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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1136 du 04 juillet 2015/Quatrième page

Quatrième page

Guadeloupe : Le Pen péké palé : succès du meeting.

Zoom Le 19 juin, le meeting organisé à la salle Rémy Nainsouta de Pointe-à-Pitre a rassemblé 120 personnes. La réunion a débuté par une minute de silence dédiée aux victimes de la tuerie de Charleston, aux États-Unis, et à Danielle Fletcher, récemment décédée. Il y a eu ensuite la projection d’un documentaire, réalisé par le collectif de Martinique Marine déwò, pour expliciter la véritable nature du Front National.
Des représentants des diverses organisations composant le comité Le Pen péké palé se sont exprimés depuis la tribune, au nom de Combat Ouvrier, du FKNG (fòs pou konstwi nasyon Gwadloup), du CIPN (comité international des peuples noirs), du KSG (konvoi pou sové Gwadloup), et du journal Rebelle ! 
Plusieurs personnes présentes dans la salle sont intervenues pour dire leur détermination à barrer la route au développement du FN. Des représentants de la GCTG, du CIPPA et de SOS-Basse-Terre-Environnement ont annoncé leur ralliement au comité. 
Quelques jours avant ce meeting, Marine Le Pen avait fait savoir qu’elle renonçait finalement à son voyage aux Antilles, prévu à la fin du mois de juin. Ce renoncement a été perçu comme une première victoire des comités qui se sont créés pour protester contre sa venue, en Martinique comme en Guadeloupe. C’est la troisième fois que la présidente du Front National annule son déplacement dans nos îles, où elle n’a encore jamais réussi à venir. Son père, Jean-Marie Le Pen, n’y est jamais parvenu non plus, grâce à la mobilisation de nombreuses organisations dans les années 80 et 90. 
Marine Le Pen venant d’annoncer sa candidature aux élections régionales de décembre dans le Nord-Pas de Calais-Picardie, elle ne devrait pas programmer de sitôt un nouveau déplacement aux Antilles. En tout cas, le succès du meeting organisé à Pointe-à-Pitre est de bon augure. Si elle fait une nouvelle tentative, nous serons nombreux à dire : « Le Pen péké palé ! ».


République Dominicaine : Le pouvoir raciste et criminel chasse des milliers d'Haïtiens

Le 18 juin, le gouvernement dominicain a mis fin au «programme d’enregistrement des étrangers» (PNRE). Désormais, il est permis d’expulser tout étranger ne prouvant pas la nationalité dominicaine. Le décret de 2013 qui «retire aux enfants d’immigrés haïtiens leur citoyenneté dominicaine, et ce rétroactivement, en remontant jusqu’à 1930» est mis en application. Des dizaines de milliers de personnes nées dominicaines mais d’origine haïtienne se sont ainsi retrouvées sans le passeport qui leur permettrait de trouver du travail.
 Pendant 2 ans, plusieurs milliers d’Haïtiens vivant à Saint Domingue depuis des années, ou nés à Saint Domingue avaient attendu dans des files pendant des jours devant le consulat haïtien pour avoir un document leur permettant ensuite de recommencer les mêmes files d’attente devant les bureaux de PNRE.
Des  centaines de Cañeros (Coupeurs de canne à sucre) en colère avaient manifesté le 2 juin devant l'Ambassade d'Haïti à Santo Domingo ; il leur avait été répondu que le ministre des affaires étrangères gérait le dossier. Et au final, le décret raciste expulsant les étrangers dont la filiation dominicaine n’est pas reconnue est mis en application. Bien avant la date de fermeture de ce programme, les Haïtiens ont traversé par centaines la frontière pour échapper aux représailles des bandes qui les chassaient. Depuis, comme à Santiago, des civils passent chez les Haïtiens et les expulsent des maisons en détruisant tout alors qu’à l’extérieur des policiers ou des militaires sont présents en cas de répliques des expulsés. Pour d’autres, il n’était plus possible pour eux de rester, car leur loyer n’était pas renouvelé et même leur crédit dans les épiceries avait été suspendu. Ce scénario s’est répété pour la communauté haïtienne de plus de 200 000 personnes vivant à Saint Domingue.
 C’est ainsi que en dix jours plus de 14 000 Haïtiens ont traversé la frontière pour chercher refuge en Haïti. Le 26 juin, le maire de Ouanaminthe, ville frontière avec Dajabon du côté dominicain, a fermé le passage à ceux qui voulaient entrer en Haïti pendant 24 heures pour arrêter le flux migratoire. Il n’y a aucune mesure prise par le gouvernement haïtien qui soit à la hauteur de ce retour de la population laborieuse expulsée par les sbires du gouvernement dominicain. Ce sont des nouveaux villages de la misère qui sont créés. Les arrivants ne trouvant de l’aide que parmi des bonnes volontés, des travailleurs comme eux-mêmes.
 Les deux gouvernements se renvoient la balle après avoir crée les conditions d’exploitation de ces travailleurs, après avoir augmenté les bénéfices des patrons des deux côtés de la frontière en pressant ces travailleurs comme des citrons et les jetant ensuite à la rue.
 Rappelons que le gouvernement de Duvalier père a vendu des milliers de travailleurs  haïtiens au gouvernement de Trujillo qui les a payés. Ces travailleurs, ces «braceros» ont été envoyés dans les champs de canne où ils ont été exploités comme des esclaves  dans les batteys comme à Barahona ou La Romana au profit des bourgeois propriétaires des usines à sucre de St Domingue. Les enfants de ces travailleurs ont été exploités dans les champs de canne, puis dans les plantations d’agrumes et ensuite dans le bâtiment. Au final, après qu'ils aient contribué à bâtir la société dominicaine, les capitalistes dominicains les traitent comme des chiens, leur interdisent de vivre sur ce territoire en leur refusant le bout de papier qui leur donne une nationalité et quelques droits, quand ils ne sont tout simplement pas massacrés. 
L’hypocrisie des deux gouvernements ne laisse d’autres alternatives aux expatriés que de se prendre en charge, mais aussi de s'organiser et de  se battre contre le mépris et l'exploitation sans bornes dont ils sont victimes.


Trinidad et Tobago : annonce des prochaines élections générales "

Le premier ministre Mme Kamla Persad Bissessar a annoncé, après la dissolution du parlement le 15 juin, les prochaines élections générales dans un délai légal n'excédant pas 3 mois, le 7 septembre 2015.Elle a tenu à faire remarquer que contrairement aux années précédentes, son mandat a duré les 5 ans réglementaires et se montre assez optimiste pour son renouvellement aux prochaines élections avec son parti le People's Partnership (Partenariat du Peuple), PP. Ce n'est pas l'avis de tous et en particulier du PNM (Mouvement National du Peuple), principal parti d'opposition qui se prépare depuis un an pour les élections à venir. Le PNM et le PP (le parti au pouvoir entre 2010 et 2015), sont deux coalitions de partis qui se réclament du socialisme, mais d'un socialisme de centre gauche, un socialisme à la Tony Blair qui prône la justice sociale tout en s'accommodant du capitalisme et même en le soutenant. Le PNM a été créé par Eric Williams considéré comme le "père de la nation" et qui a dirigé Trinidad et Tobago aux débuts de l'indépendance. Ce parti a été très longtemps populaire et majoritaire.
La date des élections est contestée par le PNM qui souhaiterait les voir plus tôt. Les hommes d'affaires protestent également se plaignant d'une trop longue période de campagne électorale qui gênerait leurs affaires. Les journaux interviewent la population divisée entre mécontents qui disent ne plus vouloir voter et partisans des différents politiciens. Il faut dire que la crise sévit durement et que malgré quelques réalisations, écoles, routes, la population ouvrière souffre.
Il est intéressant de remarquer que dans toute la Caraïbe il y a des élections en 2015 : au Guyana, au Surinam, à la Jamaïque et dans la Caraïbe Orientale (Eastern Caribbean) : St Vincent et les Grenadines, Saint Kitts-Nevis. A la Jamaïque où le Premier ministre est également une femme, sa victoire est jugée très probable. Au Surinam et au Guyana, contrairement aux autres pays du Caricom (caribbean common market-marché commun de la Caraïbe) où le mieux placé remporte le pouvoir, les élections sont à la proportionnelle. Les élections au Guyana ont la réputation d'être truquées. Ailleurs, les campagnes commencent sur fond de difficultés économiques.
 


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