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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1116 du 26 juillet 2014/Première page

Première page

Editorial : Chikungunya, Les politiciens font du vent, ça ne chasse pas les moustiques

Zoom La visite de la ministre de la Santé Marisol Touraine, en Guadeloupe et Martinique, du 16 au 18 juillet, a été pour celle-ci l'occasion de se faire un peu d'auto-promotion. On l'a vue notamment prendre une leçon de maniement de raquette électrique anti-moustiques et accompagner, en chaussures à talons, mais harnachée, une équipe de nettoyage de gouttières sur la toiture d'un EHPAD de Schœlcher devant les caméras.
Elle a annoncé :
- remboursement à 100 % des frais de médicaments et suppression de jours de carence Sécurité Sociale en cas de rechute,
- quelques dizaines de volontaires du service civique et de  «contrats aidés» en plus pour des visites domiciliaires de prévention.
L'impact financier sur les familles sera un peu réduit, avec beaucoup de retard. Cela fait presqu’un an que la maladie a fait son apparition. Autorités et médias ont insisté sur l'évolution des statistiques épidémiologiques et sur les responsabilités des particuliers dans la prolifération des moustiques. Par contre, pratiquement rien n'a été dit des souffrances des malades, de la fatigue extrême, des rechutes souvent observées et des séquelles persistantes, notamment des douleurs articulaires.
En Guadeloupe, ce sont les responsables d'entreprises qui se sont plaints, affectés dans leurs résultats par l'absentéisme! Maintenant, c'est le secteur du tourisme qui fait valoir ses craintes. Dans l'hexagone, où le moustique incriminé est maintenant présent à la faveur du réchauffement climatique, on craint l'apparition de foyers épidémiques locaux. Alors, devançant les critiques éventuelles, la ministre est venue faire un peu de vent.
Mais le chikungunya, comme la dengue ou le paludisme là où il sévit le plus largement est une maladie généralement liée au sous-développement. La prolifération des moustiques dans les eaux stagnantes, le délabrement de nombreux logements, l'état déplorable du réseau d'assainissement quand il existe, tout ça, c'est le sous-développement.
L'absence ou le manque d'impact de campagnes d'information faites à temps concernant la dangerosité des fatras ou l'hygiène en général, c'est encore le sous-développement.
Et même les rumeurs attribuant la maladie à des causes obscures et irrationnelles, favorisées par la persistance de superstitions dans la population, relèvent de lacunes du système éducatif.
Mais si en Martinique et en Guadeloupe, nous bénéficions  quand même d'une couverture sanitaire, C'est loin d'être le cas chez nos frères voisins d'Haïti, l'un des pays les plus pauvres du monde.
Le "Chick" y sévit aussi et on peut être déjà effrayé par l'ampleur des conséquences.  Deux ans et demi après le tremblement de terre, des milliers de gens vivent encore sous les tentes, sans eau, sans sanitaires. Même ceux qui n'habitent pas dans les tentes bénéficient rarement de l'eau courante et encore moins d'électricité. Acheter une boîte de paracétamol est pour beaucoup impossible. Et là encore, bien plus qu'ailleurs on mesure que ceux qui dirigent ce pays et la poignée de riches qui exploite ce peuple sont de véritables criminels. En ce qui concerne l'aide internationale promise par beaucoup de pays après le séisme, elle n'est pas parvenue. Mais quand elle parvient, une partie d'entre elle est détournée par les dirigeants dont la corruption  est le véritable métier !
Les pauvres paieront toujours plus que les nantis, même face à la maladie. Le moustique porteur du virus de la dengue et du chikungunya  fait des dégâts mais l'animal monstrueux, géniteur des classes sociales pauvres et riches, le système capitaliste, est mille fois plus dangereux et mortel. Il faut lui aussi l'éliminer !


Le 9 septembre à 8h tous au tribunal de basse terre !

Le procès en appel de nos deux camarades, Sony Laguerre  et Raphaël Cécé, aura lieu le 9 septembre au tribunal de  Basse-Terre à 8H. En première instance ils avaient été condamnés à 5 mois de prison avec sursis pour Raphaël et 8 mois avec sursis pour Sony et à de lourdes amendes. Il est reproché à  nos deux camarades dans le cadre de leur activité autour du journal Rebelle d'avoir soi disant incité à la violence et pratiqué cette violence contre des policiers devant le commissariat de Pointe-à-Pitre - Abymes, le 18 mai 2012. En fait, ce sont les policiers qui les avaient chargés brutalement, sans raison. Il faut se préparer à les soutenir massivement !


Chickungunya : la prévention aurait été plus efficace!

Marisol Touraine, ministre de la santé du gouvernement Hollande-Valls est venue aux Antilles pour étudier sur place les mesures liées à l'épidémie de Chickungunya.  Avant, elle avait  dépêché sur place 16 pompiers de la sécurité civile - ceux qui viennent après les cyclones. Ces équipes sont montées sur les hôpitaux et un certain nombre de bâtiments publics pour éliminer les gîtes larvaires de moustiques.
A l'occasion de sa visite on a pu voir aussi les politiciens locaux, autour d'elle, avec elle, tenter de montrer leur préoccupation face à l'épidémie. On  ne les avait pas aussi bien vus avant cette tournée ministérielle ! La préfète a aussi embauché 100 contrats aidés, et 25 jeunes supplémentaires  l'ont été pour intervenir chez l’habitant. La campagne de publicité radiodiffusée pour prévenir la maladie est faite au moment où  officiellement plus de 120 000 personnes sont touchées sur les deux îles sur une population de 830 000 personnes environ. Il y a eut plusieurs morts dont un directement affecté par le virus. Mais le nombre de personnes  atteintes est en réalité plus important car beaucoup ne vont pas chez les médecins ou à l'hôpital.
Les responsables politiques s'agitent alors que  l'épidémie a déjà fait de considérables dégâts. Les médecins libéraux appellent à une journée de mobilisation populaire pour chasser le moustique, dimanche 27 juillet à partir de 9H.  Certes, il vaut mieux ça que rien. Et toutes ces actions ont leur utilité. Au moins ces mesures permettront peut être de freiner un peu l'évolution de l'épidémie. A tout le moins, tout ce qui sera fait pour éliminer même en partie le moustique porteur de la maladie, sera une bonne chose de faite.
Mais  cela dit, la prévention aurait été une bien meilleure mesure. On connaissait la maladie, on connaissait le moustique responsable et les moyens de prévention, on savait que depuis l'épidémie de la Réunion qui avait fait des dizaines de milliers de malades et des centaines de morts, le "Chick" risquait de frapper aux Antilles, on connaissait déjà la dengue qui  fait régulièrement des dégâts et qui est transmise par le même moustique. Pourquoi n'avoir pas pris bien avant les mesures qui sont prises aujourd'hui ?  Si tant est que les mesures d'aujourd'hui soient suffisantes !
En matière de santé publique, la prévention, on connait pas ! C'est pourtant ce principe qu'il faudrait appliquer, et pas seulement pour le chickungunya mais pour tout ce qui concerne la santé publique.
Mais voilà, l'anarchie du système dans lequel nous vivons fait que pour réaliser des économies on dépense le moins possible pour ce qui est des besoins de la population. Mais les mesures de prévention auraient certainement coûté moins cher à l'Etat et à la société. Quand on comptabilise aujourd'hui,  le nombre de congés de maladie consécutifs à l'épidémie de Chick et les dépenses supplémentaires de la "sécu", oui, la prévention aurait coûté moins cher !
Tant que les besoins nécessaires à la population seront vus d'un point de vue politicien - en l'occurrence, pour montrer la solidarité du gouvernement- et non pas  d'un point de vue tout simplement humain, rien ne changera véritablement pour la population et en particulier pour les plus pauvres. Et pas plus en ce qui concerne le Chickungunya que tout ce qui concerne l'amélioration de sa vie quotidienne dans bien des domaines

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