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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1126 du 31 janvier 2015/Deuxième page

Deuxième page

Février 1935 en Martinique : la «marche de la faim» à Fort-de-France

ZoomDans les années 1930, les patrons martiniquais de la filière canne à sucre ont vu leurs profits baisser. La canne était concurrencée, en métropole, par la betterave. Les prix du sucre et du rhum ont baissé, sur les marchés extérieurs, depuis 1928, date du dernier protocole sur les salaires. De leur côté, les travailleurs souffraient, les prix flambaient et les salaires ne suivaient pas. Il y a 80 ans, avant le début de la campagne sucrière de 1935, les planteurs, les usiniers et le gouverneur, réunis le 21 janvier dans la CCTA (Commission Consultative du Travail et de l'Agriculture), avaient décidé une réduction du salaire des coupeurs de canne de 20 à 30%. Ils ont ressorti leur vieille idée, l'échelle mobile des salaires, arrangée à leur sauce, c'est-à-dire fonctionnant surtout à la baisse. Ils l'expliquaient en 1925 dans leur journal La Riposte : «L'échelle mobile des salaires présenterait, à n'en pas douter, une affinité certaine non seulement avec le coût de la vie, mais surtout avec le prix de vente du produit fabriqué». Et, méprisants, ils en vinrent à expliquer que le coût de la vie allait baisser puisqu’ils allaient baisser le prix du rhum de 20%.

C'EST LA GRÈVE Devant cette attaque, les coupeurs de canne ont débrayé, d’abord dans les plantations du Sud de l’île, puis à Sainte-Marie. La grève atteignit rapidement Rivière-Salée, le Lamentin... Le 10 février, le syndicaliste Irénée Suréna fût arrêté. Le 11 février, après s’être réunis au Lamentin, plusieurs milliers de grévistes marchèrent sur Fort-de-France. Cette «marche de la faim» avait pour but de forcer le gouverneur à revenir sur la décision de la Commission. Les grévistes occupèrent la ville, campèrent devant la Préfecture, sur la Savane, devant la prison, demandant la libération de Suréna. Le gouverneur et le maire, Victor Sévère, cédèrent à la pression. Ils firent libérer Suréna. L’ampleur du mouvement avait surpris le gouverneur des colonies d’alors, Alfassa, de même que les békés. Ainsi R. H. Despointes conclut une lettre à son frère par cette anecdote : «...un jeune nègre disait sur la Savane, au milieu de la foule, qu'il n'y avait rien à craindre, qu'il ne fallait pas reculer, car, alors même que quatre-vingts nègres seraient abattus chaque fois qu'un blanc serait tué, il resterait suffisamment de nègres pour prendre le pays...». Les travailleurs nègres, pieds nus, dans les rues de la capitale pour la première fois, avaient impressionné.

PUIS LES NÉGOCIATIONS Mais ils laissèrent leurs adversaires remettre les négociations au lendemain. Les négociations du 12 février, auxquelles ne participait aucun ouvrier agricole aboutirent à un accord selon lequel la tâche journalière était payée 20 francs. Pour les coupeurs et les amarreuses elle comportait 20 piles de 25 paquets de 10 tronçons de un mètre de long, comme en 1934. Mais ces conditions ne s’appliquaient qu'aux ouvriers ayant travaillé 5 jours. Ceux qui avaient travaillé 6 jours devaient recevoir une gratification de 3 francs et ceux qui n’avaient pas rempli ces conditions perdaient 15% de leur salaire par jour de travail en moins. Le prix du rhum était ramené au prix antérieur. Les représentants des grévistes s'étaient fait prendre au piège, les conditions étaient moins bonnes qu’auparavant.

LA GRÈVE REPART Aussi dès le 13 février, des groupes de travailleurs réapparaissaient sur les routes, les habitations et les usines. Les coupeurs refusaient les conditions de l’accord. Des affrontements survenaient avec les gendarmes, la population soutenait les grévistes, au Lamentin par exemple. Alors les usiniers s'affolèrent ou jouèrent l'affolement pour obtenir plus de rigueur anti-grévistes de la part de l'administration. Mais, après une semaine d’agitation, la Préfecture recula et autorisa le retour aux dispositions antérieures de 1934. Usiniers et planteurs furent amenés à renoncer les uns après les autres aux dispositions de «l'accord» du 12 janvier que les travailleurs refusaient, notamment la clause du cinquième jour Le 19 février la reprise était totale sur toute l'île. Cependant, l'arrivée en Martinique, annoncée pour la fin de la semaine du 18 février, de deux navires de guerre, le D'Entrecasteaux et la Jeanne d'Arc, poussa les patrons békés à refuser de s'avouer définitivement perdants. Au Lareinty, un administrateur, De Jaham, prétendit non seulement appliquer l'accord du 12 janvier, mais encore être plus strict sur les normes de coupe : tronçons de canne d'un mètre exactement. Le 1er mars, le travail de coupe cessa, De Jaham fût chassé à coups de pierres et plus de 300 grévistes bloquèrent l'usine du Lareinty où tout travail s'arrêta quand elle fût finalement occupée par les gendarmes. En quelques heures tout était stoppé sur toutes les habitations du Lamentin. Aubéry, le maître du Lareinty ne fût pas suivi par l'administration dans sa volonté de provocation, et il dut renoncer à son renforcement du contrôle des normes. D'ailleurs la grève avait montré l'exemple. Le 18 février, au moment où les ouvriers agricoles reprenaient le travail, une grève éclatait sur les chantiers de construction «Roy-Camille» et «Colas», de la route menant du Carbet à Saint-Pierre. Plusieurs centaines de grévistes réclamaient eux aussi leurs salaires de 1934, et donc l'annulation d'une baisse de salaire de 10% qui leur avait été imposée. Les patrons cédèrent en moins de 24 heures. Des velléités ultérieures de ne pas respecter leurs engagements reconduisirent les ouvriers dans les rues de Saint-Pierre le 20. Le gouverneur fit parader les marins du D'Entrecasteaux sur la plage et tirer quelques boulets sur les flancs de la Pelée. Malgré cette tentative d'intimidation, la grève s'est conclue par un succès.

UN MOUVEMENT RICHE D'ENSEIGNEMENTS Comme tout mouvement important dans la classe ouvrière, celui de février 1935 à la Martinique est riche d'enseignements. Notamment sur la nécessité pour les travailleurs en lutte de se donner une direction les représentant vraiment, et de se donner les moyens de la contrôler. Cette grève a été «marchante», les grévistes voulaient, spontanément, se porter vers les autres «habitations» pour appeler ceux qui n'étaient pas en grève à les rejoindre. Le nombre des grévistes a gonflé, et l'inquiétude des possédants avec. Mais ceux-ci pouvaient tenter de manœuvrer les «négociateurs». Le mouvement ouvrier de l'époque n'était pas préparé à l'empêcher. Le parti socialiste de Lagrosillière prêchait depuis longtemps «l'alliance avec l'Usine». Quant aux communistes, ils n'étaient alors, selon leur propre aveu, qu'un groupuscule. D'ailleurs, leurs cadres, soumis au stalinisme, ne pouvaient pas être vraiment préoccupés par la nécessité d'une direction démocratique du mouvement. Dans ces conditions le mouvement de février 1935 s'est conclu sur un compromis à peine au delà du maintien du statuquo. Il s'est inscrit néanmoins dans le contexte généralisé de pression ouvrière qui dura jusque peu avant le déclenchement, en 1939, de la seconde guerre mondiale. Cette agitation se manifesta jusque dans les îles de la Caraïbe : grève des mineurs à Sainte-Lucie en 1935, grève des ouvriers du pétrole à Trinidad en 1937, débouchant sur une grève générale, etc. Le mouvement fût plus significatif dans les grands pays industrialisés. En France les manifestations ouvrières antifascistes de février 1934 ouvraient une période qui mena aux grandes grèves avec occupations d'usines de juin 1936. En Espagne, c'est en juillet 1936 que les travailleurs en armes, réagissant au putsch fasciste de Franco, couvraient le pays de drapeaux rouges. Dans cette montée, en février 1935, la classe ouvrière, en Martinique, répondait «présent» !


Guadeloupe : au collège Bambuck du Gosier, pas de liberté d’expression !

Le jeudi 8 janvier, au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, F. Hollande avait décidé que tous les services publics respecteraient une minute de silence. Dans les écoles aussi, des consignes avaient été données en ce sens, au nom de la défense de la liberté d’expression. Des collégiens de Bambuck ont malheureusement pu constater que cette fameuse liberté d’expression, ce n’était pas pour eux ! Quelques uns se sont présentés ce jour-là en ayant inscrit sur le T-shirt du collège «Je suis Charlie». À la demande de la principale, Mme N’Goré, ils ont été conduits à la vie scolaire. Elle a exigé que leurs parents leur apportent un T-shirt sans inscription avant de les autoriser à aller en cours. Ceux dont les parents n’étaient pas disponibles ont passé la matinée dans les bureaux de la vie scolaire. À la récréation, face aux professeurs qui protestaient, la principale s’est expliquée : «vous comprenez, si on autorise les élèves à venir en écrivant sur leur T-shirt, c’est la porte ouverte à toutes les dérives». Mme N’Goré voulait donner une leçon de démocratie, comme le demandait le gouvernement ? C’est raté !


Guadeloupe : Le procès de Charlie Lendo: succès de la mobilisation

Une foule nombreuse s’était rassemblée le mardi 20 janvier devant le tribunal de Pointe-à-Pitre pour soutenir Charlie Lendo, un dirigeant de l’UGTG poursuivi pour homicide involontaire et entrave à la liberté de circulation. La justice a voulu le rendre responsable de la mort d’un jeune qui avait heurté un barrage à Saint François lors du mouvement de 2009. Ce mouvement avait été marqué notamment par l'érection de barrages routiers un peu partout en Guadeloupe. Le 20 janvier dernier, la mobilisation a payé car l’homicide involontaire n’a pas été retenu. Le procureur lui même a plaidé la relaxe. Lendo demeure inculpé pour entrave à la liberté de circulation. Le délibéré est prévu pour le 3 mars. C’est une première victoire qui a été gagnée grâce à la mobilisation de nombreux militants de l’UGTG et de différentes organisations syndicales et politiques dont notre organisation.


Martinique : "L'Autorité unique de transport"... pas au service de la population

Une «Autorité organisatrice du transport unique» (AOTU) est née en Martinique, concernant le transport terrestre et maritime de personnes et de marchandises. Les élus de la Région avaient, depuis le 28 juin 2013, voté la demande d’habilitation à organiser et réglementer le transport et à créer une Autorité unique. Il reste encore à mettre en place une structure dénommée Martinique Transport et à définir son mode de fonctionnement. Jusqu'ici, c’était les Communautés d’agglomérations, le Conseil Général, et les communes qui avaient la compétence pour organiser le transport, chacune dans son domaine. La population connaît le résultat : impossibilité pour elle de se déplacer, pour rejoindre son lieu de travail ou tout simplement pour faire ses courses. Et des problèmes encore aggravés pour avoir accès aux loisirs, tels que le cinéma ou autres manifestations artistiques ou lieux de promenade et de détente. Ces difficultés viennent d’abord des choix politiques faits par l’État et les Collectivités. Notamment celui de privilégier, avec le lobby des concessionnaires auto, le développement du «tout-automobile» et non pas le transport collectif. Aujourd’hui, l’État se désengage des politiques publiques qu’il aurait dû mener à bien avec l’argent des contribuables et, pour alléger son budget, il attribue ses responsabilités aux Collectivités de proximité. Alors, la création de l’Autorité unique de transport est présentée comme un plus. Avec quels moyens ? Au profit de qui ? Là-dessus, rien n’est annoncé clairement. Les salariés et les usagers n’auront pas gagné grand-chose si le résultat est du même ordre que celui obtenu par la mise en place du réseau de transport de la CACEM (Communauté d’agglomérations du Centre de la Martinique). C'est-à-dire un mille-feuille réalisé avec des moyens insuffisants et en ménageant les intérêts des petits et gros exploitants. La population aura à en juger et, plus que jamais, il sera nécessaire pour elle de rester vigilante pour que de tels nouveaux organismes ne se transforment pas en pompes à fric supplémentaires à son détriment.


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