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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1120 du 25 octobre 2014/Première page

Première page

Editorial : POUR LA LUTTE D'ENSEMBLE DES TRAVAILLEURS !

ZoomTant en Martinique qu'en Guadeloupe, les travailleurs relèvent la tête. On peut dire qu'ils n'ont pas raté la rentrée sociale. Plusieurs grèves importantes sont là pour en témoigner : en Guadeloupe, les travailleurs sont en grève dans les entreprises "la Palette, Weldom et Batica", sur la plantation de banane de Dormoy à Capesterre, dans les hôtels Salako et à l'Auberge de la Vieille Tour. Mercredi 22 octobre, les grévistes des deux hôtels ont aussi manifesté devant d'autres hôtels de la Pointe de la Verdure comme le Clipper et le Prao. Il y a quelques jours, les travailleurs du Syvade (syndicat de valorisation des déchets de la Guadeloupe) ont mené une lutte couronnée de succès. En Martinique, certains travailleurs du Port sont actuellement en lutte. La mobilisation des agents municipaux entamée depuis le 16 septembre, se poursuivait encore ces jours-ci à Rivière Salée. Ils ont emporté des succès après leurs grèves dans plusieurs communes. Le 24 septembre dernier, ceux de Biométal, étaient aussi en mouvement. Les 22 et 23 septembre les ouvriers agricoles de l'habitation Chalvet à Basse Pointe, eux aussi étaient en grève. Les travailleurs de la société de transport des voyageurs de la Martinique ont mené une lutte victorieuse à la mi septembre. Cet état d'esprit de combat des travailleurs n'est pas passé inaperçu aux yeux de certaines centrales syndicales qui ont organisé des manifestations, comme la CGTG-Banane dans les rues de Basse-Terre le 7 octobre, la CGTM en Martinique le 16 octobre, l'UGTG le 21. Quelques dizaines ou centaines de travailleurs dans chaque cas ont défilé dans les rues de Basse-Terre, de Fort de France et de Pointe à pitre. En Guadeloupe, mardi 21octobre, Elie Domota, secrétaire général de l'UGTG a annoncé une "campagne de mobilisation" de son syndicat pour élaborer "une plate forme de revendications de la classe ouvrière". Il a aussi déclaré vouloir rencontrer tous les syndicats pour élaborer la plate forme revendicative commune. Si les travailleurs continuent de se battre comme ils le font depuis la mi septembre, il sera, peut être, possible d'aller plus loin. En tout état de cause, ce qui sera déterminant ce sera la volonté de lutte des travailleurs et la réalité de ces luttes, à la base, dans les entreprises. Ce ne sont pas les dirigeants syndicaux, ni ceux de Guadeloupe, ni ceux de Martinique qui par leur propre volonté pourront réaliser cet objectif. Il ne pourra l'être que si dans les entreprises les travailleurs le veulent. Ce qui serait encore plus garant du succès c'est la généralisation des luttes, c'est de se battre tous ensemble ! Nous savons que c'est possible puisqu'en 2009 ça l'a été ! Et ça l'a été dans les deux îles ! Mais en dernier ressort, le véritable rapport de force face au patronat et au gouvernement, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui le réaliseront, pas les chefs des syndicats. Se battre pour de bonnes conventions collectives et accords de branche, pour l'application de l'accord Bino, pour des augmentations de salaire en fonction du coût réel de la vie, pour interdire les licenciements, partout, pour la réalisation de grands travaux utiles à tous et donc l'embauche massive de milliers de chômeurs, pour le contrôle des travailleurs sur les comptes réels des entreprises, pour la levée de toutes les peines à l'encontre des militants syndicaux, c'est aujourd'hui une question de survie pour la classe ouvrière ! Les travailleurs auraient mille fois intérêt à se préparer à une grande lutte généralisée sur ces objectifs. Quant aux militants du mouvement ouvrier, leur devoir est partout d'impulser les luttes dans les entreprises et d'intervenir dans le sens du "tous ensemble". Il est certes difficile de savoir si cet objectif se réalisera, mais tout ce qui sera fait en ce sens ne sera, de toutes façons, pas perdu. Ce qui est fait déjà par les travailleurs dans de nombreuses entreprises ne peut que pousser à l'optimisme et ouvrir des perspectives plus larges.


Combattre la xénophobie qui touche nos frères Haïtiens !

La manifestation d'immigrés haïtiens pour protester contre l'expulsion musclée, de Monsieur Altino, l'un des leurs, à l'aéroport de Pointe-à- n op :gff Pitre a fait remonter à la surface, encore une fois, la xénophobie de nombreux Guadeloupéens. Cette xénophobie s'exerce particulièrement à l'encontre des immigrés haïtiens qui sont les plus nombreux à vivre et travailler en Guadeloupe et en Martinique. La presse et certains journalistes ont profité de la situation pour surfer sur cette vague nauséabonde, comme le "Courrier de la Guadeloupe" qui titrait en gros à la une : " la Guadeloupe bientôt une banlieue haïtienne" ? C'est absolument déplorable et honteux ! Tout cela pour vendre du papier ! Mais cette presse ne fait que s'adapter à la xénophobie ambiante qui pollue les milieux populaires de Guadeloupe. S'en prendre aux immigrés haïtiens comme boucs émissaires de tous les maux, c'est se tromper d'ennemis. Le chômage endémique, la précarité, la misère ne sont pas le fait de nos frères haïtiens mais celui des pires ennemis des travailleurs : les capitalistes soutenus et encouragés par le gouvernement à leurs ordres. «Inadmissible que les émigrés aient droit aux urgences, à la sécurité sociale, aux aides !» entend-t-on ici et là. Mais les immigrés par leur travail permettent aux capitalistes et aux patrons de réaliser des profits, ils créent de la richesse dont ils ne profitent pas, tout comme d’ailleurs les travailleurs guadeloupéens ou martiniquais ! Ils cotisent pour la retraite, pour la sécurité sociale !, ils paient des impôts locaux et fonciers pour certains et tous paient la TVA sur tout ce qu'ils achètent. Cela n'est par contre jamais reconnu. «Ah oui ! Mais il y a les "sans papiers"...les illégaux !» Mais eux aussi sont souvent embauchés et le sont au noir. Eux aussi permettent à des patrons ou petits exploiteurs de réaliser des bénéfices. Alors tous ceux qui n'ont que propos méprisants voire haineux à l'égard des Haïtiens ne se rendent pas compte que souvent, leurs frères, leurs parents sont eux aussi, bien que Français considérés dans l'hexagone comme des immigrés gênants. Et le Front national des Le Pen ne se gêne pas pour le dire d'une manière ou d'une autre. Que diraient les journalistes du "Courrier de la Guadeloupe", que diraient tous ces gens qui tiennent des propos haineux contre les émigrés si un journal de l'hexagone titrait : "la Seine Saint Denis, bientôt une banlieue antillaise?" Les xénophobes sont bêtes en plus d'être méchants. Bêtes car ils ne se rendent même pas compte que ceux qui profitent le plus des divisions et de la concurrence entre travailleurs et entre pauvres ce sont les exploiteurs, les riches, les capitalistes. Le fait de s'en prendre aux frères de classe au lieu de s'en prendre aux exploiteurs affaiblit la classe des travailleurs et des pauvres et renforce celle des bourgeois. Les seuls gagnants dans l'affaire ce sont les exploiteurs des peuples guadeloupéen, martiniquais et haïtien. Les exploiteurs, eux, savent qu'ils n'ont pas de patrie. Partout, dans tous les pays, ils exploitent les travailleurs et les pauvres, et de la même façon. Les vrais étrangers, étrangers aux classes populaires, les vrais ennemis ce sont eux, ces mêmes exploiteurs ! La Guadeloupe ou la Martinique appartiennent elles plus aux Guadeloupéens et Martiniquais qu'aux Haïtiens ? Non ! Pour l'instant, elles appartiennent à ceux qui détiennent l'économie des îles : capitalistes, gros propriétaires fonciers, békés. Leurs ancêtres esclavagistes qui l'étaient d'ailleurs aussi bien en Haïti qu'en Guadeloupe et Martinique faisaient leurs négriers déposer les captifs africains arrivés sur les mêmes bateaux, un peu dans chaque île. Quand les bateaux négriers ne pouvaient pas accoster en Guadeloupe, ils allaient chercher des esclaves en Martinique ou en Haïti. Ils ne faisaient pas de différence, eux, entre les îles ! Elles étaient toutes des îles à esclaves, bonnes pour enrichir la bourgeoisie française, anglaise, hollandaise, espagnole. Et se trouver aujourd’hui dans telle ou telle île est le fruit du hasard de la traite négrière. Oui, "la terre n'appartient qu'aux hommes" à tous les hommes. Depuis cette époque, les travailleurs et les pauvres de la Caraïbe ont les mêmes intérêts ! Leur intérêt d'hier a été la lutte commune contre les esclavagistes, celui d'aujourd'hui c'est la lutte commune contre les esclavagistes modernes qui les enchaînent à l'esclavage salarié et au chômage ! Que ceux qui ont compris cela l'expliquent aux autres. Qu'ils fassent la chasse dans leurs rangs aux idées xénophobes, car ces idées ne sont pas seulement l'un des pires ennemis de nos frères immigrés mais aussi l'un des pires ennemis de tous les travailleurs et pauvres y compris les Guadeloupéens et Martiniquais, y compris ceux là mêmes qui expriment leur animosité contre les immigrés et se trompent de cible.


Martinique : Prison de Ducos : un cloaque !

Depuis qu'elle est ministre de la Justice, Christiane Taubira promet d'améliorer les conditions de détention à la prison de Ducos, en Martinique. Et depuis plusieurs années, rien ne bouge. Une extension reste prévue pour 2015, mais elle porterait la capacité à 730 places, contre 569 aujourd'hui, alors que, début mars 2014, 944 détenus y étaient présents. L'administration poursuit d'ailleurs ce plan d'extension au détriment de l'entretien et de la réhabilitation des locaux existants, qui sont dans un état d'insalubrité inquiétant. Cette situation est une fois de plus dénoncée par la section française de l'Observatoire international des prisons (OIP-SF) qui vient de saisir le Tribunal administratif de Fort-de-France pour faire cesser les atteintes particulièrement graves portées à la dignité des personnes incarcérées dans cet établissement. Il dénonce une situation indigne : «...locaux insalubres et infestés de rats et d'insectes, cellules de 9m2 pouvant accueillir jusqu'à cinq personnes, insuffisance de l'offre d'activités et de travail, violences exacerbées...». Les prisonniers sont toujours traités comme des sous-hommes. Issus en général des couches pauvres de la société, leur situation témoigne, comme celle des pauvres en liberté, du profond mépris entretenu par les riches nantis envers ceux qui n'ont rien. Voilà la manière dont on entend les faire «revenir dans le droit chemin». Mais la prison reste l'école de la récidive !

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