autonomistes, jusqu'à un accord sur leurs choix sociaux. Sur ce point est révélateur un passage de la brochure hors série de Révolution Socialiste (la publication du GRS), novembre 2013, «Santé et Sécu en Martinique...», dont un fac-similé figure en p. 21 du manifeste :
« ...Exonérer le patronat de cotisations sociales, c'est à la fois réduire le prix de la force de travail, mais c'est également priver la Sécurité Sociale de ressources.
Mais ici en Martinique où nous avons une économie dominée et dépendante, [...] sûrement plus que des exonérations, on pourrait imaginer une solution entrevoyant un début de réduction de la dépendance, avec à la fois une aide ciblée de l'État à certains secteurs par le biais fiscal [...]

Il resterait à définir précisément les critères d'éligibilité à ces aides (nature de l'activité, dimension de l'entreprise, degré capitalistique...), l'essentiel étant de pointer clairement une orientation visant à la réduction de la dépendance [...] »
Sous prétexte d'une prétendue exception martiniquaise, le GRS serait donc partisan, en régime capitaliste, d'aides à, au moins, une partie du patronat «national».
 
Rupture avec le programme communiste révolutionnaire ?
L'empoignade prévisible autour de l'assemblée unique, entre PPM et MIM, a laissé au bord du chemin quelques déçus prêts à répondre aux appels du pied du GRS.  C'est ainsi que le GRS, c'est  quasi-officiel maintenant, constituera une liste pour les élections à la CTM, avec  Garcin Malsa, indépendantiste ex-maire de Sainte-Anne, Marcellin Nadeau, maire du Prêcheur et tête de liste, le MODEMAS, ( Mouvement des démocrates et écologistes pour une Martinique souveraine), le CNCP (Conseil national des comités populaires), deux organisations indépendantistes, nationalistes, et quelques écologistes. Ce sera la «liste rassemblement citoyen solidaire».
Apporter de l'eau au moulin de quelques notables nationalistes pour qui les intérêts des travailleurs et des masses laborieuses ne sont pas du tout la priorité, quand ils ne sont pas carrément piétinés : voilà à quoi aboutit la politique du GRS.
C'est hélas ce à quoi la lecture du «manifeste pour la nouvelle période», «l'heure de nous-mêmes» nous avait déjà préparé. Car  finalement, ce manifeste est un texte nationaliste. La dernière alliance électorale de ce groupe en est une application.
Si les militants du GRS ont officiellement rompu avec le programme  communiste révolutionnaire, avec le programme trotskyste, qu'ils le disent. Au moins n'y aura-t-il plus de contradiction entre ce qu'ils affirment être, et ce qu'ils ne sont pas.


L’Octroi de mer : un impôt injuste qui devrait être aboli

Le nouveau dispositif d’octroi de mer concocté par le gouvernement n’a pas encore été approuvé par la Commission européenne. Néanmoins, il est entré en vigueur à compter du 1 juillet 2015.
L’octroi de mer est un impôt à la consommation issu de l’époque coloniale. Depuis 2004, cet impôt est soumis à l’autorisation de l’Europe qui accorde ainsi aux Régions dites ultra périphériques dont les départements d’Outremer, une dérogation à la libre circulation des produits entre les pays.
En Martinique, cet impôt s’est élevé à 183 millions d’euros en 2013. Cet argent est utilisé en grande partie pour le financement des dépenses des communes : à hauteur de 48% pour les communes de moins de 10 000 habitants et 37 % pour les communes de plus de 10 000 habitants. A cette somme il faut ajouter 68 millions d’euros d’octroi de mer régional (ex taxe additionnelle), autre impôt indirect, versé au budget de la Région.
Le taux moyen de l’octroi de mer est de 7% et celui de l’octroi de mer régional de 2,5%.Cette taxe est payée par la population sur tous les produits et biens consommés. C’est le Conseil Régional qui fixe les taux appliqués sur la valeur du produit. Ce taux est différent selon qu’il s’agisse de produits importés ou de productions locales, mais aussi le type de produits ou de services : produits alimentaires de première nécessité, laits infantiles, médicaments, équipements sanitaires ou diesel pour les marins pécheurs, ou bien produits de luxe ou tabac…
Il n’empêche que l’octroi de mer comme la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) est un impôt  injuste, car il est payé au même taux que l'on soit riche, patron d’une grosse entreprise, gros possédant, ou pauvre avec des fins de mois difficiles, un salaire au SMIC, une petite retraite ou que l’on soit chômeur.Quand on sait qu’en Martinique seul un tiers des foyers fiscaux (76 000) étaient imposables en 2012, il est clair qu’en proportion l’octroi de mer  pèse bien plus sur les plus pauvres, qui sont les plus nombreux et consomment la totalité de leurs salaires ou allocations.
En France, à la fin du siècle dernier, les Socialistes se trouvant à la tête de certaines communes étaient partisans de supprimer la taxe d’octroi qui frappait les marchandises entrant dans les villes.
L’argent nécessaire au fonctionnement des Collectivités locales comme celui nécessaire au fonctionnement de l’État devrait être pris en priorité sur ceux qui possèdent les plus gros revenus et non pas sur les travailleurs et la population laborieuse qui n'ont pour vivre et même survivre qu’un petit salaire ou une maigre retraite.
 


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