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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1136 du 04 juillet 2015/Deuxième page

Deuxième page

Crédit Moderne : Les grévistes sont mobilisés pour une augmentation pérenne de leurs salaires !

Zoom Les salariés de cet organisme financier ont décidé de se mettre en grève le mercredi 17 juin 2015 après l’échec des négociations annuelles obligatoires de 2015 car ils estimaient les propositions d'augmentation de salaires faites par la direction insuffisantes. En effet,  les résultats de l’année 2014 sont en hausse de 44 % et la direction veut proposer exactement la même augmentation que l’année dernière à savoir 650 € pour l’année et 800 € de prime exceptionnelle. La grève est suivie par une majorité des salariés des trois départements Guadeloupe, Martinique et Guyane.
Les principales revendications sont une augmentation des salaires de 1 300 € brut annuel et une prime exceptionnelle au titre des résultats 2014 de 1 500 €. D’autres points figurent sur la plateforme remise à la direction comme l’augmentation de la prime de transport, la mise en place des horaires de vacances et celle d’une convention avec l’assistante sociale/psychologue du travail car la pression est importante et les conditions de travail ne cessent de se dégrader. Les salariés estiment qu’ils ont droit aussi à une part du gâteau et ne peuvent se contenter de miettes.
La direction a attendu une semaine avant de proposer une première séance de négociation en Martinique. Après une journée de discussion elle a proposé une augmentation de 750 € (100 € de plus) et une prime de 1 000 € et envoyé pour signature aux représentants du personnel un projet de protocole d’accord en faisant un chantage à la reprise pour le 29 juin. Si les salariés reprenaient le travail le 29, elle aurait accepté de convertir les jours de grève déjà retenus sur leur salaire (les 17, 18 et 19 juin) en jours de congés RTT et la semaine du 22 au 26 juin aurait été payée. Comme les grévistes n’ont pas repris le travail, elle supprime cette proposition. Cette manœuvre était destinée à diviser les employés mais a eu l’effet contraire, c'est-à-dire renforcer leur conviction que le Crédit Moderne peut donner satisfaction à leurs revendications et a largement les moyens de payer.
Les employés grévistes des trois départements réunis en assemblée générale ont rejeté le protocole et ont estimé que la direction pouvait améliorer ses propositions salariales. Ils restent déterminés devant leur piquet de grève et en Guadeloupe, ils ont déjoué toutes les tentatives de la direction d’ouvrir les bureaux en utilisant les employés en CDD (contrat à durée déterminée) ou les non-grévistes. La direction n’hésite pas à payer un huissier pour intimider les grévistes qui ont décidé aujourd’hui  30 juin de ne pas laisser les non-grévistes entrer au travail. Le ton est monté mais ils n’ont laissé entrer que le directeur. Ce dernier joue  la montre et n’a toujours pas proposé de nouvelles dates de négociations. Il ne cesse de répéter qu’il a fait son maximum et ne peut aller au-delà mais les employés connaissent la chanson et savent qu'ils doivent régulièrement se mobiliser lors des négociations annuelles pour obtenir gain de cause.
La grève continue et les grévistes qui méritent le soutien de tous les travailleurs ont bien raison de se battre pour arracher des augmentations de salaires bien méritées et non des miettes.


Guadeloupe : il y a 30 ans, l'affaire Faisans

Au mois de juillet 1985, la Guadeloupe fut bloquée par des mobilisations et des barrages de rue qui, pendant une semaine, impliquèrent plusieurs milliers de personnes. Les faits qui déclenchèrent ces événements prirent le nom "d'affaire Faisans".
Georges Faisans, un militant de l'organisation MPGI (Mouvement pour la Guadeloupe Indépendante), s'en était pris à un enseignant blanc qui aurait donné un coup de pied à un élève noir. Faisans, révolté par cet acte qui symboliquement rappelle le système esclavagiste, donna à l'enseignant un coup de plat de sabre. Cela se passait en octobre 1984. Faisans fut inculpé et condamné à 4 ans de prison ferme, puis en appel à 3 ans. Il fut transféré à la prison de Fresnes, en France, après qu'il ait entamé le 3 juin 1985, une grève de la faim. Sa mise en liberté provisoire fut acceptée le 10 juillet par le procureur Valère, en exercice en Guadeloupe, mais refusée par les juges. Faisans poursuivait sa grève.
Le MPGI initia alors une série de manifestations, puis plusieurs militants indépendantistes, dont le père Chérubin Céleste, se mirent à leur tour en grève de la faim. A partir du 22 juillet, le mouvement prit de l'ampleur, à l'appel d'une vingtaine d'organisations politiques et syndicales. Du 22 au 29 juillet, la région pointoise fut bloquée par des barrages de rues, les manifestants s'affrontant aux forces de l'ordre de jour comme de nuit. Dans les quartiers pauvres de Boissard, Lacroix, Vieux Bourg, des jeunes s'organisèrent et affrontèrent la répression à coups de pierres. Ils avaient le soutien de moins jeunes qui se souvenaient de mai 67 avec colère.
 Dans le camp militaire de la Jaille, les appelés antillais ont refusé, en forme de rébellion, de se rendre sur les barrages où ils étaient envoyés fusils chargés.
La situation prit une telle tournure que le gouvernement décida la libération de Faisans le 29 juillet, ce qui mit fin aux manifestations.
Il est évident que le mouvement pour la libération de Faisans a concerné des couches populaires bien plus larges que le milieu strictement militant. Les travailleurs pauvres, les nombreux chômeurs vivaient une situation difficile : des quartiers de taudis sans eau, sans hygiène entouraient encore la ville. Cette pauvreté aggravait la colère contre un racisme officiel qui venait d'être matérialisé par la condamnation lourde de Faisans.
La situation politique était marquée par un regain d'activisme indépendantiste. Depuis le début des années 80, des attentats revendiqués par le GLA (Groupe de Libération Armée), et ensuite par l'ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe) entretenaient un climat d'agitation permanent et une inquiétude du pouvoir colonial.
En juillet 1984, cinq militants de l'UPLG (Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe-la plus importante organisation nationaliste d'alors) furent tués par l'explosion de la bombe qu'ils s'apprêtaient à poser. Plusieurs militants du MPGI furent emprisonnés, accusés d'être les auteurs des attentats revendiqués par l'ARC.
Pendant toutes ces années, militants et population furent confrontés à une surveillance policière constante, avec arrestations, perquisitions, contrôles réguliers de gendarmerie. Si la population n'adhérait pas forcément aux attentats terroristes qui étaient le fait de petits groupes et se déroulaient en dehors de son contrôle, elle ne les condamnait pas non plus. Le racisme officiel, la pauvreté, la précarité auxquels elle était soumise avaient largement de quoi l'amener à rejeter l'action du gouvernement. Mais lors du mouvement populaire de  juillet 85, pas plus que dans la période d'agitation des années 80, les travailleurs n'ont agi pour leur propre compte. Leur colère dépassait certes le simple sentiment de révolte face à la condamnation injuste de Faisans. Elle mettait en cause un système et des conditions de vie difficiles. Mais les organisations qui avaient initié le mouvement et particulièrement l'UPLG, avaient un autre objectif, l'indépendance qui pouvait éventuellement être négociée avec le gouvernement. La libération de Faisans fut l'occasion de calmer une situation que ces organisations ne contrôlaient pas et qui ne servait pas forcément leurs intérêts immédiats.
Combat Ouvrier, qui fut partie prenante du mouvement, impulsa et aida à la mise en place de Comités de base dans les quartiers, de manière à ce que travailleurs, jeunes et chômeurs se dotent d'organismes qui leur soient propres et leur permettent de mettre en avant leurs intérêts. Ces comités eurent peu d'influence sur le mouvement, mais plusieurs dizaines d'entre eux continuèrent à fonctionner après que le mouvement ne soit retombé.


Martinique : Un premier rendez-vous qui doit en appeler d’autres

Le dimanche 28 juin 2015, plus de 250 travailleurs se sont retrouvés à la Maison des Syndicats et ont défilé dans les rues de Fort-de-France. Cette manifestation faisait suite à une décision prise le 5 mai 2015 lors d’une réunion de la CGTM ayant réuni 300 militants.
En effet, le gouvernement Hollande, depuis son arrivée aux affaires, remet en cause les acquis des salariés et accorde au patronat toutes ses demandes. Le tout, sous prétexte de lutter contre le chômage et favoriser l’emploi.
Ainsi, il y eu l’Accord National Interprofessionnel (ANI) en 2013, signé par certains syndicats.
Il y a eu le pacte de responsabilité en 2014 préparé le MEDEF et mis en œuvre par Hollande. Voilà d’ailleurs ce que déclarait Pierre Gattaz, président du MEDEF en janvier 2014 : «Nous avons salué le pacte de responsabilité que nous a servi le président de la République le 31 décembre (2013) et qui était inspiré, je ne le dis pas trop fort, du pacte de confiance que nous lui avons apporté sur un plateau».
Il y a la loi Macron actuellement imposée par Hollande et Valls. Cette loi contient un ensemble de mesures qui remettent en cause le CDI, les Prud’hommes, les modalités de licenciement et les indemnités liées aux licenciements abusifs, les missions des inspecteurs et contrôleurs du travail, généralisent le travail du dimanche etc.
Il y a la proposition du ministre du Travail, François Rebsamen, avec un projet de loi sur la réforme du «dialogue social» qui vise à réduire de façon drastique le nombre de délégués dans les entreprises.
«Même si ce n’est pas le grand matin libéral, c’est une aurore» a récemment déclaré le porte parole duMEDEF pour signifier son soutien à la politique de Hollande. Voilà un aveu qui montre que les patrons ont tout à gagner avec ce gouvernement.
Ce sont ces raisons qui ont conduit les travailleurs à se retrouver le dimanche 28 juin 2015 à 15 heures dans les rues de Fort-de-France pour montrer qu’ils sont prêts à répondre à ces offensives du MEDEF et du gouvernement Hollande-Valls à son service.


Martinique : Manifestation de la CGTM contre la loi Macron et les attaques patronales

Les salariés ne se sont pas déplacés en grand nombre en ce  dimanche 28 juin. Néanmoins ils représentaient de nombreux secteurs d’activité. Des représentants de la Santé, du Bâtiment, de l’Agriculture, de la Sécurité Sociale, de la Métallurgie, des Municipaux, de l’ONF, de Datex  ou de Mozaïk (réseau de la compagnie foyalaise de transports urbains), pour ne citer que ceux-là, étaient présents. Les manifestants se sont montrés déterminés et tout au long du parcours ils ont repris des slogans fustigeant Hollande, Macron et sa loi, mais aussi les patrons - scélérats. Des slogans contre la vie chère, et pour exiger des augmentations des salaires et des pensions étaient aussi repris vivement par les manifestants. Une prise de parole a eu lieu en face de la manifestation  organisée sur la place de la Savane pour la "journée du cheval". Des participants se sont rapprochés du cortège et certains ont applaudis les orateurs, Daniel Gromat, secrétaire général des municipaux et notre camarade Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGTM.
Plusieurs responsables syndicaux se sont exprimés à la fin de la manifestation. Ils ont dénoncé l’aggravation des conditions de travail comme dans les hôpitaux ou les PTT, les coups bas des patrons, lors des NAO, dans le bâtiment ou l’agriculture, mais aussi les attaques contre les représentants des travailleurs à Orange ou chez Roger Albert contre des militants CDMT. La secrétaire générale a également indiqué que la préparation de cette manifestation avait été l’occasion de faire des assemblées générales, des réunions des distributions de tracts dans de nombreuses entreprises. Pour tous il était évident que face à ces attaques, les travailleurs devraient retrouver le chemin des luttes déterminées et collectives. Rendez vous a été pris pour la rentrée.
 


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