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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1109 du 22 mars 2014/Deuxième page

Deuxième page

La justice coloniale tente de refaire l’histoire.

Le tribunal de grande instance de Pointe-à-Pitre a condamné deux dirigeants de la CGTG Commerce et la CGTG à dédommager les patrons de Milénis, les Despointes. La CGTG avait diffusé un tract dénonçant le plan de suppression de 20 postes au supermarché Carrefour Milénis en 2013. La CGTG a été la seule organisation syndicale de l’entreprise à s’opposer fermement à ce plan alors que l’entreprise n’est pas en difficulté. Les Despointes ont, malgré cette opposition, jeté à la rue des pères et mères de famille qui sont partis avec des indemnités ridicules.
Les représentants CGTG ont réclamé et obtenu une expertise comptable et des informations sur les comptes du groupe auquel appartient le supermarché Carrefour. A force de ténacité, ils ont obligé les élus majoritaires au Comité d’entreprise à se pourvoir en justice et à faire condamner leur employeur, une des grosses entreprises capitalistes de la place, à verser une participation à l’ensemble des employés.
Cette victoire des employés de Milénis, sous l’impulsion de délégués combatifs, si minime soit-elle, les Despointes ne pouvaient l’admettre. Le procès intenté par eux pour une phrase d’un tract de la CGTG affirmant qu’ils avaient bâti toute leur fortune sur la traite négrière et l’esclavage salarié, leur a donné un prétexte pour tenter de faire taire les représentants du syndicat dans l’entreprise. Le directeur de Milénis s’en était déjà pris à la déléguée syndicale de la CGTG la sanctionnant de deux jours de mise à pied pour une faute montée de toute pièce en utilisant les difficultés d’une autre salariée ! Cela n’a pas suffit à déstabiliser la section syndicale.
La justice des riches a finalement donné raison à ces patrons békés, en niant effrontément la vérité historique. Au passage, le TGI par une condamnation à 5000 € de dommages et intérêts à verser à chacun des deux plaignants, opère un véritable racket sur la CGTG. La centrale syndicale a fait appel de cette décision inique.
 

Guadeloupe : Contrats aidés : l’Éducation nationale lourdement condamnée

Quatre salariées qui avaient signé un contrat aidé avec le collège de Saint-Claude ont gagné leur procès aux Prud’hommes de Basse-Terre. L’établissement est condamné à verser à chacune d’entre elles 42 000 €. Pendant 5 ans, elles ont assuré de nombreuses tâches dans les écoles du Sud-Basse-Terre, du secrétariat à l’encadrement des enfants, en passant par les relations avec les parents, pour un salaire qui n’atteignait jamais 900€ par mois.
Lors de la signature d’un contrat aidé, l’employeur s’engage à assurer une formation qui permette au salarié de réussir son insertion professionnelle à l’issue du contrat. C’est cette obligation que le rectorat n’a pas respectée vis-à-vis des centaines de personnes qu’il a recrutées. Un comble pour un service public censé assurer la formation de milliers d’élèves !
Les salariés en contrat aidé de l’Éducation nationale ont commencé à se mobiliser collectivement en 2007. Mais c’est en 2009 que le mouvement des contrats aidés et précaires a pris de l’ampleur, dans la foulée de la grève générale, et a rassemblé de très nombreux salariés tant du public que du privé. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté et engagé des actions pour améliorer leur sort, et surtout sortir de la précarité qu’elles subissent depuis trop d’années.
Depuis 2011, il n’y a pas eu de mobilisation massive des salariés en contrat aidé. Mais de nombreux travailleurs ont porté plainte auprès du tribunal des Prud’hommes, en général avec succès. Dans l’Éducation nationale, le rectorat a longtemps considéré ces salariés comme des «bouche-trous» sans aucun droit. Maintenant, la plupart des personnes qui signent un contrat aidé dans un établissement scolaire bénéficient du plan de formation auquel elles ont droit. Même si le problème général de la précarité n’est toujours pas réglé, les résultats obtenus montrent que la mobilisation porte ses fruits.

Harcèlement sexuel : l’armée protège le coupable, pas la victime !

En décembre, une jeune Martiniquaise a été renvoyée de son centre de formation militaire, en France, où elle apprenait le métier de serveuse. Sa faute ? Avoir osé dénoncer son sergent, qui l’avait filmée à son insu alors qu’elle prenait sa douche.
En exigeant la démission de la jeune stagiaire, la hiérarchie militaire a montré qu’elle choisissait de protéger le coupable, et de sanctionner la victime. C’est malheureusement ce qui se produit souvent quand les femmes sont victimes de harcèlement sexuel : ce sont elles qui sont mises en cause, comme si c’était elles qui avaient commis une faute. C’est la raison pour laquelle nombre de femmes, dans ces situations, n’osent pas en parler.
La jeune stagiaire a contesté son renvoi au tribunal administratif, et le sergent a finalement dû reconnaître les faits. Mais l’armée semble encore décidée à le protéger, puisqu’après 20 jours de suspension il a repris ses activités dans le centre de formation.
Cette jeune femme a eu raison de protester et de ne pas se laisser faire. Elle se dit déterminée à «aller jusqu’au bout» et veut pouvoir terminer sa formation dans un autre centre. Espérons que d’autres suivront son exemple, afin que les harceleurs soient enfin sanctionnés comme ils le méritent.
 

Les présidents de régions : nouveaux représentants noirs de l’impérialisme français dans la Caraïbe.

serge letchimy

josette borel-lincertain

L’État français depuis 2000 avec la LOOM (Loi d’Orientation pour l’Outre-mer), a accordé la possibilité aux  départements d'Outre-mer  de Martinique, Guadeloupe et Guyane  d’adhérer aux organisations régionales de la Caraïbe en tant que tels.
Un tel processus s’est accéléré depuis 2011, où les présidents de région pourront désormais siéger comme membre associé, au même titre que la France, dans les organisations telles que l’AEC (Association des États de la Caraïbe), la CARICOM (marché commun caraïbe), ou l’OECS (Organisation des États de la Caraïbe Orientale).
Au mois de février dernier, le conseil des ministres des États membres de l’AEC a entériné l’adhésion définitive de la Guadeloupe et de la Martinique, en tant que membre associé. Le statut de membre associé concerne les territoires non indépendants ou les États comme la France qui possède encore des territoires dans la Caraïbe.
D’autres demandes ont été déposées par les collectivités locales françaises pour devenir membres  des autres organisations caribéennes.
Ces organisations de la Caraïbe représentent des pays très pauvres, anciennes colonies, britanniques pour la majorité et aussi ex colonies  hollandaises ou  françaises. L'arc antillais est aussi l'arrière cour de l'impérialisme américain qui tient surtout à garder sa mainmise sur la Caraïbe. On a vu avec quelle facilité les troupes américaines ont envahi la Grenade en 1983 et y ont fait la loi aidées en cela par la Dominique et d'autres pays de la Caraïbe.
Dans ces îles très pauvres, une poignée de capitalistes issus des ex puissances coloniales, certaines multinationales  et quelques capitalistes locaux, plus rares, trouvent malgré tout leur bonheur  en exploitant durement les travailleurs et en réalisant de super profits. Chacun cherche à favoriser son expansion économique, à travers la recherche de nouveaux marchés, de travailleurs bon marché et d’avantages fiscaux.
Les présidents des régions des Antilles françaises se réjouissent évidemment des nouvelles adhésions de la Guadeloupe et de la Martinique. Cela leur permet de jouer malgré tout  aux petits chefs d État... sans État.
D’ailleurs, le président de la Région Martinique, Serge Letchimy, n'a pas caché sa fierté de pouvoir s’exprimer comme invité spécial de la Caricom, le 11 mars dernier à Saint-Vincent, à la conférence des Chefs d’État et de gouvernement. Au mieux, nos présidents de région chercheront éventuellement à gagner  quelque avantage pour "leurs" capitalistes békés locaux comme Hayot ou Despointes, en bons petits commis voyageurs de ces messieurs.
Alors, les Letchimy, Lurel et compagnie pourront toujours donner l'illusion  qu'ils jouent un rôle important au niveau de l'espace caribéen, même sur le strapontin qu'on leur a accordé. Mais ils ne sont que les petits représentants noirs de l'impérialisme français qui cherche à récupérer les quelques  miettes d'influence qui tombent de la table de l'impérialisme américain et britannique  dans la Caraïbe.
 

Martinique : Notre campagne électorale à Fort-de-France

Lors de nos passages dans les quartiers, les cités populaires, sur les marchés et dans les zones industrielles, les travailleurs, les femmes au foyer ou les chômeurs se montrent plutôt intéressés et même bienveillants. Nous ne rencontrons pour ainsi dire pas d’hostilité. Surtout lorsque nous leur disons que nous sommes candidats du camp des travailleurs, liste conduite par Ghislaine Joachim-Arnaud.
Il y a bien sûr, certaines personnes âgées, mais aussi des jeunes sans emploi qui manifestent leur opposition vis-à-vis de Ghislaine Joachim-Arnaud. Souvent ce sont des électeurs de la droite, du PPM ou du camp patriotique. Pour ceux de la droite, notre tête de liste «incite la population à la révolte» ou encore «elle ne pourra rien faire pour la population foyalaise si elle est élue». Selon les électeurs du PPM, les interventions de notre camarade «n’ont rien à voir avec les élections municipales», elle ne parle que des travailleurs, pas de ce qu’elle est prête à faire à la mairie de Fort-de France et «ne propose que la lutte des travailleurs». Concernant les militants du camp patriotique, parmi ceux que nous interrogeons certains ne s'ouvrent pas d'emblée. Mais, en allant plus loin dans la discussion, on se rend bien compte qu’ils ont une position critique vis-à-vis de notre tête de liste. Ils disent  que notre camarade «fait bien son travail de secrétaire générale de la CGTM. Mais en politique elle ne propose pas une alternative pour le peuple martiniquais». Ce qui pour nous veut dire : «les travailleurs n’ont pas à se mêler de politique, et qu’il leur faut donc laisser le champ libre aux élites de la petite bourgeoisie nationale».
Par contre, bon nombre de travailleurs et de chômeurs et même parmi eux des travailleurs qui sont militants ou sympathisants de la gauche ou du camp patriotique, se montrent plus ouverts à nos prises de position. Ils apprécient les interventions télé et radio de notre camarade. Ils reconnaissent que nous avons raison, lorsque nous dénonçons et combattons l’exploitation capitaliste et la voracité du patronat.
Dans les entreprises où nous avons des candidats, certains sont aussi des élus de leurs camarades de travail en tant que délégués du personnel. Et quand les collègues de leur entreprise apprennent qu’ils sont candidats sur la liste de G. Joachim-Arnaud, ces travailleurs reçoivent cette information avec sympathie. Dans les cités où nous avons des candidats, la réaction est la même pour les habitants du quartier.
Ils partagent nos points de vue quand nous leur disons que nos candidats dénoncent le chômage et la hausse des prix avec pour mot d’ordre «Interdiction des licenciements et répartition du travail entre tous. Contre la vie chère et les bas salaires, il faut imposer l’échelle mobile des salaires».
Ils approuvent aussi que les hommes politiques quelle que soit leur étiquette, ne nous font que de belles promesses électorales, et ne défendent que leur carrière politique avant tout.
Du côté des jeunes, c’est une minorité qui accepte de discuter avec nous. Cette minorité se reconnaît dans ce que nous leur disons. Mais la majorité a plutôt l’esprit ailleurs et est sans repère. Ils déclarent être «contre tous les hommes politiques».
En tout cas, cette campagne est une bonne occasion pour pouvoir discuter de façon large avec des travailleurs, des exploités, des jeunes, des femmes au foyer. La plupart d’entre eux n’hésitent pas à nous parler de leur misère, de l’exploitation dont ils souffrent.
 
 

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