Site

Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1114 du 28 juin 2014/Première page

Première page

Éditorial : une guerre de classe toujours plus violente contre les travailleurs.

Zoom L'attitude du gouvernement face à la grève des cheminots en France montre bien, s'il en était encore besoin, son attitude méprisante et inflexible face aux revendications des travailleurs.
Le gouvernement "de gauche" s'est montré aussi dur qu'aurait pu l'être un gouvernement de droite.
Avec les cheminots, le gouvernement a refusé toute négociation traitant les grévistes de "privilégiés" et "d'irresponsables".
Chaque jour pendant la grève, Valls ou Hollande se fendaient de déclarations pour dire que la grève avait assez duré, qu'il fallait en finir, relayant la pression d'une partie des usagers mécontents. Ces derniers du reste, ont pu à loisir se plaindre dans les grands médias qui ne se sont pas privés pour relayer leurs plaintes. Bien plus rares ont été les explications radio-télévisées des grévistes sur les ondes pour expliquer à la population les raisons de leur grève. Une pression énorme s'est donc exercée sur les grévistes, orchestrée par le gouvernement et une partie de l'opinion "anti grève" et "anti ouvrière" !
Si l'on compare cette attitude du gouvernement envers les travailleurs et celle qu'il adopte envers les patrons et les grosses fortunes, on a une idée encore plus précise des choix faits de plus en plus ouvertement par un gouvernement "de gauche" au service du patronat et de la bourgeoisie. Le "pacte de responsabilité" n'est rien d'autre qu'un versement de fonds publics considérables au patronat soi-disant pour qu'il embauche. Bouygues va encaisser plusieurs milliards d'argent public correspondant à l'achat de ses actions dans Alstom, alors que le même Bouygues supprime 1500 postes dans la téléphonie.
Et le gouvernement a plusieurs angles d'attaque contre la classe ouvrière. Il cherche aussi à réduire l'influence des syndicats toujours sous la pression du grand patronat et au nom de l'emploi. C'est ainsi que le ministre du travail, François Rebsamen, a déclaré vouloir suspendre pendant trois ans les "seuils légaux" créant des obligations sociales aux entreprises, comme par exemple la création d'un comité d'entreprise à partir de 50 salariés. Oui, le gouvernement est aux ordres du grand patronat. Mais, tant va la cruche à l'eau… Les travailleurs n'accepteront pas éternellement cette politique qui vise à leur faire admettre de plus en plus de sacrifices : diminution de leur niveau de vie, licenciements, chômage, répression.
Aux Antilles comme dans l'hexagone, c'est la même injustice sociale qui en révolte plus d'un. Les dernières mesures qui frappent les travailleurs du commerce après les attaques en justice des riches békés Despointes en Guadeloupe ont bien de quoi révolter. Que ces gens aient osé attaquer la CGTG et les travailleurs en justice pour avoir écrit qu'ils ont tiré leur fortune en partie de l'esclavage et de la traite négrière, cela montre bien leur arrogance. Mais en plus, la décision des juges leur ayant donné raison ne peut que les renforcer dans l'idée qu'ils sont inattaquables et quoi qu'ils fassent, qu'ils doivent être impunis.
Donc, face à un gouvernement qui offre tout sur un plateau au grand patronat, face à un patronat qui, plus on lui fait de cadeaux, plus il en réclame, les travailleurs n'ont pas d'autres choix que de se préparer à la lutte. Mais pour être efficace c'est une lutte d'ensemble qu'il faudra déclencher, c'est un véritable rapport de force. On a bien vu pendant la grève des cheminots en France comment derrière les déclarations anti grève perçait la peur d'un nouveau scénario comme en 1995.
À cette époque la grève avait fait reculer le premier ministre Juppé.
C'est cette crainte, cette peur de l'extension des luttes sociales qu'ont les gouvernements et la bourgeoisie qui sont le signe que la voie de la lutte, de la grève est bien la meilleure contre ces gens-là !

Chikungunya, une épidémie qui aurait pu être évitée.

L'épidémie de chikungunya s'étend et touche de plus en plus de personnes en Martinique et en Guadeloupe. Une sur 10 a déjà été touchée et ce n'est pas fini. La maladie est transmise par le moustique  Aedes Aegypti, le même qui transmet aussi la dengue.
Ce moustique prolifère dans les gîtes larvaires, constitués d'eau stagnante. Tous les détritus et récipients pouvant contenir cette eau sont propices à la naissance et à la prolifération du moustique porteur de la maladie. Autrement dit, les quartiers insalubres, mal entretenus, sont des foyers importants. Et la population pauvre vivant dans ces quartiers est plus exposée que les autres, même si le moustique a frappé sans distinction un peu tout le monde.
Cette maladie est connue depuis déjà plusieurs années. Elle a commencé à la Réunion. On en connaît donc bien les causes et les conséquences. On la surnomme "la maladie de l'homme courbé" car elle cause d'importantes douleurs articulaires.
Pourtant, la prévention générale  n'a pas été à la hauteur de ce qu'elle aurait dû être. Les organismes de l'État chargés de cette prévention n'ont pas assez pris la mesure de l'extension et semblent aujourd'hui dépassés par l'ampleur de l'épidémie.
Certes, il y a eu les spots radio-télévisés, les affichettes dans les aéroports, les émissions, les pulvérisations. Mais apparemment tout cela ne suffit pas. Il aurait fallu un plan de prévention beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus large, en faisant intervenir des équipes quotidiennement dans chaque quartier.
Il est facile de s'en prendre à la population qui ne respecterait pas les règles, qui laisse pourrir une eau sale dans ses gouttières, pots de fleur ou autre récipients. Mais a-t-on, avant, suffisamment informé cette population, l'a-t-on suffisamment préparée ?
Force est de constater que les services de  l'État ont failli. Il aurait fallu embaucher massivement des centaines de chômeurs pour aider à mettre en place une prévention bien plus sérieuse, et efficace. Les pulvérisations qui ont lieu aujourd'hui arrivent tardivement et n'empêchent nullement la prolifération de la maladie. C'est trop peu, trop tard !
Oui, l'épidémie actuelle aurait pu être évitée si l'État et les services officiels se préoccupaient vraiment des intérêts de la population.
Mais ce n'est pas leur souci principal. Ceux qui admettent que des milliers de gens soient privés d'eau courante régulièrement, depuis tant d'années ne peuvent être des gens qui mettent au premier plan la satisfaction des intérêts de la population. C'est ce même état d'esprit qui les a conduits à laisser se répandre aujourd'hui l'épidémie du chikungunya.
Mais les maires, les élus locaux, n'ont pas non plus brillé par leurs actions visant à empêcher l'épidémie de se propager. Ils n'ont pas fait peser, ils n'ont pas relayé face à l'État les intérêts de la population. Mais c'est leur attitude permanente ! Ont-ils jamais pesé de leur poids d'élu local pour exiger des emplois durables pour les 30% de chômeurs ? Pour les 60% de jeunes au chômage ? Non. Ils se contentent de pleurnicher.
C'est ce même état d'esprit qui les conduit tous à nous faire accepter les sacrifices pour que l'État fasse des économies ! Suppressions d'emplois de fonctionnaires, réductions des aides sociales, augmentation des impôts. Et tout cela pendant que les Hayot, Despointes, Aubéry et les grosses  sociétés empochent des millions de profits.
Il n'y a pas de fatalité ! Les maux qui frappent plus durement les travailleurs et les pauvres sont voulus et organisés. Il n'y a pas non plus de fatalité des conséquences de la maladie comme le chikungunya. En prenant à bras le corps une prévention efficace, oui, l'épidémie aurait pu être évitée. Et si tout le monde aujourd'hui peut l'attraper, riches comme pauvres, eh bien l'inégalité subsiste toujours face à la maladie. En moyenne, les riches auront toujours plus de possibilités de guérir rapidement que les pauvres sans ressources.
Pour que les intérêts des exploités et des pauvres soient réellement pris en compte en priorité, il faudra que ces derniers le fassent savoir en montrant leur mécontentement et la force sociale qu'ils peuvent constituer. Dans tous les domaines, pour qu'on les entende ils doivent se faire entendre.
Il n'y a pas, il n'y aura jamais pour eux d'autre voie pour que leurs intérêts soient pris en compte !

Université des Antilles : loin du sort des étudiants

La réorganisation de l’Université Antilles-Guyane (UAG) commencée depuis des mois se poursuit, après le départ du pôle Guyane à la suite du mouvement de grève de l'année dernière. Le 24 juin, deux décrets interministériels, l’un créant l’Université́ de Guyane, et l’autre l’Université́ des Antilles, ont été présentés par le gouvernement. Une large autonomie des pôles universitaires de Guadeloupe et de Martinique est revendiquée, en particulier par la Région Guadeloupe.
Ce qui est appelé à être dorénavant l’Université des Antilles (UA) et non plus UAG  (avec la Guyane) se crée dans un contexte qui a surpris le plus grand nombre : les difficultés d’une cohabitation entre la Guadeloupe et la Martinique dans cette nouvelle entité, et la lutte entre la présidente de l’UAG et des enseignants chercheurs du CEREGMIA (Centre d'étude et de recherche en économie, gestion, modélisation et informatique appliquée), un laboratoire de recherche, soupçonnés d’avoir commis divers délits et qui ont été suspendus de leur fonction par la présidente Corinne Mencé-Caster avec la caution du ministère de tutelle.
Cette dernière affaire est à l’origine de la constitution de deux clans : celui de ceux qui soutiennent la présidente de l’UAG et celui de ceux qui sont du côté des enseignants mis en cause.
Tout cela serait parti de la révélation, à travers divers rapports ou enquêtes, de pratiques contestables commises depuis des années dans la gestion de fonds publics mis à la disposition du CEREGMIA. Et du côté des enseignants-chercheurs certains accusent la présidence de mener une chasse aux sorcières non justifiée.
Conférences de presse des deux camps, interventions de ministres, déclarations de responsables politiques locaux, communiqués de presse par ci, comité de soutien par là, déclarations d’avocats, saisine de tribunaux, échanges aigres entre supporteurs et détracteurs des uns et des autres sur divers sites : bref, tout y passe.
Dans le fonctionnement de cette société où l’argent et sa possession confèrent un pouvoir ou une parcelle de pouvoir, tout ce cinéma n’a rien d’étonnant ou de nouveau. C’est le spectacle connu de gens qui profitent d’une situation pour s’installer et créer leur pré-carré hors de tout contrôle.
Dans cette affaire, où gros sous et luttes d’influence sont intimement liés, le sort des étudiants qui se retrouvent au milieu de ce jeu semble bien loin des préoccupations des protagonistes.
 

Bookmark and Share