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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1117 du 12 septembre 2014/Troisième page

Troisième page

En bref

Ne dites pas «pacte de responsabilité», mais «vol à grande échelle»
Sapin confirme qu’en 2015, l’État va réaliser 21 milliards d’économies pour financer le «pacte de responsabilité», c’est-à-dire pour abonder la cagnotte de 50 milliards qui sera versée aux patrons d’ici à 2017 au nom de la lutte contre le chômage.
Le Medef confirme que le pacte n’aura «pas d’effet immédiat», façon de dire qu’il ne s’engage à rien.
Les services publics vont donc être saignés... pour alimenter les caisses (déjà bien pleines) des grands actionnaires. C’est ni plus ni moins qu’un hold-up, mais légal et «de gauche» !
Rapport de la Banque mondiale : l’impasse du capitalisme
Une étude récente de la Banque mondiale décrit «une crise généralisée de l’emploi» sur la planète. Des pays comme la Chine ou le Brésil font encore exception en créant des emplois (à quelles conditions ?), mais «les projections sont moroses».
 Quant aux pays du G20, les plus riches, on y compte plus de 100 millions de chômeurs et 447 millions de «travailleurs pauvres» vivant avec moins de deux dollars par jour, et les inégalités se creusent.
 Même sans évoquer les pays les plus pauvres, cette étude illustre que la crise économique est profonde, et que les gouvernements se bornent – tous – à prendre des mesures pour que ce soient les classes populaires qui la payent.
 
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Guadeloupe : DES TRAVAILLEURS EN COLÈRE AU SYVADE

Lundi 08 septembre, 6 agents du SYVADE (Syndicat de valorisation des déchets de la Guadeloupe) affiliés à l’UGTG ont cessé le travail pour faire appliquer un protocole d’accord signé avec le président de cet établissement public Michel Rinçon. Ils empêchent tout travail au siège du SYVADE, à Pointe-à-Pitre. Le lendemain, 09 septembre, une vingtaine d’agents affiliés à la CGTG ont eux aussi arrêté le travail, cette fois-ci à la décharge de la Gabarre. Leurs revendications : application immédiate du protocole d’accord signé le 14 février 2014, reconnaissance d’un accident de service pour un agent blessé lors d’un trajet alors qu’il se rendait à son travail, mise en place d’un Comité Hygiène et Sécurité, prévu par la loi.
Comme de coutume, dans les collectivités territoriales en Guadeloupe, M. Rinçon refuse d’appliquer les textes régissant les avancements, le régime indemnitaire, le droit de réunion mensuelle d’information syndicale sur le lieu de travail. Les travailleurs ont décidé de dire stop !
Pendant toute la journée de mardi, Rinçon a fait l’aller-retour entre les deux piquets de grève. A l’UGTG il promet d’appliquer l’accord, à la CGTG il affirme qu’il est d’accord avec toutes les revendications. Mais rien de concret. A la fin de la journée, les agents ont décidé d’unir leurs forces pour obliger Rinçon à respecter leurs droits. La lutte continue.
 


Guadeloupe : Capesterre Belle-Eau...En eau trouble ou claire ?

Il y a quelques jours, le problème du manque d’eau pour un certain nombre de communes ou de quartiers qui existe depuis des mois, semble en passe de trouver un début de solution.
Cela a commencé par, il y a quelques semaines , un mouvement de colère de certains habitants de Capesterre-B-E privés très régulièrement d’eau. Le 1 adjoint faisant fonction de maire, avait déclaré que ces derniers menaçaient de couper  l’approvisionnement en eau de toutes les communes dépendant des barrages situées dans la commune, si on ne réglait pas leur problème d’eau. Ce qui avait provoqué un petit remue-ménage dans le milieu des élus.
On a ainsi pu entendre Bernier, président du SIAEAG dont Capesterre-B-E ne fait plus partie, L.  Micheaux-Chevry, présidente de la communauté du Sud Basse-Terre qui désormais a la compétence pour la gestion de l’eau à Capesterre-B-E. Plusieurs réunions entre élus chargés du problème de l’eau en Guadeloupe ont été organisées. Et peu de temps après, V. Lurel, jouant les grands princes, est intervenu pour réunir tout ce beau monde et annoncer que la Région allait mettre 22 millions d’euros sur la table pour procéder aux premières réparations du réseau dont le SIAEAG était jusque là le gestionnaire.  
Il n’en a pas fallu plus pour que la direction de la Générale des Eaux qui jusque là restait silencieuse se fasse à son tour entendre pour annoncer sa décision de commencer les réparations, tout au moins sur la partie du réseau concernant Capesterre-B-E.
Et pendant plusieurs jours on a pu entendre parler sur les différents médias des interventions de la Générale des Eaux pour détecter et réparer les fuites des réseaux du SIAEAG, surtout dans la région de Capesterre-B-E.
 Qu’est-ce à dire ? Le problème de l’approvisionnement en eau et du traitement des eaux usées est-il en passe d’être définitivement réglé pour les populations qui en souffrent?
On en est très loin. Pour le moment, la Région n’a annoncé qu’une somme de 22 millions d’euros pour la mise en état du réseau, alors que l’on parle régulièrement de plusieurs centaines de millions qui seront nécessaires pour vraiment remettre le réseau en état. Car cela fait des dizaines d’années que la Générale de Eaux, chargée de la gestion de ce réseau ne s’est jamais préoccupée de l’entretenir correctement. Et jusqu’à aujourd’hui, aucun élu ni aucune autorité, n’est intervenu pour chercher si dans le contrat signé avec la Générale des Eaux, il est prévu que cette dernière doit prendre en charge la réparation du réseau avec l’argent qui lui est versé ?
On est encore dans le flou le plus complet. Qu’adviendra-t-il quand les 22 millions avancés par la Région auront été encaissés par la Générale des Eaux ? Ne va-t-on pas procéder à une augmentation des tarifs payés par les consommateurs pour trouver les centaines de millions nécessaires à la mise en état du réseau d’eau des communes autrefois gérées par le SIAEAG ?
 En tout cas la population laborieuse et tout le petit peuple doivent se préparer pour s’opposer  à toute augmentation des tarifs de l’eau, quel que soit le prétexte avancé.


Mme Royal en Martinique, ministre... de la parole durable

La ministre de l'écologie Ségolène Royal, accompagnée de George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, est venue passer 4 jours en Martinique, début septembre. Un long séjour pour une ministre, a relevé la presse. Mais il lui fallait du temps ! Elle a paradé au cours d'une sortie maritime de Grand-Rivière au Prêcheur, auprès des vanniers de Sainte-Marie, etc. et en plus, la liste des sujets qu'elle a abordés est longue. Entre les moustiques, la voiture électrique, la visite obligée à la commune natale d'Aimé Césaire, les VHU(véhicules hors d'usage), l'ensablement du port de Grand-rivière, le RSMA (Régiment du service militaire adapté) les plantes médicinales, le plan banane durable... de quoi n'a-t-elle pas parlé ?
Oh, bien sûr, rien de bien concret, il ne faudrait quand-même pas rêver. Beaucoup de «il faudrait que...» et de «nous envisagerons...».
Alors, il est «envisagé» la transition énergétique de la Martinique à l'horizon 2030. La ministre du développement durable fait des promesses durables de transition durable, et au rythme actuel de durabilité des postes ministériels, elle ne prend pas trop de risques d'entendre des reproches à la fin de la période.
Quelques officiels pouvaient afficher leur contentement... d'avoir été de la sortie touristique : Letchimy, Azérot, le préfet. Parmi les contents il y a aussi l'entreprise privée Albioma, qui s'est vu promettre des aides pour développer au Galion (usine à sucre située à Trinité) sa filière de production d'électricité à partir de la bagasse... Bien sûr, il n'y a pas de bagasse excédentaire, mais au diable les détails, on importera de la biomasse à partir du Brésil...
Bref, durable ou pas, beaucoup de cinéma.

Martinique : Roger de Jaham : tous dans le même bateau ? Mais qui en fond de cale ?

Mis en examen depuis décembre 2012, Roger de Jaham, patron béké connu en Martinique, sera finalement jugé par le tribunal correctionnel de Fort-de-France. Il devra répondre des chefs d'accusation suivants : «apologie de crime contre l'Humanité», «contestation de crime contre l'humanité» et «provocation à la haine raciale et à la violence», à la suite de propos tenus le 15 août 2011 sur France-Inter. Il avait notamment déclaré : «Voilà en gros ce qu'était un engagé de 36 mois, c'est-à-dire moins que rien, moins qu'un esclave, les esclaves sont arrivés longtemps après, et eux avaient une valeur marchande que n'avaient pas les blancs engagés pour 36 mois». L'affaire avait démarré sur plainte de du MIR (Mouvement International pour les Réparations) présidé par Garcin Malsa, l’ancien maire Modémas de Sainte Anne.
R. de Jaham prétend n'avoir énoncé qu'une vérité historique. Il n'est peut-être pas raciste quand il affirme que «les békés sont désormais des Martiniquais comme les autres, et le seront de plus en plus», mais ses prises de position personnelles, comme celle de son association «Tous Créoles», ont en commun de tendre à gommer la traite et l'esclavage du passé de la Martinique. Ce n'est pas anodin. C'est unemystificationque de vouloir faire disparaître la barbarie derrière une «créolité partagée» comme il le dit.  
La barbarie esclavagiste a traversé près de trois siècles avec la classe sociale qui l'a cultivée : la bourgeoisie. Les préjugés issus de la période de l'esclavage ne sont pas confinés dans nos petites îles. Ils prospèrent bien loin, en  Europe occidentale où sont les ports d'origine de la traite. Ils prospèrent dans toute notre région, Amérique du Sud et Centrale, et Etats-Unis compris.
Alors, «Tous créoles» disent-ils ! Mais ce n'est pas un hasard si, quand un travailleur agricole meurt sous le tracteur qu'il conduit et qui se retourne sur lui – cela arrive hélas trop souvent – on peut en deviner la couleur avant que le corps soit dégagé !
Au fil des années de gros possédants noirs ont intégré le nombre des profiteurs qui imposent chômage, bas salaires et vie chère aux travailleurs et à la majorité de la population. Ils ont les uns et les autres à répondre de la barbarie qu'est l'exploitation  des travailleurs et des pauvres dont l'exploitation esclavagiste fut une des variantes.
C'est tout cela que les travailleurs doivent avoir en tête quand ils entendent les justifications doucereuses de l'animateur de «Tous créoles» et ses affirmations, volontairement ou pas scandaleuses, sur les «valeurs marchandes» comparées des «blancs engagés sous contrat de 3 ans» et des esclaves noirs !
 
 

Martinique : SME : Le conflit rebondit entre les salariés et leur direction

Le 6 août dernier, après 17 jours de grève, en présence de la Direction du travail, un protocole d’accord a été signé à la SME (Société Martiniquaise des Eaux) filiale de la multinationale Lyonnaise des eaux, entre les grévistes représentés par une intersyndicale CDMT et FO et la direction. Mais depuis 6 jours le conflit est reparti de plus belle, car selon les syndicats «les membres la direction se sont empressés de ne pas respecter leur parole, leurs engagements, ainsi que leur signature». Les coupures d’eau pénalisant les foyers ont aussi repris, alimentant souvent des propos anti grévistes sur certains médias ou réseaux sociaux.
La réalité est pourtant claire. Les salariés ne veulent pas être les dindons de la farce concoctée par la direction. L’article incriminé et non respecté stipule ceci :
Article 9 : Revalorisation du point de rémunération.
La masse salariale des personnels relevant de la NAO (Négociation annuelle obligatoire) sera augmentée de 2,3 % à compter du 1 janvier 2014 et de 0,7 % au 1 septembre 2014. Cette somme sera répartie de façon égale, et mensuellement, entre tous les personnels concernés par la NAO 2014.
L’effectif pris en compte sera celui au 31 août 2014. Ce calcul s’effectuera sur la base de la masse salariale totale au 31 décembre 2013.
En 2015, l’évolution salariale sera indexée sur l’indice des prix à la Martinique.
Par ailleurs, en ce qui concerne les salariés transférés à ODYSSI, une prime exceptionnelle de  1000 euros leur sera accordée au moment du départ effectif.
Mais, selon un responsable syndical, «la direction refuse d’appliquer ce qu’elle a signé et a déposé le lundi 8 septembre une requête au Tribunal de Grande Instance afin que la justice se prononce sur les modalités d’application de l’accord». L’ordonnance est prévue pour le mardi 14 octobre.
Ainsi, le mardi 9 septembre, après avoir lu devant ses collègues le contenu de ces réclamations, une représentante syndicale expliquait «qu’à aucun moment la direction n’évoque (quelles sont) ses propres interprétations sur ce protocole. Mais elle parle d’éradiquer le foyer de discorde, et d’exaction et voie de fait».
Furieux, les travailleurs ont qualifié ce directeur de «mové». Et dans l’assemblée, certains ont même dit : «on ne veut plus de ce type ici, il nous méprise trop».
 Cette direction qui cherche la petite bête, ne touche pas un salaire de misère. Dans un de leurs tracts, les grévistes dénoncent les avantages discriminatoires perçus par les cadres en ces termes. «De 2008 à 2013, certains cadres hommes ont été augmentés de 44 %, et de 2012 à 2013 de 6,6 %. En ce qui concerne les cadres femmes, de 2010 à 2013, elles n’ont été augmentées que de 12 %.... Mais en plus, 5 cadres détachés par la Lyonnaise des Eaux ont coûté à la SME pour la seule année de 2013, la coquette somme de 1 263 000 euros». «Sans compter les logements de fonction meublés, piscine, voiture et voyages gratuits».
Ce qui représente pour chaque cadre un salaire mensuel de plus de 20 000 euros. Alors que les salariés réclament 342 000 euros pour 200 salariés. Soit une augmentation mensuelle de 142,50 euros pour chacun.
Les salariés ont bien raison de réclamer leur argent. Ils ont l’impression que la direction préfère partager les milliards de profit avec ses actionnaires.
 

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