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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1128 du 28 février 2015/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Appel

ZoomMardi 3 mars A 14h tous devant le tribunal de Basse Terre pour soutenir nos camarades Sony Laguerre et Raphaël Cécé militants de Combat Ouvrier et de Rebelle, pour protester contre la répression policière et judiciaire et les atteintes à la liberté d’expression !


Chine, Antigua et Barbuda : Une affaire de gros sous

Les interventions économiques de la Chine dans les petites Antilles modifient le paysage de ces îles. Dès son installation au pouvoir en juin 2014 le gouvernement travailliste des deux petites iles Antigua et Barbuda, très proches de la Guadeloupe, a immédiatement signé un accord avec une société chinoise pour la construction d’un gigantesque complexe hôtelier : entre autres 5 hôtels de luxe, un casino, un golf, une marina, soit près d’un milliard de dollars d’investissements. Le nouveau Premier ministre Gaston Browne annonce des emplois, des revenus pour la population. En décembre 2014 ce même gouvernement signait un contrat avec une société de travaux publics chinoise pour rénover le principal port de l’île. La Chine a déjà construit un stade et un aéroport dans ce pays. Elle se fait ainsi une place aux côtés des États Unis dans le contrôle des affaires d’Antigua et Barbuda comme d’ailleurs de celles des autres îles indépendantes de la région : prêts aux États, constructions de routes, d’hôpitaux... Cette semaine un incident «diplomatique» a mis en évidence cette dépendance économique. Une famille capitaliste de l’île, les Hadeed, a, le 12 février, annoncé son intention de faire un procès à la banque chinoise Export-Import Bank. Elle l’accuse d’avoir nui à sa société de production d’électricité APC (Antigua Power Company). En même temps elle attaque des politiciens du précédent gouvernement, qui a perdu les élections en 2014. Ils auraient occasionné des pertes à APC en faisant affaire avec la banque chinoise pour la fourniture d’une centrale électrique. Immédiatement le gouvernement a reproché publiquement à la famille Hadeed son «manque de patriotisme». Selon Gaston Browne un tel procès serait catastrophique dans la mesure où la banque en question retirerait ses investissements ; et puis la famille Hadeed installée dans le pays a toujours bénéficié des aides du gouvernement ; enfin la centrale fournie par la Chine n’a pas coûté cher. Dans le secret, dès le 13, des négociations entre le gouvernement d’Antigua et Barbuda, la banque chinoise et la famille Hadeed ont abouti à l’annulation du projet de procès. Dans la presse d’Antigua les commentaires et les suppositions vont bon train. Certains approuvent le gouvernement, d’autres non, mais tous admettent que cet «arrangement» ne réduira pas les tarifs de l’électricité pour la population. Affaire de gros et de gros sous !


Venezuela : la population confrontée aux pénuries

Depuis quelques semaines, les queues devant les magasins pour se procurer certains produits de base se sont allongées, en longueur comme en temps d’attente. Elles pénalisent surtout la population pauvre, celle qui n’a pas les moyens de s’approvisionner au marché noir, ni de payer des «professionnels de la queue» pour qu’ils patientent à sa place. La pénurie n’est pas nouvelle : au cours des derniers mois de l’année passée, des produits alimentaires manquaient déjà dans les magasins. En dehors de certains produits de consommation courante, ce sont les produits d’hygiène et les médicaments qui font défaut. Le gouvernement accuse les propriétaires de chaines de magasins de favoriser les pénuries pour fomenter des troubles sociaux. Le président Maduro a ordonné la prise de contrôle d’une chaîne de magasins et fait arrêter ses dirigeants pour interrogatoires. Quoi qu’il en soit, le Venezuela est plongé dans une crise profonde due en grande partie à la forte baisse du prix du baril de pétrole. Au cours du dernier semestre de 2014, le prix du brut avait chuté de 50%. Il est à présent tombé en dessous de 50 dollars le baril. Le Venezuela détient les plus grosses réserves de pétrole au monde, et les hydrocarbures représentent 96% de ses recettes à l’exportation. Il détient également des réserves importantes d’or et d’autres minerais. La population vénézuélienne a connu une certaine amélioration de sa situation avec la venue au pouvoir du président Chavez, en 1999. Il fut réélu à 4 reprises, jusqu’à sa mort en 2013. La popularité de Chavez venait essentiellement des mesures sociales entreprises grâce à l’argent issu des exportations pétrolières, dans une période où elles rapportaient gros. Les progrès touchaient la Santé, avec l’appui de plusieurs milliers de médecins cubains, l’alphabétisation et la scolarité, la nourriture de base à bas prix. Chavez avait aussi su s’imposer face aux États Unis et aux représentants des grands trusts pétroliers, en prenant en partie le contrôle de l’industrie pétrolière. Mais il n’a jamais envisagé d’appeler la population pauvre à se mobiliser pour en finir avec la domination capitaliste et la propriété privée. Les classes possédantes n’ont pas été expropriées, et même la réforme agraire entreprise en 2003 à laissé presqu’intactes les immenses propriétés. Nicolas Maduro, successeur désigné de Chavez, fut élu en 2013. Malgré les avancées de la dernière décennie, le pays n’est pas sorti du sous développement et une grande partie des produits de consommation sont importés. Le Venezuela n’est autorisé à emprunter sur les marchés qu’à un taux très élevé (19%) et doit servir des intérêts de sa dette s’élevant à la moitié de ce que pourraient lui rapporter les exportations pétrolières en 2015. La catastrophe économique qui s’aggrave profite à l’impérialisme qui continue à étrangler le pays.


Le grand patronat veut punir ceux qui révèlent ses petits secrets

Parmi tout l’arsenal de mesures anti-ouvrières et pro-patronales listées dans la loi Macron se trouvait l’article 64 prévoyant la condamnation, au nom du «secret des affaires», de tous ceux – journalistes, travailleurs ou militants syndicaux – qui révèlent une information secrète sur une entreprise. La peine encourue ? Trois ans fermes et 375 000 euros d’amende ! L’année dernière, les militants de la CGTG ont réclamé un audit sur le groupe Despointes et, en révélant la façon dont il escamote ses bénéfices, ils ont obtenu le versement de primes aux salariés. Si cette loi avait existé, ces militants seraient aujourd’hui réprimés par la justice. De même que les militants de Combat Ouvrier qui ont publié ces faits dans ce journal. Si cette loi avait existé, les ouvriers de l’automobile qui ont révélé les plans secrets de PSA pour fermer l’usine d’Aulnay auraient été, qui sait, en prison. Les scandales financiers comme l’affaire du Crédit Lyonnais, l’affaire Clearstream et autres n’auraient pas pu être révélés. Le scandale du Médiator (ce médicament mortel qu’il a fallu des années pour retirer de la vente), non plus. Ce ne sont pas seulement les journalistes qui sont visés. Tout militant syndical qui aurait écrit un tract pour dénoncer les conditions de travail dans une entreprise serait passible de se retrouver devant les tribunaux et lourdement condamné. Les salariés élus des comités d’entreprise et des CHSCT (comité d’hygiène et sécurité) auraient dû eux aussi fermer bien sagement leur bouche… Au dernier moment, cet article a été supprimé de la loi. Il faut dire qu’on était à la veille du scandale «Swiss Leaks» : 150 journalistes du monde entier qui ont révélé simultanément dans 50 pays différents les noms d’artistes, d’hommes d’affaires et de chefs d’État ayant placé de l’argent en Suisse pour échapper aux impôts. S’il avait maintenu l’article 64, le gouvernement aurait eu trop ouvertement l’air de protéger les riches fraudeurs. Mais ce n’est que partie remise. Déjà, en janvier 2012, le ministre UMP de l’époque, Luc Besson, avait tenté de faire passer cette loi mais finalement, à la veille des élections présidentielles, le gouvernement avait renoncé de peur que cela ne porte atteinte au candidat Sarkozy (qui aurait été accusé à juste titre de protéger ses amis les riches). Puis c’est le ministre socialiste Pierre Moscovici (aujourd’hui commissaire européen) qui s’y est essayé en octobre 2012 avant de reculer. De son côté, la commission européenne est en train de préparer une directive sortie du même tonneau. Comme l’a déclaré la députée socialiste Colette Capdevielle : «c’est un texte qui est terriblement attendu par les entreprises»… Les travailleurs auraient raison de mettre systématiquement en avant, dans leurs luttes, la revendication de l’ouverture des comptes et de l’abolition du secret des affaires, comme nous le faisons régulièrement à Combat Ouvrier. Car si la bourgeoisie a aussi peur qu’on révèle ses petits (et grands) secrets, c’est forcément que c’est bon pour les travailleurs !


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