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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1129 du 14 mars 2015/Quatrième page

Quatrième page

Guadeloupe : le procès de deux militants de Combat Ouvrier et "Rebelle"

ZoomLe mardi 3 mars dernier a eu lieu le procès en appel de nos deux camarades Sony Laguerre et Raphaël Cécé. Ils sont aussi animateurs du petit journal étudiant et lycéen "Rebelle". En première instance, ils avaient été condamnés à 5 et huit mois de prison avec sursis pour avoir soi-disant brutalisé les policiers et tenu des propos soi-disant menaçants envers eux. Ces incidents dataient du 18 mai 2012. Ce jour là, les "rebelles" étaient venus accompagner une de leurs camarades, lycéenne, convoquée au commissariat sur plainte abusive d 'un proviseur. La police avait alors chargé brutalement les jeunes sans aucune raison. Le 3 mars dernier, le procureur a réclamé 3 mois avec sursis contre les deux. Le délibéré sera rendu le 21 avril à 8h 30 au tribunal de Basse-Terre. Près de 120 personnes sont venues soutenir nos camarades dont plus de 50 lycéens et étudiants liés au journal Rebelle. De 14h à 22H ils ont lancé des slogans, battu du tambour, chanté devant le palais de justice de Basse-Terre. Et pour que la moitié d'entre eux puisse rentrer dans la salle d'audience, ils ont dû l'imposer aux policiers et à certains magistrats qui ne voulaient accorder l'accès qu'à un nombre très restreint. Plusieurs organisations politiques et syndicales : La CGTG, l'UGTG, SOS- Basse-Terre-environnement, Têt Kolé (une association d'émigrés haïtiens), le FKNG de Luc Reinette, plusieurs dizaines d'étudiants de Martinique, ont apporté leur soutien. Le plus important dans cette affaire c'est que nos deux camarades, Combat Ouvrier et les jeunes de Rebelle ont pu démontrer que ce procès était en réalité un procès politique. Il s'inscrivait dans une série de mesures répressives tendant à faire taire le journal étudiant et lycéen Rebelle qui est un journal contestataire qui dénonce bien des injustices. De plus, Raphaël et Sony en tant que militants de Combat Ouvrier affichent bien ouvertement leurs idées communistes révolutionnaires. C'en était trop pour le rectorat, certains proviseurs, la police et la justice coloniales ! Mais le 3 mars, le procès s'est retourné contre eux, c'est leur procès qui a été fait. La mobilisation et le retentissement qu'il a suscités en Guadeloupe ont levé un coin du voile sur les injustices vécues par la jeunesse en général dont les ravages causés par le chômage.


Il y a cinquante ans, les marches de Selma contre le racisme

ZoomAux USA, au mois de mars 1965, les militants des droits civiques organisèrent trois marches de protestation pour obtenir que tous les Noirs puissent voter. L’objectif, en partant de la ville de Selma, en Alabama, était de gagner la ville de Montgomery où se tenait au Capitole une réunion spéciale des législateurs. L’Alabama est un état du sud des États Unis, tristement connu pour le racisme dont étaient victimes les Noirs, et pour l’importance de l’organisation de l’extrême droite raciste, le Ku Klux Klan. Alors que depuis 1870, les Noirs ont obtenu par leurs luttes le droit de vote, certains états, comme l’Alabama, imposaient des tests de type scolaire pour l’inscription sur les listes électorales. Le but était bien entendu d’écarter la population la plus pauvre et donc la moins instruite, à savoir les Noirs. Le mouvement pour le droit de vote fut lancé à Selma par une militante, Amelia Boyton Robinson. Il obtint le soutien de Martin Luther King et du mouvement des droits civiques. Le 7 mars 1965 reste dans les mémoires sous le nom de Bloody Sunday, Dimanche sanglant. 600 manifestants pacifiques furent attaqués par les forces de police alors qu’ils traversaient un pont sur la rivière Alabama. L’attaque aux gaz lacrymogènes et coups de matraques fit plusieurs dizaines de blessés. 56 furent hospitalisés, dont 18 dans un état préoccupant. Avant cela, dès le mois de janvier, des tensions avaient éclaté et 2500 manifestants furent emprisonnés au cours de ces trois mois. Le 18 février, un manifestant, Jimmy Lee Johnson, était assassiné par la police. Après le Bloody Sunday, Martin Luther King appela à une nouvelle marche qui regroupa plusieurs milliers de sympathisants venus d’autres régions des USA. 2500 marcheurs tentèrent de traverser le pont avant d’être arrêtés par les forces de police, qui cette fois ne chargèrent pas. Une troisième et dernière marche eu lieu le 27 mars, qui regroupa cette fois 8000 manifestants. Elle était autorisée et il n’y eut pas d’agression. Une fois à Montgomery, Martin Luther King s’adressa depuis le Capitole à une foule de 25 000 personnes. A l’issue de cette marche, une militante blanche, Viola Liuzzo, qui raccompagnait en voiture des manifestants noirs, fut abattue par le Ku Klux Klan parce qu’un Noir était assis à côté d’elle dans la voiture. A la suite de ces mouvements, une loi sur le droit de vote fut adoptée par le Congrès en août 1965. Elle supprimait officiellement les discriminations dans les procédures de vote pour des motifs de race, de couleur de la peau ou de la langue. Pourtant, cette année du 50ème anniversaire, même le président Obama qui n'est pourtant pas un militant acharné des droits de l'homme, s’étant rendu sur lieux, s’est exprimé en ces termes : "Aujourd'hui, en 2015, cinquante ans après Selma, il y a des lois dans ce pays qui visent à rendre le vote plus compliqué pour certaines personnes. Alors que je vous parle, d'autres lois de ce genre sont encore proposées", faisant ainsi allusion à des prises de position du parti Républicain, qui réclame des mesures plus strictes concernant l’identification des électeurs. Alors même qu’un Noir a pu devenir président des États Unis, la majorité des Noirs restent les laissés pour compte de la population américaine. Les violences et les meurtres commis par des policiers contre de jeunes noirs en témoignent comme toutes les statistiques concernant le niveau de vie, le chômage, le taux d’incarcération. Seul un mouvement d’une ampleur au moins égale à celui des droits civiques, mais visant cette fois à débarrasser les États Unis de l’oppression capitaliste pourrait contribuer à mettre fin à ce racisme à grande échelle. Un film intitulé «Selma» a été réalisé sur cet épisode historique. Il sera présenté au cours du festival du Femi, ainsi qu’au cinéma Rex à Pointe-à-Pitre le vendredi 13 mars à 14h 30, le lundi 16 et le mardi 17 mars à 19h.


Martinique : Animateurs scolaires en colère

Le vendredi 6 mars, environ 70% des animatrices et animateurs des écoles de Fort-de-France étaient en grève. Réunis à la Maison des syndicats, ils dénonçaient tous leurs conditions de travail, de salaire et aussi le mépris avec lequel les traitent leurs employeurs. En effet, environ 200 agents, en majorité des femmes, assurent la prise en charge des enfants dans ces écoles en dehors des heures d'enseignement. Ils accueillent les enfants très tôt le matin, à l’interclasse, aux heures de cantine, mais aussi aux heures de Temps d’activité périscolaire (TAP) mises en place en 2014. Ils sont employés par des associations qui ont des contrats avec la mairie. C'est cette dernière qui est donneur d’ordre. Mais, pour un même travail, les animateurs sont payés à des salaires différents par les associations. De plus, ils perçoivent des salaires variables autour de 9 euros de l’heure au lieu des 15 à 20 euros de l’heure correspondant au tarif normal des interventions assurées dans le cadre des TAP (temps d’activité périscolaire) . Ils réclament donc un salaire fixe, identique pour toutes les associations et qui soit payé à date fixe. Intervenant aussi dans les écoles d’autres communes de Martinique, ils réclament que les frais de transport soient pris en charge. En effet, pour certains, le salaire passe essentiellement en frais de transport. Ils réclament aussi de pouvoir bénéficier d’une aide supplémentaire liée à la présence d’enfants difficiles, comme c’est le cas avec les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles) qui interviennent aux côtés des enseignants pendant les heures d’enseignement. Ces grévistes sont syndiqués à la CGTM. Aujourd’hui, ils veulent être entendus mais aussi se faire respecter. Intervenant sur une radio, le représentant du maire de Fort-de-France indiquait, lui, que 90% des revendications de ces salariés relevaient de leurs employeurs et non pas de la mairie. Mais les grévistes ne l’entendaient pas de cette oreille car, comme le disait leur porte-parole, il ne suffit pas pour le maire de passer des marchés au plus bas prix pour, après, se laver les mains des conditions de travail et de salaire des employés. Ainsi la rencontre du vendredi 6 mars avec les représentants du maire n’ayant rien apporté, les grévistes se montrent déterminés et ont décidé de reconduire leur mouvement le lundi 9 mars car ils entendent bien obtenir satisfaction sur leurs revendications. DH Un accord a été signé lundi 9 mars dans la soirée. Les animateurs ont obtenu une prime de transport et une formation pour la prise en charge des enfants difficiles à la rentrée scolaire prochaine.



Martinique : BTP, les capitalistes pleurent la perte d’un des leurs

Serge Jean-Joseph, patron du BTP, est décédé le vendredi 6 mars à l’âge de 80 ans. L’annonce a été faite à plusieurs reprises par les médias qui ont salué la mémoire d’un «grand bâtisseur» martiniquais, rappelant sa carrière dans le bâtiment, dans le domaine du logement, dans les carrières d'extraction et dans le commerce, diverses activités au travers desquelles il a pu arrondir sa fortune. En étant président du centre patronal (1997-1999), aujourd’hui appelé le Medef-Martinique, S. Jean-Joseph a aussi été un zélé représentant des patrons locaux. Côté social, il a créé le CRBTP (Caisse de Retraite du BTP), organisme de collecte des cotisations de retraite des salariés du BTP, allouant bien souvent des retraites de misère aux ouvriers du bâtiment qui quittent le travail après avoir vendu leur force de travail durant plus de quarante ans. Il a créé aussi la Caisse des congés payés du bâtiment. A ce titre, il se montrait plutôt conciliant avec bon nombre de patrons du Bâtiment et Travaux Publics qui ne se mettent pas en règle avec cette caisse, sans être inquiétés ou poursuivis. En conséquence, chaque année, des salariés du bâtiment rencontrent les pires difficultés pour toucher les indemnités de congés payés qui leur sont dues. Voilà ce que beaucoup d’ouvriers du bâtiment retiennent de cet homme. Quant aux travailleurs et militants des Chambres syndicales des ouvriers du BTP qui l’ont connu dans le cadre des commissions paritaires, ils se souviennent d’un président du Syndicat des entrepreneurs du bâtiment et travaux publics n’accordant que des augmentations au rabais, c’est-à-dire de quelques centimes de l’heure. Ainsi, à chaque commission paritaire, il «tenait le crachoir» durant une bonne partie des réunions pour pleurnicher devant les ouvriers que «les choses ne vont pas bien pour le patronat du BTP, pas de vente du ciment, etc.». Et lorsqu’un militant lui demandait de mettre sur la table les résultats des profits réalisés par les capitalistes du BTP, afin de pouvoir négocier de véritables augmentations de salaires, ce monsieur devenait furieux. Soutenu par les autres patrons autour de lui, il répondait que «c’est un secret professionnel», que « le mot profit n’existe plus», et que «ce n’est pas de cela qu’il faut discuter». Voilà des images que gardent en mémoire des ouvriers qui ont connu ce patron martiniquais aujourd’hui décédé. Elles sont bien différentes de celles présentées par la presse.


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