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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1128 du 28 février 2015/Quatrième page

Quatrième page

Il y a 50 ans, l'assassinat de Malcom X

ZoomA qui profite le crime ? Malcom Little, prit le nom de Malcom X pour rompre avec son nom d'esclave emprunté à un maître. Il fut l’un des leaders noirs les plus connus et l’un des plus radicaux dans l’histoire des mouvements de lutte des Noirs pour les droits civiques et contre la ségrégation aux États-Unis. Subissant, comme tous les Noirs, le racisme et la ségrégation, Malcom X s’est opposé à la société américaine qui favorisait les discriminations, les injustices et les inégalités envers la population noire. Il fut assassiné le 21 février 1965, alors qu’il prononçait un discours lors d’une réunion publique, dans le quartier noir de Harlem. Qui a éliminé Malcom X ? On a soupçonné ses anciens amis, les musulmans noirs (nommés Black muslims ou Nation de l’Islam) d’avoir commandité le meurtre. Il existe encore un flou sur les responsables de son assassinat. Cependant, on peut dire qu’il était surveillé de près par les services secrets américains dont le FBI (Bureau Fédéral d’Investigation). A cette époque, le directeur du FBI, Edgar Hoover, était un anticommuniste et un raciste notoire. Il se peut qu’il y ait eu une collaboration entre le FBI et les Black muslims pour éliminer Malcom X. Dans tous les cas, posons nous la question «a qui profite le crime» ? et la réponse est claire : il profite au pouvoir politique américain.

Une société minée par le racisme Le racisme est une des expressions du système capitalisme et du colonialisme. Avant l'esclavage des Noirs, le racisme anti noir n’existait pas. Il a commencé à partir du moment où le capitalisme a eu besoin économiquement de soumettre les Noirs à l’esclavage et de le justifier en disant que les Noirs n'étaient pas des hommes. Après l’abolition de l’esclavage aux États-Unis et jusque dans les années 1960, le capitalisme s’est nourri du racisme et de la division qu'il entretenait entre les travailleurs Noirs et Blancs pour continuer à faire des profits. Pour cela, tout un système de ségrégation raciale a été mis en place. Les représentants politiques ont commencé par mettre en place des lois pour interdire et limiter ou empêcher le droit de vote des Noirs. Ceux qui osaient s’opposer étaient lynchés, voire assassinés par les membres du Ku-Klux-Klan (KKK). Le KKK est une organisation d’extrême droite, raciste, qui prône la supériorité de la race blanche. Il veillait à ce que la ségrégation soit bien respectée. Aucun mélange des races n’était admis dans les écoles, les restaurants, les magasins, les toilettes, dans les quartiers et même dans les usines jusque dans les années 60 du vingtième siècle. Par exemple, dans les autobus urbains, les Noirs n’avaient le droit de s’installer qu’à l’arrière des bus, et les Blancs à l’avant. Quand tous les sièges à l’avant étaient pris, les Noirs assis au milieu du bus devaient céder leurs places aux Blancs. La plupart des Noirs vivaient dans des quartiers pauvres, dans des petites maisons délabrées, sans électricité.

Les raisons de l'engagement politique de Malcom X
La vie du jeune Malcom X ressemblait à celle que vivaient beaucoup de jeunes Noirs. Son père a été tué par une organisation de Blancs racistes. Puis, suite à la dégradation de la santé mentale de sa mère, il fut pris en charge par l’Assistance publique. Ensuite, une fois affranchi de ses tuteurs, il se retrouva dans le ghetto de Harlem, où il s’adonna à la drogue et sombra dans la délinquance. Il passa sept années en prison où il se cultiva. Et c’est en prison qu’il rencontra les Musulmans noirs. A sa sortie, il se convertit à l'Islam. Malcom X était révolté par la situation des Noirs. Il s’affirma comme un guide politique et un excellent orateur qui avait réussi à attirer les foules. Il organisa la branche d'auto-défense armée des Musulmans noirs. Puis, peu à peu, il prit ses distances avec eux.

Malcom X, de l'Islam noir américain à une vision anti impérialiste mondiale
La direction du mouvement profita d’un discours que Malcom X avait tenu après l’assassinat du Président Kennedy pour l’exclure de l’organisation. Malcom X devenait dangereux pour eux, car il s’éloignait des idées sectaires, racistes et simplistes de la Nation de l’Islam. Cette organisation prônait la supériorité de la race noire, et exigeait un État séparé des Blancs pour les Noirs américains. En réalité, la Nation de l’Islam était une organisation affairiste qui voulait avoir le monopole des activités économiques dans les ghettos et les quartiers noirs, afin d’y faire des affaires. Actuellement, le représentant des Musulmans noirs Louis Farrakhan est devenu multimillionnaire en se servant des difficultés des Noirs dans ces quartiers pauvres où ils subissaient le racisme. Malcom X prit de plus en plus ses distances en affirmant ses désaccords. Il tint de plus en plus un langage révolutionnaire anticapitaliste et anti-impérialiste. Les deux voyages qu’il fit en Afrique en 1964 lui permirent de comprendre le mouvement de décolonisation sur ce continent. Il identifia la lutte des Noirs américains à celle des peuples africains qui voulaient se libérer des pays impérialistes. Il soutint que les Noirs des États-Unis avaient pour alliés tous les décolonisés du monde. Malcom X était aussi en désaccord avec Martin Luther King qui prônait la non-violence. Il a déclaré : «en ce qui concerne la non-violence, il est criminel d’enseigner à un homme de ne pas se défendre quand il est la victime d’attaques brutales». Il a aussi dit : «Je crois qu’il y aura un affrontement entre ceux qui veulent la liberté, la justice et l’égalité pour tout le monde et ceux qui veulent continuer les systèmes d’exploitation».

Les Noirs américains : une position particulière pour les révolutions à venir
Mais, le pouvoir n'a pas donné à Malcom X le temps d’approfondir ces idées et son action. L’État américain ne pouvait tolérer un tel dirigeant qui intervenait alors même que le mouvement de masse noir était en pleine ascension. Ce sont des millions de noirs révoltés par le racisme et la ségrégation qui ébranlèrent à cette période le pouvoir américain. Des milliers manifestaient dans les rues. Dans les années soixante, il y a eu des centaines de révoltes dans plusieurs villes comme à Los Angeles, à Harlem, Rochester, Philadelphie, Cleveland, Chicago, Detroit etc. Malcom X, comme d’autres leaders des luttes des Noirs, représentait un danger potentiel pour l’État américain. C’est la raison pour laquelle Malcom X, Martin Luther King, puis plusieurs dirigeants des Black Panthers ont été éliminés par le pouvoir. Ces derniers, après Malcom X, militaient pour l’auto-défense armée des Noirs face à une police blanche raciste. Ils patrouillaient armés dans les ghettos pour se faire respecter. Tous ces militants devaient servir d’exemple pour tous ceux qui voulaient suivre cette voie. Les luttes pour la reconnaissance des droits civiques et pour mettre un terme à la ségrégation ont porté quelques fruits. Elles ont permis à une couche petite bourgeoise noire d’émerger. Des Noirs ont réussi à avoir des postes dans les hautes fonctions politiques et administratives de l’État jusqu'à l’élection d’un président noir, Barack Obama. Mais son élection à la tête de l’État n’a pas mis fin au racisme, au chômage, à la pauvreté, à l’exclusion des Noirs. Ce sont surtout les Noirs qui sont les plus poursuivis par la justice. 40% de la population noire est en prison. Ce sont eux aussi qui sont les plus visés par les balles des policiers. Il n’y a pas si longtemps, à Ferguson, la population noire s’est mobilisée contre l’assassinat raciste d’un jeune, perpétré par la police blanche. Depuis la crise financière de 2008, les injustices, la répression policière, s’amplifient, et la situation des masses laborieuses, en particulier celle des Noirs, ne cesse de se dégrader. C’est le capitalisme qui est responsable de la misère, de l’oppression dans ce pays où parallèlement il y a le plus grand nombre de riches au monde. Les masses laborieuses noires reprendront le chemin des luttes, mais cette fois-ci pour leur émancipation, avec tous les autres travailleurs, blancs et latinos notamment pour le renversement de cette société capitaliste. Dans le pays le plus riche du monde, ce serait aussi un grand espoir pour l'émancipation des travailleurs du monde entier.


Meurtre raciste d’un Haïtien à St Domingue

ZoomLe 11 février, Jean Claude Jean Harry, un haïtien qui travaillait comme cireur dans la ville de Santiago en République Dominicaine, a été trouvé pendu à un arbre de la place, pieds et poings liés. Devant cette action bestiale, les autorités dominicaines multiplient les versions. Elles ont d’abord parlé d’un complot où Jean Harry aurait été tué pour lui voler un ticket de loto, une deuxième version raconte qu’il aurait été tué car il serait un témoin gênant. Enfin une troisième version, lancée sur les médias dominicains et en Haïti, avance que la victime aurait été tuée par deux Haïtiens. Selon les autorités dominicaines, ils auraient d’ailleurs avoué le crime, mais seraient en cavale et ne peuvent pas être confrontés.

La police cherche un bouc émissaire parmi les Haïtiens compatriotes de la victime alors que l’état macabre du corps, roué de coups, poignardé avant d’être pendu, ressemble plus à un acte raciste. Un acte qui pourrait être attribué au secteur ultra nationaliste et raciste dominicain. Ce secteur montre ouvertement sa xénophobie à l’égard des travailleurs haïtiens depuis que le gouvernement a lancé le Plan National de Régularisation des Étrangers (PNRE), pour la plupart des Haïtiens, qui expire en juin 2015. Il multiplie les déclarations de violence contre les travailleurs haïtiens.
Durant la même semaine dans le quartier de Los Ciruelitos au nord de Santiago des habitants masqués ont manifesté en brulant le drapeau haïtien ; ils ont attaqué «le laisser faire du gouvernement face à l’invasion d’Haïtiens sans papiers» et ils se disent «prêts à la guerre». Dans la ville de Mao, un autre Haïtien a été tué par un policier, dans des circonstances non encore établies. Ces racistes s’engouffrent dans la porte ouverte par le nationalisme du gouvernement dominicain qui s’attaque aux Dominicains d’origine haïtienne. L'auto-défense organisée des Haïtiens est nécessaire face aux racistes, tout comme des manifestations d'opposition à de tels actes, de la part de tous ceux qui à Saint Domingue rejettent ces actes criminels.


Haïti : L’incurie du gouvernement responsable des morts du carnaval

ZoomLe 17 février lors du carnaval sur le Champs de Mars, le chanteur du groupe Barikad Crew, debout sur un char a été électrocuté. Il a heurté de la tête une ligne électrique à haute tension. Une bousculade s'en est suivie qui a provoqué la panique parmi les dizaines de milliers de danseurs présents à ce moment dans les rue. Le bilan est de 17 morts et 78 blessés dont le chanteur qui souffre de graves brulures. Cet accident n’est pas le fait d’une fatalité ou d’un sort qui s’acharne sur le groupe Barikad Crew qui a déjà perdu 3 de ses membres en 2008 lors d’un accident de voiture. Dans les rues de la capitale il y a des multiples câbles qui strient les airs, des câbles pour le téléphone, pour la télévision, pour l’électricité, mais ils sont inopérants au quotidien. La majorité de la population, qui ne possède pas de génératrice électrique ou de batteries de stockage de courant, compte les heures où il y a de l’électricité. Pour la période du carnaval le gouvernement se donne une vitrine et rajoute quelques autres câbles qui eux sont porteurs de courant, pour permettre la retransmission télévisée et pour éclairer au maximum ce Champs de Mars pendant les quelques jours de festivités qui permettent au peuple de se défouler. Une action de façade pour masquer son désengagement des services publics. Les services de l’électricité, de l’eau, de la poste, de la voirie sont inexistants, ce sont des entreprises privées qui l’assurent pour ceux qui peuvent payer. Il en est de même pour l’enseignement, les services d’hygiène et hospitaliers. Après trois jours de deuil national, des funérailles collectives et nationales ont été chantées pour les victimes le samedi 21 février. Le ministre de la justice y a déclaré : «Face à ce deuil affligeant, il n’y a qu’une seule réponse : l’unité nationale». Unité nationale, là où ce sont toujours les pauvres qui payent l’incurie de l’Etat ? Une nouvelle grande messe pour masquer un gouvernement au service des riches venu verser des larmes hypocrites au nom de la solidarité nationale. Privé les 3/4 du temps d'électricité, il a fallu qu'il y ait tout d'un coup trop d'énergie en désordre au point de faire tous ces morts et blessés !



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