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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1131 du 11 avril 2015/Première page

Première page

Editorial: Pour que les luttes actuelles ouvrent la voie à une force politique des travailleurs indépendante des notables de tous bords !

Zoom Le combat mené par les travailleurs qui sont en grève en Martinique, les mobilisations du 26 mars en Guadeloupe puis du 30 mars en Martinique montrent qu'un certain nombre de travailleurs n’acceptent pas sans combat les attaques patronales et gouvernementales. Dans les deux îles ces journées de mobilisation ont été organisées par les centrales syndicales, par elles toutes en Guadeloupe et par la CSTM soutenue notamment par la CGTM en Martinique. Au moment où nous écrivons nous ne savons pas encore comment seront suivis les appels de la CGTM à se mobiliser le 9 avril en Martinique en même temps que la journée de mobilisation en France. Certes les appels des directions syndicales ne sont pas une preuve en soi de combativité des travailleurs. Néanmoins, une fraction combative de travailleurs a déjà répondu aux appels précédents. En Martinique, le 30 mars, des barrages routiers ont été érigés par des travailleurs montrant ainsi un degré de colère supplémentaire. En Guadeloupe 2000 travailleurs ont défilé le 26 mars dernier. Dans les deux îles les élections auront lieu en décembre prochain. Si les travailleurs continuent de se battre ainsi au cours des semaines et des mois qui viennent, ils pourront se faire entendre encore plus fort. C’est de cette façon aussi qu’ils se feront respecter des futurs dirigeants de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), et de l'assemblée régionale en Guadeloupe avant même l’élection de décembre 2015, et après. En Martinique la grève des travailleurs municipaux montre que bien des maires se comportent en patrons de combat, méprisant les travailleurs. On ne voit pas par quel miracle ces dirigeants politiques et leurs partis changeraient d’attitude dans les futures assemblées locales qui sortiront des urnes en décembre prochain. La plupart de ces maires se donnent une image d’élus responsables à l’égard de l’État français qui leur donne la CTM comme hochet en Martinique. Ils sont responsables et respectueux à l’égard de l’État français qui «fend les reins» des travailleurs et à l’égard des capitalistes qui font de même. Les élus dans leur majorité respectent ce système-là : le système capitaliste, et pas les travailleurs. Quand ils disent «défendre la Martinique» ou «la Guadeloupe», en réalité, ils défendent le système d’oppression actuel contre les travailleurs. Les travailleurs ont tout intérêt à montrer leur force et à se préparer à avoir leurs propres représentants dans les assemblées locales de décembre, afin de ne pas laisser les notables aux commandes sans aucun contrôle. Ainsi, ils aborderont eux aussi la CTM et l'assemblée régionale, mais avec leur propre camp, celui des travailleurs. Pas celui de l’union des politiciens de tel ou tel regroupement politique. La grève des municipaux et les autres mouvements de travailleurs, s'ils devenaient le début d’une montée plus forte du mécontentement des travailleurs et des classes populaires auraient de meilleures chances de succès. Mais aussi elles pourraient alors se transformer en une vraie force politique de la classe des travailleurs. C’est aussi dans cet esprit là aussi que Combat Ouvrier et ses militants appellent les travailleurs à se mobiliser. Nous présenterons aux élections à la CTM de Martinique et à l'assemblée régionale en Guadeloupe une liste de candidats. Nous appelons tous les travailleurs en activité ou non, les jeunes, les petits commerçants, les petits retraités, les personnes handicapées, tous les membres des classes populaires opprimées à se préparer, avec nous, à envoyer dans les assemblées locales des travailleurs combatifs et donc à rejoindre Combat Ouvrier.


Martinique : Le ras-le bol des travailleurs en grève face à un patronat local arrogant.

Mobilisés le mardi 31 mars dernier les travailleurs de plusieurs entreprises ont manifesté leur soutien aux grévistes de la fourrière et à ceux de l’entreprise de transport SOTRAVOM. Un appel à la grève générale avait été lancé par leur syndicat, la CSTM (Centrale Syndicale des Travailleurs Martiniquais). Avant ce mouvement, Antoine Rullebuté président de la Sotravom, co-traitant du réseau de bus Mozaïk, desservant des quartiers de Schoelcher, continuait de refuser d’entendre parler de la réintégration de deux salariés victimes de licenciement abusif. A la fourrière départementale, le gérant de la société Caraïbes-Développement continuait de jouer les fortes têtes face aux salariés en grève depuis plus de 65 jours contre le licenciement abusif d’un des leurs, et aussi contre les mauvaises conditions de travail et pour la revalorisation de leurs salaires. Ainsi dès le matin très tôt, avec des militants syndicaux CSTM, ils ont installé des palettes et bloqué les entrées des zones industrielles de Californie, de la Lézarde et des Mangles. Ils barraient également le dépôt des bus de la CFTU (Compagnie Foyalaise de Transports Urbains) et des autres exploitants du réseau à Fort-de-France, empêchant tout bus de circuler. Les grévistes ont également bloqué l’accès des entreprises de la Sotravom à Schœlcher et de la fourrière départementale du Lamentin. Le bâtiment de la CACEM (Communauté d’Agglomération du Centre de la Martinique) a été lui aussi barricadé. En effet les deux entreprises en question, la fourrière et la Sotravom, exercent des délégations de service pour le compte de la CACEM, qui est donneur d’ordre. Et malgré la durée de ces conflits et leurs conséquences sur les salariés et la population, les élus des quatre communes du Centre restaient murés dans un silence assourdissant. Il a fallu attendre le mercredi 1er avril pour que les élus de la CACEM, notamment Athanase Jeanne-Rose, président de la CACEM et maire de Saint-Joseph, fassent une conférence de presse pour déclarer du bout de la langue qu’ils «ont choisi la voie de la médiation» pour… le jeudi 2 avril. Mais au moment où nous écrivons, les grévistes n’ont pas encore obtenu satisfaction sur leurs revendications qui sont basées sur 10 points. Quant au président de la Sotravom et au gérant de la société Caraïbes-Développement - la fourrière -, ils ont commencé à rabaisser leur caquet et se sont adressés à la presse pour dire qu’ils sont prêts à négocier, mais sans parler des réintégrations des salariés licenciés. Alors, les grévistes restent mobilisés. Ils ont suspendu leurs barrages après trois jours de blocage, ils attendent que les fêtes de Pâques soient passées pour continuer leurs mobilisations. La grève générale de soutien avait été lancée par la CSTM pour signifier au patronat qu’elle ne tolère pas le comportement méprisant des patrons contre leurs camarades. Et leur mot d’ordre était «patwon ka atatyé, ouvryé ka réponn». Pour ce qui concerne le MEDEF, on ne l’a pas entendu, silence complet. En dehors d’une prise de position de D. Marie-Sainte, conseiller communautaire MIM à la CACEM, les dirigeants politiques de tous bords, qui passent leur temps sur les ondes de radio et télévision à vanter les mérites de ce qu’ils pourront faire dans la future CTM, (Collectivité Territoriale de Martinique), n’ont pas, eux non plus, pointé leur nez sur les ondes, respectueux qu’ils sont devant le patronat. Et bien, les ouvrières et ouvriers, militantes et militants de plusieurs secteurs d’activités ont répondu à l’appel de leur syndicat, le 31 mars, en bloquant les zones industrielles où sont concentrés les capitalistes. Ils ont ainsi montré à ces exploiteurs et à tous les élus qui sont à leur service, qu’ils n’acceptent pas d’être traités de la sorte, et exigé le respect. Leur mobilisation a marché et c’est tant mieux.


Guadeloupe : succès de la mobilisation du 26 mars 2015

Le jeudi 26 mars 2015 dix organisations syndicales avaient appelé les travailleurs à une journée de grève et de mobilisation. Près de 2000 travailleurs ont répondu à l’appel et ont défilé dans les rues de Pointe-à-Pitre après un rassemblement devant la Mutualité. Les motifs pour se mobiliser étaient nombreux et les manifestants ont scandé des mots d’ordre où ils disaient non aux licenciements, à la dégradation des conditions de travail, à la précarité, à l’ouverture des commerces la nuit et à la loi Macron qui autorise l’ouverture 12 dimanches par an au lieu de 5 actuellement. Ils dénonçaient le projet du gouvernement et du patronat de démantèlement du Code du Travail, des services publics, la généralisation du travail précaire. Les principales revendications étaient le respect de tous les accords et des conventions collectives, des accords du 26 février (accord Bino) et du 4 mars 2009, des augmentations de salaires, l’arrêt des plans sociaux, des licenciements, l’amélioration des conditions de travail, l’arrêt de la répression antisyndicale. Les manifestants scandaient également des slogans qui faisaient référence à tous les problèmes actuels et en particulier l’eau, l’essence, la terre, la pêche etc. Il faut dire que de nombreux plans sociaux interviennent en ce moment notamment dans le secteur des banques où il y a des suppressions de postes suite à des restructurations. D’autres secteurs sont aussi concernés comme la CCI où des suppressions sont annoncées suite à la réduction des dotations de l’État. A la Mission Locale, les salariés ont dû se mobiliser pour obtenir le paiement du salaire de février et de mars, l’hôtel Salako est en redressement judiciaire depuis 2007 et est menacé de liquidation. À la MFR les salaires sont payés irrégulièrement et les travailleurs craignent des licenciements. Dans certains secteurs la grève a été suivie, comme à Cap Excellence, le centre Sonis, au Syvade, à Albioma, BCA/SGDM, les transports Karulis, Arcelor Mittal. Les douaniers ont bloqué la direction de Basse-Terre et obtenu une audience. Ils dénoncent la récente baisse de prime et donc de rémunération et celle des effectifs par le non remplacement systématique des départs à la retraite. Dans d’autres entreprises, les militants ont participé à la manifestation même s’il n’y a pas eu de grève dans l’entreprise. Lors des interventions qui ont eu lieu à la fin de la manifestation, la plupart des responsables syndicaux ont affirmé que cette mobilisation n’était qu’un début et que le mouvement devait se poursuivre car la situation sociale se dégrade de plus en plus et les attaques contre les travailleurs sont de plus en plus nombreuses.

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