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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1121 du 8 novembre 2014/Première page

Première page

Editorial : Calculs politiciens sans aucun intérêt pour les travailleurs

ZoomJacques Gillot, sénateur, président du conseil général de Guadeloupe, a déposé au Sénat un amendement concernant la réforme territoriale et il a été adopté. Il réclame la consultation de la population de Guadeloupe sur une assemblée unique remplaçant le Conseil Régional et le Conseil Général, comme ce fut le cas en Martinique et en Guyane. Lurel, ex ministre de l'Outre-mer et président du Conseil Régional, s'y oppose. En réalité, ce qui gêne Lurel c'est surtout qu'une assemblée unique ne fournirait pas autant de sièges de conseillers régionaux et départementaux au Parti socialiste local et qu'ainsi il perdrait une partie de sa «cour». Les prochaines élections régionales de décembre 2015 reconduiront ou pas la très large majorité de Lurel et des socialistes locaux au Conseil Régional. En Martinique les électeurs seront appelés à voter pour les membres de la nouvelle Collectivité territoriale de l'île, la CTM. Dans les deux îles, les grandes manœuvres électorales ont commencé. C'est ainsi qu'a eu lieu le «gran Sanblé» du dimanche 26 octobre à Ducos en Martinique. Le MIM, Mouvement indépendantiste martiniquais de Marie Jeanne, le RDM (Rassemblement démocratique martiniquais) de Claude Lise, le PALIMA (Parti pour la Libération de la Martinique) de Francis Carole, le PCM (Parti communiste martiniquais) se sont retrouvés pour préparer ce que le grand guerrier Francis Carole nomme "la mère des batailles"!!?? Que peuvent attendre les travailleurs des deux îles de cette agitation politicienne? Rien, strictement rien. En 2010, en Martinique, S. Letchimy a remplacé A. Marie-Jeanne à la présidence du Conseil Régional. Rien n'a changé concernant la situation des exploités. De la même manière, les «patriotes» ne changeront jamais rien. Car, en réalité, les deux tendances, PPM et «patriotes» qui s'affrontent sur la scène politique martiniquaise partagent le même engagement fondamental : ils ne remettent pas en cause la mainmise d'un patronat vorace sur la société. Et ne la remettant pas en cause, aux affaires ils servent, et serviront, ces exploiteurs. En Guadeloupe les différentes tendances du spectre politique officiel sont du même acabit. La direction du Parti Communiste Martiniquais (PCM) garde-t-elle de son passé d'implantation ouvrière notable et de participation aux luttes des travailleurs, une certaine sensibilité aux préoccupations et aux revendications de la classe ouvrière ? Non, tout cela est bien loin ! En témoigne l'éditorial de G. Erichot, secrétaire du PCM, dans Justice du 23 octobre 2014. Sous le titre «Hors du rassemblement, point de salut», il expliquait le sens de sa participation au «Rassemblement des Patriotes». En ne faisant nulle mention d'aucune revendication des travailleurs, nulle mention de leurs luttes, actuelles et futures, nécessaires ne serait-ce que pour arrêter la dégradation de leurs conditions de vie. Rien de tout cela, rien de communiste. Le secrétaire du PCM aligne des phrases vides de sens, en tout cas du point de vue de la classe des travailleurs : «approche globale de l'avenir du pays» ; «intérêts supérieurs du peuple martiniquais» ; «élaboration d'un véritable projet alternatif de développement et de société répondant aux véritables intérêts de notre peuple» etc. Des formules attrape-tout, pouvant être signées par n'importe quel charlatan politique, fût-ce le plus réactionnaire, voilà ce qu'offre le PCM en guise de programme. C'est en réalité le programme de l'acceptation de l'ordre établi. C'est une promesse faite aux exploiteurs qu'il ne sera pas touché à leurs intérêts. Au pire il leur suffira de se référer à «la mobilisation de toutes les énergies pour ouvrir les chemins de l'espoir». Ce programme est un aveu : l'aveu du conservatisme social profond des politiciens qui l'affichent. Et au delà du PCM, ce conservatisme est celui de tout le «Rassemblement des patriotes». C'est aussi celui de la classe politique officielle de Guadeloupe.


Guadeloupe: La grève de la Palette-Weldom-Batica

Pour soutenir les grévistes, la CGTG a lancé un appel à la solidarité des travailleurs face à celle des patrons. Ainsi le mardi 4 novembre, ils ont reçu le soutien des travailleurs de la Banane venus à Jarry, et en particulier ceux des plantations Dormoy en droit de retrait pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Et tous ensemble, ils ont défilé dans les rues de Jarry, ont distribué des tracts et ont tenu à rendre visite aux salariés des entreprises dont les patrons qui avaient fait des attestations en faveur de la direction de la Palette. Ils étaient plus d’une centaine car d’autres travailleurs, syndiqués à la CGTG, ont participé à la manifestation. Il faut rappeler que la grève commencée le 17 octobre continue car la direction fait des propositions ridicules et refuse toute négociation sérieuse. Le vendredi 24 octobre, la direction du groupe avait assigné les grévistes au Tribunal dans un référé. Elle a été déboutée pour les Abymes et Jarry au motif qu’il n’y avait pas d’entrave, mais obtenait la levée des barrages à Basse-Terre. Les grévistes de Basse-Terre, très minoritaires, ont préféré reprendre le travail tout en soutenant leurs collègues des Abymes et de Jarry. Le jeudi 30 octobre nouvelle tentative de la direction qui assignait à nouveau certains grévistes et la CGTG devant le Juge des référés du Tribunal de Grande Instance de Pointe-à-Pitre. Le vendredi 31 octobre, le Tribunal ordonnait l’expulsion immédiate sous astreinte de 1 000 euros par jour, par personne et par infraction constatée mais aussi l’enlèvement de tous les objets empêchant un libre accès des personnes et des véhicules dans les magasins sous astreinte de 500 euros par jour. Un huissier est venu très rapidement signifier ce jugement aux grévistes. Il faut savoir que pour obtenir gain de cause, la direction n’a pas hésité à faire appel à tous ses amis patrons, les membres de sa famille pour faire des attestations de témoignage où ils prétendent avoir été empêchés d’aller faire leurs courses dans les magasins de Jarry ou des Abymes. La décision du Tribunal montre bien que la plupart du temps, la Justice est du côté des patrons et que ces derniers sont solidaires entre eux. Cette décision, loin de décourager les grévistes, a renforcé encore plus leur détermination à continuer le combat face au mépris de la direction qui a refusé toute médiation. Sa dernière proposition était une augmentation de 0,69€, soit 9,97€ par mois pour un salarié payé au SMIC. Les grévistes estiment que leur entreprise qui a dégagé un bénéfice de près de 800 000€ et qui a reçu du CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) la somme de 200 000 € pour 2013 et 2014 a largement les moyens d’accéder à leur demande qui est actuellement une augmentation de 80€ par mois. Ils estiment qu’ils ont le droit de réclamer une part de la richesse qu’ils ont contribué à créer pour le groupe et restent déterminés à continuer le combat. Ils doivent avoir le soutien de tous les travailleurs.


Martinique : ATV la reprise à quel prix pour les salariés ?

Après 18 mois de redressement judiciaire, les quatre sociétés qui géraient la chaîne de télévision ATV (HRTV-la holding, GMG pour la régie, Papay-pro pour la production et AG Dif pour la diffusion) ont été rachetées le 28 octobre par Jean Michel Hégésippe, le fondateur de Only. Elles sont devenues la H-Media. La direction d’ATV s’en tire à bon compte et ne s’est pas gênée pour se féliciter du fait que «la ligne de l’Éditorial» ne serait pas modifiée et que la télé resterait «de proximité». Les salariés eux ne se montrent pas aussi rassurés. Car d’ores et déjà le repreneur a annoncé que seuls 17 salariés seraient repris sur les 27. En effet, l’offre du repreneur servirait à payer les créances (dettes sociales et fiscales) laissées par cette direction et qui s’élèvent à plus de 3 millions d’euros. Plan social avec licenciements, voilà ce qui est prévu pour les salariés... A moins qu’ils se fassent entendre et refusent d’être les victimes de la gabegie des uns et de la mauvaise gestion des autres.

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