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"Rebelle"

Lettre ouverte

LETTRE OUVERTE ET APPEL DE SONY LAGUERRE ET RAPHAËL CÉCÉ, DEUX MILITANTS DE COMBAT OUVRIER ET ANIMATEURS DU JOURNAL LYCÉEN- ÉTUDIANT REBELLE !

Le 26 novembre 2014 Nous nous adressons d’abord aux travailleurs et à la jeunesse ouvrière de ce pays. À nos frères qui sont au chômage et dont l'avenir à 20 ans est déjà bouché, et à qui on n'offre aucune perspective réelle. A tous ceux qui, de ce fait, tombent dans la désespérance et la marginalisation. À nos frères qu’on envoie couper des herbes pour une petite monnaie et souvent sans équipement. À ceux qui sont les derniers embauchés, les premiers licenciés, sur tous les chantiers. Aux jeunes qui construisent la nouvelle centrale électrique de Jarry et qui commencent à se demander s’ils verront un jour le bout de leur vie d’intérim. À ceux qui se demandent tous les jours s’il ne va pas falloir prendre un fusil et débarquer chez le patron pour qu’il les paye. Aux jeunes ouvriers de la banane à qui on a refusé un travail dans les plantations jusqu’à ce qu’ils passent par la case prison et que les békés se disent : « bien, celui-là a été brisé, je le prends ». À nos sœurs pour qui les entretiens d’embauche se résument trop souvent à un clin d’œil salace et un salaire « si le patron est satisfait »... À vous tous, nous n’avons pas besoin de dire qu’il n’y a pas d’avenir dans ce système d’exploitation. Mais il y a quand même un avenir : dans la lutte, la lutte collective contre les riches qui contrôlent cette société. La semaine passée, les ouvriers agricoles de la plantation SA Bois debout, dont des jeunes comme vous, ont tenu tête au béké Dormoy. Sur le port, ils l’ont empêché de faire partir « ses » bananes, qui sont en fait le fruit de leur sueur et parfois de leur sang. Ils ont tenu tête aux forces dites de l’ordre et au sous-préfet fraîchement débarqué qui avait donné l’ordre de les charger pour protéger un patron hors-la-loi. Et ils ont gagné en expérience de lutte. Ils ont pris dans les mains de leurs aînés la tradition de lutte collective bâtie par les militants ouvriers socialistes puis communistes. C’est cela l’avenir ! Aux jeunes qui font des études, qui sont encore au lycée ou à l’université : vous êtes nombreux à nous acheter le journal Rebelle !, sûrement parce que vous sentez bien que vous aussi, pour beaucoup, vous allez finir avec les laissés-pour- compte. Mais vous êtes aussi trop nombreux à dire « ah, mais le journal Rebelle !, ce qu’ils écrivent c’est trop violent ». Mais le chômage de masse qu'on impose à toute la jeunesse et même aux diplômés n'est-il pas la première des violences ? Quant aux quelques étudiants qui ont travaillé pour la fac pendant des mois, parfois des années, sans être payés, n'ont-ils pas subi une violence ? Et ils en seraient toujours là si, parmi eux, quelques-uns n’avaient pas choisi de se battre pour aller avec nous taper du poing sur la table chez les responsables. C’est déjà le début de la voie qu’il faut prendre : refuser de se courber, se battre. Oui, il ne faut pas accepter d’être formatés comme le voudraient les dirigeants, les chefs de la société. Ils voudraient bien que nous devenions plus tard de bons "petits nègres à cravate", tout dévoués à leur cause, celle de l'oppression des travailleurs, des jeunes, de toute la société. La semaine passée, la fac de droit a fait venir d’anciens étudiants, ceux dont on dit qu'ils « ont réussi », pour vous faire des conférences. Mais ils n'ont « réussi » qu'à être de bons serviteurs des bourgeois de la finance. L’une de ces conférences s’intitulait : « Diriger sa propre banque, c’est possible ! ». Les banques ont plongé la planète entière dans une crise terrifiante. Des millions de personnes, aux Etats-Unis et aussi ailleurs ont perdu leur maison, leur emploi, les économies de toute une vie à cause de la soif de profit des banquiers et de leurs magouilles. Si le monde n’avait pas la tête à l’envers, le mot « banque » devrait être couvert de honte ! Mais le plus triste, c’est que le type qui parlait n’était que le directeur d’une petite agence bancaire au Gosier. Mettez-lui une cravate et il croit qu’il « dirige sa propre banque »… Nous refusons de mettre notre savoir au service d’ambitions aussi minables, au service de « l’émulation », la « compétitivité », la « gouvernance moderne » un tas de mots ronflants qui cachent à peine la soif de profit égoïste de ce système : le système capitaliste qui est en panne sur toute la planète. Trop souvent on nous fait croire que la seule « valeur » qu’il faut transmettre aux jeunes c’est « l’obéissance ». Est-ce cela que nous sommes devenus ? Un peuple d’anciens esclaves qui réclament le fouet ? Oui, il y a la délinquance, il y a la drogue, il y a la violence exercée par les jeunes, souvent aussi contre d’autres jeunes. Mais tout le monde sait, au fond, que ce cancer qui ronge la société est le reflet de ceux qui nous dirigent, du chacun pour soi, de la loi du plus fort, du « débouya pa péché » portés à des extrêmes criminels par des jeunes désespérés, rendus fous par le chômage et la misère. Ces problèmes ne seront pas résolus en répétant en boucle des phrases toutes faites sur le « respect des aînés » et sur « l’obéissance ». Certains parents ont peur de laisser leurs enfants nous parler parce que nous osons écrire et vendre un petit journal intitulé Rebelle !... Mais cela, ce n’est rien ! Nous animons avec d’autres jeunes le journal Rebelle ! parce que nous pensons que refuser de se taire c’est la moindre des choses, que défendre le droit à la liberté d’expression de la jeunesse, c’est la moindre des choses. Mais nous, nous voulons bien plus que cela. Nous, Raphaël Cécé et Sony Laguerre, nous sommes communistes révolutionnaires. Cela veut dire que nous voulons qu'un jour, par exemple, les 50 000 jeunes chômeurs de Guadeloupe marchent sur les zones industrielles et les administrations pour dire : « nous ne partirons pas d’ici tant que vous n’embaucherez pas ». Nous militons pour que les travailleurs et les pauvres reprennent la voie de la grève générale de 2009 et que les lycéens et les étudiants viennent les rejoindre en masse. Et nous voulons que ce jour-là, le rapport de forces soit tel que le camp d’en face ne puisse même pas lever le petit doigt... C'est à partir de tels mouvements de masse, d'un tel rapport de force que les choses pourraient réellement changer pour les jeunes et tous les exploités. Nous n'en sommes pas là aujourd'hui, c’est vrai. Les temps sont durs et chacun craint pour le si peu qu’il a. Raison de plus pour affirmer qu’il existe bien d’autres « valeurs » : la soif de justice, la solidarité des pauvres et des travailleurs, le refus de l’exploitation, en Guadeloupe et dans le monde. Par exemple, nous militons pour que les policiers blancs qui abattent nos frères noirs aux Etats-Unis, simplement parce qu'ils sont noirs, soient sévèrement punis, et non relaxés comme ce policier de Ferguson dans le Missouri ! Affirmons notre solidarité avec nos jeunes frères noirs des États-Unis qui, chaque jour, sont abattus par la police blanche parce qu'ils sont noirs ! Cela aussi est une des conséquences barbares du système capitaliste. Tout comme l'est l'enlèvement puis l'assassinat de 43 étudiants mexicains par la maffia qui a brûlé les corps et tout cela avec la complicité de l'état mexicain ! Oui, il faut changer cette société de fond en comble ! C’est pour cela que nous sommes militants de Combat ouvrier. Pour défendre et, dans la mesure de nos moyens, pour essayer de faire revivre les valeurs et les traditions qui étaient celles du mouvement ouvrier passé. Nous nous sommes engagés pour que ces valeurs et traditions puissent renaître. C’est justement parce que nous voulons proposer à la jeunesse d'autres perspectives que l’autodestruction dans la drogue, l’engagement dans une de ces guerres qui ne sont pas les nôtres, la fuite dans le gangstérisme, l'exploitation capitaliste dans les entreprises. Une autre perspective que la petite mort qu'est l'indifférence et l'individualisme, s'ajoutant pour certains, pour tout horizon, au confort, intellectuel et social, petit et mesquin. C’est pour cela que nous militons. Et c’est pour cela que les autorités nous collent depuis six ans des convocations au commissariat, des plaintes pour des prétextes bidons qui ont fini par nous conduire devant le tribunal. À toute la population de Guadeloupe, nous disons : le 2 décembre, venez faire avec nous le procès de ce système capitaliste, de cette société qui envoie l’humanité dans le mur ! Jeunes et moins jeunes : rejoignez-nous ! Vendredi 28 novembre, tous à la réunion publique de Combat Ouvrier avec Sony Laguerre et Raphaël Cécé ; 19h salle Rémy Nainsouta à Pointe à pitre. Le mardi 2 décembre, tous devant le Tribunal de Basse-Terre à 13h ! Sony Laguerre. Raphaël Cécé - Combat Ouvrier- http://www.combat-ouvrier.net redaction@combat-ouvrier.net 0590 82 92 94 - 0690 59 19 64

Brochure "Rebelle"
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6351 ko - Dernières modifications : 28/11/2014