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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1114 du 28 juin 2014/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : La répression judiciaire s’abat sur la CGTG

Zoom Les patrons de «Carrefour» Milénis soutenus par un personnel judiciaire zélé ont décidé d’asphyxier financièrement la CGTG et ses dirigeants. Un jugement du tribunal de Pointe-à-Pitre a condamné l’organisation syndicale en mars dernier, en première instance, à verser des dommages et intérêts aux Despointes pour avoir affirmé que ceux-ci ont construit leur fortune sur l’esclavage salarié et sur la traite négrière.
Au départ, les Despointes n’ont pas hésité à demander 50 000 euros !
La CGTG a aussi été condamnée à plusieurs parutions du jugement dans le quotidien local, les frais étant à sa charge. Ils s’élèvent à près de 1 000 €. De plus, les frais de justice qui découlent de l’action judiciaire sont eux aussi supportés par la confédération. Les deux responsables syndicaux de «Carrefour» Milénis ont eux aussi été condamnés. Cela représente une somme totale qui s’élève à près de 15 000 €.
À quelques mois d’intervalle, la CGTG a subi deux prélèvements sur ses comptes financiers. Le premier date de janvier 2014 et a été opéré abusivement par la CGSS (Caisse Générale de Sécurité Sociale) en raison d’une soi-disant dette sociale qui en réalité n’existe pas. La CGSS a prélevé un montant de près de 30 000 € sans aucune lettre de relance, aucun avertissement, alors que la CGTG est à jour, au centime près, de ses cotisations ! La CGSS est coutumière du fait. Régulièrement, la CGTG qui ne doit pourtant rien, fait l’objet de pénalités de retard fantaisistes de 10% ! Il aura donc fallu une intervention à la Caisse de sécurité sociale, d’un membre de la commission exécutive de la CGTG, pour qu’on lui restitue ces sommes. Il n’empêche : malgré la restitution de ces sommes sur le compte, le prélèvement antérieur avait déjà généré des frais bancaires importants pour le syndicat dont il aurait pu faire l’économie.
À peine quelques mois plus tard, en application de la décision du Tribunal de Grande Instance de Pointe-à-Pitre, sans aucune sommation, un huissier saisit près de 6 000 € sur le compte de la CGTG. Pour les deux dirigeants de la CGTG l’huissier a de même saisi, pour l’un 6 000 € et pour l’autre 3 000 €, sans aucun avertissement. Cette saisie attribution directe traduit la volonté des Despointes de faire taire définitivement la CGTG en la mettant sur la paille. Pour ces patrons, il est insupportable que les salariés puissent se doter d’organisations et de dirigeants choisis en leur sein, qui les défendent loyalement, jusqu’au bout, et qui refusent tout compromis avec leurs ennemis de classe.
Le patronat de Guadeloupe, en tête duquel on trouve les békés Despointes qui émargent au MEDEF, rêve de se débarrasser d’une organisation syndicale qui défend au quotidien les intérêts des travailleurs. Les patrons békés n’en sont pas à leur coup d’essai car en Martinique déjà ils avaient tenté de faire taire la CGTM, sans succès. D’ailleurs, malgré le prélèvement et le paiement des sommes saisies, le compte de la CGTG est encore bloqué. Malgré la saisie, la CGTG ne peut donc toujours pas disposer de son compte librement.
Mais en plaçant les listes CGTG en tête de leurs suffrages aux dernières élections professionnelles de mai 2014, les salariés de «Carrefour» Milénis ont clairement affiché leur choix et leur confiance dans leurs représentants. N’en déplaise au grand patronat de Guadeloupe !
L’organisation syndicale organise deux manifestations de solidarité pour renflouer ses comptes. D’une part, le 6 juillet elle invite tous ceux qui le souhaitent à participer à un déjeuner champêtre de solidarité, et le 8 novembre elle organise un bal de soutien.

Guadeloupe : Une nouvelle action de l’UTPP dans les stations Total

Le vendredi 20 juin, à l’appel de l’UTPP (Union des travailleurs des produits pétroliers), syndicat de l'UGTG, les travailleurs des stations Total dans la région pointoise et ses environs se sont mis en grève.
Plusieurs actions ont déjà été menées par le syndicat depuis l’arrêt de la grève de la faim  de Jocelyn Pinard en mars. Au début du mois de juin, le siège de Total a été bloqué par des militants de l’UGTG, et l’ensemble des stations Total a été fermé.
L’UTPP réclame à Total le paiement des salaires et les arriérés depuis le licenciement des salariés de la station Valkanaërs de Gourbeyre en 2011. Jocelyn Pinard fait partie de ces licenciés. Deux rencontres ont déjà eu lieu entre une délégation du syndicat, des dirigeants de Total et des représentants de l’Inspection du travail. Ces derniers ont souligné la justesse des revendications de l’UTPP. Mais Total refuse d’appliquer le droit en faisant valoir toutes sortes de lois concernant la gérance de la station.

Guadeloupe : Il y a 30 ans, la mort de 4 militants indépendantistes victimes de leur propre explosif

Au début des années 80, en Guadeloupe, la revendication d’indépendance fut portée par des groupes qui pensaient la renforcer par des actions de type terroriste. Les bombes furent  placées dans des lieux et bâtiments censés symboliser le pouvoir colonial, par quelques militants. Ces attentats, menés en dehors du mouvement populaire, s’apparentaient au terrorisme aveugle.
C’est dans ce contexte que le 24 juillet 1984 quatre militants de l’UPLG (Union Populaire de Libération de la Guadeloupe) moururent du fait de l’explosion prématurée du matériel qu’ils transportaient. Il s’agit de Michel Uranie, infirmier de profession, François Casimir, un enseignant, Fred Pineau, agriculteur, et Jack Berthelot, architecte. Ils sont décédés il y a 30 ans, en juillet 1984.
Depuis 4 ans, les attentats à la bombe secouaient la Guadeloupe. Ils étaient le fait du GLA (Groupe de Libération Armée de la Guadeloupe), puis de l’ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe). Ses militants furent emprisonnés, jugés, expédiés, manu militari, dans les prisons de la région parisienne.
Un an après la mort des 4 militants indépendantistes éclata «l’affaire Faisans», qui mit dans la rue plusieurs milliers de personnes durant plusieurs jours.
Georges Faisans, membre du mouvement indépendantiste MPGI (Mouvement populaire pour la Guadeloupe indépendante), avait été condamné par le tribunal de Pointe-à-Pitre à trois ans de prison pour avoir frappé avec le plat de son coutelas un enseignant blanc. Ce dernier avait donné un coup de pied à un élève noir, ce qui, comme on le sait, est considéré comme une insulte grave rappelant les temps de l’esclavage. La population se mobilisa donc assez fortement pour soutenir Faisans, érigeant des barrages, bloquant toute l'île et affrontant les forces de répression.
L’atmosphère était donc tendue et le pouvoir colonial vivement critiqué par une partie de la population. Mais le mode de lutte pour lequel avaient opté certaines organisations indépendantistes n’incluait pas la participation de la population révoltée, préférant la laisser en marge de l’action et organisant des opérations clandestines menées par des groupes restreints de militants. Il s’agissait de faire pression sur le gouvernement français, pour l’amener à  discuter avec les organisations indépendantistes sur l'objectif de l'indépendance. Mais, pour les nationalistes, la colère populaire, si elle pouvait être utilisée comme une menace, ne devait pas pour autant s’exprimer librement pour son propre compte.
Assez rapidement, dès 1985, le mouvement indépendantiste prit une nouvelle orientation, préférant tenter le dialogue avec le pouvoir à l’action directe. La «Conférence internationale des dernières colonies françaises» qui s’est tenue en Guadeloupe en avril 1985 témoigne de cette volonté des dirigeants nationalistes de se poser en interlocuteurs capables de gouverner leur territoire en vue d’une éventuelle autonomie ou indépendance.
Les travailleurs et la population manifestaient certes une soif de dignité et voulaient éradiquer les manifestations les plus criantes du colonialisme : humiliation, racisme, non respect de la population, de ses coutumes, de sa langue. On peut dire que ce but-là, qui a été relayé par l'activisme des organisations nationalistes, a été atteint. Des organisations comme le Parti Communiste Guadeloupéen, ou trotskystes comme le GRS et Combat Ouvrier, y ont aussi beaucoup contribué.
Mais les travailleurs et la population étaient opposés à l'idée d'indépendance, tout comme ils le sont encore aujourd'hui. Les organisations nationalistes ont dû en prendre acte. Aujourd'hui, elles ne mettent plus en avant le mot d'ordre d'indépendance mais celui de changement de statut ou de "pouvoir  guadeloupéen" comme l'exprime le PCG (Parti Communiste Guadeloupéen).
L’État indépendant que voulaient les activistes nationalistes des années 80 aurait été un nouvel État dirigé par les notables de la petite bourgeoisie guadeloupéenne, comme cela a été le cas dans tous les États indépendants des années 60 en Afrique et en Caraïbe. Les travailleurs et les masses exploitées n'ont donc rien perdu.
"L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes" disaient Marx et les premiers communistes. Cela reste vrai, oh combien, encore aujourd'hui. Cette émancipation tant des séquelles coloniales que de l'exploitation capitaliste viendra de l'organisation  et de la lutte révolutionnaires des travailleurs antillais et de rien d'autre que cela !

Guadeloupe : L’ÉCHO DE JARRY

Crédit Moderne : les salariés donnent un carton jaune
Le 6 juin, les salariés de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont arrêté momentanément le travail. Ils ont montré leur mécontentement, face à des NAO (négociations annuelles obligatoires sur les salaires) qui s’annoncent mal. La direction devrait en tenir compte, si elle ne veut pas récolter un carton rouge !
 
Crédit Moderne : des licenciements qui s’enchaînent
Les salariés sont aussi mécontents à cause des licenciements qui se succèdent dans l’entreprise. Depuis l’année dernière, la direction licencie pour un oui ou pour un non. C’est une manière d’augmenter ses profits, en faisant travailler plus ceux qui restent.
 
La faim gagne dans un pays riche
Selon une enquête de Médecins du Monde, la faim touche de plus en plus les personnes en situation précaire. Plus de 50 % des adultes et 20 % des enfants en situation précaire n’ont pas mangé pendant au moins une journée entière au cours du dernier mois. Cela se passe en France, en 2014 ! Quelle honte !

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