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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1127 du 14 février 2015/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : 6ème anniversaire de la mort de Jacques Bino

ZoomComme tous les ans, la CGTG organise une commémoration de la mort de Jacques Bino, un de ses militants, tué pendant la grève générale de 2009. Cette année encore, les militants ont prévu de se retrouver à Petit Canal, sur la place centrale du bourg. Ils iront en défilé jusqu’au cimetière où ils rendront hommage à leur camarade. Pour sa famille, ses amis, ainsi que pour tous ceux qui ont activement participé à la grève, la mort de Jacques Bino n’est pas due au hasard. Il a été froidement assassiné alors qu’il quittait un meeting du LKP devant la Mutualité à Pointe-à-Pitre. Dans la nuit du 17 au 18 février 2009 de nombreux barrages avaient été érigés dans la ville comme dans toute la Guadeloupe. Les jeunes des quartiers avaient décidé de s’en prendre à la police à coups de pierres et la tension était forte au quartier de la cité Henri-IV, cité où Jacques Bino avait garé sa voiture. Profitant du désordre et de la casse de magasins du boulevard Légitimus, un tireur a visé Bino et l’a tué dans sa voiture en présence d’un de ses amis, alors qu’il manœuvrait pour partir. Un coupable idéal, jeune du quartier qui avait déjà eu affaire à la justice, a été accusé de la mort de Jacques Bino. Mais après une enquête bâclée et deux procès, aucune preuve tangible n’a pu être retenue contre Rudy Alexis. D’ailleurs, celui-ci a toujours clamé son innocence. Après ce meurtre, la grève générale est entrée dans une nouvelle phase, jusqu’à la signature des deux accords, l’un sur les salaires - accord qui désormais porte le nom historique d' «accord Bino», l’autre sur l’ensemble de la plateforme de revendications. La mort de Jacques Bino n’a toujours pas été élucidée.


14 février 1952 : 4 travailleurs assassinés au Moule

Cette date du 14 février est aussi connue sous le nom de «Massacre de la Saint Valentin». Ce jour-là en effet 4 travailleurs, dont une femme enceinte, Constance Dulac, furent assassinés dans la ville du Moule par les forces de répression coloniales. Au mois de novembre 1951, les ouvriers agricoles de la canne avaient entamé un mouvement général dans le Nord Grande-Terre pour une augmentation des salaires et un allègement de la tâche. Les petits planteurs réclamaient une augmentation du prix de la tonne de canne. En janvier 1952, ils commençaient une grève illimitée. Ils avaient été rejoints par les fonctionnaires qui eux aussi réclamaient une augmentation de leurs salaires, très inférieurs à ceux de leurs homologues venus de France qui eux touchaient la prime de vie chère. Les grévistes marchèrent de parcelle en parcelle, étendant la grève du Moule à Capesterre, de Ste Rose à Anse-Bertrand, se heurtant souvent aux CRS qui protégeaient les intérêts des usiniers. Toute l’île était donc touchée. Le 11 février, les forces de répression débarquèrent dans la ville du Moule, exaspérant la population par leur arrogance et leur comportement brutal. Le 14, un barrage fut édifié par les travailleurs en grève et des membres de la population sur le boulevard Rougé, dans le but d’empêcher les «chars» ( non militaires) chargés de canne d’accéder à l’usine Gardel. Les militaires ouvrirent le feu sur les grévistes, tuant 4 personnes : Constance Dulac, Justinien Capitolin, Edouard Dernon et François Serdot, et blessant 14 autres dont certaines restèrent handicapées à vie. Parmi les victimes, certaines étaient de simples passants qui ne faisaient pas partie des grévistes. Chaque année, cette date est commémorée par des travailleurs et les syndicats CGTG et UGTG, sur le lieu de la tuerie où une stèle a été édifiée. La plus importante de ces mobilisation fut celle de 2009, durant la grève générale, elle avait regroupé plusieurs dizaines de milliers de participants.


« Je suis Charlie », « Man pa Charlie » : une réaction.

Le webmaster du site internet de Combat Ouvrier a reçu une réaction d'un syndicaliste martiniquais, réaction à l'article «Je suis Charlie», «Man pa Charlie»..., de notre dernier numéro. L'auteur affirme être «un fervent défenseur de la liberté d’expression», mais se contredit en acceptant que certains y trouvent des limites. Il refuse toute solidarité avec les dessinateurs de Charlie-hebdo, sur la base de leur prétendu racisme. Notre correspondant sacrifie, au passage, à une certaine mode d'aller dans le sens de Dieudonné, fausse victime, mais vrai antisémite. Et surtout, il insiste sur le respect dû, selon lui, aux valeurs attachées à la foi qui «ne peuvent être en opposition avec aucune doctrine révolutionnaire, communiste ou socialiste».Cette réaction en rejoint d'autres entendues ici et là. Raciste Charlie-hebdo ? Nous savons que le ressentiment des peuples noirs vis-à-vis des pouvoirs impérialistes – apparaissant comme des pouvoirs «blancs» – a de profondes racines historiques. Mais ceux d'entre-nous qui se sentent rabaissés par de simples dessins humoristiques, ont tort d'ignorer délibérément le parti-pris de dérision, d'irrévérence, qui est celui des dessinateurs de Charlie-hebdo, comme de bien d'autres caricaturistes avant eux. On est bien-sûr parfaitement en droit de ne pas apprécier cet humour et le second degré. Personne n'est obligé d'applaudir. Personne n'accusait de racisme l'humoriste Guy Bedos qui plaçait dans un sketch : «Marrakech, ça nous a déçu, c'est plein d'Arabes. Au Maroc, même le roi est arabe...» L'antiracisme de Charlie-hebdo est de la même veine. Y voir du racisme équivaut à inventer un antiracisme spécifique des Noirs, ou des Antillais, ou des Arabes, etc., qui ne serait qu'un autre nom pour le nationalisme. Un nationalisme qui considère comme «frère» un exploiteur, parce que «Noir» et veut trop souvent nous faire considérer comme ennemi, bien que «Noir», un Saint-Lucien ou un Haïtien, parce qu' «étranger». Les dessinateurs de Charlie sont antiracistes au nom d'aspirations qualifiées aujourd'hui de «républicaines», alors que la société bourgeoise foule aux pieds, partout, la fraternité. Nous disons simplement que nous sommes antiracistes au nom de l'unité de combat de la classe des travailleurs. «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !» disait Marx. Concernant le dessin publié lors de la visite du pape en France, où le dessinateur Reiser faisait dire au prélat : "Les français sont aussi cons que les nègres", on peut en rire. En remarquant qu'ici le pape parle de l'égalité – dans la sottise – de tous ceux qui croient à ses «conneries» ! Alors que les racistes fantasment sur une inégalité entre les hommes ! Dieudonné, quant à lui, n'est plus un humoriste polémiste depuis longtemps, c'est un propagandiste de l'antisémitisme. Dieudonné serait persécuté ? Nous ne sommes ni juges, ni ministre de l'Intérieur. Mais nous tenons à dire que les idées de Dieudonné le rangent parmi les ennemis mortels des travailleurs. A la suite des commentateurs martiniquais que nous critiquions vertement, en les qualifiant de «nationalistes étroits», notre correspondant regrette qu'il soit «dans l'air du temps de s'autoproclamer anarchiste, révolutionnaire, contre l'ordre établi, laïc et de plus en plus, athée». Libre à eux de vouloir se ranger sous le drapeau du conformisme social et de l'ordre établi. Nous sommes, au contraire, pour la contestation généralisée, condition d'une mobilisation des exploités, pour le renversement de la société actuelle. Combat Ouvrier a condamné sans appel les attentats criminels de Paris. Dans cette affaire il s'agit, entre autre, d'une atteinte à la liberté d'expression, une atteinte criminelle. Parce que nous voulons l'émancipation des opprimés, nous voulons que cette liberté soit sans limite. Nous pensons que notre classe, celle des travailleurs, des exploités, ne pourra faire progresser la société, par ses luttes, qu'à la condition de pouvoir débattre, prendre connaissance, absolument librement, des idées et des programmes de tous les groupes, de tous les partis, pour décider et agir en toute connaissance de cause. Cette liberté ne doit pas s'arrêter à la porte des lieux de travail, comme le patronat l'impose actuellement. Pour la jeunesse, elle ne doit pas s'arrêter à la porte des établissements d'enseignement. En particulier, pourquoi tairions-nous notre conviction que les croyances en général sont un facteur d'immobilisme social ? Le révolutionnaire russe Lénine, en particulier, défendait cette conviction. Il disait aussi, au début du 20e siècle, que c'est le «...progrès réel de la lutte de classe qui, dans les conditions de la société capitaliste moderne, amènera les ouvriers chrétiens à la social-démocratie et à l’athéisme cent fois mieux qu’un sermon athée tout court». Nous faisons, aujourd'hui, les mêmes réponses, à ceux qui, trop souvent, suivent la hiérarchie religieuse dans sa campagne pour le «respect de la foi».


Guadeloupe : Il y a 90 ans, l'assassinat des grévistes de l’usine Duval

À la grande époque coloniale, toute l’économie de l’île reposait sur la production de sucre et de rhum à partir de la canne à sucre. La classe dominante blanche regroupait les descendants d’esclavagistes békés et les dirigeants de compagnies françaises. Ils possédaient les usines et la moitié des surfaces cultivées de l’île. Les petits planteurs mulâtres et noirs se partageaient les petites parcelles de terre restantes qui étaient en général plus difficilement cultivables. Les exploités, les Noirs, étaient principalement des travailleurs agricoles (ils étaient environ 25 000) et des travailleurs industriels, c'est à dire ceux qui travaillaient dans les usines à sucre (ils étaient environ 10 000). En février 1925, les petits planteurs de Morne-à-l’Eau et de Port-Louis lancèrent une grève pour l’augmentation du prix de la tonne de canne. Les dirigeants des usines Duval et Beauport avaient fixé le prix de la tonne de canne à 70 francs, alors que son prix moyen sur la Guadeloupe s’élevait à 130 francs l’année précédente. Cela revenait à diviser par deux le revenu des familles concernées ! Les petits planteurs firent appel au soutien des ouvriers agricoles et des ouvriers des usines. Le 2 février, l’usine Blanchet de Morne-à-L'eau fut occupée par les petits planteurs et les ouvriers, qui coupèrent les lignes téléphoniques. Le 3 février, les grévistes envahirent l’usine Duval située à Petit Canal où la grève fut déclenchée. M. Lemaistre, un dirigeant de l’usine, fut séquestré par les grévistes, et 50 tonnes de canne furent brûlées. Les petits planteurs se rendirent aussi à l’usine Beauport à Port Louis pour exiger une augmentation immédiate du prix de la canne. Les gendarmes intervinrent et tentèrent d’apaiser les grévistes en leur promettant une rencontre avec le gouverneur pour le lendemain. Le 4 février, à l’usine Duval, face à la détermination des grévistes, les gendarmes ouvrirent le feu. Six ouvriers furent tués et cinq blessés : les forces de répression, aux ordres du pouvoir colonial, étaient chargées de mettre fin à cette grève à tout prix. Suite à ce massacre, pour calmer la colère des ouvriers et des petits planteurs et éviter la propagation de la grève, le gouverneur Beumier exigea que les usiniers augmentent le prix de la tonne de canne de 5 francs, pour qu’il atteigne 75 francs. C’était une vieille «tradition» coloniale que de réprimer dans le sang les mobilisations des travailleurs et des pauvres. Cette sanguinaire «tradition» perdura en Guadeloupe et en Martinique bien après, et presque toujours au mois de février, mois d'ouverture de la récolte de canne. Elle perdura aussi après 1946, année où les «colonies françaises des Antilles» devinrent juridiquement départements français.


Martinique : Extraits de HAUTE TENSION (Bulletin EDF)

SON NEZ S’ALLONGE, S'ALLONGE...
La direction a organisé son pot de fin d'année le 16 janvier au Club Med. Le fauteuil d'une responsable syndicale, handicapée, s'est renversé. Résultat : jambe fracturée. Dans un premier temps la direction a nié qu’il s'agisse d'un accident de travail. Puis elle a bien voulu l'admettre mais en faisant en même temps pression sur notre collègue pour éviter la déclaration en AT. Finalement elle est tombée sur un os puisque la chute a bien été enregistrée en AT. Mais la direction n'avait pas perdu l'occasion de montrer qu'elle n'est pas à une falsification près !

UNE PRATIQUE COURANTE ...
La direction a régulièrement recours à des pressions en cas d'accident de travail. Elle essaie de cacher les AT à la Sécurité Sociale. Elle y trouve son intérêt, mais c'est aux dépens de la vérité... et des accidentés. ...

SOUS DES FORMES DIVERSES À PEI (Bellefontaine)
il y a un système qui fait dépendre le niveau d'intéressement du fait qu'un groupe n'ait pas enregistré d'accident du travail. Des salariés peuvent ainsi être incités à aider la direction dans ses mensonges. C'est un effet pervers des primes, et d'un certain manque de cohésion entre nous, travailleurs, face à la direction.


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