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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1118 du 27 septembre 2014/Quatrième page

Quatrième page

Etats Unis : Ferguson, Missouri : « Typique » et meurtrier

1er Septembre 2014 Nous publions ci dessous l'éditorial paru au mois d'août et traduit en français de camarades américains, Trotskystes, qui éditent le journal " The Spark" à propos des événements de Ferguson . C’est arrivé à Ferguson, Missouri, mais cela aurait pu facilement se passer dans n’importe quelle ville, grande ou petite, de ce pays. Les jeunes hommes noirs, quand ils marchent dans la rue, ont une cible dans le dos. Certains diront que c’est une exagération. Eh bien, regardez le comportement des autorités politiques et de la police après que Michael Brown eut été fusillé par un flic. La police de Ferguson et le maire ont protégé le flic, entravant l’enquête. Quand ils ont finalement lâché le nom du flic, ils l’ont couvert de louanges, le qualifiant " d’homme gentil et calme». Et ils ont fait circuler une vidéo au même moment, montrant Brown qui apparemment saisissait quelques cigarillos dans une supérette sans les payer – essayant de renforcer l’idée que Brown était un dangereux criminel. Le fait est qu’il faisait du vol à l’étalage, comme beaucoup d’adolescents avant lui. Mais apparemment, à Ferguson Missouri, le vol à l’étalage est puni de la peine de mort. Ça l’est en tout cas quand un flic blanc à la gâchette facile devient le juge, le jury et le bourreau d’un adolescent noir ; et quand les autorités politiques blanches se précipitent pour couvrir un nouveau meurtre de flic. En fait, le flic ne savait pas que Michael Brown avait saisi cette poignée de cigarillos. Même le chef de la police de Ferguson l’a admis. Michael et son ami ont été arrêtés, selon le chef, pour avoir "marché au milieu de la rue, gênant le trafic». C’est marcher en dehors des clous ! Cela ne saurait être plus clair. Michael Brown a dû affronter un flic à la gâchette facile parce qu’il marchait dans la rue et qu’il était noir. Ce genre de meurtre aurait pu se passer n’importe où dans le pays – et, de fait, cela arrive régulièrement. La différence, c’est que la population noire de Ferguson ne l’a pas accepté sans protester. Les protestations ont continué pendant plusieurs semaines, marquées par des explosions révélatrices d’une rage qui réside au plus profond de personnes qui ont été trompées et déconsidérées. Les autorités, à commencer par le président Obama, ont dénoncé la «violence» qui a éclaté après la mort de Michael Brown. Comme ils sont cyniques. Sans cette prétendue «violence», il n’y aurait pas eu d’enquête sur ce meurtre, pas d’enquête de grand jury. Le gouverneur du Missouri ne serait pas intervenu pour remplacer la police de Ferguson. Sans les protestations, cela aurait été traité comme une affaire courante. Et le traitement habituel, quand un jeune noir est tué par un flic, est de balayer sous le tapis toutes les preuves de meurtre. En fait, il aura fallu que les protestations – et, oui, «la violence» – continuent pendant six jours pour qu’une autorité quelconque ose reconnaître qu’il ait pu y avoir quelque chose de mal dans ce que ce flic avait fait. Les gens de Ferguson ont eu raison de protester, ils ont raison s’ils continuent de trouver tous les moyens possibles pour exprimer leur indignation. «Le pouvoir ne concède rien si on n’exige rien». C’est une phrase célèbre d’un discours de Frederick Douglas, parlant du combat pour renverser l’esclavage. C’est tout aussi vrai aujourd’hui que ça l’était alors, il y a 157 ans. La mère de Michael Brown s’est adressée aux médias de Saint Louis en ces termes : «Vous m’avez privée de mon fils. Savez-vous combien c’était dur pour moi de le faire aller à l’école et avoir un diplôme ? Vous savez combien de Noirs sont diplômés ? Pas beaucoup. Parce que vous les rabaissez à ce genre de niveau, où ils sentent qu’ils ne vont rien trouver à faire pour vivre. ‟Ils vont essayer de m’écarter d’une façon ou d’une autre”». Et c’est exactement ce qu’ont fait le flic meurtrier de Ferguson et tous ceux qui le soutiennent aujourd’hui. Ils ont, de toute façon, écarté Michael Brown. Il ne peut pas y avoir de justice pour Michael Brown, ni pour sa famille. Il est mort, fauché dans sa 18ème année. Et on ne pourra pas le faire revenir. Mais la colère qui a déferlé dans les rues de Ferguson a peut-être fait reculer un autre flic à la gâchette facile, sauvant la vie d’un autre adolescent, qui sinon aurait été fauché avant que, lui aussi, ait eu la chance de vivre sa vie.


Haïti : le tourisme aux dépens des pauvres

A son arrivée au pouvoir, Martelly avait déclaré qu’Haïti est ouvert au business et que le pays était mis en chantier. Un de ses projets phares est l’aménagement touristique de l’Ile à vaches. Le gouvernement Lamothe veut faire de cette île la première destination touristique de la Caraïbe en concurrence avec des sites de Saint-Domingue ou des Bahamas. Il l’a rappelé en août dernier, en faisant le point sur le chantier lancé en août 2013. Cette petite île située en face des Cayes, s'étend sur 15 km de longueur d'est en ouest et sa plus grande largeur est de 5 km, pour une superficie d'environ 46 km2. Le projet prévoit la construction d'un millier de chambres d’hôtels de luxe, d’un terrain de golf, d’un musée archéologique, d’un village maritime d'animation, de restaurants, de boites de nuit, de boutiques d'art et d'artisanat… le tout desservi par un aéroport international. La mise en route des travaux préliminaires a amené l’expropriation de terres et le déplacement des paysans au mois de mars. Devant les réticences des paysans, le gouvernement a envoyé sur l’île des policiers de la brigade d’intervention motorisée. Des militants d’une organisation paysanne locale ont dénoncé des actes de répression policière contre les habitants. Les promesses de relocalisation n’ont jamais abouti. Les habitants n’étant pas impliqués dans ce projet, le gouvernement s'est emparé de leur terrain sans les dédommager. Les paysans de l’île se voient dépouillés de leurs terres et craignent de se retrouver dans une situation telle qu’ils seraient obligés d’abandonner l’île. Ce projet, l'un des plus importants et ambitieux chantiers du quinquennat de Martelly est évalué à plus de 230 millions de dollars américains. Une manne qui est absorbée par les compagnies de travaux publics privées et les banques qui sont dans l’entourage du gouvernement. Les compagnies touristiques sont prêtes à se servir, comme sur le site de Labadie. Ce village situé au nord près du Cap a été vidé de ses habitants et est devenu une station touristique privée louée à la compagnie Royal Caribbean international. Elle y reçoit les bateaux en escale tel le «Liberty of the sea» dans une enclave pour touristes. Les pauvres de l’Ile à vaches ont manifesté leur colère en février et n’ont pas encore dit leur dernier mot.


Martinique : Dans la métallurgie, le patronat se plaint le ventre plein

Dans ce secteur d’activité, la crise économique n’affecte pas tout le monde de la même façon. Le patronat fait en sorte que ses profits soient préservés. Par exemple le trust de l’acier Arcelormittal qui a des filiales en Martinique, Guadeloupe, St Martin et Guyane, a publié ses comptes trimestriels. Le bénéfice trimestriel annoncé, avant impôts, amortissement, intérêts, est de 1,31 milliards d’euros. Et pour l’ensemble de l’année son PDG escompte 5 milliards d’euros. Aujourd’hui, dans le groupe, les emplois précaires représentent pourtant déjà 20% du total des emplois. Et pour préserver ses profits, Arcelormittal compte poursuivre sa stratégie de réduction des coûts, c’est-à-dire la réduction des emplois et surtout des emplois en CDI. Pour la filiale qui se trouve aux Antilles, la direction ne se plaint pas. Cependant, les travailleurs n’ont aucune idée des profits qu’elle a réalisés sur leur dos. Par contre, pour ce qui est des conditions de travail, ils se rendent compte que les cadences de travail ne diminuent pas. Certaines machines, les profileuses par exemple, fonctionnent à plein régime et ne sont même pas révisées périodiquement, ce qui entraine des dérèglements de ces machines. Ou encore, certains travailleurs à la Pointe des grives en Martinique se plaignent de la chaleur parfois insupportable dans l’atelier, sans que rien ne soit fait pour améliorer cette situation. A Biométal, entreprise bien moins importante qu’Arcelormittal, située dans la zone industrielle de la Semair au Robert, la direction se plaint de la mauvaise marche des affaires bien qu’il semblerait que ses profits s’élèvent à plusieurs centaines de milliers d’euros pour 2013. Mais là non plus, du côté des ouvriers, les cadences de travail ne diminuent pas. Et pour appâter les salariés, pour leur faire suer le profit, la direction leur accorde une prime de rendement. Dans d’autres entreprises de la métallurgie moins importantes, le patronat se montre plus exigeant vis-à-vis des travailleurs. Il applique son autoritarisme sur les employés, les intimide ou les menace de licenciement s’ils veulent mettre en place une section syndicale dans l’entreprise, tout en profitant de la moindre occasion pour licencier des employés pour cause «économique». Voilà le climat qui existe actuellement dans les entreprises de métallurgie. La balle est dans le camp des travailleurs. Pour ne pas se laisser marcher sur les pieds, ils ont intérêt à s’organiser.  


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