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Archives de CO/CO de l'année 2015/CO n° 1125 du 17 janvier 2015/Quatrième page

Quatrième page

Nouvelle Calédonie : il y a 30 ans, eloi machoro et marcel nonnaro assassines par le pouvoir colonial francais !

Tableau d'images

Le 12 janvier 1985, deux militants indépendantistes de Nouvelle Calédonie, Eloi Machoro et Marcel Nonnaro, membres du FLNKS (Front de libération kanak socialiste), étaient exécutés par les forces du GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale). Ce trentième anniversaire de leur mort est une occasion de revenir sur la lutte des Kanaks pour l'amélioration de leur condition et l’indépendance de leur pays et aussi sur la manière dont l’État français les a réprimés et a manœuvré pour imposer une issue favorable aux riches Caldoches (les Blancs venus d’ailleurs). La Nouvelle Calédonie, ou Kanaky pour les partisans de l’indépendance, est un archipel situé dans l’océan Pacifique, à 17000km de la France, proche de l’Australie. L'île est le 7éme producteur mondial de Nickel et le deuxième pour les réserves contenues dans son sol sur 5 sites principaux du Nord au Sud. C'est la "Société le Nickel" la SLN du groupe Eramet qui exploite le minerai et les capitalistes du secteur engrangent de juteux profits. Depuis l’accord de Nouméa (1998), la Nouvelle Calédonie a un statut particulier d’autonomie, qui la différencie des autres COM (Collectivités d’Outre-Mer) rattachées à la France.
UN PASSÉ DE LUTTES POUR L’INDÉPENDANCE ET CONTRE LA MISÈRE :

LA COLONISATION Le colonialisme français a pris possession de l’île en 1853, après une guerre qui a conduit au quasi génocide de la population kanak. D'environ 100 000 personnes, elle s’est trouvée réduite à 20 000. Ce n'est que 136 ans plus tard, en août 2014, après l'insurrection des kanaks de 1878 contre l'oppression coloniale française que le crâne du grand chef indigène Ataï et de son guérisseur tués lors de cette révolte et qui avaient été transférés au musée de l'homme à Paris furent rendus au peuple kanak ! Oui, la colonisation française fut particulièrement cruelle et méprisante. Entre autres massacres et méfaits colonialistes, des kanaks ont été exposés dans les zoos humains à Paris, lors de l'exposition coloniale de 1931. Parmi eux, le grand père et deux membres de la famille du footballeur Christian Karembeu. La France avait commencé aussi, comme en Algérie, à créer une colonie de peuplement. Parmi les déportés, contre leur gré, figuraient les insurgés de "la Commune de Paris", dont Louise Michel, qui avaient combattu le pouvoir de la bourgeoisie et dirigé la Commune de Paris pendant un peu plus de deux mois en 1871. Les Kanaks n’eurent le statut de citoyens français qu’en 1946, et en 1957 le droit de vote. Mais restant toujours minoritaires en nombre, c’est par la lutte qu’ils firent entendre leurs revendications.

LES LUTTES Cette partie de la population la plus pauvre, reléguée dans les territoires tribaux alors que la population blanche caldoche profitait de la hausse du prix du nickel des années 69 à 72, a mené de nombreuses grèves. Le mouvement indépendantiste est apparu en 1972. Face au mécontentement, le président français de l’époque, Giscard, envisagea de rétrocéder une partie du territoire aux Kanaks. Mais ce projet se heurta à l’opposition des riches Caldoches et n’eut pas de suite. De même, l’élection de François Mitterrand, en 1981, a suscité de faux espoirs d’indépendance. On vit monter en grade un notable Kanak, Jean Marie Tjibaou, qui fut l’interlocuteur privilégié du gouvernement français dans le camp indépendantiste.

BOYCOTT DES ÉLECTIONS ET ASSASSINAT DE MACHORO ET NONNARO

Lors des élections territoriales de 1984, le droit de vote fut accordé à tous les nouveaux arrivants, séjournant dans l’île depuis au moins trois ans. Les Kanaks se retrouvaient encore minoritaires, et les organisations indépendantistes décrétèrent le boycott. Le FLNKS réunissant les différentes mouvances indépendantistes fut créé à cette époque par J.M. Tjibaou. D’abord partisan d’un combat législatif et non violent pour l’indépendance, ce dernier évolua vers une position plus radicale, revendiquant un référendum concernant les seuls Kanaks. En décembre 84, J.M. Tjibaou avait constitué un gouvernement provisoire de la République socialiste de Kanaky. Machoro en était le ministre de la sécurité. Lors du boycott des élections, des barrages furent érigés pour empêcher les fermiers Caldoches des campagnes de se rendre aux urnes. Une gendarmerie fut occupée. Eloi Machoro fracassa l’urne de la mairie de Canala d’un coup de hache. Le pouvoir colonial réagit avec une grande violence : décret de l’état d’urgence, envoi d’un corps expéditionnaire de CRS, gendarmes et militaires qui quadrillaient le pays et semaient la terreur dans la population. Le boycott connut un succès particulier dans la ville minière de Thio, où la grande majorité de la population kanake participa au mouvement. 200 militants du FLNKS, avec Éloi Machoro, occupèrent la gendarmerie. Deux hélicoptères transportant des hommes du GIGN furent encerclés à leur atterrissage et leurs occupants contraints à rejoindre les autres gendarmes retenus dans les locaux occupés. Le pouvoir colonial se trouva en situation de négocier leur libération et de reculer vers la capitale Nouméa. Mais les forces de répression avaient ciblé leurs principaux adversaires et avaient soif de revanche, de même que les Caldoches et les lobbys coloniaux de l'île. Eloi Machoro et Marcel Nonnaro furent assassinés lors du siège de la ferme qu’ils occupaient, par des hommes du GIGN (corps d’élite de la gendarmerie), avec le feu vert du gouvernement de Mitterrand. Nonnaro fut tué sur le coup, Machoro dut agoniser sans soin. Le pouvoir colonial, sous pression des riches Caldoches, avait entendu et satisfait ces derniers.

LE MASSACRE D’OUVEA

Par ailleurs, les discussions se poursuivaient avec Tjibaou. Machoro avait été liquidé et Thio "nettoyé" pour permettre à Mitterrand de venir sur place marchander avec Tjibaou la possibilité de s’entendre avec le dirigeant caldoche Lafleur soutenu par "le Kanak de service", Dick Ukeiwé. Un nouveau scrutin d’autodétermination fut organisé en 1988 par le gouvernement Chirac, dans les mêmes conditions et avec le même résultat que le précédent. La population kanake des tribus subissait toujours les persécutions des gendarmes et militaires. Pour les élections, un contingent de 11000 soldats fut envoyé dans le pays. Au sein de la population kanake, la lutte contre le pouvoir colonial n’avait pas faibli. Dans l’île d’Ouvéa, des gendarmes furent pris en otage et 4 d’entre eux furent tués. Les militants indépendantistes se réfugièrent dans une grotte secrète. La grotte fut prise d’assaut par l'armée française et 19 militants kanaks furent assassinés, dont plusieurs furent abattus froidement après la capture et alors que tout était terminé.

LES LUTTES CONTINUENT

Pour tenter de calmer la mobilisation de la population révoltée par les persécutions qu’elle subissait, par la misère qu’elle avait toujours subie, le gouvernement français engagea un processus d’accords visant à une forme d’autodétermination. Les accords Matignon furent signés en 1988 par Jacques Lafleur, chef du clan anti-indépendantiste, représentant des Caldoches, et Jean Marie Tjibaou. Les indépendantistes du FLNKS protestèrent mais finirent par s’incliner. Une partie d’entre eux cherchaient avant tout à négocier avec l’impérialisme une forme d’accès au pouvoir. Cependant J.M. Tjibaou fut assassiné en mai 1989, avec le bras droit du FLNKS Yeiwéné Yeiwéné, par un Kanak indépendantiste opposé aux accords Matignon. Par la suite, l’accord de Nouméa stipula l’engagement à un référendum au plus tard en 2018. Mais des conflits éclatent périodiquement, montrant que la revendication de la population kanake pour de meilleures conditions de vie n’est pas enterrée : des grèves pour l’augmentation du salaire minimum, contre la vie chère, pour la gestion des ressources naturelles, pour la protection de l’emploi local ou encore contre l’augmentation des prix des transports. Tout cela montre que quels que soient l’issue du référendum et le futur statut de l’archipel, la population pauvre, en grande majorité kanake, n’est pas prête à accepter sans réagir ses conditions de vie.

EN ATTENDANT...

La Nouvelle Calédonie jouit d'un statut de large autonomie traduit dans les articles 76 et 77 de la constitution française. L'île est composée de trois provinces : une au Nord, une au Sud avec Nouméa et la province des îles Loyauté. Le congrès est composé de 7 membres de la province des îles Loyauté, 15 de la province Nord et 32 de l'assemblée de la province Sud. Après les dernières élections du 11 mai 2014 le trois partis loyalistes, c'est à dire ceux qui veulent demeurer au sein de la république française, ont conservé leur majorité, mais celle-ci est affaiblie avec 29 élus sur 54. Les indépendantistes ont progressé avec 25 élus. Ils ont gagné deux sièges. La province des îles loyauté et celle du nord dont dominées par les indépendantistes, mais celle du Sud, de loin la plus peuplée est dirigée par les loyalistes. Il y a quelques mois, Hollande s’est rendu pour une journée en Nouvelle Calédonie. Il a évoqué le référendum qui doit se tenir au plus tard en 2018, selon l’accord de Nouméa, signé en mai 1998. Il faisait suite aux accords Matignon de 1988, intervenus à la suite d’une longue période de lutte de la population Kanak. Ce référendum devrait déterminer le futur statut institutionnel de l’île. A ce sujet, Hollande a joué la prudence, déclarant «Vous trouverez la solution vous-mêmes, elle est au bout de ce processus. Personne ne la connaît, c’est vous qui allez la formuler. La France restera à vos côtés autant que la Nouvelle-Calédonie le voudra.» L’État français serait sans doute prêt à s’accommoder d’un changement de statut, voire d’une indépendance à condition que cela ne lèse pas ses intérêts.


Martinique : à propos de la réunion débat du GRS

Le GRS : Groupe Révolution socialiste (quatrième internationale) se réclamant du trotskysme a organisé une réunion débat autour de son dernier manifeste : " l'heure de nous-mêmes". Interrogé à ce sujet dans le journal France-Antilles du mercredi 7 janvier dernier, Gilbert Pago, l'un des dirigeants du GRS a déclaré que son organisation avait envoyé une lettre d'invitation à Combat Ouvrier. Nous déclarons n'avoir reçu aucune lettre du GRS jusqu'à présent. Certes l'un de nos camarades avait été contacté de vive voix et nous ne sommes pas formalistes au point de n'être pas venus par manque d'invitation écrite. Nous n'avons pu participer à cette réunion et nous nous en expliquerons plus longuement avec les camarades du GRS.


RÉUNION PUBLIQUE DE COMBAT OUVRIER

Vendredi 30 Janvier à 19h salle Rémy Nainsouta (Pointe-à-Pitre) Thèmes :

- Les soubresauts de la situation internationale sur fond de crise du capitalisme

- La participation de Combat ouvrier à l'élection départementale à Capesterre-Belle-Eau les 22 et 29 mars 2015 ainsi qu'aux élections régionales et à l'élection de la collectivité territoriale de Martinique de décembre 2015

VENEZ Y NOMBREUX !


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