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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1127 du 14 février 2015/Quatrième page

Quatrième page

La Martinique adhère à l'OECO : des perspectives petites, étriquées

ZoomMalgré les pages de journaux remplies pendant une semaine, l'adhésion de la Martinique à l'OECO (Organisation des États de la Caraïbe Orientale) est un non-événement pour les peuples, tant de la Martinique que des petites îles concernées (Anguilla, Antigua & Barbuda, Iles Vierges Britanniques, Dominique, Grenade, Montserrat, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis et Saint-Vincent-et-les-Grenadines). Le 6 février 2015, 8 des 9 chefs d’état des petites îles des Antilles orientales se sont réunis en Martinique pour officialiser cette adhésion. En tant que partie invitante, le président de Région Serge Letchimy a parlé d'«une accélération de l'Histoire de notre Caraïbe!» se présentant quasiment comme un chef d'état. Cela peut prêter à sourire quand on sait que les véritables signataires de l'accord qui donne à la Martinique le statut de membre associé et définit les conditions de ce statut pour la Martinique sont les chefs d'état des îles de l'OECO et le gouvernement français. La Martinique, avant la Guadeloupe qui devrait suivre, «membre associé» et non de plein droit, fera de la figuration au sein d'une organisation dont le rôle est aussi essentiellement figuratif. D'ailleurs la Martinique est également membre associé depuis le 11 avril 2014 – et la Guadeloupe depuis le 14 avril – de l'Association des états de la Caraïbe, mais qui s'en souvient ? Cette association est plus large que l'OECO, elle s'étend jusqu'aux états d'Amérique centrale. L'existence de ces organisations prétendument supranationales ne donne l'occasion que de discussions sans grandes conséquences, à part fournir des postes à quelques hauts-fonctionnaires. Ces organisations existent depuis 1981 pour l'une, 1994 pour l'autre. Si leur existence même est la preuve que les frontières sont des obstacles aux relations économiques et culturelles, elles n'ont pas, depuis des dizaines d'années, permis de rapprocher des peuples pourtant voisins. Elles suivent la voie qu'a suivie l'Europe, dont les velléités d'unité datent de plus de 60 ans, et qui n'a produit qu'une union monétaire incomplète et bien fragile et aucune unification réelle. Elle est au contraire maintenant soumise à des tensions séparatistes, des tendances à l'émiettement, en Espagne, en Belgique et ailleurs. La réalité c'est que l'organisation sociale actuelle, sur la base du capitalisme, est à bout de souffle, incapable de produire autre chose que du chômage et des crises financières. On ne peut plus, et depuis longtemps, en attendre des progrès sociaux, l'unité de territoires voisins, des relations entre les peuples. Les petites îles de l'Est de l'archipel ont des économies fragiles où misère et précarité sont le lot de la plupart. L'arrivée de la Martinique qui va constituer plus du tiers (37%) de la population de l'OECO peut même être considérée comme un danger, un moyen pour l'impérialisme français d'y chercher des profits. On ne peut attendre davantage des bourgeoisies de ces petites Antilles, à la recherche de crédits nouveaux pour leurs affaires. Alors la fraternité des peuples, de meilleures conditions de vie, la fin du chômage et des inégalités sont possibles mais ne pourront se produire que contre les bourgeoisies au pouvoir. Ce sera la tâche des classes opprimées, qui en ouvriront la voie en contestant la domination des capitalistes. Dans nos pays de la Caraïbe, ce sera donc la tâche des travailleurs, noirs pour la plupart, qui, en tendant la main à leurs frères noirs d'Amérique, monteront les marches dont on nous barre l'accès depuis trop longtemps.


Caraïbes : Les pays de l'OECO en quelques chiffres

Anguilla : 75 km² ; 15 094 habitants (chiffre de 2011) (sous dépendance britannique, membre associé) Antigua and Barbuda : 442 km² ; 88 000 hab. (2011) Iles vierges britanniques : 91 km² ; 23 552 hab. (2007) (sous dépendance britannique, membre associé) La Dominique : 751 km² ; 72 003 hab. (2013 chiffre de la Banque mondiale) Grenade : 345 km² ; 105 897 hab. (2013 chiffre de la Banque mondiale) Montserrat : 103 km² ; 5 900 hab. (2013 chiffre de la Banque mondiale) (sous dépendance britannique) Saint Kitts et Nevis : 261 km² ; 54 191 hab. (2013 chiffre de la Banque mondiale) Sainte Lucie : 616 km² ; 182 273 hab. (2013 chiffre de la Banque mondiale) Saint Vincent et les Grenadines : 388 km² ; 105 840 hab. (2013 chiffre de la Banque mondiale). Soit au total 652 750 habitants. PIB moyen 11 000 dollars US Martinique : 1 128 km² ; 386 486 hab. (01/01/2013) membre associé ; PIB 25 000 dollars. La Martinique, entrée en février 2015, va constituer 37% de la nouvelle population de l'OECO : 1 039 236 habitants.


Guadeloupe : des membres de Tèt Kolé convoqués par la police aux frontières

Les 12 membres de l’association Tèt Kolé, qui ont soutenu M. Altino à l’aéroport, ont été convoqués mercredi 28 janvier par la police aux frontières. Leur action le 27 septembre dernier a permis d’empêcher l’expulsion de M. Altino, un immigré haïtien. La police a décidé d’entamer des procédures contre les 12 participants à l’action du 27 septembre. Les 12 ont décidé de se rendre ensemble à la police de l’aéroport, qui les avait convoqués le 28 janvier. Ils se sont présentés entourés d’un groupe d’amis du Comité de soutien à Monsieur Altino. L’ «affaire Altino» et ses suites est révélatrice de la manière dont l’État traite les travailleurs qui fuient leur pays pour tenter de vivre mieux ailleurs. Jamais des riches qui s’installent en France ou en Guadeloupe ne sont traités ainsi. Combat ouvrier soutient M. Altino et ses 12 amis, au nom de la solidarité entre tous les travailleurs du monde !



Combat Ouvrier présent à l'élection départementale à Capesterre-Belle-Eau

Le candidat binôme de Combat Ouvrier est composé de nos camarades Jean-Marie Nomertin et Marie-Anne Georges, les deux suppléants sont Rony Tillé et Sylviane Desbonnes. Marie-Anne Georges et Sylviane Desbonnes sont deux ouvrières de la banane. Rony Tillé, ex travailleur de la banane est aujourd'hui employé au CHU de Pointe-à-Pitre-Abymes, et Jean Marie Nomertin, ex travailleur de la banane est aujourd'hui employé. DES CANDIDATS DE LA CLASSE OUVRIERE Ce sont donc quatre travailleurs qui se présentent à cette élection ! Ils s'adressent à l'ensemble des travailleurs de Capesterre-B-E et à toute la population laborieuse, à tous les pauvres, à tous ceux qui souffrent de l'exploitation capitaliste. Ils savent ce qu'est l'exploitation patronale. Alors, des travailleurs doivent voter pour des travailleurs ! Il vaut mieux, car sinon ils voteront pour des notables, des candidats qui se présentent juste pour avoir un poste et les avantages qui vont avec, mais pas pour défendre les intérêts des travailleurs. Ou bien alors ils n'iront pas voter ou ils voteront bulletin blanc ! Non ! Il faut s'exprimer ! Nous avons ce droit. Utilisons-le du mieux possible. Profitons-en pour nous exprimer ! Combat Ouvrier donne ainsi à tous les travailleurs et à ceux qui soutiennent leur camp l'occasion de voter pour des travailleurs. En votant pour eux ils voteront pour eux-mêmes, pour le camp des exploités. Ils voteront pour des travailleurs connus pour le combat qu'ils mènent contre l'exploitation. Dernièrement, ces camarades ont mené une grève importante sur l'habitation Dormoy à Bois-Debout. Ils ont pu dénoncer les conditions de travail criminelles qu'on leur impose. Plusieurs travailleurs sont déjà morts sur cette habitation. Les travailleurs transportent entre 6,5 et 8 tonnes de banane sur leurs épaules les jours de coupe. Ils font des dizaines de kilomètres par jour, à pied, pour mettre les sacs de polystyrène qui protègent les régimes, pour ne citer que ces deux exemples. Et tout cela pour des salaires très bas. Dans toutes les plantations c'est encore pire qu’à la SA-Bois Debout.


Saint-Domingue sur le point de créer des dizaines de milliers de sans-papiers

La Cour Constitutionnelle de Saint-Domingue avait décidé par un jugement du 26 septembre 2013 de déchoir de la nationalité dominicaine environ 250 000 Dominicains d’origine haïtienne sous prétexte que leurs parents étaient des illégaux. «Les enfants nés dans le pays de parents étrangers en transit n'ont pas la nationalité dominicaine», avait-on pu lire dans la note de la Cour Constitutionnelle. L'indignation qui avait été très vive dans de nombreux pays, avait entraîné des reculs de l'administration dominicaine. En juin 2014 le gouvernement adoptait un «programme de naturalisation», prétendant rétablir le droit du sol, c'est-à-dire octroyant la nationalité dominicaine aux personnes d'ascendance haïtienne, nées sur le sol dominicain. Mais à condition de pouvoir justifier de cette ascendance. Et donc on a demandé de produire le certificat de naissance d'un hôpital, un acte notarial d'une sage-femme ou des documents d'identité haïtiens de la mère. Un vrai parcours du combattant pour une population démunie. Résultat, moins de 7 000 demandes d'inscription étaient enregistrées à la date limite du 1er février 2015, qui, d'après le ministre de l'Intérieur, ne sera pas repoussée. Celui-ci a déclaré que les non-inscrits pourraient être expulsés à compter du 1er juin. 200 000 personnes pourraient se trouver sous l'épée de Damoclès de lendemains particulièrement douloureux, sans aucun droit là où elles ont toujours vécu, ou exilées en Haïti où elles ne sont pas nées et dont elles ignorent jusqu'à la langue. Le gouvernement haïtien de Martelly, quant à lui, avait mollement réagi à la décision de la Cour Constitutionnelle de Saint-Domingue, avant de finalement l'entériner en lançant, en juillet 2014, le «Programme d'identification et de documentation des immigrants haïtiens», censé permettre de répondre aux exigences de Saint-Domingue. Ce PIDIH n'a jamais vraiment fonctionné, sans doute n'offrait-il pas assez de postes lucratifs à des candidats-parasites. Il n'a pu ouvrir que 37 000 dossiers et fournir des documents qu'à 2000 demandeurs, avant de cesser de fonctionner. Le PIDIH, lancé au centre de la capitale dominicaine, avait dû être relocalisé d'urgence dans un quartier industriel. L'affluence des ressortissants haïtiens était devenue insupportable, paraît-il, dans le quartier résidentiel où il se trouvait. La terre va donc se dérober sous les pieds de dizaines de milliers de travailleurs dont le seul tort est d'avoir eu des parents prêts à fuir la misère haïtienne, pensant qu'il ne pouvait y avoir pire ailleurs.


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