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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1133 du 9 mai 2015/Première page

Première page

Editorial:HOLLANDE AUX CARAÏBES. POUR QUELS INTÉRÊTS ?

François Hollande sera en Martinique le 9 mai et le 10 en Guadeloupe. En Martinique il présidera une rencontre sur le climat avec Letchimy et d'autres représentants de la Caraïbe dans le cadre de la préparation de la grande conférence internationale sur le climat prévue à Paris au mois de décembre prochain. Le 10 en Guadeloupe il inaugurera le "Mémorial Acte" ce grand et majestueux bâtiment consacré à l'histoire de la traite et de l'esclavage. Le 11 mai il sera à Cuba, le 12 il doit se rendre en Haïti. Au moment où nous écrivons nous ne savons pas ce qu’Hollande va dire, mais nous savons ce qu'il est : le chef actuel de l'impérialisme français. Il défend avant tout les intérêts généraux de la classe dominante, la bourgeoisie française. C'est donc en serviteur politique de cette bourgeoisie qu'il agit en toutes circonstances. Faire du théâtre pour donner l'illusion à la population et aux différentes minorités qu'il prend à cœur tous leurs problèmes, c'est son job de serviteur en chef des intérêts de la bourgeoisie... Et rendre hommage aux exploités... du passé, c'est bien commode. Quant aux exploités du présent, les esclaves modernes que sont les travailleurs des Antilles et tous les autres, Hollande est leur ennemi. Toute sa politique est faite de somptueux cadeaux offerts aux patrons et de sacrifices pour les travailleurs et les classes populaires. Il n'est pas plus l'ami du peuple haïtien ou cubain. L'impérialisme français en Caraïbes a une longue histoire passée faite de guerres de possession avec les autres grandes puissances européennes : l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne qui ont fait de la Caraïbe pendant près de trois siècles un terrain d'affrontements sanglants pour accaparer les riches îles à sucre et à esclaves. Aujourd'hui, chaque impérialisme tente de garder un minimum d'influence sur "ses terres" d'Outre mer. En Haïti, c'est surtout l'impérialisme américain qui contrôle la situation. Mais, en tant qu'ancienne puissance coloniale directe, la France a une grande part de responsabilité dans l'extrême pauvreté du pays. Après la victoire des esclaves révoltés et la constitution d'un état indépendant, la France a exigé d'énormes indemnités en menaçant de nouvelles guerres le peuple haïtien, voire de rétablir l'esclavage. Par la suite, la France a soutenu les pires dictatures dont celle des Duvalier. Hollande va tenter d'obtenir quelques contrats pour les entreprises françaises, et grapiller les miettes que voudront bien lui laisser les USA. A Cuba, il va essayer aussi de signer quelques contrats avant que les USA qui ont commencé un rapprochement avec l'île de Fidel Castro, s'octroient la part la plus importante du gâteau. En Guadeloupe et en Martinique il passera du temps à rassurer les patrons et les milieux d'affaire, mais là il a des serviteurs martiniquais et guadeloupéens directs et bien zélés comme relais pour faire le travail d'illusionnistes en direction la population. En Guadeloupe il y a Lurel et le PS qui dirigent maintenant les deux assemblées. En Martinique, le PPM, le MIM et autre "camp, des patriotes" sont assez proches du PS pour faire le sale boulot sur place. C'est-à-dire, soutenir les milieux d'affaires, les riches békés et autres noirs riches, et prêcher aux travailleurs, aux chômeurs, aux pauvres la patience et l'acceptation des sacrifices ainsi que celle de leur propre exploitation. En échange, les élus de la Martinique auront la CTM (Collectivité territoriale de Martinique) qui sera mise en place après les élections de décembre prochain mais qui ne changera absolument rien au sort des exploités, des chômeurs, des pauvres. Voilà donc comment les serviteurs politiques de la bourgeoisie jettent de la poudre aux yeux des peuples. Mais ces derniers trouvent toujours le moment où ils réagissent et balaient tous ces gens et leur cinéma qui ne changent rien à leur sort. Le problème n'est pas de savoir s'ils le feront, mais quand ils le feront, aussi bien aux petites Antilles que dans les grandes Antilles en Haïti ou à Cuba.


Guadeloupe : A PROPOS DU "MÉMORIAL ACTE"

Le "Mémorial Acte" est un grand et très beau bâtiment érigé à Pointe-à-Pitre dans le quartier dit du "carénage" face à la mer. Il sera un centre caribéen d'expression de la mémoire de la traite et de l'esclavage. Il rappellera à tous que des millions d'Africains ont été jetés dans les cales des navires négriers pendant près de trois siècles, puis vendus sur les marchés d'esclaves des États Unis, des Antilles, de l'Amérique latine en particulier du Brésil. Ces esclaves sont les ancêtres des peuples noirs des Amériques, de toutes les Amériques. Il sera inauguré par François Hollande le 10 mai, journée de commémoration de l'esclavage en France, en présence de certains chefs d'état africains et de la Caraïbe. Depuis plusieurs mois, on assiste à des polémiques interminables autour de ce bâtiment, venant de la droite locale, mais aussi d'un certain nombre d'organisations, et de personnalités, nationalistes ou pas. Le bâtiment aurait coûté trop cher (83 millions d'euros), son entretien devrait aussi coûter trop cher, c'est ce qu'à dit Marie Luce Penchard, ex ministre UMP de l'Outre mer. Certaines personnes enfourchent aussi ce même cheval de bataille. D'autres personnalités critiquent par jalousie tout simplement parce qu'elles n'ont pas été contactées ni associées au projet. Toutes ces critiques sont stupides. Pour une fois qu'un grand projet est associé à l'histoire de la traite et de l'esclavage des Noirs, elles sont bien mal venues. Que ce soit le projet initial de Luc Reinette et de Lurel, qu'importe ! Reinette et le CIPN (Comité international des peuples noirs) et d'autres nationalistes refusent de participer à l'inauguration parce que Lurel s'oppose aux réparations réclamées pour les peuples issus de l'histoire esclavagiste. Mais la question des réparations est un autre problème! Soit dit en passant, à Combat Ouvrier nous ne sommes pas favorables aux réparations ! D'une part, parce que le coût de ces réparations est incommensurable. D'autre part, parce que c'est la lutte des exploités noirs et de toutes couleurs, pour une autre société débarrassée du capitalisme, qui permettra de récupérer tout ce qui a été volé, pillé par les classes dominantes, en particulier la bourgeoisie. Et les travailleurs, ces esclaves modernes, devront récupérer toutes les richesses accumulées sur leur sang et leur sueur au profit d'un minorité d'exploiteurs. Une fois récupérées, ces richesses seront utilisées pour satisfaire les besoins de la majorité de l'humanité. Certes, les chefs d'état africains ou de la Caraïbe, Lurel lui même et Hollande qui seront tous là pour l'inauguration sont les défenseurs d'un système social et politique capitaliste qui dans le passé a organisé l'esclavage pour son accumulation primitive de richesses. Ils ne sont certes pas les mieux placés, loin s'en faut, pour incarner le souvenir et l'histoire de l'esclavage Mais il faut dissocier le Mémorial Acte de ce que sont ces dirigeants. Trois siècles de traite et d'esclavage, des millions d'hommes déportés d'Afrique vers les Amériques, des millions d'autres victimes d'un véritable génocide victimes du système esclavagiste et ses horreurs, méritent bien enfin ce mémorial. Comme le mérite la formidable révolution victorieuse des esclaves d'Haïti qui ont vaincu les meilleures armées napoléoniennes, ont arraché leur indépendance et éradiqué l'esclavages. S'il peut servir à éclairer les générations présentes et futures sur ce qu'a été l'esclavage des Noirs, c'est une bonne chose. Et qu'on ne nous dise pas que l'on parle trop de l'esclavage. On n'en parle pas assez au contraire. On ne connait pas suffisamment son histoire, celle des révoltes incessantes par exemple. Elle n'est pas suffisamment enseignée à l'école. Des épisodes d'une importance considérable ne sont pas connus de la population, comme les grandes révoltes des esclaves de Martinique, de Guadeloupe, d'Haïti. Le pouvoir colonial a toujours voulu masquer voire interdire l'histoire de l'esclavage. Et le colonialisme a tellement bien réussi à aliéner les esprits que pas plus tard qu'il y a deux ans en Guadeloupe, une proviseure de lycée, noire, guadeloupéenne, interdisait aux élèves d'aller voir le film " 12 years a slave" sous prétexte que cela pourrait entraîner des violences contre les Blancs !!?? Aujourd'hui, la traite et l'esclavage ne sont pratiquement pas enseignés à l'école et au lycée. Il ne s'agit pas là de donner dans un quelconque dolorisme masochiste éternel mais d'enrichir la connaissance de l'histoire pour mieux comprendre le présent, les mœurs et la psychologie des peuples africains et antillais d'aujourd'hui. Voilà pourquoi nous pensons que quel qu'ait été le coût du Mémorial Acte il est important qu'un tel lieu existe et rayonne à travers la Caraïbe, l'Afrique et le monde.


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