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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1118 du 27 septembre 2014/Deuxième page

Deuxième page

Algues sargasses : l’État fuit ses responsabilités

ZoomCette année encore, l’arrivée des algues sargasses sur différentes côtes de la Martinique et de la Guadeloupe crée de nombreuses perturbations dans la vie des habitants. En effet, les pêcheurs qui utilisent de petites embarcations ne peuvent pas travailler, les habitants des zones où les algues viennent s’échouer, tout comme ceux qui y travaillent, sont exposés à des odeurs insupportables dues à leur décomposition. Le maire du Robert, Alfred Monthieux, a même envisagé la fermeture de certaines écoles en attendant qu’une solution soit trouvée. La Préfecture et la Région ont organisé des réunions pour faire le point sur les actions à mener pour sortir de cette situation. «Le phénomène est important et une vraie réflexion s'impose sur la méthode la plus adéquate en terme de traitement du ramassage, mais aussi de valorisation des algues» a déclaré le directeur de cabinet du Préfet, Mr François de Keréver. Ce n’est pas la première fois que ce problème se pose, mais c’est seulement maintenant que l’État veut mener «une vraie réflexion»? Cette position plutôt désinvolte fait penser à l’épidémie de chikungunya, ou encore à la situation récurrente de la pénurie d’eau. Le problème est connu, ses conséquences le sont tout autant, mais pourtant, les bonnes décisions ne sont pas prises dans les temps. Résultat : la population est victime et doit subir pendant que certains parlent de mener «une vraie réflexion». En fait, les moyens techniques pour traiter les algues sargasses existent. Le domaine maritime (la mer, les régions côtières, etc.) appartient à l’État qui ne manque jamais une occasion de le rappeler quand certaines personnes veulent y construire ou y mener des actions. Mais quand il s’agit d’entretenir cet espace, voilà que l’État rappelle que c’est de la compétence des communes concernées. Tout au plus, le Préfet parle d’assister les communes qui n’ont pas les moyens financiers de faire face aux coûts de telles actions. Pour éventuellement mettre à la disposition des communes les militaires du SMA, le Préfet dit qu’il n’a reçu aucune demande urgente. Le comble du cynisme ! Et ce ne sont pas les 350 000 euros versés par la Région, en Martinique, pour aider au ramassage de ces algues qui changeront grand-chose. Trouver des milliards d’euros sous forme de subventions, d’exonérations (CICE, c'est à dire, Crédit impôt compétitivité emploi, Pacte de responsabilité) à déverser dans les caisses des multinationales déjà riches à milliards est beaucoup plus urgent pour les gouvernements et leurs représentants que de trouver et mettre en place des solutions qui ne nécessitent pas un effort financier aussi important. Seulement voilà : une telle action ne répond pas aux préoccupations immédiates des capitalistes et l’État est d’abord à leur écoute, pas à celle de la population qui souffre de cette situation.


Martinique : élections à la Collectivité unique en décembre 2015.

Le gouvernement Hollande-Valls vient d’annoncer que le vote pour la Collectivité unique se fera en décembre 2015. Le parlement devra encore se prononcer sur cette date. C’est suite à la consultation populaire organisée par le gouvernement français en janvier 2010 que la Martinique et la Guyane s’étaient prononcées pour que le Conseil Régional et le Conseil Général soient regroupés en une seule Collectivité dotée d’une Assemblée unique. Pour l'instant, les élus de la Guadeloupe ont refusé cette perspective, mais le débat entre eux n'est pas clos. Il y aura donc en décembre 2015 en Guadeloupe des élections régionales habituelles. Aussitôt, en Martinique, les dirigeants des partis qui jusque là trépignaient d’impatience, ont commenté le choix de cette date. Ceux du PPM (Parti Progressiste Martiniquais), alliés du PS, se sont félicités de cette date. Serge Letchimy, président PPM du Conseil Régional, comme pour excuser le retard de ces élections, a expliqué qu’il «fallait prendre son temps». Daniel Marie-Sainte, porte-parole du Camp patriotique a plutôt grincé des dents, en disant qu’en repoussant les élections aussi loin, «on se moque de la population martiniquaise, mais qu’ils seront présents à ces élections». La Droite est sur la même longueur d’ondes et se dit elle aussi «prête à assumer». Mais, derrière toutes les belles déclarations des uns et des autres, les cartes sont jouées. C’est bien le gouvernement français qui décide à 7000 kilomètres et qui contrôle tout ce qui se passe ici. Les élus quant à eux n’auront qu’à exécuter les ordres. Les élus et les dirigeants des partis politiques traditionnels présentent la mise en place de cette nouvelle Collectivité Unique comme quelque chose «d’important voire d’historique». Mais ce n’est rien d’autre qu’une décision administrative qui ne donnera aucun pouvoir réel aux futurs élus locaux, qu’ils soient de droite, de gauche ou indépendantistes. Car ceux qui en Martinique ou en Guyane ont et auront le véritable pouvoir, ce sont les capitalistes locaux. Et ces futurs élus ne seront que des marionnettes comme ils l’ont toujours été, c’est-à-dire des notables politiques au service de ces capitalistes et rien d’autre. C’est pour cela que les travailleurs n’ont pas à se faire d’illusion. Combat Ouvrier présentera aussi une liste à ces élections pour, entre autre choses, dire tout cela et affirmer la nécessité pour les travailleurs de se battre pour leurs intérêts propres. Il exprimera aussi l'impérieuse nécessité de construire le parti ouvrier révolutionnaire indépendant des notables qui tous, de droite, de gauche, ou indépendantiste sont des serviteurs du capitalisme.
 


Martinique : Septembre 1870, l’insurrection du Sud, les jours où gros planteurs et administration coloniale ont tremblé.

Une classe ouvrière directement issue de l'esclavage ! A cette période en Martinique, la situation du peuple travailleur sous la férule de l’administration coloniale de Napoléon III (Second empire), sorti de l’esclavage 22 ans plus tôt, est très difficile. Il y a eu des lois «contre le vagabondage», tel le «livret ouvrier», pour contrôler les déplacements des ouvriers sur les plantations et continuer à les soumettre à la hargne et au racisme de leurs anciens maîtres pour des salaires de misère. Dans les ateliers, les sucreries, la situation est aussi désastreuse. Les grands planteurs ont fait venir des engagés chinois, indiens ou africains pour maintenir les salaires au plus bas en attisant la concurrence entre les travailleurs. Le salaire des journaliers n’a pas varié de 1849 à 1880, ce, alors que les prix augmentent, indique une étude du professeur Pubellier publiée en 2009. Les paysans pauvres qui ont pu acheter des petits lopins de terre notamment dans le sud de la Martinique, sont écrasés par les taxes et impôts. Ils sont bien souvent en même temps ouvriers journaliers sur les plantations. Dans les bourgs, le nombre de petits artisans s’est accru. A la situation tout aussi désastreuse, aux prix des marchandises qui s’envolent, s’ajoutent les vexations et les injustices de l’administration coloniale contre les Noirs libres. A l’approche de la guerre de 1870 entre la France et l’Allemagne, la situation empire encore. C’est dans un tel contexte, qu’interviendra l’affaire Lubin à partir de laquelle se déclenchera l’insurrection du sud. L'étincelle qui déclencha l'insurrection En février 1870, ce jeune Noir, Lubin, entrepreneur du bâtiment sera cravaché par un homme blanc à cheval pour ne lui avoir pas cédé le passage. La plainte de Lubin ayant été classée sans suite, il décide quelques mois plus tard de se faire justice lui-même, en rossant le Blanc raciste. Il sera condamné au bagne pour crime. La réaction ne tardera pas à s’organiser parmi le petit peuple de Rivière Pilote, de Ste Luce, du Marin. D’abord autour de souscriptions pour permettre à Lubin de faire appel de ce jugement révoltant. Puis, la colère des masses populaires va monter contre les juges racistes qui confirment la sentence et en particulier contre le gros planteur Codé, l’un des plus réactionnaires. Le 22 septembre, jour de la proclamation de la République à Rivière Pilote, cette colère va exploser à la suite notamment de l’intervention des gendarmes envoyés pour protéger les grosses habitations. L'insurrection et la répression coloniale Du 22 au 25 septembre, emmenés par des leaders comme Louis Telga, Eugène, Lacaille, Daniel Bolivard, Lumina Sophie dite Surprise, Madeleine Clem, Léonce Elise, Emile Sydney, J-V. Rosine, Joseph Rivières, pour ne citer que quelques uns de ces hommes et ces femmes, des milliers d’exploités, se sont dressés contre leurs oppresseurs, propriétaires békés des habitations pour la plupart, avec la volonté pour certains d’entre eux de leur prendre des terres. Ils se sont révoltés contre l’administration coloniale et ses injustices, ses maires, ses forces de répression et ses milices de volontaires, avec la volonté peut être de se débarrasser d’eux. Ils n’ont pas réussi. Trois jours plus tard, le 24 septembre, le gouverneur Menche de Loisne déclarait la ville de Rivière-Pilote en état de siège et faisait intervenir ses détachements de fantassins, ses gendarmes et ses bataillons de la Marine. Puis ce fut au tour des milices levées par les possédants blancs et mulâtres dans les villes de St Pierre et de Fort-de-France de faire la chasse aux insurgés dans les campagnes, cherchant à les terroriser. Après avoir fait trembler durant quelques jours les possédants, l’aristocratie coloniale et leurs suppôts, réactionnaires et nostalgiques du récent passé esclavagiste, l’insurrection des exploités de 1870 a donc été vaincue. La répression a alors été féroce. Sur une population qui comptait à l’époque environ 120 000 personnes, plus de 500 personnes furent jugées, 120 (dont L'héroïne Lumina Sophie) furent envoyées au bagne de Cayenne et même de Nouvelle Calédonie, 8 furent exécutées entre 1871 et 1872 au Polygone de Desclieux, bâtiment militaire situé à Fort-de-France. Seul Tela, l'un des principaux leaders, parvint à s'enfuir. On dit qu'il aurait pu rejoindre une des îles anglophones de la Caraïbe, peut-être Sainte Lucie. Aujourd’hui, des historiens, écrivains ou militants politiques ont leur propre lecture de ces événements, à la lumière des faits connus. Cela fait d’ailleurs débat entre eux. Ainsi, il est attribué à certains des leaders de l’insurrection l’objectif de construire comme à Saint Domingue une Repiblik Nèg-Matinik (république noire de Martinique). Cela peut être vrai, mais les preuves ne sont pas pour l'instant très établies. Il n’en reste pas moins vrai que lors de l’insurrection du Sud, le peuple des travailleurs et exploités de la Martinique a écrit la première page de son histoire qui doit continuer à être une source de fierté, d’inspiration et de courage pour les travailleurs et les opprimés dans leur combat collectif d’aujourd’hui.


Drépanocytose : le crétinisme raciste de l’extrême droite

La drépanocytose est une maladie génétique malheureusement bien connue aux Antilles. Elle se caractérise par une anomalie de la structure de l’hémoglobine. Elle affecte principalement les populations d’Afrique, du Maghreb, du sud de l’Europe et du Moyen Orient, de toutes les Antilles, la population noire américaine du nord et de l'Amérique latine. De manière générale, ce sont des populations noires ou de teint foncé. Selon certaines hypothèses, à l’origine cette déformation aurait joué un rôle dans la protection ou la résistance des populations africaines ou d'une partie contre le paludisme. Cette déformation des cellules du sang serait donc à la fois un cadeau et un poison de la nature aux peuples africains noirs… Mais cette maladie a des conséquences qui peuvent être légères ou graves et très graves sur la santé, et mortelles dans de nombreux cas. Si cette maladie frappe principalement les populations noires, elle ne les frappe pas exclusivement. Des Blancs en sont atteints mais dans un bien plus faible pourcentage. L’extrême-droite et en particulier le Front national se sont saisis des chiffres concernant le dépistage de cette maladie en France pour laisser libre-cours à leur démagogie raciste et montrer ainsi leur vrai visage, bien éloigné des propos doucereux de Marine Le Pen. L’extrême-droite, qui d’ailleurs fausse certains chiffres, les utilise à l’appui de sa thèse raciste de «remplacement de la population», à savoir que la population blanche serait remplacée par une population noire, basanée ou métissée. La présidente de l’association pour l’information et la prévention de la drépanocytose, justement outrée par ces déclarations nauséabondes, a rappelé que la drépanocytose est une maladie invalidante, qui entraine beaucoup de souffrances et parfois la mort. Le dépistage de la drépanocytose sur le territoire français se fait de façon ciblée : seuls les enfants dont au moins un des parents est issu d’une région à risque sont dépistés à la naissance. Dans certaines zones comme des villes du 93 où ces personnes sont nombreuses, le dépistage est fait de façon systématique sur tous les nouveau-nés. Aux Antilles, tous les nourrissons sont dépistés. D’autres maladies génétiques sont dépistées systématiquement à la naissance, ce qui pourrait être aussi le cas pour la drépanocytose en France hexagonale. Quant à ceux qui, dans la population antillaise, soutiennent le Front National, il vaudrait mieux qu’ils regardent la vérité en face : ce parti les considère comme des immigrés, des envahisseurs qui menacent la blancheur génétique du "vrai peuple français".

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