Site

Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1133 du 9 mai 2015/Quatrième page

Quatrième page

Élections générales au Guyana : peut-être la fin d’un règne, mais pas la fin d’un système

ZoomLe Guyana, situé à l’ouest du Surinam et de la Guyane, s’étend sur 215 000 km² pour une population de près de 750 000 habitants. Principales ressources : bois, bauxite (aluminium), manganèse, or et diamants. Agriculture : riz, canne à sucre, café et agrumes. Le pays est l’un des plus pauvres de la région. Des élections générales sont prévues au Guyana (ex- Guyane britannique) le 11 mai 2015. Elles doivent amener au renouvellement du président, et de l’Assemblée Nationale. De fait, le leader du parti qui remporte les élections devient président pour une durée de 5 ans. Les dernières élections ont eu lieu en 2011, et la mandature aurait dû se poursuivre jusqu’en 2016. Mais le président Donald Ramotar a dissout l’assemblée en novembre 2014, pour éviter un vote de défiance du parlement où son parti n’a pas la majorité absolue. L’Assemblée Nationale, composée de 65 membres, comprend 25 membres émanant de 10 circonscriptions géographiques, et 40 membres élus à la proportionnelle sur les listes présentées par les partis. Depuis l’indépendance en 1966, le système est dominé par deux partis : le People’s National Congress (PNC, Parti du congrès du peuple) et le People’s Progressive Party (PPP, Parti progressiste du peuple). Le PNC est en fait issu d’une scission du PPP, sorte de parti travailliste s’appuyant à l’origine sur le mouvement syndical. La composition de ces partis est essentiellement basée sur une division ethnique : le PNC regroupe surtout les Afro-descendants, soit environ 40% de la population, tandis que le PPP rassemble un électorat originaire de l’Inde, qui représente près de 50% de la population totale. Cette division a été mise en place du temps de la colonisation britannique, et s’est poursuivie après l’indépendance. De 1966 à 1992, c’est le PNC dirigé par Forbes Burnham qui a dirigé le pays, avec l’appui des gouvernements américain et britannique, qui craignaient la venue au pouvoir du PPP de Cheddi Jagan, considéré comme marxiste. La corruption était importante, c’est d’ailleurs pendant cette période, en 1978, que s’est déroulée la tragédie de l’empoisonnement collectif de la secte de Jim Jones, qui a entraîné la mort de plus de 900 personnes. Les liens entre cette secte et le pouvoir étaient patents. En 1992, Cheddi Jagan, le vieux leader progressiste, a remporté les élections. Il a dirigé le pays jusqu’à sa mort en 1997. Depuis, son parti est resté au pouvoir pendant 23 ans consécutifs. Mais lors des élections de 2011, bien que sorti en tête, le PPP n’a pas eu la majorité absolue. On est loin des idéaux proclamés du temps de Cheddi Jagan, et de nombreux scandales ont émaillé les mandatures successives du PPP. Des manifestations se sont déroulées en janvier 2015, pour protester contre le président et sa politique. Un troisième parti, Alliance for Change, présent au parlement depuis 2006, qui a obtenu plus de 10% des voix en 2011, semble rompre avec la logique de division ethnique qui est la marque des deux partis principaux. Une partie de la population s’est rendue compte que ces partis favorisaient l’élite de l’une ou l’autre des communautés dominantes, mais pas l’ensemble de la population. Cette évolution, si elle se confirme, est une bonne chose en soi. Il n’en reste pas moins que ce nouveau parti ne représente pas pour autant les intérêts de la population laborieuse du Guyana, mais cherche plutôt à écarter les traditionnels partis politiques et leurs appareils, pour accéder à son tour au pouvoir. Le président Donald Ramotar a fait appel à des observateurs du Commonwealth pour selon lui garantir le caractère démocratique de la consultation électorale. Mais ses élans démocratiques ont leurs limites : il prévient déjà qu’il pense avoir encore la majorité des sièges, et être réélu président, mais que s’il n’a pas la majorité absolue, il n’hésitera pas à dissoudre de nouveau l’assemblée. Il se pourrait donc que ces élections ne soient qu’une étape. Certains observateurs prévoient une possible victoire du parti d’opposition, le PNC, qui devrait s’allier à l’Alliance for Change pour gouverner. Mais les travailleurs guyaniens n’ont pas grand-chose à espérer d’un tel changement. Il leur reste à s’organiser dans un parti qui représenterait réellement leurs intérêts.

Iles Vierges Britanniques : élections en vue

Les élections du parlement aux Iles Vierges Britanniques devraient avoir lieu autour du 30 juin. Comme prévu par la constitution de 2007, le gouverneur de ce Territoire Britannique d’Outre mer a dissout la chambre. Les élections doivent donc avoir lieu dans un délai de deux mois. Cet archipel est situé au nord des Antilles, à l’est de Porto Rico. Il fait partie d’un ensemble plus vaste, incluant les Iles Vierges Américaines. Il comprend 4 iles principales, Tortola d’une dimension de 20km sur 5, Virgin Gorda, Anegada et Jost Van Dyke. La capitale Road Town se situe sur l’ile de Tortola, qui regroupe 23 500 des 28 000 habitants de l’archipel. 5 autres îles plus petites sont également habitées. 15 autres sont inhabitées, certaines étant possédées par des propriétaires privés. Le statut des îles vierges britanniques (BVI= British Virgin Island- Iles Vierges Britanniques) est celui de «territoires d'Outre mer du Royaume Uni» (la Grande Bretagne). Ces anciennes colonies anglaises des Caraïbes ne sont pas indépendantes, elles demeurent sous contrôle de la Grande Bretagne. Elles bénéficient néanmoins d'une certaine autonomie politique et législative. Elles sont une «démocratie parlementaire». Le chef du gouvernement est le Premier ministre, élu pas la chambre. Un gouverneur représente la reine d’Angleterre qui le nomme. Les élections fonctionnent selon un système de bipartisme. Deux partis dominent, le National Democratic Party, majoritaire en 2003 et 2011, et le Virgin Island Party, qui a remporté les élections en 1999 et 2007. L’alternance entre les deux est donc assez régulière. Les BVI tirent leurs revenus du tourisme et des services financiers. Il s’agit en effet d’un paradis fiscal. 51,8% des revenus du gouvernement viennent des taxes sur les compagnies «off shore» (étrangères). Le revenu moyen par habitant est de 42 300 dollars annuels et le revenu moyen des salariés est de 2 452 dollars mensuels. Mais ces chiffres cachent de grandes disparités de niveau de vie. 29% de la population sont considérés comme pauvres. L’immigration est importante : 50% des travailleurs ont des ascendants étrangers, ce qui les prive de la nationalité BVI.


Porto-Rico et Iles Vierges américaines, des chiffres révélateurs

ZoomSoldats et travailleurs armés patrouillent les rues de Santo DomingoAncienne colonie espagnole, l'île de Porto-Rico est passée sous contrôle des États-Unis en 1898. Depuis, le statut néocolonial est maintenu. Actuellement Porto-Rico n'est pas à part entière un des États-Unis mais est un «État libre associé aux États-Unis». Les 3,548 millions de Portoricains ont la nationalité américaine mais ne votent pas pour l'élection du président des États-Unis. Si la situation institutionnelle est complexe, les chiffres de l'économie éclairent bien les choses : en 2013, le produit intérieur brut par habitant était de 28 500 $ à Porto-Rico alors qu'il avoisinait 53 000 $ aux États-Unis. La presse reportait début mai que dans la capitale San Juan, une grosse métropole d'environ 400 000 habitants, le nombre de travailleurs ayant un emploi avait baissé de 1,8 % de septembre 2013 à septembre 2014. Aux États-Unis, dans le même temps, les emplois, officiellement, avaient augmenté de 2 %. La même tendance apparaît pour le salaire hebdomadaire moyen, de 603 $ à San-Juan au dernier trimestre 2014, en hausse de 1,3 % sur un an, alors que dans le même temps, aux États-Unis, une hausse de 2,9 % portait le salaire hebdomadaire moyen à 949 $. Et les 77 autres municipalités de l'île ont aussi un salaire moyen inférieur à celui des États-Unis. Dans 31 d'entre elles, notamment dans l'ouest particulièrement pauvre, le salaire moyen est inférieur à 400 $ par semaine. On peut citer la commune de Lares (314 $) et Las Marias (306 $). Les Iles vierges américaines, voisines, St Thomas, St Croix et St John, ont été «rachetées» au Danemark par les États-Unis en 1917, et ont un statut apparenté à celui de Porto-Rico. Le niveau de vie y est aussi inférieur à celui des États-Unis, avec un salaire hebdomadaire moyen de 714 $. Les dépliants publicitaires des agences de voyage américaines vantent des îles enchanteresses aux longues plages de sables blancs, où il fait bon dépenser des dollars. La réalité quotidienne de la population pauvre de ces îles caraïbes n'a rien à voir avec cette image.


Royaume Uni : suspense électoral mais résultat sans surprise!

Les élections législatives au Royaume Uni auront lieu le 7 mai. Selon les sondages, les deux partis qui dominent la vie politique, le Parti Conservateur mené par l’actuel Premier Ministre, David Cameron, et le Parti Travailliste mené par Ed Miliband, seraient au coude à coude. Mais que l’un ou l’autre obtienne la majorité au parlement, cela ne changera pas grand-chose à la politique anti ouvrière et anti immigrés menée dans le pays. Les élections fonctionnent selon un scrutin majoritaire à un tour : le candidat en tête dans sa circonscription est élu, même si ce n’est qu’avec une voix d’avance. Il y a au total 650 circonscriptions, dont une cinquantaine seulement sont considérées comme indécises et pourraient faire la différence. D’autres partis pourraient obtenir quelques députés et être l’enjeu d’alliances : entre autres le parti d’extrême droite UKIP, qui fait une campagne anti immigrés et anti européenne. Le parti nationaliste écossais, SNP, dont on a entendu parler lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les Verts. Les deux partis dominants s’opposent principalement sur la présence du Royaume Uni dans l’Union Européenne. Les conservateurs y sont plutôt opposés et les travaillistes favorables. Mais en ce qui concerne l’immigration, ils sont d’accord : tous deux veulent interdire l’accès des immigrés européens aux prestations sociales. L’actuel Premier ministre, Cameron, met en avant une relative prospérité de façade : un taux d’emploi de 73,2%, un taux de chômage de 5,7%, une croissance économique positive. Au Royaume Uni comme en France, la crise n’est pas pour les riches : la richesse des plus fortunés a augmenté de 15% en 2014, et a été multipliée par deux depuis le début de la crise. Ils ont reçu de beaux cadeaux de l’État : impôt sur les bénéfices réduit de 30 à 28% par le précédent gouvernement travailliste, puis à 20% par l’actuel gouvernement. Au bas de l’échelle sociale, les recours aux banques alimentaires sont en augmentation exponentielle. Les emplois créés dont se vante Cameron sont en grande majorité précaires, à temps partiel ou encore des contrats dits «zéro heure» c'est-à-dire sans horaire minimum garanti. Ou plus précaires encore : des emplois d’auto entrepreneurs, c'est-à-dire sans aucune garantie. Beaucoup d’emplois existants ont disparu au profit de la précarité. Le SMIC est plus bas qu’en France et le coût de la vie plus élevé. Les allocations sociales sont dérisoires. La population vit donc très mal et ne manifeste en général aucune confiance dans l’un ou l’autre des partis en compétition. Dans ces élections, il n’y a pas d’enjeu pour le camp des pauvres.


Bookmark and Share