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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1135 du 20 juin 2015/Quatrième page

Quatrième page

États-Unis : Après 43 ans à l’isolement, la justice annule la libération d’un Black Panther

Zoom Albert Woodfox, un Noir américain est emprisonné à l’isolement depuis 1972 aux USA. Il est accusé d’avoir assassiné un gardien de prison blanc durant une émeute au pénitencier d’Angola en Louisiane. Albert Woodfox a toujours nié les faits. Alors que sa condamnation a été cassée à deux reprises, sa libération prévue pour le 12 juin a été annulée par le tribunal. Il devra attendre un nouveau procès pour une éventuelle libération. Ce nouveau procès est truqué d’avance : tous les témoins clés sont décédés depuis. Même la veuve du gardien tué demande la libération de Woodfox contre qui le tribunal n’a aucune preuve.
En réalité, la justice américaine veut faire payer à Albert Woodfox son passé de Black Panther. Durant les années 60, cette organisation de jeunes Noirs américains avait pris les armes pour défendre la communauté noire des quartiers pauvres face aux racistes. Le FBI a organisé l’élimination physique des Black Panthers ou leur emprisonnement à perpétuité.
 Les durées d’emprisonnement record de Woodfox ou Mumia Abu Jamal (sympathisant des Black Panthers) montrent la peur qu’à eue le gouvernement face à cette organisation radicale de jeunes Noirs. Aujourd’hui où la police américaine blanche tue un Noir tous les 2 jours, on comprend pourquoi les derniers Black Panthers doivent toujours être réduits au silence et à l’isolement, 43 ans après : c'est le fait du racisme officiel, permanent qui subsiste contre les Noirs.
 


Grèce : Les créanciers vautours

Les représentants des créanciers de la Grèce : principalement Merkel pour l'Allemagne, Hollande pour la France, et Lagarde pour le FMI, persistent à réclamer des mesures d'austérité drastiques visant à tirer la dernière goutte d'une population déjà exsangue : de nouvelles coupes massives dans les retraites, dont les plus faibles passeraient de 480 à 320 euros, le report de l'âge du départ en retraite. Ils exigent encore  des hausses de la TVA de 11 à 23%, le non rétablissement des conventions collectives, la privatisation totale des transports et de la production électrique. Ces exigences sont pires que celles imposées aux précédents gouvernements, avant la victoire électorale du parti de gauche Syriza et l'arrivée au pouvoir du premier ministre, Tsipras, dont le programme électoral incluait la sortie de l'austérité et un meilleur niveau de vie pour la population.
Jusqu'ici, le gouvernement grec et son premier ministre ont fait certaines concessions mais refusent de se plier aux dernières exigences de l'Europe. Il serait difficile de reculer davantage, sous peine de perdre tout crédit auprès de la population. Mais n'est-ce pas ce que souhaitent les grandes puissances européennes, donner une leçon aux populations des pays fortement endettés qui pourraient avoir la tentation de voter pour des partis plus à gauche?
En février, le gouvernement grec s'était déjà engagé à des réformes structurelles en échange du versement de la dernière tranche du plan d'aide internationale d'un montant de 7,2 milliards d'euros. Un accord doit être trouvé avant l'échéance de ce plan, le 30 juin. La Grèce a besoin de cet argent en particulier pour rembourser les échéances de sa dette au FMI. Tsipras a refusé de payer l'échéance du 5 juin, puis a obtenu le report de toutes les échéances jusqu'à la fin du mois. La partie qui se joue entre ce pays au bord de la faillite et ses créanciers est donc serrée, et se déroule entre "responsables" hors du contrôle de la population.
Il a été question que la Grèce "fasse défaut", ne puisse pas payer et sorte de la zone euro. Cette hypothèse a été dénommée "grexit", condensé de Grèce et exit. C'est-à- dire sortie de la Grèce de la zone euro. Mais le défaut de paiement serait une perte d'abord pour les créanciers et secouerait la finance internationale. La dette publique de la Grèce s'élève à 321,7 milliards d'euros. Elle est détenue à 70,5% par des créanciers publics internationaux dont le FMI à hauteur de 32 milliards, et par des pays de la zone euro. L'argent prêté à la Grèce comme aux autres pays lourdement endettés, lui permet de rembourser les intérêts de sa dette et d'enrichir banques et financiers. En échange de cette fuite en avant il lui est imposé d'écraser sa population sous des mesures d'austérité. Les plus pauvres et même les classes moyennes vivent des situations dramatiques.  
Les plus riches par contre sont à l'abri. Car il y a de l'argent en Grèce. Les armateurs et autres capitalistes ont accumulé des fortunes énormes. L'église orthodoxe, subventionnée par l'État, est également fort  riche. La fortune du clergé pourrait s'élever, selon la presse grecque, à 2,5 milliards d'euros. Les prêtres orthodoxes, salariés par l'État, coûtent à ce dernier 350 à 400 millions par an. Mais toucher à ces fortunes, il n'en est pas question, ni pour les créanciers, ni pour le gouvernement. Les économistes mettent en garde contre la fuite des capitaux en cas de sortie de l'euro,  voire s'il était question de faire payer les riches, ce que personne n'envisage dans les sphères du pouvoir. Mais il est néanmoins possible de bloquer leurs avoirs, de réquisitionner leur patrimoine et de les exproprier, comme on le fait pour les maigres possessions des pauvres. Cela, seuls des travailleurs en lutte pourraient le faire, mais ce ne serait sûrement pas pour rembourser une dette qui n'est pas la leur mais celle des capitalistes !


Madrid et Barcelone : Élection de deux femmes issues des "Indignés"

La semaine dernière, deux femmes, candidates du mouvement des "Indignés" ont été élues maires de deux grandes villes d’Espagne, Madrid et Barcelone. La première, Manuela Carmena, élue à Madrid, est une juge à la retraite. Elle veut garantir aux enfants pauvres deux repas par jour, et s’adresser aux personnes menacées d’expulsion de leurs logements.
La seconde, élue à Barcelone, Ada Colau, promet un "plan de choc" contre les inégalités à Barcelone, prévoyant de stopper les expulsions de logements, de baisser les tarifs de l’énergie et de mettre en place un revenu minimum de 600 euros.
Le mouvement des « Indignés » est né en mai 2011 lorsque des centaines de milliers de jeunes étudiants ou chômeurs, de travailleurs en emploi ou privés d’emploi, de militants syndicaux, associatifs, de militants politiques (communistes, anarchistes ou socialistes déçus de la politique de la gauche traditionnelle) se sont organisés pour riposter contre la dégradation des conditions de vie et de travail des classes populaires.
Ils sont descendus dans les rues des grandes villes, ont occupé des sites symboliques, ont campé sur de grandes places pendant des jours. Ils ont participé à des actions dans les quartiers où des familles pauvres se faisaient expulser de leurs logements qu’elles ne pouvaient plus payer.
Depuis la crise de 2007, pour sauver leurs profits le grand patronat, les banquiers et les grandes sociétés capitalistes d’Espagne, soutenus par un gouvernement de gauche, ont pillé les caisses de l’État et ont fait payer la crise aux classes populaires.
Les salaires et les retraites ont été réduits, le taux de chômage a explosé passant de 10% en 2007 à plus de 25,5% en 2014. Les expulsions de logements, les coupures d’eau, de gaz ou d’électricité pour ceux qui ne peuvent plus payer leurs traites ou  factures se sont succédé à un rythme fou. Actuellement des millions de personnes en sont réduites à se nourrir grâce aux associations caritatives.
C’est en s’appuyant sur le mouvement des « Indignés » et sur la colère des classes populaires qu’un nouveau Parti de gauche radicale, Podemos ("nous pouvons"), s’est créé en 2014 à l’approche des élections européennes. Son but est de représenter une alternative électorale aux deux principaux partis : le Parti populaire (PP) pour la droite et le Parti socialiste ouvrier d’Espagne (PSOE) pour la gauche qui ont alterné au pouvoir depuis la chute de la dictature de Franco en 1975 et qui ont mené une politique au service des riches.
Les leaders de Podemos veulent accéder à des postes de responsabilité car, selon eux, une autre politique est possible.
Depuis 2014, Podemos enchaîne les succès électoraux aux élections européennes, aux élections régionales et récemment aux élections municipales où il a soutenu les deux candidates devenues maires de Madrid et Barcelone.
Aujourd’hui, la popularité de Podemos et de son porte parole, Pablo Iglesias, reflète un ras-le-bol de la population vis-à-vis de la crise qu’on veut lui faire payer. Cette colère s’exprime par le vote pour des candidats qui dénoncent la corruption du régime et la pauvreté et parlent de changement.
Mais suffit-il de faire confiance à ceux qui se hissent au pouvoir en promettant monts et merveilles ? Sûrement pas ! Les classes populaires payent toujours cher de telles illusions.
Surtout que les candidats de la dite gauche radicale ont déjà commencé à faire des alliances avec des Partis de la gauche traditionnelle. Par exemple le PSOE a soutenu Manuela Carmena, la nouvelle maire de Madrid, pour qu’elle soit élue.
Ce ne sont pas les élections qui sortiront les travailleurs et les pauvres d’Espagne de la misère et du chômage. Pas plus en Espagne qu’ailleurs, on ne peut créer des emplois et augmenter les salaires et les pensions sans remettre en cause les profits des capitalistes. Pour garantir des services publics de santé et d’éducation dignes, il faut faire payer les plus riches en menant une lutte sans merci contre le pouvoir de la bourgeoisie et des financiers.
Ce n’est pas l’objectif des élus de Podemos et des « Indignés », mais ce doit être celui des travailleurs espagnols, eux qui ont montré à maintes reprises leur combativité et leur détermination à se battre pour améliorer leurs conditions d’existence sans attendre les élections.


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