Site

Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1134 du 6 juin 2015/Quatrième page

Quatrième page

Cuba : les États-Unis amorcent un changement de tactique

Zoom Le 29 mai, les États-Unis ont annoncé officiellement qu’ils retiraient Cuba de la liste des «États soutenant le terrorisme». Cette décision prend effet immédiatement, et s’inscrit dans le cadre du rapprochement entre les USA et La Havane, amorcé depuis plusieurs mois. Elle devrait logiquement évoluer vers une levée de l’embargo imposé à Cuba depuis 1961 par les États-Unis. Mais cette levée de l’embargo ne dépend pas uniquement du gouvernement Obama, elle doit être ratifiée par le Congrès américain, à majorité républicaine. Le processus risque donc de durer encore quelque temps.
Ce retrait de la liste des «États terroristes» permettra néanmoins à Cuba d’accéder à des financements d’organismes internationaux ainsi qu’au système bancaire américain, et à l’ouverture d’une ambassade aux États-Unis.
L’embargo américain avait pour but d’isoler Cuba et de créer des conditions pouvant entraîner la chute du régime castriste. Des pressions diplomatiques, puis une tentative de renversement du régime cubain en 1961 par un millier d’anticastristes financés par la CIA  qui débarquèrent à la Baie des Cochons, ont abouti à un échec. La population cubaine s’est alors mobilisée pour soutenir le régime.
Bien que Castro et les siens ne se soient nullement revendiqués du communisme lors de leur prise de pouvoir, ils ont été considérés comme tels par les gouvernements américains qui se sont succédés. Et la mise en place de l’embargo a conduit le régime castriste à se rapprocher de l’URSS et du bloc soviétique en général, qui est devenu son partenaire économique presque exclusif, jusqu’à la dislocation de l’URSS à partir de 1990. Cuba a alors subi une grave récession économique, les nouveaux dirigeants russes s’étant désintéressés de son sort.
Une dizaine d’années plus tard, l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) créée par Chavez a permis à Cuba de souffler un peu en fournissant du pétrole à bon marché contre des services, notamment en matière de santé. Mais le Venezuela est désormais lui-même en proie à des difficultés économiques.
Avec le retrait de Fidel Castro, malade, depuis 2006, et son remplacement par son frère Raul, on observe une accélération du changement de politique du régime cubain. Celui-ci, qui à ses débuts a permis sinon un grand développement économique, impossible dans un pays isolé, mais d’importantes avancées sociales en particulier sur le plan de l’éducation et de la santé, favorise désormais de plus en plus «l’initiative privée», et surtout diminue les aides sociales. Celles-ci, bien qu’insuffisantes, permettaient néanmoins à la population pauvre d’avoir un minimum. Aujourd’hui on assiste à un développement du tourisme, à l’implantation de certaines entreprises extérieures, et surtout à une économie à deux vitesses : les pauvres utilisant la monnaie cubaine, le peso, et d’autres plus favorisés faisant leurs transactions en dollars.
Il est clair que le changement de relations entre les USA et Cuba montre que les États-Unis reconnaissent l’échec de leur politique d’embargo vis-à-vis d’un peuple qu’ils n’ont pas réussi à faire plier par la force.
Mais il est également certain que leur but n’a pas changé : reprendre pied à Cuba pour y asseoir à nouveau leur domination. Les capitaux et produits américains pénètrent de plus en plus le marché cubain, et n’attendent qu’une normalisation des relations pour y accéder plus largement.
Cette évolution est sans doute appelée de ses vœux par une nouvelle bourgeoisie et petite-bourgeoisie cubaines, ainsi que par un certain nombre d’émigrés cubains dont la mentalité évolue.
Mais ce n’est pas forcément une bonne chose pour les travailleurs cubains, pour qui une plus grande pénétration des capitaux étrangers se traduirait par une exploitation plus brutale et une misère plus grande, à l’exemple de ce qui se passe en Chine ou au Vietnam.
Ce qui pourrait réellement permettre à la classe ouvrière cubaine de défendre ses intérêts propres et à terme de changer son sort serait un rapprochement avec les travailleurs américains en vue d'un combat révolutionnaire de classe  contre leurs oppresseurs communs, la bourgeoisie américaine. C'est aussi dans cette voie là que réside dans l'avenir la véritable émancipation  des travailleurs de la Caraïbe.
 


Haïti : Après 4 ans de gouvernement Martelly

Michel Martelly, l’actuel président d’Haïti, a été élu il y a 4 ans. Face à une brochette de politiciens bourgeois, détestés par la population, c'est ce chanteur populaire qui a été élu. Il semblait, pour une partie de l’électorat, se démarquer du sérail des politiciens véreux. Mais aujourd’hui, il n’y a plus aucune illusion, il apparait tel qu’il est : un politicien comme les autres, corrompu, prêt à se vendre.                                          Même s’il affirme le contraire, à l’occasion du bilan de ses 4 ans au pouvoir, ceux qui aujourd’hui profitent de son élection ne sont pas les électeurs issus de la population pauvre qui se sont mobilisés pour qu’il soit élu au second tour des élections. Les vrais bénéficiaires sont les proches du gouvernement, des firmes de construction étrangères, les anciens macoutes duvaliéristes dont il s’est entouré, et ceux qui ont financé sa campagne.
Ils sont récompensés aux dépens du Trésor public : ils bénéficient tous d’un remboursement en nature via des contrats juteux, des postes ou des positions où ils peuvent faire main basse sur l’argent public en toute légalité.
L’argent public est gaspillé dans des voyages, achats de voitures luxueuses pour les ministres, les  directeurs et les proches de la famille présidentielle. Pour les classes laborieuses il n’y a rien, sinon qu’elles sont saignées par des taxes supplémentaires de toutes sortes. Il n'empêche que pour le bilan de ces 4 années au pouvoir, le président  se vante de certaines réalisations : construction de quelques places publiques, quelques tronçons de routes, quelques écoles gratuites, logements sociaux, programmes sanitaires et humanitaires, etc.
Mais son programme d’école gratuite par exemple n’est qu’une vaste mascarade ; les écoles sont des coquilles vides. La grève persiste dans les établissements scolaires parce que les professeurs ne sont pas rémunérés. A grand renfort de publicité, le gouvernement parle d’éducation d’un million d’enfants alors que le taux de délinquance juvénile augmente de jour en jour.
Tous les services publics sont délabrés, les employés ne sont pas payés. De nombreuses grèves éclatent pour des revendications salariales. Le pouvoir d’achat de la population diminue. On assiste à une aggravation de la misère dans la capitale et dans les villes de province.
Michel Martelly de surcroît n’a pas abandonné ses travers de délinquant à son accession au pouvoir. Pendant les 4 ans, il s’est entouré de dealers de drogue, de bandits de grand chemin et de criminels notoires qui sont à l’origine de scandales périodiques qui éclaboussent son gouvernement. Des chefs de gang ont été libérés et l'on sait que ce sont des proches de la femme du président. Certains ont été arrêtés et mis en prison pour kidnapping, deal de drogue, blanchiment d’argent, etc. 
Son étoile en baisse, Martelly essaie de redorer son blason en organisant des carnavals (2 par an). Il a nommé, pour tromper les masses, un nouveau premier ministre : Evans Paul, un ancien populiste, ex maoïste, proche de l’ancien président Aristide, qui tente de bluffer l’opinion publique sur sa volonté de réduire les dépenses publiques et de montrer du coup qu’il n’est pas un pantin absolu. Mais ce dernier s’avère être prêt comme les autres à se mettre au service du plus offrant.
C’est dans ce contexte que les élections législatives sont annoncées. Alors que l’on ne sait pas encore si elles auront vraiment lieu, les candidats sont déjà tout excités : 200 partis politiques se sont inscrits auprès du Conseil Électoral Provisoire. Rien que pour les législatives, 2029 candidats, soit 262 au Sénat et 1767 à la députation souhaitent  se lancer dans la course pour trouver une place parmi les 20 sénateurs et 119 députés qui devront être élus entre le premier et le second tour.
La majorité de ces partis politiques est sous la coupe du gouvernement Martelly et de l’ex président René Préval. Dans les quartiers populaires, l’annonce de ces élections n’a fait qu’augmenter l’insécurité car elle a réactivé les gangs dormants. En effet c’est une tradition que les candidats se servent de leurs nervis pour la course à l’élection. De l’argent est distribué, créant des conflits entre gangs. Ces derniers s'arment de nouveau et leurs membres jouent les gros bras dans les quartiers populaires au détriment des habitants.On compte des morts et des blessés par dizaines. À Cité Soleil par exemple, il y a toujours des affrontements opposant des gangs rivaux, ce qui est monnaie courante dans le plus grand bidonville de Port-au-Prince où les habitants se considèrent comme des cadavres ambulants.
Le directeur général de la Police nationale d’Haïti a évoqué l’insuffisance d’effectifs pour justifier l’impuissance des policiers à contrer les bandits. Pourtant ils sont très efficaces dans la répression des manifestations ouvrières et de l’opposition au gouvernement.
Dans les quartiers, aucune disposition n’a été prise pour améliorer la situation des classes laborieuses. La population pauvre est dépourvue d’électricité, d’eau potable, de logements. Cinq ans après le séisme un pourcentage important de gens vit encore sous les tentes. Aucun programme d’assainissement n'existe. À la moindre averse, aussi faible qu’elle soit, les maisons sont inondées et des objets sont emportés. Le choléra continue ses ravages mais on n’en parle plus !
Cette situation de misère pousse la population pauvre, les travailleurs, vers d’autres pays voisins. Les boat people n'existent pas seulement en Méditerranée, la mer des Antilles aussi regorge de travailleurs en détresse sur des embarcations de fortune. Cette immigration se fait plus spécialement vers Saint-Domingue, plus facile d’accès, attirant les travailleurs en quête d’un mieux être. Mais à Saint-Domingue, avec la crise, la chasse aux Haïtiens qui souvent se concluait par des reconduites massives à la frontière, s’est transformée en véritable campagne raciste, chasse à l’homme et exécutions sommaires. En février dernier l’actualité faisait la une avec un Haïtien exposé, pendu sur une place publique. Tout le pays était choqué du sort réservé aux Haïtiens dans le pays voisin, mais une réaction gouvernementale n’est venue que lorsqu’on brula à Saint-Domingue un drapeau haïtien ; alors là, nationalistes,  membres du gouvernement et même certains patrons de la zone industrielle ont organisé une marche en brandissant le drapeau haïtien, pour exprimer leur mécontentement. 
Mais ces patrons ainsi que le gouvernement qui brandissaient le drapeau haïtien et qui se disaient prêt à mourir pour le pays, pour leur drapeau, croyaient faire oublier qu’ils sont les principaux responsables de cette situation. Ce sont eux, qui, à travers les mauvaises conditions de travail, le taux de chômage qu’ils imposent et les salaires de misère, poussent les travailleurs haïtiens hors du pays en quête de mieux être, de moyens de subvenir à leurs besoins.


Bookmark and Share